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Gustave BLANC (1844-1890)

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    Le 21 février, un télégramme de Séoul nous annonçait que Mgr Blanc venait de rendre le dernier soupir et que l’église de Corée était veuve de son premier pasteur. C’est à quarante-six ans, après vingt-trois ans de mission et sept ans d’épiscopat, au moment où pour la Corée s’ouvre une ère nouvelle, alors qu’il commence à recueillir dans l’allégresse ce qu’il a semé dans les larmes, que le successeur des Imbert, des Berneux, des Daveluy, des Ridel, est ravi à l’affection de ses missionnaires et des fidèles.

    Mgr Gustave-Marie-Jean Blanc naquit à Reugney dans le diocèse de Besançon, le 6 mai 1844. Il était très jeune encore quand sa famille se fixa dans la Loire. En 1862 nous le trouvons au séminaire d’Alix, alors dirigé par les missionnaires diocésains de Lyon, où il fait sa philosophie.

    Son entrée à Alix, écrivait un de ses biographes, fut un acte de courage. « Il venait, en effet, d’un lycée (celui du Puy), et ce n’est pas là que les vocations ecclésiastiques ont coutume de s’épanouir ; aussi bien, ce n’était pas non plus pour l’acheminer au séminaire que ses parents l’avaient fait passer par l’université. Il était habituellement discret sur les luttes par lesquelles il emporta sa vocation, comme un soldat emporte une redoute. Mais ce qui nous révélait suffisamment combien cette première victoire avait dû lui coûter, c’étaient ses soins pour en assurer les résultats. Il fut dès le premier jour d’une piété exemplaire et d’une fidélité inexorable à tous les détails du règlement. Son regard et ses traits aveient habituellement l’empreinte de la douceur ; mais on pouvait cependant y suivre, à un éclat et à des contractions qui ne parvenaient pas toujours à se dissimuler, la violence que la transformation de ses goûts et de son caractère lui coûtait. »

    Une lettre que M. Blanc écrivait le 31 décembre 1862 à un condisciple de lycée, devenu comme lui aspirant au sacerdoce, peint admirablement les sentiments dont il était animé, combien il appréciait le bienfait de sa vocation, et ce qu’il faisait pour y correspondre. Pour la première fois il y révèle les aspirations de son âme à l’apostolat et au martyre.

    Que les temps sont changés ! Il y a un an, nous étions tous deux, à pareille époque, au lycée du Puy, et aujourd’hui tu es au séminaire d’Autun et moi au séminaire d’Alix. Oh ! que nous sommes heureux d’avoir survécu au naufrage, et d’être venus chercher la vie au port du salut ! Nous ne pourrons jamais trop bénir le Ciel de nous avoir arrachés du gouffre béant du monde qui semblait devoir nous engloutir pour toujours. O prodige d’amour ! O religion d’un Dieu impénétrable, que tu es belle!

    Mon cher ami, mon bonheur est encore plus grand que tu ne saurais le concevoir, Dieu a voulu me donner des maîtres dont  les exemples et les instructions ont profondément touché mon cœur. À l’heure qu’il est, je fais tous mes efforts pour me convertir entièrement. J’ai déjà bien donné des coups de cognée à l’arbre. Cependant ie ne désespère pas, et les yeux attachés à la croix sur laquelle un Dieu a bien voulu mourir, pour nos péchés, je marche avec courage et persévérance vers le but que je me suis proposé.

    Mon cher ami, je suis pour le moment absorbé par un projet ; heureux si je le mène à bonne fin, et le voici : Je brûle du désir de me faire missionnaire pour les pays étrangers ; par exemple, pour aller en Chine ou au Japon, peu m’importe. Ne me taxe pas de folie avant que je t’explique mes raisons : Jeune encore, lorsque j’allais chez les frères, et que l’on commentait en classe les saintes Ecritures, j’ai plus d’une fois souhaité que les persécutions contre l’Eglise recommençassent, afin de donner aussi ma vie pour la plus grande gloire de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Plus tard, arrivé au lycée, cette idée s’est un peu, même beaucoup effacée de ma mémoire. Maintenant elle est plus puissante que jamais, et d’autant plus impérieuse que le repentir de mes fautes doit être plus grand… tout semble concourir à m’encourager et à me fortifier dans mon projet ; seule l’opposition de mes parents y met obstacle, car ils se refusent à me donner la permission de partir. Avant la fin de l’année j’espère l’obtenir. J’ai la confiance que c’est le Ciel qui m’appelle. Aussi, je m’efforce de me rendre digne d’un tel ministère. Je prie avec ferveur; j’écoute avec soin et je pratique avec zèle les instructions de mon directeur à qui j’ai déjà dévoilé mon secret…

