Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

André BLANCHARD (1901-1980)

Add this

     


    Enfance et jeunesse

     

    André Blanchard naquit à Châteauneuf-sur-Loire, au diocèse d’Orléans, le 3 septembre 1901. Ses études primaires terminées dans sa paroisse, il commença ses études secondaires à Orléans de 1910 à 1914, puis les termina à Pontlevoy dans le Loir-et-Cher de 1914 à 1918. Pour répondre à l’appel du Seigneur, il entra au grand séminaire d’Orléans et y poursuivit ses études ecclésiastiques jusqu’en 1922. C’est alors qu’il fit sa demande d’entrée aux Missions Etrangères, le 7 septembre 1922. La lettre du Supérieur du grand séminaire d’Orléans datée du 17 septembre apporte une appréciation favorable. Il écrit notamment : « M. l’abbé Blanchard est un bon élève ; sa famille est honorable et il a un oncle prêtre. Au séminaire sa conduite a été irréprochable. Il jouit de l’estime de ses maîtres et de ses condisciples. Son esprit est ouvert et ses études ont été très satisfaisantes. » Ces renseignements pris, André Blanchard fut admis le 19 septembre. Cependant le Supérieur du grand séminaire note que la santé de l’abbé Blanchard n’est pas tout à fait satisfaisante. On peut déjà dire que l’avenir confirmera ces craintes. Au moment où André Blanchard entra aux Missions Etrangères, il était déjà acolyte et il ne lui restait plus que deux ans d’études à faire. Ordonné prêtre le 25 mai 1924, il reçut quelques semaines plus tard sa destination pour la Mission de Chung-king, en Chine de l’Ouest. Parti de Marseille le 25 septembre 1922, il arriva dans sa mission le 29 novembre. En route, sur le Fleuve Bleu, le bateau fut mitraillé : ce qui était courant à l’époque ; des rafales de balles transpercèrent plusieurs cabines sauf la sienne ; il arriva donc sain et sauf au terme de son long voyage.

     

     

    En mission

     

    Après quelques jours de repos, il fut envoyé au petit séminaire, à Tientche pour y apprendre la langue, ensuite à Moa-U-tsao avec le P. Gallice. De 1926 à 1929, il occupa le poste de Tong koang Yi. En 1927, lors d’une insurrection projetée et fomentée par un comité révolutionnaire dans la zone du Yang-Tse, il refusa de quitter son poste, malgré les injonctions pressantes de Mgr Jantzen. Mais vers la fin de 1929, il commença à avoir des ennuis de santé ; c’est pourquoi, au mois d’octobre, il fut obligé de se rendre à Hongkong pour recevoir des soins et prendre du repos. Rentré assez bien rétabli le 15 mars 1930, il fut alors nommé au poste de Hotchouan, où il devait rester sept ans, avec cependant une interruption de quelques mois pour soigner ses yeux à Shang-Hai. C’est à cette époque qu’il profita de son séjour à Shang-Hai pour aller jusqu’au Japon où il fut charmé par l’accueil des confrères. Au cours de l’année 1935, il organisa un pèlerinage de sa paroisse au sanctuaire de sainte Thérèse situé à Kiangpeh. Pour ce pèlerinage, il reçut des délégations de toutes les chrétientés du district et les chrétiens se cotisèrent pour payer les frais de voyage et de séjour des pèlerins.

     

