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Roger BIANCHETTI (1920-1998)

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    Roger, Claudius BIANCHETTI, fils de Jean et de Marie-Louise Avrillon, cultivateurs, naquit le 7 février 1920, à Thônes, diocèse d'Annecy, département de la Haute Savoie. Il était le sixième enfant de cette famille chrétienne qui jouissait d'une excellente réputation dans la paroisse, et qui compta quatre garçons et deux filles. Leurs cinq enfants vivants, chrétiens sérieux, étaient tous d'une parfaite honorabilité. Leur père faisait partie du conseil municipal.

     

    Baptisé le 15 février 1920, en l'église St. Maurice de Thônes, Roger y fit sa première communion privée le 7 avril 1929, sa confirmation le 6 mai 1931, puis sa communion solennelle le 5 mai 1932. Ses études primaires achevées, il entra au Collège Saint Joseph de Thônes, le 2 janvier 1931, en classe de 7ème. Ce fut au cours de ses études secondaires, que sa vocation missionnaire prit forme.

     

    Dans une lettre du 24 juin 1937, adressée au supérieur des Missions Etrangères de Paris, et dans laquelle, dit il " je viens vous demander une place dans votre Société", il décrit lui-même "l'histoire de sa vocation" et son cheminement :.... "C'était en 1933, j'étais alors en cinquième, un Père Capucin qui prêchait la retraite de la Communion Solennelle m'avait parlé des Missions, de la beauté de l'idéal missionnaire...Chaque semaine, je récitais un Pater et un Ave pour ma "vocation de missionnaire".

     

    Cependant, il avait conscience du lourd sacrifice qui lui serait demandé: celui de quitter ses parents, et son pays auxquels il se sentait fort attaché. .."Aux vacances de Pâques de ma quatrième, continue-t-il dans cette même lettre, je fis part à mes parents de ma nouvelle vocation. Ils ne s'y opposèrent nullement, et dès lors, ce ne fut pas seulement une fois par semaine que je priais, mais tous les jours. L'appel était trop beau pour y renoncer. Je persévérais et, en troisième, j'optais pour les Pères Blancs.

     

    Arrivé à la fin de ma seconde, époque où on cesse d'être enfant pour devenir homme, je me pris à réfléchir sur le choix de ma Société. Voici le résultat de ma réflexion : "En Afrique, me disai-je, on ne souffre pas assez. Il me faut un pays où vraiment les missions soient pénibles". Dès ce jour, je tournai mon regard vers les Missions Etrangères...Je réfléchis beaucoup, et durant les dernières grandes vacances la lecture de la vie du Bx Théophane Vénard acheva de m'éclaircir, si bien qu'à ma retraite d'octobre, je fixai définitivement mon choix sur les Missions Etrangères. Les "Annales", les lettres de confrères qui sont aux Missions Etrangères, m'encouragèrent et affermirent ma décision..." A la fin de cette lettre, le terme "Souffrir" revient, sous sa plume, à plusieurs reprises :.."Etre jeté en prison, comme le R.P. Waguette, et là souffrir pour le Christ : voilà ce à quoi mon âme aspire.."

     

    Une lettre du Supérieur du Collège Saint Joseph à Thônes, en date du 9 juillet 1937, présentait son élève au séminaire des Missions Etrangères. Après de brefs renseignements sur sa famille "d'excellente réputation", il écrivait : ." Roger est entré au Collège Saint Joseph de Thônes, le 2 janvier 1931, en classe de 7ème. Il y a suivi tout le cours normal des études secondaires. Il a fait de bonnes études, grâce à un labeur acharné, dont il ne s'est jamais départi ; ainsi a-t-il pu se maintenir constamment dans la première moitié des diverses classes où il a passé. Son échec au Baccalauréat, il y a quinze jours, ne doit être imputé qu'à la difficulté des examens. C'est un garçon doué d'un solide bon sens ; pas d'erreur de jugement ; bel équilibre ; n'est pas appelé au professorat ou à tout poste supposant une "intellectualité" un peu poussée. Réussira admirablement au concret, dans le ministère... Vie intérieure très sérieuse et profonde, efforts constants pour assouplir un caractère naturellement bouillant...Franchise absolue, capable parfois d'ignorer les formes...Santé : la surveiller dans les fins d'année scolaire, car Roger va jusqu'à l'extrême limite dans l'application au travail. "

     

    Le 13 septembre 1937, M. Roger Bianchetti entrait au séminaire des Missions Etrangères. Le 3 septembre 1939, commença la seconde guerre mondiale. Le séminaire de Bièvres fut réquisitionné par les autorités militaires françaises. Les jeunes directeurs étant mobilisés, le supérieur du séminaire de Paris invita les aspirants à se diriger, si possible, vers leur grand séminaire diocésain respectif, afin d'y continuer leurs études écclésiastiques.

