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André BETTENDORF (1898-1934)

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    M. André Bettendorf né le 5 novembre 1898 à Rilly-la-Montagne, diocèse de Reims, appartenait à une très honorable famille d’ouvriers à la foi solide. La mère, une sainte femme, mettait toute son âme à former le cœur du petit André ; elle désirait tant qu’il fut prêtre !

     

    Il n’avait pas onze ans, lorsque la mort de son père vint mettre dans la gêne le foyer qui jusqu’alors jouissait d’une certaine aisance. André devint apprenti et malgré son désir d’entrer au séminaire, dut se mettre généreusement au travail avec son frère aîné pour subvenir aux besoins de la famille.

     

    Ce n’est qu’à Pâques 1913 à quinze ans, qu’il put entrer au petit séminaire de Reims, et grâce à son assiduité persévérante dans le travail, il ne tarda pas à prendre la tête de sa classe. L’année suivante, devant l’invasion allemande, les séminaristes Rémois durent se réfugier à Meaux. C’est là que viendra le chercher l’appel de la patrie. En effet, au mois d’avril 1917, il part pour la caserne ; mais ce n’est qu’au début de mai 1918 qu’il monte au front, dans la région des Monts de Champagne. Dès le 3 juin, une première citation le donne en exemple à la division. A l’attaque du 24 août, il est blessé, ce qui lui vaut une nouvelle citation, et quelques jours avant l’armistice, vint s’en ajouter une troisième, avec les galons de sergent. Cette magnifique conduite pendant la guerre lui vaudra plus tard la médaille militaire. Les hostilités terminées, il lui faut encore patienter, et pendant de longs mois, garder les prisonniers allemands. Ce n’est qu’en mai 1920 qu’il eut le bonheur de rentrer au petit séminaire, et peu après de passer avec succès son baccalauréat.

     

    À la joie si douce de se retrouver au milieu de ses confrères, vint s’en ajouter une autre, celle de revoir sa chère famille, longtemps dispersée par la guerre : un frère avait été prisonnier en Allemagne ; une sœur religieuse retenue en pays envahi ; sa mère réfugiée on ne savait où... Pendant ces longs mois d’hostilité sans nouvelle de sa famille, le bon Dieu lui fit rencontrer une sainte religieuse, Sœur Gabriel, l’héroïne de Clermont en Argonne, qui fut de la part des Allemands l’objet d’une condamnation à mort pour son intrépidité, et son dévouement aux soldats et blessés français. Cette femme d’un courage tout surnaturel sut veiller sur la vocation d’André et l’encourager pendant la longue épreuve du régiment.

     

    Au mois d’octobre 1920, M. Bettendorf entrait au grand séminaire installé dans l’ancien noviciat des Frères des Ecoles Chrétiennes à Reims. Mais les bâtiments étant plus ou moins délabrés, il fallait des bonnes volontés pour parer aux réparations les plus urgentes. Ce fut pour lui l’occasion de donner libre cours à ses talents de menuisier et de zingueur, talents dont il usera largement plus tard au Kientchang pour orner son église de Moulotchakou.

     

    En décembre 1923, il eut la douleur de perdre sa mère ; c’est à cette époque que le désir des missions devient plus pressant. Il en fait part à sa sœur religieuse, qui l’encourage dans cette voie. Sa résolution est prise : il sera missionnaire. Mais vers quelle famille religieuse va-t-il se diriger ?... Sur le conseil de son directeur, c’est à la porte de la rue du Bac qu’il ira frapper.

     

    Il reçoit le sous-diaconat en avril 1924, et en septembre il entre aux Missions-Étrangères ; mais le vénéré Cardinal Luçon a la délicate pensée d’exprimer son vif désir d’ordonner lui-même ceux dont il a fait le sacrifice en faveur des Missions, et qu’il considère toujours comme les meilleurs de ses fils. C’est donc à Reims, dans la cathédrale mutilée, dans une des nefs latérales que notre confrère reçut l’onction sacerdotale le 6 juin 1925. Quelques jours plus tard, il recevait sa destination pour le Kientchang.

     

    Arrivé à Ningyuanfu le 29 novembre suivant, il se mit aussitôt à l’étude de la langue chinoise, et montra une grande facilité à en déchiffrer les caractères. Mais, sourd d’une oreille, il ne put pas toujours saisir le ton juste de la prononciation, ce qui ne l’empêcha pas d’ailleurs de réussir dans la plupart des circonstances durant sa vie de missionnaire.

     

    Après quelques mois passés à Hosi et à Houili, pour se former au saint ministère, il devenait en juillet 1927, chef du district de Moulotchakou où les nouveaux chrétiens étaient nombreux. Il trouvait le champ vaste en conformité avec ses aspirations missionnaires. Pendant les premières années de son séjour à Moulo, il mena de front et la visite de ses chrétiens, qui lui demandait plusieurs mois chaque année, et l’ornementation de son église, laissée inachevée par M. Audren. A cet effet, il se fait tour à tour menuisier, peintre, sculpteur ; et en quittant Moulo, il laissait une église artistiquement décorée.