    Vers la fin de 1937, le P. Blanchard fut obligé de quitter son district. Son état de santé ne lui permettait plus de faire face aux obligations de son ministère. Le médecin lui prescrivit au moins un an de repos. C’est pendant ce temps de repos qu’il fut aumônier intérimaire du Carmel de Chung-king. Après largement un an de repos, il fut chargé au mois de juin 1939, d’organiser l’œuvre des orphelins de guerre. N’oublions pas en effet que sévissait alors la guerre entre le Japon et la Chine. Les combats et les bombardements faisaient de nombreuses victimes et nombreux aussi étaient les orphelins, sans compter des bandes d’enfants abandonnés qui vivaient de rapines. Le gouvernement chinois établi à Chung-king avait créé à Chung-king un Comité national de secours aux orphelins. Mais cette œuvre gouvernementale, encore à ses débuts, ne suffisait pas à la tâche. C’est pourquoi l’évêque de Chung-king, Mgr Jantzen, proposa de mettre à la disposition de ce Comité les locaux scolaires de Mapaotchang. Naturellement cette proposition fut acceptée avec empressement et le P. Blanchard fut chargé d’organiser et de diriger cet orphelinat. Dès le début, il s’aperçut que les locaux de cette école primaire n’étaient pas suffisants ; il ne pouvait recevoir que 130 enfants alors que le gouvernement lui demanda par après d’en prendre 300. Comme il n’avait pas de fonds pour agrandir les locaux, il dut se contenter d’héberger ces 130 orphelins. Selon le compte rendu de la Mission de Chung-king, le but du P. Blanchard était de donner à ces enfants une instruction élémentaire et de leur faire apprendre au moins les premiers rudiments d’un métier afin qu’ils puissent s’insérer dans la société et gagner honnêtement leur vie. Malgré l’exiguïté des locaux, on lui confia quand même 30 enfants en supplément. En fait c’était des garnements qui traînaient un peu partout et ne connaissaient ni ordre social ni discipline. Peu à peu cependant le P. Blanchard, par sa bonté et sa fermeté, réussit à « dresser » ces enfants, mais ce ne fut pas sans mal. Le P. Blanchard dirigea cet orphelinat jusqu’à la fin de la guerre en 1946, prenant ensuite la charge de pasteur de Mapaotchang jusqu’à la fin de 1947. C’est alors que Mgr Jantzen le mit en charge de la procure de la Mission de Chung-king. Malgré une santé déficiente, il se mit tout entier au service des confrères.

     

    Pendant tout ce temps les communistes chinois gagnent du terrain tandis que les troupes gouvernementales essuient des revers de plus en plus épuisants. En 1948, on prévoit que l’invasion du Setchoan et la prise de Chung-king sont inévitables. Comme par ailleurs la santé du P. Blanchard ne faisait que se dégrader, Mgr Jantzen décida de l’envoyer à Shang-Hai afin que de là il se dirige sur la France. Il arriva par avion le 5 octobre 1948.

     

     

    En France

     

    Après avoir reçu les soins que nécessitait son état et refait convenablement ses forces, le P. Blanchard reprit du ministère, notamment comme aumônier dans divers hôpitaux, à Fréjus, à la Salpêtrière, au Val-de-Grâce et en Tunisie. Il se retira ensuite pour un temps à Voreppe. Au début de 1960 et jusqu’en 1963 ou 1964, il fut vicaire à la paroisse des Avenières dans le diocèse de Grenoble. Victime d’un grave accident de mobylette, il dut renoncer au ministère et se retirer à Lauris. Gravement choqué à la tête, il portera les séquelles de cet accident tout le reste de sa vie. Il mena à Lauris une vie tranquille sans beaucoup de contacts avec les confrères de la communauté. Vers le mois de juin 1980, il entra à l’hôpital de Cavaillon pour y être opéré de la cataracte. Avant d’être opéré, il fut frappé d’une attaque qui le laissa presque incapable de se tenir debout ; ses facultés mentales furent également gravement atteintes. Comme il n’était guère commode de le soigner à Lauris, il fut transféré à Montbeton sans avoir été opéré de la cataracte. C’était le 10 juillet 1980. Pendant tout son séjour à Montbeton, il ne sortit guère de sa chambre que pour faire dans les couloirs quelques exercices de marche pendant lesquels il fallait l’aider et le soutenir. Le dimanche cependant, au prix d’un gros effort, il venait assister à la messe. Les autres jours il recevait la Sainte Communion dans sa chambre.

     

    Avec le calme et le repos, ses facultés revinrent plus ou moins et, malgré sa vue qui baissait de plus en plus, il réussissait à lire ou au moins à déchiffrer le journal. Il réclamait l’opération de la cataracte. Le spécialiste qui le soignait espérait pouvoir améliorer son état et peut-être pouvoir le confier à un oculiste. Il fut donc de nouveau hospitalisé à la clinique de Beaupuy près de Toulouse. En fait on ne put rien pour lui. Aussi fut-il renvoyé à Montbeton où il arriva dans un état bien pire qu’avant son entrée en clinique. Depuis lors il ne fit que languir. Bientôt il devint presque incapable d’avaler même du liquide. Enfin il s’éteignit le 21 février au soir. Ses obsèques eurent lieu à Montbeton le 24 février.

     

    Telles sont les grandes lignes de la vie sacerdotale et missionnaire du P. Blanchard.

     

     

    L’homme — Le prêtre

     

    Le P. Blanchard était doué d’une belle intelligence et d’une excellente mémoire : ce qui lui permit d’acquérir une très bonne connaissance de la langue chinoise. Cette parfaite connaissance de la langue facilitait ses rapports avec les gouverneurs civils et militaires de la région, avec lesquels il avait de fréquentes et amicales relations. Il allait parfois avec l’un ou l’autre à la chasse aux canards sauvages sur le Kia-Linh-Kiang. Parfois aussi il les invitait à sa table. Ils lui rendaient d’ailleurs la politesse. Mais à la longue, cela eut de funestes conséquences pour le P. Blanchard, au point de vue de sa santé qui n’était déjà pas brillante.

