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Jean-Pierre BÈS (1867-1909)

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    Jean-Pierre Bès naquit à Cadoulette (Rodez, Aveyron). Le curé de la paroisse, qui avait remarqué de bonne heure sa grande piété, lui fit commencer ses études de latin. Après quelques mois de prépara­tion, l’enfant entra au collège Saint-Joseph de Villefranche, pour passer ensuite au petit Séminaire de Saint-Pierre où il acheva ses humanités.

    De Saint-Pierre, M. Bès entra au grand séminaire de Rodez. C’est là , qu’à la suite de la visite de quelques missionnaires et de la lecture des Vies des martyrs d’Extrême-Orient, il sentit en lui l’appel à l’apos­tolat. Après deux ans de réflexion et la réception de la tonsure, il demanda et obtint son admission au Séminaire des Missions-Étrangères de Paris. Il y resta de 1889 à 1892. Durant tout le cours de ses études, il se montra un séminariste très sérieux, si fidèle à sa règle et à tous ses devoirs, que les aspirants ne tarderont pas à l’appeler le « saint homme ». Disons de suite que, pour les mêmes raisons, ce titre lui est resté toute sa vie. Quand on parlait du « saint homme », les missionnaires savaient de qui il s’agissait.

    À son arrivée en mission, il fut attaché à la paroisse chinoise de Singapore et fit ses premières armes avec M. Vignol, dont il devait recueillir la succession onze ans plus tard. Il se mit à l’étude du chinois avec une ardeur véritablement extraordinaire.

    M. Vignol ayant été obligé de partir pour la France, M. Bès resta chargé de la paroisse. Pour pouvoir continuer ses études de langue, tout en s’occupant de l’administration des chrétiens, il n’hésitait pas à prendre sur son sommeil : il se levait régulièrement à 4 heures du matin, et souvent à minuit il étudiait encore.

    Il était évident que sa santé ne pourrait pas longtemps résister à un tel genre de vie et à de tels excès de travail. Il fut donc envoyé à Taïping où il devait avoir beaucoup moins de travail, les chrétiens y étant encore en petit nombre. Mais, à côté des chrétiens, il y avait la foule des païens, c’est-à-dire autant d’âmes à évangéliser. M. Bès reprit donc ses courses apostoliques avec plus d’entrain que jamais. Par monts, par vaux, sous le soleil et sous la pluie, il cheminait tous les jours. Il avait à son service deux robustes catéchistes qui l’accom­pagnaient alternativement dans ses tournées. Pour lui, il était tou­jours de corvée. Il paraissait infatigable, tandis que ses catéchistes n’en pouvaient plus.

    Mais tant va la lame au fourreau, qu’à la fin elle s’use. Les longues courses à pied sous le soleil de Malaisie devaient fatalement ruiner la santé de notre confrère. De fait, au bout de quelques mois, il était brisé, exténué, à bout de forces. La fièvre s’était emparée de lui ; une fièvre brûlante et d’autant plus tenace, qu’il était d’une constitution plus robuste. Il fut transporté à l’hôpital de Pinang dans un état si alarmant, qu’on lui administra les derniers sacrements. Il demeura plusieurs jours entre la vie et la mort. Cependant la fièvre le quitta, mais pour faire place à une douloureuse phlébite. Incapable désormais d’exercer le saint ministère, il lui fallut partir pour Hong-kong puis pour la France, afin d’y chercher la guérison. Ce fut une dure et longue épreuve. Mais M. Bès fut admirable de patience et de résignation. Il se consolait dans la prière et dans l’étude du chinois, en attendant le moment de reprendre son poste de combat.

    À son retour à Singapore, il fut de nouveau placé auprès de M. Vignol, à la paroisse chinoise.

    Il fut chargé en 1900, des deux postes de Bukit-martajam et de Matong-tinghi, assez proches l’un de l’autre. Les longues courses à pied lui étaient impossibles. Il n’en trouva pas moins le moyen de s’occuper très activement des chrétiens et des païens de son district. Il bâtit deux petites chapelles dans deux annexes qu’il visitait régu­lièrement au moins une fois par mois ; l’une à Télok-wang non loin de Bukit-martajam, l’autre à Jawec, à quelques milles de Matong-tinghi. Cette dernière petite station lui donna jusqu’à 25 baptêmes d’adultes, la dernière année qu’il passa dans la province Wellesten.