     

    Son zèle ne se borna pas à entretenir et à fortifier la foi de ses 1.200 néophytes, il voulut encore étendre son champ d’action. D’abord, il réussit a déclencher un mouvement de conversions dans la région de Thaopien, et à établir ainsi la jonction entre son district et celui de Kiangtcheou. Ensuite, il n’eut pas le même succès dans un second essai qu’il fit à deux longues journées au sud-ouest dans la région de Kiang-i auprès des Lissous. Dieu sait cepen-dant la peine qu’il se donna pour tenter d’amener ces aborigènes à la foi : longues randonnées à travers ce pays difficile, démarche sans fin pour protéger son troupeau, victime de la tyrannie des autorités, etc. Là, il ouvrit plusieurs écoles qui donnèrent d’abord beaucoup d’espoir, et à son âme d’apôtre une bien douce joie, suivie malheureusement d’amères déceptions. Ce fut un échec complet, et une des plus grandes peines de sa vie de missionnaire. Il l’avoue lui-même dans son compte rendu de 1931, où il écrivait : « Quant aux Lissous, tout « est fini... Puisse Dieu faire germer pour sa gloire une moisson future semée dans les soucis « et parfois, dans les larmes ». En effet, il avouera plus tard que plus d’une fois, en revenant de Kiang-i, il avait pleuré...

     

    En juin 1932, le départ de M. Audren pour la France, laissa le poste de Houili vacant, S. Exc. Mgr le Vicaire Apostolique demanda à M. Bettendorf de faire le sacrifice de son cher district de Moulo, et de prendre en main la direction de celui de Houili. Le sacrifice fut dur ; sa nouvelle vie était si différente de celle qu’il avait menée jusqu’alors. Lui, qui précédemment passait une grande partie de l’année par monts et par vaux pour faire la visite de ses chrétiens, se voit désormais astreint à une vie plus sédentaire ; il devint, missionnaire constructeur de différentes maisons confiées aux Franciscaines Missionnaires de Marie, travail dont il s’acquitta d’ailleurs admirablement. Ce changement toutefois lui fut pénible ; pendant plusieurs mois, il eut la nostalgie de ses montagnes. Fin octobre de la même année, il eut à subir une persécution après laquelle il écrivait : « J’ai souffert en venant à Houili ; maintenant je sens que j’y suis attaché. »

     

    Cette persécution fomentée par le néfaste Commandant Yû avait éclaté d’abord dans les districts de Kongmouin et de Tétchang. Puis ce triste personnage vint jeter le désarroi dans les stations chrétiennes de Houili. Pendant plusieurs semaines, ce fut la terreur parmi les fidèles. Malgré les menaces quotidiennes, malgré les difficultés de toutes sortes, M. Bettendorf tint crânement tête à la tempête. L’orage passé, son plus grand soin fut de regrouper ses chrétiens dispersés, et de ramener les apostats. A part quelques rares exceptions, il eut la consolation de voir renaître chez les fidèles leur ancienne ferveur, avant que la maladie vienne le terrasser.

     

    Depuis quelques mois, notre confrère souffrait de forts accès de fièvre dont les remèdes ne parvenaient qu’à calmer la violence, sans pouvoir les supprimer. Au début du mois de mai, il alla rendre visite à ses confrères de Moulo et Kiangtchéou ; et c’est en rentrant de ce voyage qu’il se sentit frappé à mort. Les Religieuses qui le soignaient avec tant de dévouement, ne tardèrent pas à diagnostiquer la fièvre typhoïde. M. Bettendorf étant d’une constitution robuste, la violence des accès fut plus forte ; aussi eut-il de nombreuses périodes de délire. Aux moments de lucidité, il priait avec beaucoup de ferveur, renouvelant sans cesse son acte d’abandon à la sainte volonté de Dieu, s’unissant visiblement aux invocations qu’on lui suggérait. Le samedi soir, 26 mai, après un mieux qui flous redonna quelque espoir, la maladie empira ; la typhoïde s’aggrava d’une péritonite. Après une nuit très pénible, il eut le bonheur, le lendemain matin dimanche de la Trinité, de recevoir encore la sainte Communion... Peu après l’agonie commençait. Quoique apparemment sans connaissance, le cher missionnaire comprenait encore les prières et les invocations. Vers trois heures et demie de l’après-midi, au moment où les confrères et les Religieuses présents terminaient la récitation des prières des agonisants, au Requiescat in pace, il ouvrit brusquement les yeux, les regarda tous et rendit doucement le dernier soupir.

     

    Trois jours durant, de nombreux chrétiens se relayèrent polir prier auprès de sa dépouille mortelle et le 30 mai eurent lieu les funérailles. Cinq missionnaires ou prêtres indigènes, les religieuses, et près de 500 chrétiens, accompagnaient notre regretté confrère à sa dernière demeure.

     

    La mort de M. Bettendorf prive la mission de Ningyuanfu d’un missionnaire d’une grande piété, d’un zèle éclairé, et dont l’âge permettait d’espérer encore une longue carrière apostolique. Le bon Dieu en a jugé autrement : Fiat ! Tout en priant pour l’âme du cher disparu, nous avons le ferme espoir que déjà il a rejoint au Ciel nos « Anciens », qui continuent là-haut, à intercéder auprès de Dieu pour leurs confrères et leur Mission.

     

     

    • Numéro : 3280
    • Pays : Chine
    • Année : 1925