    L’espoir qu’avait M. Blanc de partir cette même année pour le séminaire des missions, fut décu ; la tendresse paternelle opposa à l’exécution de ce projet des résistances d’autant plus vives qu’elles paraissaient mieux autorisées par le jeune âge du postulant. Celui-ci, se résigna sans se décourager, et continua à Alix d’abord, puis au grand séminaire de Lyon, à préparer en lui-même l’accomplissement des desseins de Dieu, en travaillant à sa sanctification.

    Bien qu’il tînt caché le projet qui le préoccupait, cependant, continue son biographe : On devinait que de grandes ambitions s’agitaient en lui, et que son âme se préparait un cœur et une volonté capables d’en supporter le poids. Il était clair qu’une pensée unique s’était emparée de lui : que cette idée lui demanderait de grands sacrifices, et qu’il voulait être prêt quand sonnerait l’heure de les accomplir.

    Il s’entraînait aux difficultés de l’avenir, en recherchant et surmontant toutes celles qu’il pouvait rencontrer autour de lui. C’était le côté difficile des choses qui avait de l’attrait pour lui. Dans sa tenue partout, dans la légèreté de son vêtement pendant l’hiver, dans son acharnement au travail, dans la mesure qu’il imposait à ses récréations, chacun voyait qu’il s’exercait à une vie austère et qu’il s’aguerrissait à toutes les privations et à toutes les fatigues. Et comme, à Lyon, c’est de tradition qu’il y a chaque année des départs pour les missions étrangères, on ne tarda pas de dire tout bas, puis tout haut haut, que M. Blanc serait le candidat du cours. Il entrait, en effet, l’année suivante (1864) au séminaire des Missions-Étrangères.

    Au moment où allaient se réaliser enfin ses desseins les plus chers, ceux-là mêmes qui depuis des années absorbaient son âme et inspiraient sa conduite, Dieu le soumit à l’épreuve. Il a retracé dans une autre lettre à son ancien camarade de lycée, demeuré son confident, le récit de cette lutte qui se termina par le triomphe de sa vocation.

    Il venait de recevoir la décision de son directeur, Dieu l’appelait à l’apostolat : Je ne puis te dire les sentiments qui se pressèrent alors en foule dans mon petit cœur, de joie et de crainte, de reconnaissance et de repentir. Mais le diable fut aussi de la partie, et dès le commencement il s’efforça de me faire renoncer à mon projet par toutes sortes de perspectives, par des avantages qu’il me présentait, ainsi que par les souffrances dont il me faisait entrevoir la proximité et la continuité. Mais j’étais fort de l’appui de la sainte Vierge et de l’approbation de mon directeur.

    Arrivé en vacances, toute ma famille, heureuse de me posséder, était de temps en temps troublée et émue par des propositions de séparation que j’émettais, on tremblait, on argumentait. Je fis alors un voyage de trois semaines en Suisse, résolu de partir de là pour Paris sans avertir personne. Dieu ne le voulut pas, je revins, et au bout de peu de jours, je fis annoncer par M. le curé de Saint-Germain-Laval que je partais dans quatre jours. Oh, mon cher ami, il m’est impossible de te peindre les scènes de douleur, de désespoir qui eurent lieu pendant quatre jours entiers, les cris de ma mère, ses pleurs, l’état de mon père et de ma pauvre sœur. Vraiment je n’y aurais pas tenu sans une protection spéciale de Dieu et de la sainte Vierge qui fut toute ma consolation durant ces terribles jours. Aujourd’hui encore, je suis tout étonné de la force que j’avais alors…

    M.Blanc n’était que tonsuré à son entrée au séminaire des Missions-Étrangères, où il devait passer deux ans et demi. Il y acheva ses études théologiques et y recut successivement les saints Ordres. Nous regrettons que les limites de cette notice ne nous permettent pas de reproduire les lignes dans lesquelles il décrit si bien les dispositions qu’il apportait à l’ordination et le progrès constant qu’il faisait dans la piété et la vertu.

