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Jean-Baptiste BEYSSAC (1845-1884)

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    M. Beyssac est originaire du diocèse du Puy. Né à Saint-Georges l’Agricol le 17 mars 1847, il reçut une éducation foncièrement chrétienne dans sa pieuse famille d’abord et ensuite au petit séminaire de la Chartreuse.

    Il avait vingt-deux ans et venait d’achever sa philosophie lorsqu’il résolut de se consacrer aux labeurs de l’apostolat. Entré au séminaire des Missions le 29 septembre 1867, il y demeura trois ans, y reçut le sacerdoce le 11 juin 1870 et en partit le 20 juillet suivant pour le Tong-King méridional. De France au Tong-King méridional il eut pour compagnon de route M. Marie, qui devait le précéder dans la tombe et mourir victime de son dévouement.

    Dès son arrivée en mission, M. Beyssac se distingua par l’ardeur de son zèle et l’intrépidité de son courage. En 1873 nous le trouvons dans le Ngan, lorsque éclata ce terrible orage qui à la suite de l’expédition Garnier, mit l’Église du Tong-King à deux doigts de sa perte, et causa la mort d’un grand nombre de chrétiens.

    Tout le pays était en feu, les lettrés avaient pris les armes et rien ne paraissait capable de mettre un terme à leurs violences et de calmer leurs fureurs. Les mandarins eux-mêmes qui, au début, avaient favorisé la rébellion, étaient menacés d’être emportés dans la tourmente. Déjà, plusieurs chrétientés avaient été détruites, et leurs habitants massacrés. Des, milliers de néophytes étaient rassemblés à Xa-doaï et s’y préparaient à mourir.

    Devaient-ils se laisser égorger sans opposer de résistance ? ils étaient disposés à le faire, mais le Vicaire apostolique pensa le contraire. Quand César persécute et fait des martyrs, ses victimes ne lui opposent que la patience et la constance de leur foi. Ici l’ennenmi c’étaient des rebelles qui en voulaient à la fois à Dieu et à César.

    À la voix des missionnaires, les chrétiens prennent les armes. M. Beyssac leur en enseigne le maniement ; sur le champ de bataille, il les encourage de sa présence et les dirige de ses conseils. Les agneaux deviennent des lions. Autant de combats autant de victoires. Les rebelles vaincus prennent la fuite, 70.000 chrétiens sont sauvés, les mandarins bloqués dans une de leurs places fortes sont délivrés et le pays redevient tranquille. A la joie d’avoir procuré le salut à leurs néophytes ; vient bientôt s’ajouter pour les missionnaires la consolation de savoir leur conduite approuvée du Père commun des fidèles, qui les loue de ce que optima pro Christo prœlia, verbo et exemplo decertare docuerunt.

    Ce ne fut pas sans un indicible serrement de cœur que le P. Beyssac, de retour dans ses montagnes, constata les ruines que les païens y avaient accumulées comme à plaisir. C’était, en effet, à quelques heures de Ban-thach que la révolte avait commencé. Il s’agissait de réparer tant de désastres. M. Beyssac se mit courageusement à l’œuvre. Son intention tout d’abord était de s’installer de nouveau à Ban-thach, mais il ne trouva pas même dans ce village un misérable abri, il dut se retirer à Mo-vinh, village situé à une demi-lieue de là, et ruiné, lui aussi, en grande partie. Sa présence encouragea les chrétiens et les villages furent rebâtis.

    Ce travail de restauration achevé, le Père se rendit à Dang-la ; là aussi, il ne retrouva plus que des ruines. Il était occupé à les relever lorsque, à l’époque du nouvel an, sous l’impression de nouvelles menaces, les chrétiens prirent la fuite. Le Père demeuré seul, retourna à Ban-thach d’où, sur l’ordre formel de son Évêque, il partit pour la communauté.

    Cette alerte passée, il revint au milieu de ses chers néophytes et continua ses travaux apostoliques. Le premier des missionnaires, il explora le pays habité par les sauvages Muong, où il espérait jeter les fondements d’une nouvelle chrétienté.

    Tant de travaux, un si grand dévouement lui avaient mérité la confiance et l’affection de tous. De son côté, il aimait ses chrétiens d’un amour sans bornes ; son unique désir était de leur consacrer ce qui lui restait de forces et de vie. Il avait surtout à cœur l’évangélisation des sauvages qu’il venait de visiter et qu’il avait trouvés parfaitement disposés à se convertir.

    Dieu se contenta de sa bonne volonté. Mgr Croc, qui venait de succéder à Mgr Gauthier, juste appréciateur des mérites du généreux missionnaire, le rappela à la communauté et lui confia la direction du séminaire de théologie. Dans l’exercice de ses nouvelles fonctions, il se montra digne du choix dont il avait été l’objet.

    « Sans vouloir lui accorder des talents supérieurs, écrit le missionnaire de qui nous tenons ces détails, il faut dire que M. Beyssac était un homme de bon conseil, un homme d’action, il avait l’esprit pratique, le cœur sensible, mais les mouvements en étaient réglés toujours par la raison, et tout cela était rehaussé et vivifié par une piété tendre et une foi très vive. Enfin, s’il faut l’apprécier d’après la douleur universelle que causa à tous sa mort, on peut dire qu’il fut un missionnaire accompli. »

    Bien que jeune encore, M. Beyssac avait déjà fourni une longue carrière, et le moment était venu où Dieu allait appeler à la récompense son bon et fidèle serviteur. Atteint d’une maladie de foie, notre confrère avait, en 1882, failli succomber. Contre son attente, cependant, il s’était à peu près rétabli ; ce n’était, hélas ! qu’un délai. Le mal qui n’était qu’enrayé, ne tarda pas à reparaître et fit de continuels progrès.

    Bien que son état n’eût rien d’alarmant en apparence, le cher malade reçut tous les soins que lui prodiguèrent ceux de ses confrères qui l’ont assisté jusqu’au dernier moment. On le croyait presque sauvé, lorsque, le 26 août, fête du très saint Cœur de Marie, il s’endormit dans le Seigneur, après avoir reçu les derniers Sacrements et la Bénédiction de son Évêque.

    À la nouvelle de sa mort ce fut un deuil universel. De toutes parts les chrétiens accoururent pour contempler une dernière fois les traits de leur bien regretté Père et lui rendre les derniers devoirs. Ses obsèques ont été un véritable triomple pour notre sainte religion et pour le bon prêtre et le généreux missionnaire dont, aujourd’hui encore, l’éloge est sur toutes les lèvres et le souvenir dans tous les cœurs.

     

     

     

    • Numéro : 1071
    • Pays : Vetnam
    • Année : 1870