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Jean BIDEAU (1927-2008)

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    Jean Bideau, né le 8 décembre 1927 à Saint-Nic dans le diocèse de Quimper, était l’aîné d’une famille de quatre garçons. Ses parents, Pierre Bideau et Anne Lastennet, étaient cultivateurs. Jean a commencé ses études à l’école d’agriculture de Nivot dans le Finistère avant d’entrer, en 1945,  au séminaire pour vocations tardives de Changis. Admis au séminaire de Bièvres le 27 septembre 1948 il y passera trois ans, avant de faire son service militaire en 1951-1952. Ensuite ce sera le séminaire de la rue du Bac à partir d’octobre 1952 jusqu’à son ordination sacerdotale le 2 février 1956. Destiné à la mission de Corée, il part pour Séoul le 9 mai 1956. Les témoignages conservés dans les archives

    concernant Jean Bideau au cours de ses années de formation sont unanimes à souligner sa générosité, le sérieux de sa piété et la droiture d’un caractère bien équilibré.

     

    Arrivé en Corée il est affecté au diocèse  de Daegu.  À l’époque il n’y a pas d’école de langue. Il commence donc l’étude de la langue à Daegu avec l’aide d’un professeur qui lui donne des leçons particulières. Et au bout d’un an, le 15 septembre 1957, il est nommé vicaire à la paroisse de Sinam-dong dans cette même ville de Daegu C’est là qu’il commence à exercer son ministère. La Corée est alors en plein effort de reconstruction. Le souvenir de la tragique invasion de 1950 par la République populaire du Nord, qui faillit la rayer de la carte du monde est encore dans toutes les mémoires.  Et les traces de la guerre sont encore perceptibles partout. La population se bat avec énergie non seulement en ville mais aussi dans la campagne pour faire face aux difficultés, dans un pays qui est bien pauvre en ressources naturelles. À l’époque le progrès économique est encore très lent dans l’ensemble du pays  et la vie est difficile pour tous.

    Jean Bideau doit apprendre peu à peu à connaître le milieu dans lequel il est appelé à vivre. La région est essentiellement agricole. On y cultive l’orge et le riz, mais à cause du relief il y a peu de terres cultivables. L’élevage est à peu près inexistant. Tout cela fait que la plupart des gens vivent dans l’inquiétude du lendemain. Même celui qui possède un petit morceau de rizière n’est pas à l’abri de la famine, surtout que bien souvent la récolte est vendue sur pied pour rembourser des dettes. Au printemps pendant les mois de la soudure entre les deux récoltes on mange ce qu’on trouve, c’est à dire pour certaines familles des racines et des écorces d’arbre.

    Par ailleurs le relief explique  pour une bonne part la caractère des habitants de la région. Enfermés dans leurs montagnes, ils ont tendance à vivre repliés sur eux-mêmes, et ils sont restés très traditionalistes. Quoique  sclérosées, les traditions confucianistes régissent en grande partie la vie sociale, et la génération des plus de cinquante ans y reste très attachée. Le chamanisme, les superstitions et les pratiques divinatoires  sont encore très influents, surtout à la campagne. Nombreux sont ceux qui recourent à des rites  magiques pour  conjurer le mauvais sort  ou la maladie, ou pour attirer la faveur des esprits sur la récolte.

    Jean Bideau restera cinq ans à Sinam-dong, d’abord comme vicaire jusqu’au 15 mai 1960, puis à partir de cette date comme curé, jusqu’au 15 mai 1962. Chaque année il pourra conduire quelques dizaines de catéchumènes jusqu’au baptême. Ces derniers sont presque exclusivement des jeunes, les personnes âgées demeurant prisonnières des coutumes héritées du passé. L’instruction des catéchumènes n’est pas l’apanage du prêtre mais à Sinam-dong il n’est pas facile de trouver parmi les  laïcs, souvent chrétiens de fraîche date, des fidèles capables de prendre leurs responsabilités en ce domaine.  Autre difficulté,  la concurrence de plusieurs petites communautés protestantes qui cherchent à s’implanter dans les environs est un obstacle sérieux qui entrave le travail des missionnaires. À l’époque on ne parle guère d’oecuménisme  et les relations avec les pasteurs sont empreintes de méfiance. C’est seulement après avoir quitté Sin Am Dong, et après l’ouverture du Concile du Vatican, que Jean Bideau pourra avoir des contacts plus fraternels avec certains pasteurs ou de simples fidèles venus le trouver pour lui demander des renseignements. Il dira alors que, parmi ces derniers, plusieurs ont pu grâce à ces rencontres abandonner leurs préjugés sur l’Église catholique.

    Du 1 juillet 1962 au 30 juin 1969 Jean Bideau sera ensuite curé de Yeongdeok, toujours dans le diocèse de Taegu. À son arrivée à Yeongdeok presque tout est à faire. Il s’agit d’une chrétienté qui jusqu’alors n’a pas eu de curé résident. Il n’y a ni église ni presbytère. C’est une simple maison coréenne qui sert en même temps de chapelle et d’habitation au prêtre. Sans attendre, le curé commence par visiter ses nouveaux paroissiens pour faire connaissance avec eux, et par veiller à l’instruction des catéchumènes, qui sont relativement nombreux. Bien vite il peut rassembler jusqu’à une centaine d’enfants de familles non chrétiennes et entreprend de les catéchiser, espérant atteindre les parents par leur intermédiaire et nouer de nouveaux contacts avec les habitants des environs.  Il lui faudra un certain temps pour trouver un terrain convenable et collecter les fonds nécessaires   pour la construction d’une église. À l’automne 1963 l’horizon s’éclaircit : il trouve enfin un terrain bien situé à un prix abordable. Et au printemps 1964 les travaux pourront commencer. L’église sera bénite solennellement le 10 décembre de la même année.  L’activité du curé ne se borne pas au cercle de ceux qui gravitent autour de l’église. Il arpente aussi la campagne  à l’entour pour visiter les familles éloignées du centre. Au cours de ses déplacements il rencontre des lépreux rejetés par les gens du voisinage. Dès  1964, à  Shinae-won,  il a fondé pour eux et avec eux un village de lépreux qui deviendra comme une annexe de la paroisse.

