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Henri BLANCHARD (1843-1915)

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    M. Henri-Augustin Blanchard naquit à Saint-Aignan-sur-Cher (Blois, Loir-et-Cher), le 16 février 1843. Incorporé au diocèse de Poitiers, il était lecteur quand il entra au Séminaire des Missions-Etrangères le 20 septembre 1862. Ordonné prêtre le 23 décembre 1865, il partit pour le Coïmbatour le 14 février 1866.

    Durant sa longue carrière apostolique, qui a été de près d’un demi-siècle, M. Blanchard, dans les diverses situations qu’il a occupées, s’est toujours fait remarquer par un dévouement sans bornes au bien spirituel et corporel de ses chrétiens. Il a travaillé de toutes ses forces, avec toute son énergie, et il n’a jamais négligé aucun de ses devoirs. Il a beaucoup aimé ses néophytes et il s’est montré charitable à l’égard des païens malades comme à l’égard des chrétiens. Sa maison était un véri­table dispensaire. Quand on allait chez lui, on ne voyait partout que remèdes et médicaments. Tout le monde avait recours à lui, et personne n’était renvoyé sans avoir reçu quelque soulagement. Chaque matin, après son petit déjeuner, il se tenait à la disposition des malades, qui venaient en foule lui demander un pansement ou une consultation. Sa bonté et sa patience lui gagnaient tous les cœurs.

    Il vivait très pauvrement chez lui ; mais, quand un confrère venait lui demander l’hospitalité,  il « se mettait en quatre » pour le recevoir et le traiter très convenablement. Son régime ordinaire se modifiait du tout au tout dans la circonstance.

    Très érudit, M. Blanchard ne laissait jamais languir la conversation. La lecture occupait tous ses loisirs, et il retenait tout ce qu’il lisait, grâce à son excellente mémoire qui faisait de lui comme une biblio­thèque vivante.

    Son bonheur était de rendre service aux autres missionnaires, et rien ne lui coûtait quand il s’agissait de leur être utile. Très réservé dans ses paroles, il ne critiquait jamais les absents ; mais il aimait à lancer quel­que petite pointe à tel ou tel confrère présent, et personne ne s’en for­malisait, car on connaissait le bonhomie de celui qui lançait le trait.

    M. Blanchard considérait la bonne administration de ses chrétiens comme un devoir sacré qui primait tous les autres. Il avait le talent d’at­tirer à lui les enfants pour leur enseigner le catéchisme, et il achetait souvent des bonbons pour donner à ceux qui apprenaient le mieux la doctrine et les prières. Vers la fin de sa vie, il s’était procuré un fusil à air comprimé. Le dimanche, après le catéchisme, il exerçait les en­fants au tir du fusil et distribuait des récompenses aux plus adroits.

    Inutile d’ajouter que la bourse de notre regretté confrère était pres­que toujours vide, car sa grande charité l’empêchait de rien refuser : il se privait de tout par amour pour le prochain.

     

    Depuis plus de deux ans, M. Blanchard déclinait à vue d’œil. Sa jambe droite, démesurément enflée, lui causait parfois des douleurs très aiguës ; mais, dur pour lui-même, il n’y faisait pas grande attention. Il essayait de temps en temps de diminuer l’enflure en se piquant avec des épingles pour faire sortir les humeurs. Quelques semaines passées au sanatorium Saint-Théodore semblaient lui avoir procuré un peu de sou­lagement ; un plus long séjour aurait été nécessaire, mais il lui tardait de rejoindre son poste.

    La veille de la Pentecôte, quoique fatigué et pouvant à peine se tenir debout, il voulut dire la messe et faire toutes les cérémonies du jour. L’après-midi, il se rendit à l’église pour y entendre un grand nombre de confessions. Quand il s’agissait du bien spirituel de ses chrétiens, le zélé missionnaire ne pouvait se résoudre à prendre le moindre repos. C’est en vain que les chefs de la chrétienté le supplièrent de quitter l’église et de rentrer au presbytère ; il entendit tous les pénitents qui voulaient se confesser. Et le soir, comme on lui proposait de faire venir un confrère voisin pour la messe du lendemain, il refusa d’y consentir.

    La nuit fut mauvaise ; M. Blanchard ne dormit pas et souffrit beau­coup. Le matin de la Pentecôte, il annonça qu’il chanterait la messe. On essaya de l’en dissuader ; peine perdue : « Laissez-moi, dit-il, je sais ce que j’ai à faire, je connais mon devoir. »

    Il eut beaucoup de peine à achever la grand’messe ; c’était une pitié de le voir. Pour faire le moindre mouvement il était obligé de s’appuyer des deux mains sur l’autel. Le soir, il se fit porter à l’église pour donner la bénédiction solennelle du saint sacrement. Quand il eut fini, on le reporta sur son lit, qu’il ne devait plus quitter. Il a vraiment travaillé jusqu’au bout, jusqu’à l’épuisement complet de ses forces, et il est mort sur la brèche.

    Le lundi de la Pentecôte, il essaya encore de se lever pour dire la messe, mais il comprit que c’était impossible. Il permit alors qu’on appelât M. Castanié qui arriva immédiatement et lui fit des frictions à la jambe pour calmer un peu ses douleurs. Mandé moi-même par le cher malade, écrit un confrère, je me rendis à Pallapaléam, le mercredi matin. Voyant le triste état où se trouvait M. Blanchard, je télégra­phiai à Erode pour appeler un médecin qui  ne put pas venir. J’en fis demander un autre à Fénipur ; de ce côté non plus, pas de secours à attendre. Je déclarai alors au malade qu’il n’y avait plus qu’une chose à faire : l’emmener avec moi à Coïmbatore. Je ne pouvais le laisser ainsi sans aucun soulagement. Je lui proposai donc de le placer sur un lit et de le faire transporter par des chrétiens. Il y con­sentit. Le vendredi soir, à 10 heures, nous quittions Pallapaléam et nous arrivions le samedi matin à 6 heures à Coïmbatore. Le docteur, appelé immédiatement, déclara que la jambe étant saturée de belladone, une opération s’imposait et qu’il la ferait le dimanche. Cependant l’état du malade s’aggravait d’heure en heure. J’appelai de nou­veau le docteur. Il dit qu’il n’y avait plus d’espoir : le malade ne pourrait pas supporter l’opération, car  l’empoisonnement du sang était trop avancé. M. Blanchard reçut les derniers sacrements et, à 5 h. ½  du soir, il rendait son âme à Dieu sans la moindre secousse. Je ne l’avais quitté ni le jour ni la nuit depuis son arrivée à Coïmbatore.

    Le cher défunt est allé célébrer au ciel ses noces d’or de prêtrise, que nous nous préparions à célébrer sur la terre au mois de décembre 1915.

    • Numéro : 895
    • Pays : Inde
    • Année : 1866