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Martial BLANC (1882-1908)

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    Le petit séminaire de Pondichéry est encore sous le coup de la tristesse causée par la mort presque subite de M. Blanc. Bien qu’il fût parmi nous depuis deux ans et demi seulement, il avait cependant su gagner la sympathie et conquérir l’estime de tous, maîtres et élèves, par sa bonté, son dévouement et sa simplicité.

    M. Martial Blanc, né en 1882, à Saint-Péray (Ardèche), fut élevé à l’école apostolique que les Pères Jésuites dirigeaient alors près de La Louvesc, où se trouve le tombeau de l’apôtre du Vivarais, saint François Régis.

    Peut-être faudrait-il attribuer à une grâce obtenue en ce lieu de pèlerinage célèbre, la vocation de M. Blanc destiné par Dieu à être professeur et apôtre comme saint François Régis. Mais on peut aussi attribuer cette vocation aux exemples de foi et de piété qu’il trouva auprès des siens. Sa famille, en effet, était foncièrement chrétienne. Parmi les frères du cher défunt, nous comptons deux prêtres et un religieux. Le jeune Martial conserva, pendant tout le temps de ses études, les sentiments de piété et de foi ardentes puisés au foyer paternel. S’il ne fut pas un de ces élèves qui attirent sur eux l’attention de tous par leurs éclatants succès scolaires, du moins il fut toujours parmi les bons élèves, et malgré une maladie qui lui fit perdre près d’une année d’études, il se maintint parmi les premiers de sa classe.

    Au mois de septembre 1900, nous le retrouvons aspirant missionnaire au séminaire de l’Immaculée-Conception à Bièvres. Tous ceux qui l’y ont connu ont gardé le souvenir de son caractère affable et de sa simplicité. Rien ne faisait pressentir alors que, parmi ces jeunes gens dont beaucoup étaient loin d’avoir sa force et sa santé, il serait un des premiers à mourir. Durant cinq ans (y compris l’année de son service militaire) il fut bon séminariste, aimable confrère, justement remarqué pour son amour du travail et sa piété.

    Après son ordination sacerdotale, le jeune prêtre reçut comme destination la mission de Pondichéry, où il débarqua joyeusement au mois de décembre 1905. Trois semaines après, Mgr Gandy le désignait comme professeur au petit séminaire. Qu’il accepta avec joie cette nomination, je n’oserais l’affirmer, mais il en reçut l’annonce avec sa simplicité et sa soumission ordinaires. Quoi qu’il en soit, il se donna tout entier à cette œuvre, qu’il estimait à bon droit belle et importante : instruire en édifiant et former des chrétiens sinon des prêtres. Professeur clair et méthodique, maître dévoué et actif, apprécié de son supérieur, qui ne lui ménageait ni les conseils ni les encouragements, il fut estimé de ses élèves qui gardent pour lui un respect mêlé d’amitié, et ont été heureux de lui montrer leur reconnaissance en venant tous spontanément faire la sainte communion pour le repos de son âme.

    M. Blanc travailla ainsi à la formation de la jeunesse jusqu’au moment où une maladie imprévue et terrible vint le terrasser. Ce fut le samedi Saint, 18 avril 1908, que parurent les premiers de ces symptômes auxquels personne ne peut se tromper. Lui-même comprit le danger et demanda à Mgr Gandy la permission de se rendre à l’hôpital de Bangalore, dirigé par les Sœurs du Bon-Pasteur d’Angers, si bonnes et si dévouées pour nos Pères malades. Il y arriva le mercredi 22 avril et, dès le premier jour, les crachements de sang furent si abondants, que le médecin prononça de suite le nom de phtisie galopante. Aussi, dès le soir de ce même jour, il se confessa et le lendemain matin reçut la sainte Communion et l’Extrême-Onction, en pleine connaissance et avec une grande piété. Ainsi fortifié par la grâce du sacrement, il s’abandonna à la volonté du bon Dieu et fut un vrai modèle de patience et de résignation. Il lui en coûtait cependant de se soumettre à une mort si prompte, qui devait arrêter son ministère dès son commencement, et faire de lui une de ces fleurs trop tôt fanées qui ne durent qu’un matin. Il demandait à la Sœur de l’Assomption qui le soignait :  Je suis perdu, n’est-ce pas ; je ne guérirai pas; dites-le-moi franchement ?  Et sa garde-malade de répondre : Le docteur vous trouve très mal; il n’a guère d’espoir.  Il reprenait alors :  Il est triste de mourir jeune, après deux ans et demi de  mission. Je voudrais travailler encore; l’ardeur et le courage ne me manqueraient pas.  Le troisième jour après son arrivée à l’hôpital, il appelle encore la bonne Sœur de l’Assomption, et lui dit :  Je vois qu’il n’y a pas de secours du côté des hommes. Mais la sainte vierge de Lourdes peut me guérir. Cependant elle n’y est pas obligée. Je crois qu’elle aimerait m’avoir avec elle dans le ciel pour le mois de mai. Je veux bien y aller. Que sa volonté soit faite ! Et il baisait avec ardeur une petite statue de Notre-Dame de Lourdes qui, teinte de son sang pendant un accès, a été envoyée à sa famille. Le mercredi 29 avril, à 9 heures ¼ du matin, il appela de nouveau sa dévouée grade-malade : C’est l’agonie, dit-il, appelez M. Bertho.  (Ce Père, se trouvant aussi souffrant, habitait la chambre  voisine.) Il accourut aussitôt, lui donna une dernière absolution et commença à réciter les prières des agonisants. À 10 heures et quelques minutes, M. Blanc rendit sa belle âme à son Créateur.

    Le soir même de ce jour, il fut enterré dans le petit cimetière où reposent déjà tant de missionnaires de Pondichéry, près de l’église du Sacré-Cœur. À la cérémonie assistaient les missionnaires de Bangalore, dont plusieurs avaient été ses confrères de séminaire, et dont quelques-uns avaient été ses gardiens pendant ses dernières nuits.

    Puisse notre cher confrère du haut du ciel, payer avec la sienne notre dette de reconnaissance envers tous ceux qui lui ont donné leurs soins !

     

     

     

     

     

    • Numéro : 2868
    • Pays : Inde
    • Année : 1905