     

    Le samedi 23 décembre 1939, Mgr. de la Villehabel, évêque d'Annecy conféra la tonsure à M. Roger Bianchetti. ..."J'avais toujours pensé être tonsuré là-bas, dans la chapelle du 128, avec tous mes autres confrères. Mais l'homme propose et Dieu dispose, et, à mon premier don officiel, j'ai ajouté ce sacrifice.." écrivait il à son supérieur de Paris, le 26 décembre 1939. En remerciant celui-ci des nombreuses démarches qu'il avait faites pour lui, il l'informait aussi du programme prévu pour le prochain trimestre où il étudiera les traités du "De Ecclesia" et les"fondements de la théologie morale"., et il lui annonçait :.." Je dois passer le conseil de révision, le 8 janvier 1940, mais je ne sais pas quand aura lieu l'incorporation.."

     

    Après l'armistice du 25 juin 1940, furent créés, en zône libre, le 30 juillet 1940, les "Chantiers de la Jeunesse" placés sous le commandement du général de Corps d'Armée De La Porte du Theil. Ils visaient à apporter aux jeunes Français qui ne pouvaient être incorporés dans l'armée française dissoute, un remplacement de service militaire. A mi-chemin entre scoutisme et militarisme, ils aspiraient à leur inculquer les "valeurs nouvelles", à les faire participer à la rénovation du pays, et à les préparer à une éventuelle resistance future. Un stage d'une durée de huit mois y était obligatoire pour tous les garçons de vingt ans.

     

    En 1940-41, M. Roger Bianchetti s'acquitta donc de cette obligation. Puis, il continua ses études écclésiastiques à Paris. Sous-diacre le 17 décembre 1942, diacre le 19 juin 1943, il fut, en raison de la difficile situation politique en cette période, ordonné prêtre, le 29 juin 1943, par Mgr. Cesbron, en la cathédrale d'Annecy. Alors, pendant 18 mois, il fut mis à la disposition de la Tarentaise. Il fit ses premiers pas de prêtre à Albertville.

     

    Le 20 février 1944, il reçut sa destination pour le vicariat apostolique de Kontum, au Centre Viêtnam. Agrégé définitif à la Société des Missions Etrangères le 15 avril 1944, il quitta Paris le 4 novembre 1945, au titre d'aumônier militaire du corps expéditionnaire français en Indochine.

     

    À cette époque, en Indochine, les séquelles de l'occupation japonaise (9 mars 1945-15 août 1945) avaient largement profité au "Viêt-Minh" qui était un Mouvement Viêtnamien de Résistance armée contre la présence française. Crée par Nguyên-ai-Quôc, dit Hô-chi-Minh, non sans des complaisances japonaises et même américaines, ce mouvement révolutionnaire replié en Chine du Sud, n'attendit pas la fin de l'année 1945 pour s'installer au Tonkin, et entrer en conflit avec le contingent français chargé de remplacer l'armée japonaise d'occupation.

     

    C'est ainsi que pendant quatre ans, l'aumônier sous-lieutenant Roger Bianchetti, affecté au 21ème Régiment d'Infanterie Coloniale, se trouva mêlé à de sérieuses opérations militaires au sud Annam au début de 1946, puis en 1947, au Tonkin où la guerilla faisait des ravages. "Il considéra toujours que sa place était auprès des combattants de première ligne". L'action du jeune aumônier, outre une blessure par grenade, lui vaudra six citations au feu, la Médaille Coloniale avec agrafe "Extrême-Orient" (15 mars 1947), la médaille militaire, (J.O.R.F. en date du 16 septembre 1947) et un peu plus tard, la Légion d'Honneur avec "reconnaissance de la Nation". Ayant fait preuve "d'un mépris absolu du danger, et d'une abnégation totale", il laissa partout le souvenir d'un aumônier d'un dévouement remarquable.

