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Jean-Marie BIRBES (1841-1892)

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    M. Badie nous a fourni les détails qui suivent sur la maladie et la mort du regretté P. Birbes (Jean-Marie).

    Le 17 août, malgré les instances de ses chrétiens, le P. Birbes déjà malade partit pour Ta-tchay et fit trente ly à pied, sous un orage terrible, par des chemins affreux. Il arriva à Ta-tchay très souffrant et fut obligé de s’aliter. Il éprouvait de vives douleurs dans la poitrine. Le lundi 21 août, quatre hommes le transportèrent à Siao-pou-tsé. En revenant des funérailles du P. Doyon, je m’arrêtai pour le soigner. Comme toujours, il m’accueillit avec joie et se leva pour me recevoir. Il manda aussi le P. Oster qui vint me rejoindre. L’état de notre cher confrère, quoique bien grave, ne paraissait pas désespéré. Le matin du 25, il s’était confessé dans les meilleures dispositions ; et pendant la journée, il avait causé avec nous comme à l’ordinaire. Mais peu après la toux devint violente, la parole embarrassée. La mémoire s’affaiblissait ainsi que la vue. En lui ôtant ses habits, nous remar­quâmes que la poitrine était enflée. Les médecins ne purent expli­quer cette inflammation qui ne cessa qu’avec le dernier soupir.

    Le vendredi matin 26, nous jugeâmes à propos de lui donner le saint Viatique qu’il reçut en toute connaissance, avec de vifs senti­ments de foi et d’amour.

    Tout à coup la langue noircit et se paralysa : le malade ne parlait plus que par signes. Le samedi matin, il reçut l’Extrême-Onction, et le dimanche soir l’Indulgence plénière ; les trois jours suivants se passèrent à peu près de la même manière ; mais les nuits étaient toujours plus pénibles. Le feu de la poitrine, montant peu à peu vers la gorge, une toux que la faiblesse rendait difficile et les efforts d’une respiration rapide et saccadée causaient au cher malade des dou­leurs inexprimables. Il nous indiquait parfois de la main l’endroit où se concentraient les douleurs les plus aiguës.

    Le mercredi soir, je récitai les sept psaumes pénitentiaux et autres prières marquées dans le rituel pro adjuvando moriente. Le lende­main matin, jeudi, 1er septembre, nous lûmes les prières des agoni­sants ; une heure après, notre cher et bien-aimé confrère rendait doucement sans agonie sa belle âme à Dieu. Dans les derniers jours de sa maladie, il n’espérait plus en l’habileté des médecins ; et toutes ses pensées se tournaient vers le ciel. Mais quoique convaincu de l’inutilité des remèdes, il les prenait avec joie, malgré leur amertume.

    Une nuit, le P. Oster le remarqua remuant les lèvres et murmu­rant d’une voix entrecoupée : Ave Maria, Ave Maria, Ave Maria. Une autre fois, le même confrère put saisir ces paroles péniblement arti­culées : « Nous étions deux ; maintenant vous serez seul», voulant sans doute lui rappeler par là leur mutuelle affection et leur long voisi­nage dans le pays de Hin-tsin.

    Son regard a été vif et brillant jusqu’au dernier soupir. À plu­sieurs reprises, nous lui avons demandé s’il nous reconnaissait encore. « Mais oui, » répondait-il avec l’expression d’un suave sourire, ou, s’il ne pouvait prononcer ce mot, d’une main il nous prenait affectueuse­ment la nôtre, et de l’autre il nous montrait le ciel. Le jeudi, 1er sep­tembre, à 9 heures du matin, les enfants de son école sont venus réciter des prières auprès de sa couche funèbre ; c’était une suprême et bien douce consolation pour le cher moribond, qui avait tant aimé ses jeunes élèves. La nouvelle de sa mort a été un coup de foudre pour les chrétiens de son district, auquel il avait donné sans compter tous les trésors de son cœur et toutes les ressources de son zèle.

     

     

    À la liste des confrères décédés dont les notices précèdent, il faut ajouter MM. Dauguet (François-Pierre), missionnaire apostolique de la Cochinchine Orientale, mort le 26 juin, et Doyon (Marie-Joseph), missionnaire apostolique du Yun-nan, mort le 16 août. Nous attendons leurs notices que nous publierons l’an prochain.

    Depuis le 1er janvier 1893, nous avons eu la douleur de perdre deux de nos confrères : MM. Berthon du Kouang-tong et Pêcheur de Pondichéry.

     

     

     

    Fac eos, Domine, de morte transire ad vitam !

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 1025
    • Pays : Chine
    • Année : 1869