    En 1969 Jean Bideau sera nommé curé de Namseong-dong, en ville de Sangju dans le diocèse de Andong, nouveau diocèse qui vient d’être érigé cette même année 1969 sous la houlette de Mgr Dupont. Il restera là huit années, jusqu’en 1977.

    Le 20 janvier 1977 Jean Bideau devient curé de Hwaryeong, petite localité à cinq cents mètres d’altitude, un coin réputé difficile. La communauté chrétienne est très dispersée dans les environs. Il se donnera beaucoup de mal pour parvenir à rassembler les fidèles. Et, comme dans les postes où il a été précédemment, il s’efforce d’entrer en relations avec tous ceux, chrétiens ou non, qu’il rencontre sur sa route.  Peu à peu, avec le temps, il commence à récolter ce qu’il a semé : grâce aux catéchumènes et aux nouveaux chrétiens qui la rejoignent la paroisse devient plus vivante.

    En parlant de Jean Bideau à Hwaryeong  on ne peut pas ne pas mentionner son don de radiesthésiste : avec sa baguette ou son pendule, il vous dit de quel mal vous souffrez et quels sont les remèdes adéquats et, si vous n’êtes pas chrétien,  il n’oublie pas d’ajouter  sur l’ordonnance un conseil invitant à demander le secours du “Maître d’en haut”.  Il obtient de bons résultats,  si bien que sa réputation s’étend et que de nombreux malades viennent de partout le consulter. Au presbytère Il ne reçoit les malades  que le vendredi du matin au soir mais il est souvent appelé à faire des visites  à domicile. Il a également des talents de sourcier et son expertise à manier le pendule est connue partout. Il est souvent invité par d’autres paroisses ou des communautés religieuses pour aider à trouver des sources d’eau,  qu’il détecte avec précision, pouvant indiquer aussi bien la profondeur de la source que son débit.

    Sa réputation de guérisseur le suivra dans son nouveau poste quand, le 27 janvier 1984,  il sera nommé curé de Uljin.  Là aussi il recevra beaucoup de malades, parfois venus de loin et, pendant les dernières années de son séjour, on verra tous les matins de longues files d’attente de patients venus le consulter, à qui il distribuait souvent gratuitement des médicaments. À Uljin on est tout à l’est du diocèse, en bordure de la mer du Japon, bien loin de tout centre important. Pendant longtemps la population est restée prisonnière de nombreuses superstitions propres au monde de la pêche. Le milieu n’est donc pas très perméable aux idées nouvelles. Ce n’est que tout récemment que l’aménagement d’une route côtière et l’afflux des touristes pendant l’été ont commencé à faire sentir leurs effets. Peu à peu les mentalités et les façons de vivre changent et la communauté chrétienne a profité de cet air de nouveauté. Quelque temps avant l’arrivée de Jean Bideau, jusqu’à une soixantaine d’adultes ont reçu le baptême la même année et sous son impulsion la paroisse continuera à se développer. Il pourra construire une nouvelle église pour remplacer le bâtiment en torchis qu’il avait trouvé en arrivant.  Il est aidé dans son travail par un couple de Coréens, le mari, Vincent, étant catéchiste, et sa femme, Anna,  cuisinière, qui sont au service de l’Église depuis plusieurs années, et lui même les a aidés à élever leurs trois garçons. Ce sera une grande joie pour lui de voir deux de ces garçons devenir prêtres.  Il restera à Uljin près de dix ans, entièrement donné à son ministère, jusqu’à ce que des ennuis de santé le contraignent à se retirer.

    En 1994 le diocèse loue pour lui un appartement dans un grand immeuble, à quelques kilomètres du centre de la ville de Andong, où il résidera pendant plusieurs mois. Il ne se sent plus capable de diriger lui-même une paroisse  mais  il rend quelques services à la paroisse voisine, où il se rend chaque dimanche pour concélébrer et écouter les confessions. Il se trouve que le curé du lieu, le Père François Jeon,  est un prêtre que Jean Bideau connaît bien parce que originaire d’une des paroisses dont il a eu la charge autrefois.  C’est même lui qui à l’époque l’a aidé à entrer  au séminaire, alors que ses parents prétendaient l’en empêcher.  Il l’avait vu se présenter un jour au presbytère, un baluchon sur la tête, implorant son secours  parce  qu’il venait d’être chassé par son père qui ne voulait pas entendre parler de vocation sacerdotale. La mère était prêtresse chaman, qui faisait vivre la famille en faisant payer ses sortilèges aux malades qu’elle disait possédés par les esprits  ou victimes du mauvais sort. Bien des années plus tard, après l’ordination du fils qu’ils avaient déshérité, les parents étaient eux-mêmes devenus chrétiens. Ce prêtre  resté reconnaissant à Jean Bideau de ce qu’il avait  fait pour lui venir en aide,  se montra  toujours attentif à ses besoins et plein de prévenances pour lui.

    En 1996 Jean Bideau rentre en France pour prendre un congé bien mérité. Ses ennuis de santé s’étant aggravés, après bien des hésitations et non sans déchirement, il prend le parti de ne pas retourner en Corée et se retire à Montbeton, où il mourra le 26 août 2008.

     

    • Numéro : 4030
    • Pays : Corée
    • Année : 1956