    Enfin, le 22 décembre 1866, il recevait l’onction sacerdotale et sa destination pour la Corée. C’est sous l’impression de ce double événement qu’il écrivait à son ami : « Tout est fini, et très probablement cette lettre sera la dernière que tu recevras avant le long voyage que je vais entreprendre avec l’aide du divin Jésus et de la bonne Mère.

    Prêtre depuis Noël, déjà plusieurs fois j’ai commandé à la victime d’amour de s’immoler sur l’autel. J’ai tenu mon Jésus dans mes mains frémissantes alors de respect et d’amour ; et ce bonheur, chaque jour se renouvellera plus vif et plus saisissant encore. Ah ! jusqu’ici je n’ai fait que recevoir; et je suis presque écrasé sous le poids des bénédictions célestes. Mais voici le moment où je pourrai prouver à mon Jésus que je l’aime ; désigné pour la noble mission de Corée, mon cœur palpite, et la seule pensée que la terre des martyrs, la presqu’île des saints est désormais mon partage, me fait tressaillir. Demande pour moi que mon cœur soit encore mille et mille fois plus embrasé d’amour, que ma pensée du jour et de la nuit soit Jésus et Jésus crucifié ! Oh, je suis heureux de me voir sur le chemin du Calvaire, car j’aurai beaucoup à souffrir en Corée…

    On était, en effet, au lendemain d’une tempête épouvantable qui avait ravagé cette jeune et héroïque église, et ajouté à son martyrologe les noms de ses deux évêques, de sept missionnaires et d’un grand nombre de fidèles. Une expédition malheureuse, entreprise pour venger le sang des martyrs et rendre la paix et la liberté de conscience aux survivants, n’avait fait qu’augmenter la rage des persécuteurs et multiplié le nombre des victimes. Les trois mis-sionnaires qui avaient échappé au glaive des bourreaux, éloignés malgré eux de leur troupeau désolé, aspiraient à revenir au milieu de leurs ouailles pour les soutenir, les consoler, partager leurs souffrances et, au besoin, mourir pour elles. Trois jeunes prêtres leur étaient envoyés pour remplacer les martyrs. De ces six missionnaires, deux seulement devaient aborder en Corée : l’un, Mgr Ridel, pour confesser Jésus-Christ dans les prisons de Séoul, et l’autre, Mgr Blanc, pour recueillir la succession de l’évêque confesseur de la foi et relever de ses ruines l’illustre église de ce pays.

    Ce ne fut qu’après plusieurs et périlleuses tentatives que M. Blanc put, en 1876, pénétrer dans sa chère mission. Son exil avait duré près de dix ans. Moins heureux que lui, ses deux compagnons de route ne devaient pas même entrevoir la terre promise, M. Martineau était déjà mort, et M. Richard s’éteignait lentement à Notre-Dame-des-Neiges, en Mandchourie. Un jeune missionnaire, M. Deguette accompagnait M. Blanc. Une même œuvre les associait pour courir les mêmes périls, se dépenser aux même labeurs ; une même maladie devait trop tôt, hélas ! les réunir dans la tombe pour recevoir de Dieu la même récompense.

