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Amans BESSIÈRE (1858-1906)

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    M. Amans-Justin Bessière naquit à Coudournac (Rodez, Aveyron) le 12 juillet 1858.

    Élevé au sein d’une de ces chrétiennes familles, encore si nombreuses dans le beau pays du Rouergue, il y puisa, avec les principes d’une solide piété, l’amour du travail, la régularité et un zèle persévérant pour l’accomplissement de la tâche entreprise.

    Sous le regard de sa bonne mère d’abord, puis, sous la sage direction de maîtres dévoués, il s’appliqua à cultiver les dons naturels qu’il avait reçus de la Providence. Son amabilité, sa modestie et sa franchise lui attirèrent les cœurs et lui valurent partout des amitiés sincères, qui dureront toujours.

    Le bon Dieu, en ornant son âme de qualités si précieuses, avait sur Amans des vues particulières. C’est pour y avoir généreusement correspondu, qu’un jour il entendit l’appel du Maître, qui voulait faire de lui un apôtre.

     

    Ses études terminées au petit séminaire de Saint-Pierre, où l’un de ses frères, aujourd’hui supérieur de l’établissement, l’avait précédé de quelques années, Amans obtint avec honneur le diplôme de bachelier et entra au grand séminaire. Là comme ailleurs, il travailla avec ardeur, persuadé qu’il était qu’on ne fait jamais rien assez bien, quand on travaille pour Dieu.

    C’est après son sous-diaconat que l’abbé Bessière, sagement guidé par le prêtre auquel il avait ouvert son âme toute grande, sollicita et obtint son admission au Séminaire des Missions-Étrangères, où il arriva le 1er octobre 1881. Aspirant missionnaire, il se montra ce qu’il fut toujours, confrère aimable, pieux, modeste et appliqué à tous ses devoirs, se préparait sans bruit au sacerdoce, qu’il reçut le 17 février 1883. Le soir du même jour, selon la coutume, il apprit qu’il était destiné à la belle mission du Tonkin occidental. Le départ de Paris eut lieu le 28 mars, et le 1er avril, M. Bessière quittait Marseille, soupirant après le moment, où il foulerait le sol de sa nouvelle patrie.

    Le 11 mai au soir, après une heureuse traversée, il arrivait à Hanoi, et le 12, à la tombée de la nuit, il aidait les missionnaires à défendre contre les Pavillons noirs l’établissement de la mission, que Mgr Puginier avait confié à leur garde.

    Après avoir repoussé avec eux, le 15, une nouvelle attaque des brigands, plus furieuse que la première, M. Bessière fut dirigé sur Keso, où se trouvait Mgr Puginier. Dès qu’il fut remis des émotions un peu fortes de l’arrivée, le jeune missionnaire se livra avec ardeur à l’étude de la langue. Il y fit des progrès si rapides, que le 2 octobre, fête des saints Anges gardiens, il donna son premier sermon dans l’église de Keso. Le soin qu’il mit à composer ce premier sermon, il devait le mettre toute sa vie à préparer ses prédications, ses conférences et jusqu’aux simples instructions, qu’il fit, comme procureur, aux domes­tiques de la mission.

     

    Quand le vicaire apostolique le jugea capable d’exercer le saint ministère, il fut placé à Ke-non, auprès de M. Ramond. Il se mit aussitôt à l’œuvre, et guidé par son chef de district, dont il s’appliquait à suivre les exemples et à écouter les conseils, il se dépensa tout entier pour le salut des âmes. Il n’oubliait point toutefois, et n’oublia jamais que si l’ouvrier apostolique doit se dévouer au bien des âmes, il ne doit pas négliger les intérêts de la sienne. En conséquence, il fut toujours fidèle à ses exercices de piété comme un fervent séminariste.

    De Ke-non, MM. Ramond et Bessière passèrent à Nam-xang, mais le vicaire ne devait pas rester longtemps avec son curé. Mgr Puginier, jugeant que déjà M. Bessière pouvait travailler de seul, le chargea de la vaste paroisse de Kim-bang. Là, il pourrait donner libre cours à sa dévorante activité. La séparation fut pénible aux deux missionnaires, car, dès le début, ils s’étaient voué une estime et une affection qui ne se sont jamais démenties.