     

    Ces relations avec les gouverneurs avaient encore un autre avantage : c’était de lui permettre d’intervenir auprès des autorités en faveur des chrétiens, au cours de nombreux procès. Sans violer la justice, il savait soutenir le bon droit des faibles et souvent leur obtenir gain de cause.

     

    Naturellement tout l’apostolat du P. Blanchard ne se limitait pas à cela. A Ho-Tchouan, il dirigeait avec compétence deux écoles florissantes et avait un dispensaire où se présentaient chaque jour de nombreux malades pour y recevoir les soins appropriés. Les frais étaient à la charge d’une association chrétienne « d’action sociale ».

     

    Si la paroisse de Ho-Tchouan comptait environ 1000 chrétiens, les païens ne manquaient pas. Que faire pour leur annoncer l’Evangile ? Le P. Blanchard mobilisa et éduqua des catéchistes volontaires et les résultats furent encourageants. Il remarquait cependant une déficience dans ce groupe, c’est qu’il manquait un chef qui pût coordonner les activités et donc obtenir sans doute de meilleurs résultats. Toujours dans un but apostolique, le P. Blanchard ouvrit une « Salle de lecture ». De temps à autre, il organisait une fête plus solennelle, par exemple celle qui eut lieu à l’occasion de la bénédiction de trois belles cloches. C’était des fêtes populaires, mais le côté religieux n’était pas négligé. Ainsi cette bénédiction de cloches fut précédée d’un triduum fort bien suivi. En plus de la salle de lecture ouverte à tout le monde, le P. Blanchard faisait aussi du cinéma avec un modeste « Pathé-Baby» : les films humoristiques alternaient avec les films à caractère religieux et le P. Blanchard commentait les uns et les autres. Il s’occupait de ses chrétiens non seulement pour les défendre au besoin, mais aussi pour les instruire. Au dire d’un de ses anciens vicaires, il avait une grande facilité de parole. Mais ses sermons étaient plutôt longs et pas toujours bien préparés. « Dans ce cas-là, disait-il, je n’arrive pas à trouver une conclusion. » Les catéchumènes étaient aussi l’objet de tous ses soins. Quand il quitta la paroisse de Ho-Tchouan, un groupe se préparait au baptême et le confrère qui le remplaça témoigne qu’ils « étaient bien formés et avaient acquis une bonne instruction religieuse ». A l’orphelinat de Ma pao tchang, il réussit aussi à éveiller à l’Evangile un bon groupe des enfants qui lui avaient été confiés.

     

    Pour son ministère en France, aux Avenières, au diocèse de Grenoble, nous avons le témoignage d’une religieuse qui a travaillé avec lui à cette époque. En voici l’essentiel : « Sans porter le titre de curé, il en assumait la charge car le curé aimait bien s’absenter. Les gens l’appelaient le « Père Chinois », car il aimait bien parler de son ministère en Chine. Il était assidu au confessionnal et les gens pouvaient se confesser facilement. Pendant la semaine, il célébrait la messe dans l’oratoire des religieuses ; le dimanche il disait une des messes paroissiales. Ses sermons étaient bien préparés mais cependant un peu longs. Il visitait assidûment les malades que lui signalaient les religieuses infirmières... C’était un homme cultivé connaissant la musique et la peinture. » Quand la religieuse qui donne ce témoignage faisait quelque faute d’accompagnement, il les lui signalait gentiment. Il fréquentait aussi alors une artiste-peintre, une infirme qui peignait avec la bouche. Lui-même a fait quelques toiles. Et la religieuse de conclure : « Tout en habitant à la cure, le P. Blanchard était seul... Quel dommage qu’il ne se soit pas trouvé dans une bonne équipe ! » Cette solitude l’entraînait à des compensations regrettables qui nuisaient à sa santé et une fois ou l’autre ont été cause de graves accidents.

     

    Le P. Blanchard repose au cimetière de Montbeton avec d’autres confrères de la Mission de Chung-king, en particulier son ancien évêque, Mgr Jantzen. Si leurs corps sont redevenus poussière, nous avons la ferme espérance que tous ensemble ils chantent au ciel la gloire du Seigneur et intercèdent pour la Chine.

     

     

    • Numéro : 3263
    • Pays : Chine France
    • Année : 1924