     

    Le 1er novembre 1949, M. Roger Bianchetti quitta l'aumônerie militaire, et il arriva à Kontum, le 3 mars 1950. Il se mit à l'étude de la langue viêtnamienne, tout en assurant des cours de morale au grand séminaire de Kontum, jusqu'en juin 1950. Mais, en ces jours là, la situation d'ensemble de la mission était sombre. ".. Le Viêtminh, relatait M.Renaud, provicaire, dans son compte-rendu de 1950, se profile comme une ombre presque invisible et nous menace d'encerclement. De fait, la propagande communiste s'intensifie aux environs de Kontum, Pleiku, Ankhé, Banméthuôt et même du côté d'Attopeu.."

     

    En juillet 1950, M. Roger Bianchetti fut envoyé à Banméthuôt, ville située dans la partie sud de la Mission, sur la route de Saïgon. Tout en continuant l'étude de la langue viêtnamienne, et en mettant en application ses talents de géomètre, il aida M. Pierre Romeuf, chef de ce district, et administrateur des biens et des plantations de café de la mission. Pendant le congé en France de ce dernier, il prit en charge, de janvier à août 1951, le district de Banméthuôt et la surveillance des plantations. Il contacta les Rhadés, la principale ethnie autochtone d'environ 80.000 personnes, fixée sur la province du Darlac, et dans la ville de Banméthuôt, chef lieu et centre administratif important de cette province.

     

    Les Rhadés paraissaient plus évolués que les Sedangs, les Bahnars, les Jarai. Ils avaient eu contact, depuis fort longtemps, avec les administrateurs, les officiers ou les planteurs français ; beaucoup en parlaient correctement la langue. Parmi eux, nombreux étaient les anciens soldats ou militaires engagés dans l'armée, les fonctionnaires, les instituteurs, les infirmiers, les travailleurs sur les plantations. Un grand nombre avait fréquenté les écoles à Banméthuôt et certains étaient élèves au Grand Lycée Yersin de Dalat. Vers le début du siècle, l'administration française souvent d'esprit laïque et anti-clérical voulait montrer que son action "civilisatrice" n'était pas inférieure à celle des missionnaires de Kontum. Vers les années 1935, une Eglise protestante américaine s'était implantée au Darlac, et y avait fait un certain nombre d'adeptes. Puis, en 1945, à l'occupation japonaise de l'Indochine, succéda la guerrilla menée par les "Viêtminh". Cependant, un calme relatif régna sur les Hauts-Plateaux jusqu'au début de 1954. Tel était l'environnement général dans lequel allait travailler M. Roger Bianchetti.

     

    Celui-ci nous raconte lui même son insertion chez les Rhadés. :.." En 1951, Le P. Renaud, alors supérieur de la Mission depuis le décès de Mgr. Sion, décida l'évangélisation des Rhadés, et j'eus la joie et la fierté d'être désigné. "Etudiez la langue rhadée, me dit il, et cherchez un village favorable pour vous installer". Telles furent les consignes que je reçus en la circonstance. C'était au début d'octobre 1951. Si l'étude de la langue ne présentait pas de difficulté spéciale, par contre, la recherche d'une bourgade qui voulut bien m'accepter parut plus compliquée, et cela pour la raison très simple que je n'étais pas connu. Les gens s'imaginaient que je leur porterai les mêmes interdits que le pasteur protestant. J'essuyai donc un premier échec vers le mois de décembre.

     

    Un peu plus tard, les habitants d'une localité, située à 15 kms au nord de Banméthuôt, parmi lesquels j'en connaissais déjà quelques uns, acceptèrent de me recevoir. Tous les hommes valides participèrent à la construction de ma case, et le 23 mars 1952, je m'installais enfin, en pleine brousse, parmi les Rhadés, dans le joli petit village de Buon-sut-Hluot......En ce premier soir, je pensais que les préliminaires seuls de mon installation avaient demandé six mois...Pour mettre Jésus dans le coeur de ces gens, combien de temps faudrait il ?..