    Inutile de dire avec quel zèle le nouveau curé de Kim-bang administra la paroisse qui venait de lui être confiée. Mais, hélas ! la maladie ne tarda pas à le visiter, et il dut quitter le théâtre de ses premiers travaux pour refaire sa santé à Hong-kong.

    Il demeura plusieurs mois au sanatorium de Béthanie et revint ensuite se mettre à la disposition de son évêque, Mgr Puginier, qui se connaissait en hommes, et avait su apprécier le tact et la discrétion de son missionnaire, le prit pour secrétaire.

     

    Les années que M. Bessière passa auprès du saint évêque lui furent profitables : il ne pouvait être mieux placé pour apprendre à connaître les choses et les hommes du pays. A la paternelle affection du vénérable évêque le missionnaire répondait par un attachement filial et un dévouement à toute épreuve. Il admirait cet homme toujours égal, toujours en possession de lui-même, cet évêque que rien ne semblait émouvoir, au milieu, parfois, du désarroi général. Que de sages conseils n’entendit-il pas donner, que de prudentes mesures ne vit-il pas prendre, sur ses indications claires et précises ! On peut dire qu’il n’était guère possible, pour un missionnaire, d’être formé à meilleure école, surtout à cette époque où les circonstances pénibles que traversaient les missions du Tonkin mettaient si puissamment en relief la valeur du  grand évêque et du grand patriote que fut Mgr Puginier.

    Pendant les tournées pastorales que faisait le vicaire apostolique, M. Bessière ajoutait avec plaisir à ses devoirs de secrétaire l’exercice du saint ministère ; ce qui lui rappelait les temps heureux, mais trop tôt écoulés, de Ke-non, Nam-xang et Kim-bang.

    Personne, sur cette terre, n’est sûr du lendemain. Souvent le moment où l’on se croit définitivement fixé à la place que l’on occupe est celui-là même où un événement imprévu vous en arrache brusquement, et vous enlève à la vie régulière de l’homme de bureau, pour vous lancer dans un tout autre milieu. C’est ce qui arriva à notre confrère ; Mgr Puginier dut, à son grand regret, se priver de ses services et le nommer procureur de la mission.

    Le nouveau procureur, outre le chagrin qu’il éprouvait de quitter son évêque, n’était pas tout d’abord sans inquiétude sur la manière dont il allait remplir la charge qui lui était confiée. Il se défiait trop de ses forces, et la suite prouva qu’il était à la hauteur de la situation.

    La communauté de Ke-so est une véritable petite ville, avec ses trois églises, son séminaire, ses écoles de catéchistes, ses deux imprimeries, ses ateliers de reliure et de lithographie, son hôpital indigène, sa ferme modèle, etc. etc... Il est facile de comprendre, pour qui l’a visitée, que, seul, un homme intelligent et formé peut la diriger avec succès. Dès qu’il fut installé, M. Bessière se mit au travail ; et, grâce à l’habitude qu’il avait de consulter ceux qui pouvaient l’éclairer efficacement, il fut vite au courant de tout. Sous son impulsion vigoureuse furent entrepris et menés à bonne fin d’importants travaux dont l’exécution s’imposait. Il se montra homme d’initiative et de décision, organisateur méthodique et constant.

    Malgré ses nombreux soucis, M. Bessière n’oublia jamais qu’il était venu au Tonkin pour sauver les âmes ; il se livra avec ardeur à la prédication, à la direction et à la confession.

    Un des devoirs de sa charge, celui qu’il avait peut-être le plus à cœur, était de recevoir, de fournir de tout le nécessaire, et d’initier aux détails de leur vie nouvelle les jeunes missionnaires, à leur arrivée. Il s’acquittait de ce devoir avec un tact extrême et une bonté toute maternelle.

    Pendant les cinq années qu’il demeura en fonctions, il sut faire face à toutes les difficultés qui se présentèrent.

