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Joseph BÉRUARD (1870-1917)

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    M. Joseph-Marie Béruard naquit à Verrens-Arvey, dans le diocèse de Chambéry, le 6 septembre 1870 d’une de ces familles profondément chrétiennes si nombreuses dans la catholique Savoie. De bonne heure il ressentit l’attrait de la vocation sacerdotale, et ses parents, fiers de l’honneur que Dieu daignait leur faire, consentirent volontiers à s’imposer de lourds sacrifices pour assurer son éducation au petit séminaire diocésain. Sur la vocation sacerdotale vint bientôt se greffer la vocation apostolique : mais ce n’est qu’au grand séminaire de Chambéry et à la suite d’un vœu à Notre-Dame de Lourdes, que fort de l’approbation du directeur de sa conscience, il se décida à mettre son projet à exé­cution. Ses parents à qui il avait maintes fois fait part de ses aspirations, se soumirent courageusement et en toute simplicité à la volonté de Dieu. Par ailleurs l’idée d’expatriation et d’apostolat n’avait rien d’extraordinaire pour eux ; les vocations de ce genre n’étaient pas rares parmi leurs connaissances et même dans leur famille : outre des cousines religieuses en Danemark, M. Béruard comptait des cousins prêtres en Algérie et aux îles Salomon,

    Le jeune homme demanda son admission au séminaire des Missions-Etrangères où il entra en 1893 ; ses études théologiques terminées, il fut ordonné prêtre en 1896, et quelques semaines plus tard, il s’embarqua pour la Birmanie méridionale.

    À son arrivée à Rangoon, il fut placé comme assistant à la paroisse tamoule de Saint-Antoine. Doué d’une mémoire heureuse, et causeur infatigable, il sut en peu de temps manier suffisamment les langues anglaise et tamoule. Cependant son séjour ne fut que d’assez courte durée à Rangoon. Destiné aux missions carianes, il dit adieu à ses Tamouls — un adieu d’ailleurs relatif — et se mit à l’étude de la langue birmane, à Pauksembe, sous la direction de M. Iffly. Dans le poste de Ywegon, M. D’Crux, vieux et infirme, avait besoin tout à la fois d’un assistant et d’un garde-malade. On lui donna M. Béruard. Nul choix ne pouvait être plus heureux : il était, en effet, un infirmier excellent, comme en peuvent témoigner et en pleine connaissance de cause plusieurs de ses confrères. Pendant que sa main pansait délicatement plaies et blessures, sa bonne humeur inaltérable, ses plaisanteries faisaient oublier l’amertume des pires potions.

    À la mort de M. D’Crux, il lui succéda tout naturellement, et continua l’œuvre de son prédécesseur. Persuadé que le meilleur moyen de la perpétuer et de la développer, était de soigner tout particulièrement l’éducation religieuse des enfants, il s’occupa spécialement des écoles. Il n’eut pas trop de peine à recruter des élèves, la bonté qui s’épanouissait sur ses traits, apprivoisait rapidement les petits sauvages que sont les Carians.

    Cette même qualité ne lui fut pas moins utile avec les grandes personnes. Païens et chrétiens admirèrent sa douceur et son amabilité, relevées d’une pointe d’humour, qui les mettait tout de suite en confiance. Si, par suite d’importunités ou d’exigences peu raisonnables, il cédait parfois aux mouvements d’un caractère naturellement un peu vif, les quémandeurs s’éclipsaient prudemment, mais pour revenir peu après. Ils savaient que l’orage était de courte durée, et qu’ils finiraient par obtenir ce qu’ils désiraient. En effet, si on pouvait reprocher quelque chose à M. Béruard, c’était d’être trop bon, et de cet excès de bonté, ses chrétiens essayaient parfois d’abuser. Les épreuves communes à tous les missionnaires ne lui furent pas épargnées ; il vit son dévouement méconnu, ses meilleures intentions mal interprétées, et récolta l’ingratitude là où il avait semé les bienfaits. Mais il n’était rien moins que pessimiste, et malgré une sensibilité très réelle, quoique cachée ordinairement sous un masque d’indifférence, il réagissait rapidement contre les tentations de découragement, et retrouvait sans trop de peine sa bonne humeur ordinaire. Il mettait sa charité et son habileté d’infirmier au service de ses chrétiens qui avaient une grande confiance dans ses connaissances médicales. Souvent entre eux, ils parlaient avec admiration de la façon dont il pansait des ulcères purulents, auxquels n’osaient pas toucher même les parents des malades.

    Dans ses rapports avec ses confrères, M. Béruard était l’amabilité même ; il était vraiment le sourire de toutes les réunions qu’il égayait par sa verve inépuisable. Vis-à-vis de l’autorité il fut toujours très respectueux et sut accepter avec humilité et soumission les avis, critiques et remontrances que ses supérieurs crurent de leur devoir de lui faire.

    Tout en s’occupant des Carians de son district, il administra les Tamouls chrétiens du district de Bassein, que les missionnaires de la paroisse de Saint-Antoine ne pouvaient visiter d’une façon régulière.

    Les joues rebondies, l’embonpoint imposant, jucundus et rubicundus, il semblait jouir d’une forte santé ; ces apparences étaient trompeuses ; depuis longtemps il portait dans son sang les germes de la maladie qui devait lui être fatale. Les médecins qu’il consulta se trom­pèrent tout d’abord dans leurs diagnostics, et ne surent pas reconnaître la gravité du cas. Le mal se montrait rebelle aux remèdes et aux régimes, on jugea qu’un séjour dans l’Inde le ferait disparaître. Il n’en fut rien. Enfin, à Maymyo, un major anglais finit par découvrir les mi­crobes qui décomposaient peu à peu son sang. Un changement radical de climat s’imposant, il dut dire adieu à sa chère mission, et s’embarqua pour la France, qu’il avait quittée seize ans auparavant.

    Le hasard ou plus justement la Providence, lui fit découvrir à Paris un spécialiste, qui s’intéressa vivement à sa maladie et se fit fort de le guérir. Retiré en Savoie dans la famille de son frère, il suivit scrupuleusement les prescriptions de son docteur, et sa santé s’améliora sensiblement. Malheureusement, la guerre le priva des soins du spécialiste, qui fut mobilisé, et dont il n’eut plus de nouvelles. Malgré la maladie, il voulut prendre du ministère dans une paroisse voisine de sa commune. Il y fut fort apprécié, mais n’y put travailler longtemps. Le mal faisait des progrès rapides, le diabète s’y adjoignit. Quand on s’en aperçut, la fin était proche. Notre cher confrère mourut dans sa famille le 13 février 1917. Il garda sa connaissance jusqu’à la fin, et répondit aux prières de l’extrême-onction. Nos prières ne sauraient lui manquer ; elles lui diront le doux souvenir que nous avons gardé de lui.

     

     

     

     

     

    • Numéro : 2216
    • Pays : Birmanie
    • Année : 1896