     

    Avec l'étude de la langue, le premier travail à m'imposer fut une oeuvre d'apprivoisement. Au début, les hommes venaient volontiers me rendre visite. Mais les femmes et les jeunes filles, les enfants me fuyaient comme la peste ! J'étais un étranger et ma robe noire effrayait les petits... Cette période d'apprivoisement dura quatre à cinq mois. On cessa de m'appeler "Monsieur" et je devins ce que je voulais être : le "Père"...un beau mot..."Ama"..."

     

    Le 3 octobre 1952, Mgr. Paul Seitz, de la mission de Hanoï, nommé vicaire apostolique de Kontum, reçut, en la cathédrale de Hanoï, la consécration épiscopale des mains de Mgr. Dooley, Délégué Apostolique, assisté de NN.SS. Khuê et Piquet. Quelques jours plus tard, il partit pour Kontum. C'est sous sa direction que M. Roger Bianchetti travaillera durant plusieurs années.

     

    En les fréquentant régulièrement et en étudiant plus profondément les us et coutumes des Rhadés, M.Roger Bianchetti dut changer d'avis. Il découvrit chez eux un véritable esprit religieux : mélange de crainte et de fatalisme. Vers la fin de l'année 1953, il prit l'initiative de leur proposer la conversion, tout en expliquant qu'il ne voulait que des "volontaires". Les "Anciens" organisèrent de longues palabres. Sur 62 hommes que comptait le village, 5 seulement refusaient de suivre la voie nouvelle. Le Chef écrivit à Mgr. Seitz, lui faisant part de leur décision. Ce dernier leur expliqua le sens et les exigences de leur engagement. Le 1er janvier 1954 était la date prévue pour l'entrée officielle en catéchuménat.

     

    Entre-temps, M.Roger Bianchetti avait construit une chapelle toute en bambou et couverte en chaume, et commencé l'instruction religieuse des enfants. La date fixée arriva, mais aucun villageois ne se présenta. Quelques temps après, ayant fait venir le chef de village, et après un entretien avec lui, il réalisa que "cet homme qui était là devant lui, n'était pas de mauvaise foi ; il était visiblement troublé.. Il voulait, mais ne pouvait pas encore !.." C'était en juin 1954.  Mais pendant ce temps, M. Romeuf enseignait le catéchisme à une trentaine d'élèves rhadés, future élite du pays, à l'école supérieure française de Banméthuôt. Ils avaient demandé eux-mêmes à être instruits.

     

    Le 26 janvier 1954, deux postes militaires situés à 30 et à 55 kms au nord est de Kontum furent enlevés par les unités "viêtminh". Le 6 février 1954, à partir de midi, commença l'évacuation de la ville de Kontum. Les missionnaires se replièrent dans l'immédiat, les uns à Pleiku, les autres à Banméthuôt, où MM.Romeuf et Bianchetti continuaient leur ministère habituel. Les accords de Genève du 20 juillet 1954 coupant le Viêtnam au 17ème parallèle, mirent fin au conflit Franco-Viêtnamien. Le 21 juillet 1954, cinq religieuses bénédictines missionnaires de Vanves prenaient l'avion à Saïgon pour fonder un prieuré à Banméthuôt, chez les Rhadés. Enfin le 20 septembre 1954, le personnel missionnaire de Kontum avait rejoint le centre du vicariat.

     

    En janvier 1957, M. Roger Bianchetti eut la joie de baptiser les 12 premiers Rhadés, tandis que trois autres villages commençaient leur entrée en catéchuménat. Le troupeau s'agrandissant peu à peu, il essaya alors de regrouper néophytes et chrétiens dans un seul village.

     

    En 1958, il reçut un renfort de poids, en la personne de M. Benjamin Louison, qui à 56 ans se mit à l'étude du Rhadé, s'occupa plus particulièrement de l'enseignement catéchétique chez les étudiants rhadés, et commença la rédaction d'un dictionnaire Français-Rhadé, repris après sa mort à Paris, le 13 avril 1964, par M. Jean Davias-Baudrit.

     

    En 1959, il construisit deux chapelles l'une en parpaings au Centre Catholique Rhadé de Banméthuôt, l'autre dans son village chrétien. Deux autres furent lancées dans les premiers mois de 1960.