    Pour commencer, aussitôt après son installation, il eut à lutter contre une terrible inondation. Les cours d’eau, subitement grossis par des pluies diluviennes, brisaient des digues, qui jusque-là avaient résisté à toutes les inondations. Le flot dévastateur ruinait tout sur son passage et se répandant  ensuite dans les plaines, les transformait en une vaste mer, semée d’îlots. A Ke-so, l’alarme fut vite donnée et la lutte commença. Électrisés par l’exemple des missionnaires, les chrétiens travaillaient avec ardeur à exhausser les digues qui entourent la mission et le village, mais il fallut céder devant la montée trop rapide des eaux, qui envahirent les maisons les plus élevées. On dut s’ingénier pour mettre en lieu sûr les gens, les bêtes, le mobilier, et assurer la nourriture de tout le monde... Grâce à l’activité qu’il avait déployée et à l’entrain qu’il avait su inspirer à tous, le procureur eut la satisfaction de constater que, seules, des pertes matérielles étaient à déplorer.

    Au milieu de ses occupations si variées, M. Bessière voyait les années se succéder rapidement, avec leur suite d’événements plus ou moins notables.

    Sur ces entrefaites, Mgr Puginier vint à mourir et fut remplacé par Mgr Gendreau.

    Le nouveau vicaire apostolique maintint le procureur à la place qu’il savait si bien remplir, et qu’il conserva jusqu’en juillet 1895, époque à laquelle, sans changer de fonction, il se vit appelé à les exercer dans un poste nouveau.

     

    En 1895, en effet, eut lieu la division en deux vicariats distincts de la mission du Tonkin occidental. Le Saint-Siège choisit, pour le mettre à la tête de la nouvelle mission du Haut-Tonkin, M. Ramond, le compatriote et l’ami de M. Bessière, et le nomma évêque titulaire de Linoë. M. Bessière eut la joie d’être désigné pour suivre le nouvel évêque dans sa mission.

    C’est le 17 juillet que Mgr Ramond et les missionnaires qui devaient l’accompagner firent leurs adieux à Mgr Gendreau, et s’embarquèrent sur le vapeur qui allait les conduire à Hung­hoa.

    Là, M. Bessière put donner libre cours à ses talents d’organisateur, car presque tout était à installer, et ce qui existait était à refaire. Il se mit à l’œuvre et réussit petit à petit, grâce au concours de M. le baron de Goy, résident de la province et ami dévoué des missionnaires. Bien­tôt Mgr Ramond, cédant à un désir qui répondait au sentiment de ses missionnaires, nomma M. Bessière provicaire de la mission.

    L’humilité de notre confrère s’effraya d’abord de cette élévation, mais, toujours soumis à la volonté de Dieu, il ne vit dans cet honneur et ce fardeau, qu’une nouvelle occasion, de se dépenser davantage pour le bien du vicariat.

    Il devait, d’ailleurs, peu de temps après, être appelé à déployer l’ardeur de son zèle au service de l’œuvre fondamentale de notre Société, la formation du clergé indigène. En effet, le 27 juin 1896, la mort vint frapper au milieu de nous son premier coup, enlevant à l’affection de tous le regretté M. Ambroise Robert, que Monseigneur avait chargé de la direction du petit séminaire de Ha-thach. Il fallait pourvoir au remplacement du cher confrère disparu.

    Le choix du vicaire apostolique se porta sur le provicaire, qui résigna les fonctions de procureur et se rendit à Ha-thach, comme supérieur du séminaire : c’est lui qui devait fonder l’établissement et le mettre sur le pied où il est aujourd’hui. Au prix d’efforts persévérants, le nouveau supérieur est arrivé à doter la mission d’un séminaire modèle, qui ne laisse rien à désirer au double point de vue de la symétrie et de la commodité des bâtiments.

    La chapelle, remarquable par son élégance et sa solidité, est due à la générosité d’une modeste et pieuse personne, dont le nom, connu de Dieu et des missionnaires du Haut-Tonkin, doit rester secret pour le public.

    L’ouverture de la maison eut lieu le 1er septembre 1896. Les élèves étaient au nombre de 22. Tous connaissaient déjà M. Bessière et avaient une grande affection pour lui.

    Le supérieur, tout en s’occupant activement de l’organisation matérielle du petit séminaire, déploya le zèle le plus louable, pendant dix ans, pour la formation spirituelle des élèves.

    Il suffit d’avoir assisté aux instructions qu’il leur adressait, pour comprendre l’amour qu’il portait à ces jeunes âmes qui lui étaient confiées.