    Malgré quelques attaques de fièvre, l’état général de sa santé s’était grandement amélioré pendant son séjour à Bukit-martajam. Il y avait donc lieu d’espérer qu’il pourrait encore fournir une longue et fructueuse carrière. Aussi, lorsque M. Vignol mourut en 1904, ce fut M. Bès qui fut choisi pour lui succéder à la paroisse chinoise de Singapore.

    Chargé de cette grande chrétienté, il accomplit les différents devoirs de sa charge avec une exactitude extraordinaire, consacrant un temps considérable aux catéchismes, préparant ses instructions du dimanche avec le plus grand soin et passant au confessionnal de longues heures, voire même des jours entiers la veille des grandes fêtes. Et je ne dis rien de ses visites fréquentes aux malades de sa paroisse, auprès desquels il se dépensait sans mesure.

    Dans tout cela il avait le grand tort de ne pas laisser assez à faire à ses assistants. On le lui reprochait souvent et il en convenait. Mais en pratique il était hanté par la pensée que c’était lui qui avait toute la responsabilité et que, par conséquent, il devait partout et tou­jours payer de sa personne.

    Il avait découvert un certain nombre de chrétiens récemment arrivés de Chine, qui parlaient des dialectes différents de ceux qu’il connais­sait. Sans hésiter, il se mit à l’étude de ces nouveaux dialectes, afin de pourvoir aux besoins spirituels de ces pauvres gens. Ce surcroît de travail lui amena une grande fatigue de tête et c’est surtout à partir de cette époque que sa santé recommença à décliner. De nouveau il passa par des périodes de fièvre qui l’obligeaient à un repos complet. La crise passée, il se remettait au travail avec son entrain habituel.

    Au mois d’août 1909, à la suite d’un accès de fièvre plus violent que les précédents, il se fit transporter à l’hôpital. Les docteurs ne tar­dèrent pas à déclarer qu’il était atteint d’une fluxion de poitrine aiguë, et peut-être même de la fièvre typhoïde. Ils ne se trompaient pas.

    M. Bès s’était senti perdu dès le début et il demanda lui-même les derniers sacrements. Grâce aux soins de toutes sortes qui lui furent prodigués par les médecins et les infirmières de l’hôpital, on crut, à certains jours, pouvoir espérer sa guérison. Mais ce missionnaire si fidèle et si dévoué était mûr pour la récompense. Le 25 août, à 7 heures du matin, il rendait sa belle âme à Dieu. Voici ce qu’a écrit un des missionnaires qui l’ont assisté dans sa maladie : « J’ai « éprouvé une vraie consolation à l’assister à ses derniers moments et je ne puis m’empêcher « de souhaiter, pour moi-même et pour tous mes confrères, une mort aussi calme et aussi « résignée. Presque tous les jours, j’ai pu lui porter la sainte communion. Il était si heureux de « s’unir à Notre-Seigneur ! Il répugnait à demander sa guérison, tant il était joyeux de mourir, « lui autrefois si rempli de crainte à la pensée de la mort. »

    Par sa grande piété, par son inviolable fidélité à tous ses devoirs de prêtre et de pasteur, M. Bès s’était acquis une grande réputation de sainteté parmi les chrétiens. A la nouvelle de sa mort, ils accoururent en foule prier auprès de son corps exposé dans une des salles de doctrine transformée en chapelle ardente.

    Ses funérailles, présidées par Mgr Bourdon, en l’absence de l’évêque de Malacca alors en tournée de confirmation, eurent lieu au milieu d’un concours immense de fidèles, non seulement de Singapore, mais encore des chrétientés des environs.

    La mort de M. Bès, missionnaire vraiment infatigable, est une grande perte pour la mission de Malacca. Mais, nous en avons la douce espérance, Dieu nous a donné un protecteur de plus dans le ciel.

     

     

    • Numéro : 2031
    • Pays : Malaisie
    • Année : 1892