     

    En mars 1960, le "Courrier Savoyard" publia une série d'articles rédigés par. M.Roger Bianchetti sur son travail missionnaire chez les Rhadés.." En 1952, écrivait il, j'ai eu l'immense honneur d'être choisi pour porter la Vérité et la Lumière à ces braves gens. Lourde tâche. J'ai vécu pendant trois ans dans un village pour m'initier à la langue et aux us et coutumes des Rhadés. Puis, j'ai commencé à faire un peu de catéchisme aux enfants... Sur 25, une seule fille a persévéré jusqu'au baptême. Dans un autre village, un petit groupe d'adultes avait accepté de suivre le catholicisme. Au bout de six mois, ils abandonnèrent, car durant mon absence, ils continuaient leurs superstitions. Suivant une expression rhadée, "ils agissaient  avec deux têtes"....Il faut établir l'Eglise chez les Rhadés.. Bien entendu, il faut tout faire : rédiger catéchisme, prières, chants en dialecte rhadé ; il faut être architecte, médecin, juge, paysan, jardinier. Il faut savoir choisir dans leurs rites ceux qui peuvent être christianisés. Il faut étudier, approfondir chaque jour leur vie...leur langue.. leurs moeurs.. leur mentalité pour être plus apte à faire pénétrer le christianisme en eux. Le missionnaire qui débute ne doit pas être un "spécialiste", il doit savoir tout faire.. y compris la cuisine.. pour améliorer son ordinaire. Beau travail à la vérité....Je ne changerai pas pour tout l'or du monde..."

     

    En 1962, il ne pouvait se rendre dans deux villages situés en zône communiste, mais il avait à instruire 150 catéchumènes répartis dans cinq villages. Un nouveau centre rhadé venait d'être fondé à Buon H'Jung, à 17 kms de Banméthuôt, sur la route du Lac. Cette même année, le quart des élèves de l'Ecole Normale Rhadé suivaient les cours de religion ainsi que la moitié des lycéens rhadés. Plusieurs instituteurs et des catéchumènes rhadés coopéraient à l'enseignement religieux.

     

    En 1966, M. Roger Bianchetti prit son premier congé en France où il arriva le 17 juin 1966. Il en repartit le 13 septembre suivant. A son retour, il laissa à M. Vieville la direction du Centre Montagnard de Banméthuôt.

     

    Des infiltrations viêtcongs dans la région, en 1966, avaient provoqué de gros regroupements de villages en bordure de la route de Ninh-Hoa, à une trentaine de kms de Banméthuôt. M.Roger Bianchetti entreprit de passer une année à visiter tous ces villages. Désirant être très proche d'eux pour les aider de son mieux, il demanda l'hospitalité aux P. Bénédictins installés dans le secteur. Il profita aussi du grand calme du prieuré pour mettre par écrit une série de notes et d'observations sur les rites, la liturgie et la morale des Rhadés. En 1967, il publia son travail sous le titre "Croyances, Morale, Liturgie des Rhadés".

     

    Depuis longtemps, il était question de la division du diocèse de Kontum. Le 8 juillet 1967, fut érigé le nouveau diocèse de Banméthuôt, confié à Mgr. Nguyên-Huy-Mai. Ce diocèse englobait les provinces civiles du Darlac,(prise au diocèse de Kontum) de Quang-Duc, et de Phuoc-Long.(détachées du diocèse de Dalat) Six confrères des Missions Etrangères, dont M. Roger Bianchetti, passèrent sous la juridiction du nouvel évêque de Banméthuôt.

     

    Comme dans toutes les autres villes importantes du Viêtnam, des forces viêtcong attaquèrent Banméthuôt pendant les fêtes du Nouvel An Viêtnamien (Têt Mâu-Thân) en février 1968. Elles furent repoussées, avec l'appui massif de l'U.S.Air Force. Mais la Mission Evangélique Américaine déplora quatre morts; leur personnel médical de la léproserie de Ban-Ea-Na fut enlevé. Malgré l'ouverture de la "Conférence de Paris" en vue d'un "cessez le feu" au Viêtnam, la guerre continuait à déverser sur ce pays souffrance, misère, et mort. L'insécurité grandissante amena le déplacement et le regroupement de nombreux villages autour des chefs-lieux de province ou de district.

     

    En 1969, M.Roger Bianchetti revenu au Centre Catholique Rhadé à Banméthuôt, publia un catéchisme rhadé et un recueil de coutumes rhadées intitulé "Ramassez les miettes". En 1972, il prit un second congé en France où il arriva le 16 juin et le 22 novembre suivant, il repartit pour le Viêtnam.

