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Victor BISSON (1844-1890)

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    M. Hinard, aujourd'hui directeur du séminaire des Missions-Étrangères , nous écrivait de Mandchourie, le 24 juillet dernier :

    M. Victor-François Bisson naquit en 1844 à Briouze, diocèse de Séez. Arrivé en Mandchourie dans le courant de 1869, il fut envoyé presque immédiatement à Soung-chou-tsouei-tsé. Il trouva là « le saint de la Mandchourie, » l’admirable M. Venault et commença, sous sa direction, l’exercice du ministère apostolique . Le district comprenait non seulement la grande chrétienté qui a été cédée, depuis lors, aux missionnaires belges, mais encore les deux districts de « Leen-chan et de Siao-hei-chan. » Dans un champ si vaste, le travail ne manquait pas, et il fallait le zèle d’apôtre de M. Venault pour faire face, chaque année, aux nécessités spirituelles d’une foule de petits postes, séparés les uns des autres par des distances considérables.

    M.Bisson ne tarda pas à prendre sa part des fatigues de l’administration. Jeune et ardent, le nouveau missionnaire ne demandait qu’à dépenser pour les malades les forces que le bon Dieu lui avait données, et on le vit souvent parcourir à cheval, avec une rapidité étonnante, d’énormes distances, pour assister les moribonds du district. Ni le froid de l’hiver ni la chaleur de l’été ne l’arrêtaient : il était prêt à toute heure du jour et de la nuit. Le cheval, qu’il savait choisir entre mille, dur à la fatigue, rapide comme le vent, semblait animé de la même ardeur que le cavalier : nul doute que beaucoup de malades n’aient dû à cet entrain du jeune apôtre le bienfait des derniers sacrements.

    Cependant M. Venault quittait le district de Soung-chou-tsouei-tsé et M.Bisson restait seul, à l’ouest, en attendant un nouveau confrère . Il lui arriva une fois, m’a-t-il dit lui-même, de passer onze mois consécutifs en dehors de sa résidence pour la visite annuelle des chrétiens et le soin des malades. Ces voyages continuels l’empêchèrent d’étudier la langue chinoise d’une manière suivie, sous la direction d’un maître. Aussi n’a-t-il jamais réussi à bien prononcer cette langue d’ailleurs si difficile. Notre cher confrère savait tout, mais l’exprimait avec peine, et quand on n’était pas habitué à sa prononciation, il était difficile de saisir sa pensée. Ses chrétiens , au contraire, le comprenaient toujours , car malgré cette prononciation défectueuse, il possédait parfaitement  le langage parlé.

    M. Letort ayant rejoint M. Bisson, le district de l’ouest fut divisé en deux; M. Bisson s’installa à Siao-hei-chan. Là il se montra tel qu’il avait été jusqu’alors, c'est-à-dire courageux et zélé. On peut même dire qu’il fut trop insouciant en ce qui regarde le soin que l’on doit prendre de sa santé, il ne se ménagea pas assez et fut quelquefois imprudent. À la fin de 1874, notre confrère se trouva tellement fatigué qu’il dut venir à Ing-tsé, prendre un peu de repos : les souffrances avaient commencé pour lui. Il n’était pas plus tôt arrivé que la petite vérole se déclara ; le malade dut garder le lit pendant un long mois et ses forces ne revinrent que petit à petit.

    M. Boyer, provicaire, le jugeant assez rétabli l’envoya au nord dans le district de Ouang-hou-tse,où les fatigues ne lui manquèrent pas. En effet, chaque année, l’administration exigeait de lui des courses très longues, à travers les forêts, sur les rivières et les fleuves. Chargé, en 1880, de bâtir la résidence de Chou-kaei-touo, il construisit dans ce nouveau poste une chambre pour le missionnaire et un petit oratoire pour les chrétiens. Tout le monde fut surpris de voir qu’avec les faibles ressources dont il disposait, notre confrère avait organisé une telle résidence. M. Bisson s’entendait aux choses pratiques ; très économe, il tirait parti de tout et ne laissait rien se perdre. Les constructions terminées, il retomba malade et se trouva paralysé du côté droit : c’était en 1882. Force lui fut de revenir au sud, d’où après quelques mois de traitement, il se crut assez robuste pour retourner au nord. En 1884, nouvelle rechute et nouveau voyage à Ing-tse. Les médecins déclarèrent que le malade devrait chercher pour passer l’hiver, un climat plus doux que celui de la Mandchourie. Il partit donc pour le sanatorium de Béthanie. Mais , au printemps 1885, ne pouvant se résigner à vivre loin de ses confrères, M. Bisson revint en Mandchourie avec Mgr Dubail. Placé auprès de M. Monnier, il passa trois ans à Nieou-tchouang. En 1888, Mgr Raguit le chargea du district de Iang-kouan, le plus facile à administrer de toute la mission. C’est là à neuf lieues du port d’Ing-tse que la mort nous l’enleva presque subitement. Bien que plus fatigué depuis une vingtaine de jours , M. Bisson ne donnait aucun signe de mort prochaine ; il paraissait même devoir se remettre tant bien que mal, selon son habitude. Le 17 juin à cinq heures du soir, survient une crise ; le malade ordonne à ses catéchistes d’envoyer immédiatement un courrier au P. Lavessière pour le prier de venir l’administrer. Le courrier n’était pas parti que notre cher confrère mourait, en pleine connaissance, sans agonie, au milieu de ses chrétiens que la nouvelle du danger avait tous réunis près de lui. Sa dépouille mortelle repose sur la colline, en face de la résidence, à côté du P. Hei, prêtre indigène, décédé à Iang-kouan, avant l’arrivée de Mgr Verrolles, il y a cinquante ans.

    Le P. Bisson avait bon cœur ; les pauvres de Iang-kouan l’aimaient, parce qu’il se montrait généreux à leur égard. Homme d’ordre, son cahier de messes, ses comptes particuliers, les comptes de la fabrique, de la Sainte-Enfance et des catéchuménats, tout était en règle, à sa mort. Le bon Dieu lui aura tenu certainement grand compte des souffrances qu’il a endurées, pendant les huit dernières années de sa vie, et qui l’ont empêché de travailler autant qu’il aurait voulu au salut des âmes ; il a vécu et il est mort pour elles : cela lui suffit : Requiescat in pace.

     

     

    • Numéro : 1021
    • Pays : Chine
    • Année : 1869