    Heureusement débarqué, M. Blanc se mit de suite à l’œuvre. Il trouvait la mission, après une persécution cruelle et un abandon de plus de dix ans, dans un état lamentable. La plupart des chrétiens qui avaient survécu à la tourmente, étaient dispersés au loin dans les montagnes, où ils étaient réduits à la plus profonde misère. Les plus à plaindre étaient ceux qui vivaient au millieu des païens et dont la foi aussi bien que la vertu courait les plus grands périls. La présence des missionnaires fut à peine connue que de tous côtés on accourut pour les voir et solliciter le secours de leur ministère. Pendant que M. Deguette était pendant de longs mois retenu sur sa natte par une maladie qui le mit à deux doigts du tombeau, M. Blanc se prodiguait, le jour, la nuit, à la capitale, en province. Les fatigues étaient grandes, la nature souvent succombait, mais Dieu le dédommageait, l’encourageait par les succès de son ministère.

    Une grande consolation vint bientôt s’ajouter à toutes les autres. Encouragé par les bonnes nouvelles qu’il recevait, Mgr Ridel accompagné de deux jeunes missionnaires aborda à son tour, en Corée. Mais hélas ! la joie que ressentit M. Blanc en revoyant son évêque fut de courte durée. Celui-ci n’était dans sa mission que depuis quelques mois, lorsque sa présence fut connue ; arrêté, jeté en prison, ce ne fut qu’après avoir enduré de longues souffrances qu’il fut reconduit en Chine sur la demande du gouvernement de Péking.

    L’arrestation du vicaire apostolique fut un coup de foudre pour la mission, la persécution recommenca, les missionnaires durent suspendre leurs travaux pour se soustraire aux recherches des satellites. Les Annales de la propagation de la foi ont publié la lettre par laquelle M. Blanc relate les péripéties de sa fuite.

    Après le départ de Mgr Ridel, tout le poids de l’administration retomba sur M. Blanc, que le prélat avait choisi pour provicaire. La situation était aussi difficile que périlleuse. Mais le missionnaire se montra digne de la confiance de son évêque et fut à la hauteur des circonstances. Dieu lui vint en aide en rendant un peu de tranquillité aux chrétiens. Cette tranquillité, menacée un instant par l’arrestation de M. Deguette, ne fut pas cependant sérieusement troublée, et les missionnaires petit à petit, et en usant de la plus grande prudence, purent reprendre le cours de leurs travaux.

    Lorsque de son exil, frappé d’une cruelle maladie, Mgr Ridel dut quitter le Japon où il s’était fixé, attendant une occasion favorable de rentrer dans sa mission, et retourner en France chercher une guérison que le bon Dieu n’accorda pas à nos prières, le Prélat envoya à son provicaire les brefs apostoliques qui lui conféraient le titre et la charge de coadjuteur, avec l’ordre de profiter de la première occasion pour aller recevoir la consécration épiscopale. C’est à Nagasaki, le 8 juillet 1883, que le nouvel évêque fut sacré des mains de Mgr Petitjean.

    À son retour en Corée, Mgr Blanc se remit à l’œuvre. Il était secondé par sept missionnaires qui, au prix de fatigues inouïes, parcouraient toute la Corée, visitant les moindres chrétientés, procurant aux néophytes le bienfait des sacrements. En fait, le gouver-nement se montrait tolérant, d’autres préoccupations d’ailleurs l’absorbaient.

    Si favorable qu’elle fût, la situation cependant demeurait précaire. Le Japon, les Etats-Unis d’Amérique, l’Angleterre, l’Allemagne, la Russie, avaient bien conclu des traités avec la Corée, qui leur ouvraient les portes du pays, mais la France n’avait pas encore paru, et les missionnaires demeuraient abandonnés à la merci d’un pouvoir qui du jour au lendemain pouvait redevenir persécuteur.

    Nous sommes toujours au ban de l’empire, écrivait Mgr Blanc en 1884, et à la merci du premier satellite venu ; mais, Dieu veille sur nous, et ce que Dieu garde est bien gardé. L’année prochaine nous ferons le centenaire de l’introduction de notre sainte religion dans le royaume de Corée. Durant ce court espace de temps, que de sang versé, que de ruines amoncelées, néanmoins, comme partout, le résultat final est le triomphe de la croix.