     

    Une nouvelle attaque viêtcong sur Banméthuôt fut repoussée en 1972. Mais le 10 mars 1975, à 4 heures du matin, les communistes déclenchèrent un formidable bombardement sur cette ville. Ce pilonnage dura près de trois heures. Le 13 mars 1975, ils contrôlaient entièrement la ville. Commença alors le temps de l'évacuation, exode qui lança sur les routes les populations désemparées. Enfin ce fut la chute de Saïgon, le 30 Avril 1975.

     

    Entre-temps, M. Roger Bianchetti était arrivé à rejoindre la Maison Régionale des Missions Etrangères à Saïgon. De nombreux missionnaires s'y étant déjà repliés, et la place manquant, il partit pour Béthanie à Hongkong, puis rentra en France le 14 mai 1975.

     

    Après un temps de repos, avec d'autres confrères décidés comme lui à repartir en mission, il commença à Paris en octobre 1975, l'étude de la langue et de la civilisation indonésienne, sous la direction de M.Pierre Labrousse, de son épouse Farida Soemargono et de M. Denys Lombard. Le 12 octobre 1976, il partit au service du diocèse d'Atambua, dans l'île de Timor.

     

    Dès son arrivée, avec un acharnement et un regard surnaturel, il accepta de "renaitre" : Langue, us et coutumes, climat, nourriture et projet pastoral, tout était nouveau. Bien vite, il eût en charge une paroisse de 9.000 fidèles, dispersés dans 32 villages. Il ne lui fallait que 4 heures de jeep pour faire les 48 kms qui le séparaient de l'évêché. Il se payait 3 heures de cheval, en montagne pour aller dans certaines stations extérieures. A Noël 1978, il entendit plus d'un millier de confessions. La fatigue attendait la fin des fêtes avec de sérieux ennuis de santé :  ..."L'estomac, bien sûr. Surtout plus de jeep, plus de cheval après les repas, ça alors, c'est la catastrophe! En somme, je ne suis bien que lorsque je suis à jeun ! Mes oreilles ? La droite seule peut entendre les confessions..." écrivait il le 4 janvier 1978. En juin 1979, il fut contraint de rentrer en France pour se soigner. Mais entre-temps, son visa et permis de séjour en Indonésie avait expiré le 19 octobre 1979.

     

    En janvier 1982, M. Roger Bianchetti, rétabli, repartit pour l'Indonésie. Il assura un ministère d'auxiliaire à proximité de Jakarta, pendant environ six mois. Mais faute d'avoir pu obtenir la prolongation de son visa de séjour, il fut obligé de rentrer en France, en août 1982.

     

    Il se mit alors à la disposition du diocèse d'Annecy. En 1983 et jusqu'en octobre 1984, il remplaça le curé du "Reposoir" tout en assurant l'aumônerie du Carmel. Ayant fait le projet de partir en Australie pour s'occuper des viêtnamiens qu'il pensait être des "Boat-people" plus ou moins abandonnés, et s'étant offert comme volontaire, il y renonça lorsqu'il apprit qu'il y avait sur place des prêtres viêtnamiens.

     

    En octobre 1984, il fut sollicité pour "boucher un trou" dans la paroisse d' Arâches, une station de sports d'hiver et de villégiature en été avec quatre lieux de culte sur 20 kms, dont deux, à plus de mille mètres d'altitude. Il accepta immédiatement, "sans savoir même où "cela perchait", écrivait il. Il y resta jusqu'en septembre 1985, puis retourna au Reposoir pour quelques semaines.

     

    À la fin de novembre 1985, il fut affecté comme aumônier des 9 religieuses du Collège St. Joseph, à Saint Martin sur Arve, dans le secteur de Sallanches. ...." Ministère unique officiel, écrit il, : assurer la messe aux religieuses tous les jours..sauf le dimanche. Je me suis donc "offert" aux prêtres du secteur pour d'éventuels services, et comme rien n'a été spécifié vis-à-vis des 600 élèves, je prends néamoins contact avec eux..." Il y servit jusqu'en mars 1986.

     

    Après avoir remplacé le curé de Thyez de mars à septembre 1986, il fut nommé aumônier des Soeurs de Bethléem sur les hauteurs des Voirons, et chargé des paroisses de la "Vallée Verte". Au terme de son service auprès de cette communauté, en septembre 1987, il "resta quatre mois haut le pied".

