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Alexandre BESOMBES (1885-1911)

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    Alexandre Besombes naquit en 1885, à Courbevoie (diocèse de Paris), de parents profondément chrétiens. De bonne heure, il fut mis en pension à Notre-Dame de Boulogne. C’est là que, tout en faisant ses classes de latin, il sentit naître en lui les germes de vocation sacerdotale et apostolique : aussi, pour développer ces pre­mières aspirations, vint-il, après sa cinquième, frapper à la porte du Petit Séminaire de Saint-Nicolas du Chardonnet, où il fut admis en quatrième en octobre 1898.

    Ses débuts y furent durs : de nature exubérante, enclin à la dissipation, Alexandre Besombes appartenait, par ailleurs, à un cours où ses tendances ne trouvèrent que trop à se développer : les élèves de cette classe s’appelaient eux-mêmes les Sauvageons et tenaient à honneur de se distinguer parmi leurs camarades par leur impétuosité farouche dans les cours, renversant et bousculant tout.

    Mais à cette exubérance de vie s’alliaient de grandes ressources ; car, s’il porta tardivement ses fruits, ce cours n’en donna pas moins d’excellents sujets. M. Besombes en est la preuve. « Son intelligence était vive, nous apprend le Supérieur du Petit Séminaire ; sa piété, sérieuse ; mais le caractère léger et difficile l’emportait malgré tout. En rhétorique, sous l’influence de sa vocation pour les Missions, il passa une année excellente qui tranchait complètement sur les précédentes. Il fit alors une demande pour entrer au Séminaire des Missions-Etrangères, et, sur les bons renseignements que cette dernière année avait permis de fournir, il fut admis et arriva à Bièvres en 1902.

    Ceux qui l’ont connu savent qu’il serait trop long de conter en détail les épisodes de sa vie d’aspirant. D’un caractère gai, joyeux, plein d’entrain, il avait l’esprit bien parisien et tout était pour lui l’occasion d’une saillie ou d’un bon mot, le prétexte à mille équipées singulières. C’est dire quel agréable compagnon de récréations et de vacances ce dut être; c’est dire aussi ce qu’il fut à la caserne.

    Il s’engagea par devancement d’appel pour ne faire qu’une année de service militaire. Là il s’employa de son mieux à faire quelque bien autour de lui ; il groupa au cercle militaire de Beauvais ceux de ses camarades qu’attirait sa franche gaieté et qu’il sauvait ainsi des périls qui guettent le troupier en dehors du service. M. l’Aumônier de ce cercle nous disait récemment encore : « Quelles joyeuses parties, quelles bonnes séances furent dues à son ingénieuse initiative ! »

     

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    Mais ce serait mal connaître le caractère de M. Besombes, si l’on se bornait à l’envisager sous ce jour-là. Dès que sonnait la cloche, il se retrouvait devant sa règle qu’il observait avec soin, sans affectation ni forfanterie. Très mortifié, il n’écouta pas toujours la voix de la prudence ; et le désir d’habituer son corps à la dure lui fit exagérer quelques austérités qui compromirent un peu sa santé. Doué aussi d’une belle intelligence, il suivait avec profit ses cours de théologie, quand la loi, rappelant les séminaristes à la caserne, vint les interrompre : il fit alors partie du départ de Pinang, où il se montra tel qu’il avait été au Séminaire de Paris.

    Mais déjà l’épreuve l’attendait. Il s’habitua difficilement au climat, et fut, à différentes reprises, atteint de la fièvre. Ses cours finis, en 1907, il reçut sa destination pour le Su-Tchuen Méridional. Il écrivit aussitôt à son Evêque, mais ne put, selon la coutume, lui envoyer sa photographie. Ayant très peu la recherche de lui-même, il posait assez mal devant l’objectif ; de là, cette pittoresque excuse :  Je ne puis vous envoyer mon portrait, Monseigneur, car je n’en ai pas : d’ailleurs, je ne tarderai pas à vous faire parvenir l’original ! Hélas M. Besombes ignorait alors la série des épreuves qui allaient entraver et retarder son arrivée au Su-Tchuen.

     

     

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    Quand il quitta Pinang, il n’était encore que diacre. Il partit pour Shang-Haï attendre ses Confrères, venus de Paris, afin de remonter avec eux le Fleuve Bleu. Mais là, il fut saisi d’un si terrible mal d’entrailles qu’il dut s’aliter. La dysenterie, dont il avait déjà souffert au régiment, le reprenait, et ce n’est qu’après un séjour de plus d’une semaine à l’hôpital qu’il rejoignit ses Confrères à bord du Li-Fong, sur le Fleuve Bleu.

    À peine embarqué, son mal le reprit de nouveau ; il dut descendre à Han-Kéou chez les Missionnaires Franciscains, où il ne se rétablit qu’imparfaitement. Il serait quand même reparti vers sa Mission, si M. Robert, passant par là, ne l’avait emmené avec lui à Hong-Kong. Au Sanatorium, son état s’aggrava à tel point qu’on le crut perdu. Cependant, quelle que fut la violence du mal, son calme, sa patience, sa gaieté surtout ne l’abandonnèrent jamais. Il amusait et édifiait à la fois tous ceux qui l’approchaient.

    Enfin, remis sur pied, et ayant cette fois l’âge requis par les canons, il profita du passage de Mgr de Gorostarzu, nouvellement sacré, pour recevoir l’ordination sacerdotale et repartit vers sa Mission.

    Cette fois cependant, assez peu enthousiaste pour les voyages par mer, il prit la voie de terre, traversa le Tonkin en chemin de fer, franchit la frontière Nord de ce pays, à ce moment menacée par les rebelles ; puis, à cheval, seul avec un domestique chinois, il traversa tout le Yun-Nan pour se rendre à Soui-Fou.