    Et en 1885 il écrivait encore : Ici, la situation n’a pas changé. Nous sommes toujours dans un état qui n’est ni la paix ni la guerre et qui, par là-même, exige de nous de plus grandes précautions, afin de ne rien compromettre. Cependant, l’œuvre de Dieu continue petit à petit. Cette année, le nombre des baptêmes d’adultes dépasse 500. Nous sommes ici neuf missionnaires, dont deux résident à la capitale, moi et le procureur de la mission… Jusqu’ici nous ne possédons rien de public, n’ayant pas la permission de paraître au grand jour…

    Malgré ce que cet état de choses avait de précaire, Mgr Blanc devenu, dès 1885, vicaire apostolique par la mort du vénérable Mgr Ridel, marchait de l’avant. À la capitale même, il fondait un collège chinois-coréen, un orphelinat et un hospice pour les vieillards. La France enfin allait déployer son pavillon sur cette terre de Corée si souvent arrosée du sang de ses prêtres ; elle envoyait pour représenter ses intérêts et ceux du catholicisme un homme aussi capable que dévoué, M. Colin de Plancy, dont le nom restera cher aux missionnaires et aux chrétiens de Corée .

    Assuré de l’avenir, Mgr d’Antigone donne libre cours à son zèle, il appelle de France les vaillantes filles de Saint-Paul de Chartres pour tenir son orphelinat et son hospice ; il s’occupe activement de la formation d’un clergé indigène, établit sur un pied convenable son sémi-naire, envoie au collège général de Pinang plusieurs aspirants au sacerdoce, acquiert un magnifique terrain à la capitale pour y construire sa cathédrale, sa résidence et son sésidence et son séminaire. Tous ces travaux ne l’absorbent pas à ce point de lui faire perdre de vue les chrétientés de la province. Il encourage et dirige le zèle et les labeurs de ses missionnaires dont le nombre augmente chaque année et dont le ministère produit des fruits de plus en plus abondants de salut.

    Sauf les misères et les préoccupations de chaque jour, écrivait-il, nous sommes les missionnaires les plus heureux et les plus favorisés que je connaisse, Dieu est véritablement avec nous et nous entoure continuellement d’une sollicitude si paternelle, que c’est avec la plus grande joie que nous travaillons et portons le joug du Seigneur. Si chaque année voit grossir le nombre des ouvriers apostoliques en Corée ; il est vrai de dire que le chiffre de nos chirétiens augmente en proportion.

    C’est au milieu de ces projets et de ces travaux que la mort est venue le frapper. Elle fut précédée ne plusieurs épreuves auxquelles il fut très sensible. Il les racontait ainsi dans une lettre adressée à sa sœur :  Cette année 1889 est vraiment pour nous une année de malheurs. La sœur Zacharie, supérieure de l’orphelinat, meurt en février, enlevée par la fièvre typhoïde ; en mai, je me casse le bras en tombant sur la glace, et j’en ai pour quarante jours. À la fin d’avril j’ai la douleur de perdre M. Deguette, emporté lui aussi par la fièvre typhoïde. C’était un de mes meilleurs missionnaires et mon premier compagnon, lorsqu’en 1876, nous pûmes entrer en Corée. M. Deguette était à peine mort que la sœur Estelle, obligée de porter à elle seule la charge et la direction de l’orphelinat, est tombée gravement malade de fatigue et d’émotion, et pendant quarante jours, elle est restée entre la vie et la mort. Grâce, cependant, à Notre-Dame de Lourdes et à son eau miraculeuse, la sœur Estelle fut sauvée.

    Nous commencions à respirer un peu, lorsque le 21 juin, je pris la fièvre, avec douleurs, pertes de sommeil et d’appétit, et cela, avec des alternatives de chutes et de mieux, a continué jusqu’aux premiers jours d’août…Actuellement je suis aussi fort et vaillant que jadis…Moi aussi j’ai pris de l’eau de Lourdes, et c’est à la bonne Mère que j’attribue ma guérison…

    Cette guérison ne devait pas être durable. Le 21 février dernier un télégramme annonçait la mort du vaillant évêque. Lui aussi succombait à la fièvre typhoïde et emportait dans  la  tombe  les regrets de ses missionnaires et des chrétiens de la Corée.

    • Numéro : 928
    • Pays : Corée
    • Année : 1867