     

    À la fin décembre 1987, il accepta de partager le service pastoral avec un prêtre "Fidei Donum" de retour d'Argentine, dans la ville de Sallanches et dans les deux paroisses de Cordon et Saint Martin. Son départ de Sallanches vers la fin de l'été 1995, donna lieu à une manifestation de sympathie de la part de toute la population pratiquante ou non.

     

    Dans son discours d'adieu, il disait à ses paroissiens de Sallanches : "La surdité qui progresse et gêne de plus en plus la communication, une sciatique qui va et vient, d'autres misères m'ont amené à demander à Mgr. Barbier un changement.  J'irai remplacer l'Abbé Gassilloud du secteur de Cruseilles qui doit prendre du repos. Je résiderai au presbytère d'Allonzier-la-Caille..... Je quitte Sallanches heureux du ministère accompli....Je quitte Sallanches heureux des rencontres de tout genre que j'ai faites......Comment pourrai-je oublier les lettres avec un billet et ces quelques mots: "pour votre essence, pour votre vignette, pour un défaut que vous connaissez bien : la pipe..."

    " Je ne veux ni cadeaux, ni adieux.Je n'aime pas ces pertes de temps et d'argent. "Quand vous avez fait ce qui vous était demandé, dites : Nous sommes des serviteurs inutiles " (Lc.17,10)...Je n'aime pas le gaspillage de l'argent (dépenses non nécessaires), le gaspillage de la nourriture jetée à la poubelle (fruit du caprice, de l'imprévoyance, de la gourmandise). C'est dans ce sens que j'ai interdit qu'on lance du riz à la sortie des mariages. Est-ce cela le respect de l'homme qui a faim, sur lequel on baratine tant..."

     

    En 1995-96, il s'était engagé à assurer des causeries de formation, à Sallanches. Il s'y rendait chaque mois, pour parler du Credo, des sacrements, des commandements, essayant de s'adapter à tous les milieux.

     

    M. Roger Bianchetti s'établit au presbytère d'Allonzier-la-Caille à une dizaine de kms au nord d'Annecy, vers la fin de l'été 1995. Il avait aussi la charge des paroisses de Cercier et de Villy-le-Pelloux. Tout en accomplissant son ministère, il restait à l'écoute de ce qui se passait en Asie, au Viêtnam, et particulièrement chez les Rhadés à Banméthuôt où il avait laissé son coeur. Il y retourna en janvier 1997, et livra ses impressions dans un compte-rendu intitulé "Chronique d'un voyage perturbé et agité" ; en effet, il eût quelques ennuis avec la Sûreté locale, ce qui l'obligea à abréger son séjour.

     

    Pris d'un malaise le 31 octobre 1998, il fut hospitalisé le lendemain, jour de la Toussaint. Le lundi matin 2 novembre 1998, il rendait son âme à Dieu, à l'hôpital d'Annecy.

     

    Le "Dauphiné Libéré" du 4 novembre 1998 dans un article "Carnet de Deuil : Père Roger Bianchetti", concluait :..."Nous retiendrons du P. Roger Bianchetti, si attachant et si discret, la disponibilité, l'accueil, le service, le sourire et l'écoute. Il savait rassurer. Il savait consoler, convaincre, mais aussi tolérer et partager mû par une incroyable force intérieure et le seul souci d'aimer et de témoigner l'Evangile.."

     

    Le jour de ses obsèques, l'un de ses paroissiens exprima le merci et la reconnaissance de toutes les communautés dont il s'était fait le serviteur, à travers ce témoignage :..." Il nous a beaucoup aimés, nous ses paroissiens d'Allonzier, Cercier et Villy-le-Pelloux. Il nous a tellement aimés qu'il souffrait de nos imperfections. C'est pour cela que parfois il nous secouait avec la plus grande vigueur au cours de ses homélies. Même si nous n'étions pas toujours d'accord avec lui, nous avons toujours aimé sa grande culture biblique et historique, sa simplicité, sa modestie, son contact facile et chaleureux. Nous savions qu'il était d'une génération formée à l'ordre, à l'autorité, à la discipline. Nous l'avons aimé avec son tempérament, mais aussi respecté à cause de son âge..."

     

    • Numéro : 3700
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1945