    Ne connaissant pas un mot de chinois, il ne pouvait s’exprimer que par gestes. Sa mimique, heureusement fort expressive, — tous ceux qui l’ont connu n’en disconviendront pas, — lui servit suffisamment pour qu’il pût se procurer les choses nécessaires à la vie. Mais le terme de ses tribulations était proche, et, le 14 juillet, il arrivait à Soui-Fou.

    Nommé vicaire à Tchang-Lin, district du Sud de la Mission, il se mit avec application à l’étude du chinois. Or, depuis quelques mois, il avait l’oreille un peu dure, et, dans ces conditions, l’étude d’une langue aussi nuancée par les tons que le chinois, devait lui être particulièrement pénible. N’importe, il n’y mit que plus d’ardeur ; et moins d’un an après, en mai 1909, il fut nommé curé de Hong-Ia. Les deux années qu’il y passa, M. Besombes s’y fit aimer de ses chrétiens, comme il s’était fait aimer partout de tous ceux qui l’avaient connu.. La mort le surprit, alors qu’il venait d’amener à lui la plus grande partie des protestants de la ville.

    Cependant, sa surdité s’accentuait de plus en plus, et, cette infirmité lui rendant difficile l’exercice de tout ministère, il pria Sa Grandeur, en termes délicats, de lui donner un successeur plus apte à remplir les fonctions pastorales dans son district. Sur ces entrefaites, il se disposa à descendre à Soui-Fou pour prendre part à la retraite annuelle. La mort l’y attendait quelques jours plus tard, et c’est de ses derniers instants que nous entretient Mgr Fayolle dans la relation suivante, qu’il nous envoya dès le lendemain du décès.

     

     

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    Le mercredi de Pâques, M. Besombes descendit vers Soui-Fou en radeau, pour assister aux exercices de la retraite. Il débarqua à Kia-Tin, où il trouva plusieurs Confrères, arrivés les uns le jour même, les autres la veille. M. Pierrel ayant reçu l’ordre de ne pas quitter Kia-Tin afin de recevoir six Religieuses destinées au dispensaire de cette ville, lui proposa de demeurer auprès de lui. Sur ses instances réitérées, M. Pierrel le laissa partir, d’autant plus que l’appétit était bon et que rien n’indiquait le commencement d’une maladie grave.

    M. Besombes s’embarqua donc encore en radeau le 20 avril et le 21 il arrivait à Soui-Fou avec les autres Missionnaires. La première parole qu’il m’adressa fut celle-ci : « Je ne suis pas bien ! » Je l’envoyai se reposer et j’interrogeai les Confrères qui avaient voyagé avec lui : « C’est un simple malaise, me fut-il répondu ; il souffre un peu de la tête, mais ce n’est rien. Il a été très gai pendant toute la route, et il a assez bien mangé, même ce midi. » Peu après, un Confrère vint me dire :  M. Besombes a une forte fièvre ; je viens de prendre sa température, il a 42º. » Je prévins bien vite les Religieuses, qui lui préparèrent une chambre, et moins de deux heures après son arrivée à Soui-Fou, M. Besombes était installé à l’hôpital : il avait à ce moment-là 42º5.

    Les journées du 22 au 26 avril furent bonnes. Nous les aurions trouvées excellentes si la température ne s’était pas maintenue à 40º . Les bains froids la faisaient baisser de deux degrés environ, mais ce répit durait assez peu longtemps.

    Le 27 avril, le pouls devint irrégulier. M. Besombes reçut, ce jour-là, les derniers sacrements en pleine connaissance et avec un esprit de foi digne d’envie. La journée du 28 fut plus mauvaise encore. Cependant, bien qu’il poursuivit, la plupart du temps, une ou deux idées fixes, il revenait souvent à lui, et, à certains moments, on aurait dit qu’il avait toute sa lucidité. J’allai le voir le 28 avril, à huit heures du soir : il me reconnut parfaitement bien, comme, d’ailleurs, il reconnaissait tous les Confrères.

    La fièvre l’avait rendu complètement sourd. S’il entendait difficilement, il a compris jusqu’à la fin ce qu’on lui écrivait sur une ardoise. Un Missionnaire ayant écrit que j’allais le bénir : « J’en suis bien content ! », dit-il, et il se signa au moment où je fis le signe de la croix sur lui. C’était quelques heures avant sa mort.

    Les signes avant-coureurs de la fin apparurent plus sensibles le 29 avril, à une heure du matin. À trois heures il entrait en agonie, et à quatre heures il rendait son âme à Dieu, assisté de MM. Moutot, Breuil et Biron.

    MM. Breuil et Biron montèrent immédiatement au saint autel. Les messes des 32 Missionnaires présents à Soui-Fou étaient achevées avant sept heures ; et grâce aux dépêches que nous avions envoyées un peu partout, plus de cent messes étaient déjà célébrées pour lui le lendemain de sa mort. Nous avons, le jour même, célébré un service solennel en présence de tous les Missionnaires et de plu­sieurs centaines de chrétiens.

    À la nouvelle de sa mort, ses anciens condisciples firent chanter à Courbevoie, domicile actuel de sa famille, un service funèbre auquel assistèrent un grand nombre de ceux qui l’avaient connu. L’absoute fut donnée par M. le Chanoine Bridier qui s’était fait un devoir de représenter le Petit Séminaire de Saint-Nicolas du Chardonnet.

    M. Besombes était âgé de vingt-six, ans. Quoique depuis trois ans au Su-Tchuen Méridional, il était encore le plus jeune de la Mission. Son corps fut conduit au cimetière de Ho-Ti-Keou où il repose en attendant le jour de la résurrection.

    • Numéro : 2962
    • Pays : Chine
    • Année : 1907