    Il avait vite observé qu’une patience inlassable est nécessaire pour arriver à fixer l’esprit mobile des enfants ; aussi, ne se rebutait-il jamais, quand malgré ses efforts il se voyait quelquefois bien loin du but. Ce n’était qu’à la dernière extrémité qu’il sévissait, mais ceux qui ont eu à entendre ses réprimandes en ont gardé longtemps le souvenir.

    Son bonheur était de voir les élèves pieux et ardents à l’étude. D’ailleurs, il était pour eux un modèle de toutes les vertus. Pourquoi faut-il qu’il leur ait été sitôt ravi !

    Depuis quelques années, le cher provicaire se trouvait gêné, à cer­tains jours, par une enflure de la jambe gauche. Or, le 16 juin, il sentit à cette jambe une douleur assez vive qui augmenta graduellement d’intensité, jusqu’à devenir intolérable. M. Quioc fit l’impossible pour procurer quelque soulagement au malade. Voyant qu’il ne pouvait réussir, il crut devoir informer Mgr Ramond de la situation. On chercha immédiatement un médecin français. Celui de Viet-tri étant absent, on décida de transporter M. Bessière à Son-tay, où il trouverait certainement un docteur pour le soigner.

    Le voyage en jonque fut pénible, moins cependant que le malade ne l’avait craint. A mi-chemin, une dernière joie lui fut ménagée. Comme la résidence épiscopale n’était qu’à un petit quart d’heure du fleuve, M. Gaillard, qui accompagnait M. Bessière, crut faire plaisir à Monseigneur en prévenant Sa Grandeur du passage de la barque. Malgré l’heure tardive (il était minuit), Mgr Ramond put s’entretenir environ une demi-heure avec son provicaire ; il l’encouragea, lui promit de prier pour lui et lui donna sa bénédiction. Cet entretien et la bénédiction de son évêque firent du bien au malade, qui supporta mieux les fatigues de la seconde partie du voyage.

    A son arrivée à Son-tay vers 6 heures du matin, tout faisait espérer une guérison. Le médecin examina soigneusement le cas, palpa la jambe malade, mais ne put dire s’il s’agissait d’un abcès, d’un érysipèle ou d’un simple rhumatisme. Il conseilla des bains chauds, et le traitement atténua les douleurs, mais ne rendit pas le sommeil au malade. La journée du vendredi 22 juin se passa sans incident. C’était la fête du Sacré-Cœur, et de sa chambre M. Bessière s’unissait, autant qu’il pouvait, aux prières des chrétiens qu’il entendait. Le Saint-Sacrement resta exposé toute la journée, et le soir, après le salut, notre pieux confrère se plaignait à qui voulait l’entendre, d’avoir passé la journée comme un païen, car il n’avait même pas pu faire une petite visite à Notre-Seigneur. On le consolait en disant qu’il réparerait tout cela dans quelques jours par une grande heure d’adoration. La nuit ne fut pas très bonne. Le malade ne dormit point, il s’assoupit néanmoins quelques instants. Dès le matin, il expliqua aux deux médecins qui étaient venus le voir que sa jambe le faisait moins souffrir, mais qu’il ressentait en tout lui-même une fatigue indéfinissable. Les docteurs le rassurèrent, en disant que cette fatigue était la suite de son état fiévreux, et se retirèrent sans prescrire aucun remède spécial.

     

    Cependant, dans la soirée du samedi 23, le patient ne ressentant aucun soulagment de toutes les potions qu’il prenait, demanda un de ces messieurs du collège pour se confesser une dernière fois.

    M. de Cooman accourut et lui fit comprendre qu’il était à Son-tay, et non à Ha-thach ; que, par conséquent, il était difficile de faire venir un confrère de là-haut pour le confesser. « Ah ! « C’est vrai, dit le malade ; mais ça ne fait rien, je vais me confesser à vous. Je suis entre les « mains du bon Dieu et, volontiers, pendant que j’ai encore toute ma connaissance, je fais « entre ses mains le sacrifice de ma vie pour le collège, pour Monseigneur, pour la « mission ! »  Il se confessa, puis causa familièrement, environ une demi-heure, avec M. de Cooman. Il s’entretint aussi avec ses catéchistes et, la nuit venue, comme il ne manifestait pas plus de fatigue que la veille, on le laissa reposer, en prenant la précaution de faire coucher un catéchiste dans sa chambre. Rien d’extraordinaire ne se produisit, et le malade parut reposer assez tranquillement. C’était un repos de mauvais augure. Le lendemain matin, quand M. Massard vint prendre de ses nouvelles, il ne put répondre que par signes et, portant la main à la gorge, il fit comprendre qu’il ne pouvait plus rien avaler. Effrayé, M. Massard fit venir les docteurs. Après un court examen, ils déclarèrent qu’il restait peu d’espoir de sauver le malade, atteint de lymphangite infectieuse.

    M. Massard s’empressa d’avertir M. Bessière du danger qui le menaçait et lui proposa les derniers sacrements. Le malade reçut le saint viatique et l’extrême-onction, en pleine connaissance et avec les marques de la plus vive piété.

    Mgr Ramond, averti par télégramme, arriva à temps pour voir, une dernière fois, celui que le bon Maître jugeait digne de la récompense. Sa Grandeur apportait avec elle de l’eau de Lourdes, mais il n’était pas dans les desseins de Dieu d’accorder la guérison que tout le monde demandait. M. Bessière nous quittait le 25 juin à 2 heures du matin, au moment où son évêque lui donnait une dernière absolution.

    Quelques heures après, le saint sacrifice était offert pour le repos de son âme par Monseigneur et tous les confrères. M. Guéneau, de la communauté de Nazareth, chanta la messe au milieu d’une grande affluence de chrétiens, accourus en foule dès que la triste nouvelle se fut répandue.

    Mgr Ramond désirait ardemment que les restes du cher défunt fussent transportés à Ha-thach, dans le cimetière de ce petit séminaire où il avait tant travaillé ; mais il fallait trouver le moyen d’effectuer le transfert. Grâce à l’extrême obligeance de M. Calard, agent des Mes-sageries à Viet-tri, qui voulut bien faire les démarches nécessaires, M. Marty eut la bonté de mettre un de ses vapeurs à la disposition de Sa Grandeur.

    Le mardi 26 juin, à 9 h. ½ , le bateau accostait au pied de la colline de Ha-thach. La dépouille mortelle de notre confrère fut transportée à la chapelle de l’établissement.

    Les élèves étaient alors en vacances ; mais, dès qu’ils avaient appris la maladie de leur bien-aimé supérieur, plusieurs s’étaient rendus à Son-tay, pour le soigner. A la nouvelle de sa mort, les autres accoururent au petit séminaire. Le bateau les prenait à toutes les escales et leurs sanglots, devant le cercueil de celui qui les avait tant aimés, prou­vaient qu’ils n’étaient pas ingrats. Ils tinrent à honneur de transporter eux-mêmes les restes de leur bien-aimé Père du navire à la chapelle. La messe d’enterrement fut chantée par M. Quioc, professeur de rhétorique, auxiliaire dévoué du regretté supérieur. Après l’absoute donnée par Mgr Ramond, dont les larmes étouffaient la voix, le corps de notre ami fut conduit à sa dernière demeure. Vingt missionnaires et prêtres indigènes étaient présents. La colonie française de Phu-tho, ville située à 4 kilomètres du petit séminaire avait tenu à nous prouver sa sympathie en venant assister à la cérémonie des obsèques. Le chancelier de la résidence, M. Poulet, représentait M. Bonnetain, chef de la province, empêché, qui exprima ses condoléances par lettre. Ces messieurs savaient bien que si la mission perdait dans M. Bessière un travailleur hors ligne, la colonie perdait aussi un ardent propagateur de l’influence française. Ne venait-il pas de fonder, à côté de son collège, une école de français où païens et chrétiens venaient, indistinctement, apprendre notre langue et se former à nos usages ?

    M. Bessière repose maintenant au bas de la colline, dans un petit coin que lui-même avait choisi, au pied d’un crucifix monumental, don de notre grande bienfaitrice anonyme.

    Efforçons-nous d’imiter le cher défunt dans sa vie et dans sa mort.

     

     

    • Numéro : 1550
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1883