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François-Xavier BERTRAND (1866-1840)

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    M. Bertrand François-Xavier naquit le 2 août 1866 à St Sauves au diocèse de Clermont d’une honorable et chrétienne famille. Son frère aîné fut appelé par la confiance de ses concitoyens à exercer pendant plusieurs années la fonction de maire de la commune. Son père, charpentier, acceptait de petites ou moyennes entreprises dans la ville toute proche de la Bourboule. La maison paternelle était à quelques pas de l’église seulement, et l’éducation très chrétienne que François reçut de ses parents dut faire impression sur son jeune cœur, car ses études primaires terminées, il entrait au petit Séminaire de Cellule pour être prêtre.

     

    C’est au cours de sa philosophie au grand Séminaire de Clermont qu’il entendit l’appel de Dieu pour les missions ; et, le 8 octobre 1887, il alla frapper à la porte du Séminaire de la rue du Bac en compagnie de M. Mignot, de la même paroisse de St Sauves. Tous deux participèrent à l’ordination sacerdotale en septembre 1890 et reçurent leur destination : M. Bertrand pour le Japon méridional, M. Mignot pour la Birmanie. Malgré la distance qui les séparait, ils restèrent néanmoins toujours très unis l’un à l’autre.

     

    Ses confrères au Séminaire de Paris ont regardé M. Bertrand comme un séminariste pieux. Arrivé à Nagasaki en décembre 1890, il fut confié à M. Raguet qui, à cette époque, besognait dans les deux provinces de Bungo et du Hyuga, afin d’apprendre la langue. En 1892, il occupa pendant quelque temps le poste de Miyazaki, mais le besoin d’ouvriers apostoliques se faisant sentir dans les îles de Nagasaki, il y fut envoyé à l’automne de la même année, y exerça le ministère pendant deux ans, puis durant une année travailla soit à Hirado, soit à Kuroshima sous la direction de M. Matrat.

     

    Dans un poste du diocèse de Fukuoka, une personne de Kuroshima ayant appris que M. Bertrand était décédé, raconta que pendant son enfance, notre confrère était venu visiter sa mère malade, et qu’au départ il avait laissé une pièce d’argent pour acheter des remèdes. On apprit ainsi incidemment qu’il était coutumier de ces aumônes, à l’époque où les chrétiens des îles brimés, hon­nis, pressurés par les païens pendant des siècles, vivaient dans un état voisin de la misère. Le jeune missionnaire ne pouvait pas toujours faire du bien par la parole, mais il s’ouvrait le chemin des cœurs par l’exercice de la charité.

     

    Les voyages en barque d’île en île par tous les temps, occasionnant les dures privations que l’on devine, portèrent gravement atteinte à sa santé. Un rhume opiniâtre fit craindre pendant quelque temps une grave maladie de poitrine. Son Supérieur l’envoya se reposer à Hongkong et les bons soins qu’il reçut au sanatorium de Béthanie le remirent vite sur pied. A son retour, Mgr Cousin le chargea du poste de Nakatsu et, en 1899, il fut transféré à Kokura où devait s’écouter la plus grande partie de sa vie apostolique.

     

    Kokura se trouvait être au centre d’un district comprenant les villes industrielles de Yawata, Tobata, Wakamatsu qui prenaient de plus en plus un rapide développement, favorisées qu’elles étaient par la proximité de riches mines de charbon et du port de Moji. Des chrétiens venaient incessamment de Nagasaki s’y installer afin de trouver du travail ou d’essayer de faire fortune en s’établissant dans le commerce. M. Bertrand se vit débordé. Il aurait voulu se procurer au moins un pied à terre dans chacun des grands centres de son district pour être plus à même de pourvoir aux besoins religieux des fidèles, et en même temps de travailler sur l’élément païen. Ses ressources n’étant pas suffisantes pour lui permettre de bâtir une maison dans tous les centres, il se contenta d’établir une sorte de permanence dans la demeure d’un chrétien notable de chacune de ces quatre villes : Yawata, Tobata, Wakamatsu, Moji. Si pour assister à la messe et recevoir les sacrements, les fidèles étaient obligés de se rendre à Kokura, du moins ces locaux provisoires tenaient lieu de centres d’évangélisation et de rassemblement. Notamment, durant la semaine qui précédait les grandes fêtes, le missionnaire se rendait dans chacune des villes de son district et y entendait les confessions. Les chrétiens venus d’ailleurs étaient immédiatement repérés et exhortés à la pratique religieuse ; les unions matrimoniales étaient régularisées, les enfants recevaient l’essentiel de l’instruction chrétienne, se confessaient, faisaient leur première communion, étaient confirmés et des adultes étaient aussi baptisés.

     

    Bref, si après l’érection du diocèse indigène de Nagasaki en 1927, celui de Fukuoka a trouvé dans les villes du Nord du Kyushu un groupe important de bons chrétiens, c’est que pendant trente ans environ, M. Bertrand n’avait épargné ni son temps, ni sa peine, ni la dépense pour les former.

     

    En 1910, il parvint à acquérir un terrain dans la ville de Moji et réussit à y construire un pied à terre. Entre temps les Trappistes de Notre-Dame du Phare, dans le Hokkaidô, avaient pu acheter une vaste propriété à Shindenbaru, au sud-est de la province de Buzen pour y fonder un monastère. A cause de la guerre de 1914 et du manque de personnel, la fondation fut retardée. Ce n’est qu’en 1927 que le P. Gérard, Supérieur de la Trappe de la Sainte Famille, vint occuper les locaux avec un groupe de religieux et commencer sans tarder le travail de défrichement. Les chrétiens des îles Gotô, apprenant l’arrivée des Trappistes, vinrent bientôt habiter Shindenbaru en quête de terres et de travail. M. Bertrand bâtit alors pour eux une modeste chapelle qu’il bénit lui-même en juillet 1927.

     

    La note caractéristique de notre confrère était la bonté. Sa réputation était tellement bien établie auprès des fidèles eux-mêmes que ceux des districts voisins venaient se confesser à lui. Un Français, installé dans le voisinage de Kokura pour y monter une usine, ayant repéré M. Bertrand sur une photographie, dit à un missionnaire : « Ne remarquez-vous pas quelque chose sur le visage de M. Bertrand ? » — « Ayant l’occasion de le voir souvent, répondit le missionnaire, je ne lui trouve rien de spécial. » –– « Eh bien, dit-il, M. Bertrand porte la marque de la bonté sur sa physionomie. » Bon, il l’était aussi avec ses confrères, toujours prêt à leur rendre service. Plus d’un de ses amis eurent recours à ses talents pour faire réparer les harmoniums ou y adapter des transpositeurs. Il en fabriquait lui-même, pourvu qu’on lui fournît les lames métalliques.

     

    Il était le confesseur attitré de tous les missionnaires ses voisins, aussi se rencontraient-ils quelquefois plusieurs chez lui, sans parler de ceux qui allaient à Kokura quand le besoin de se distraire se faisait sentir. Le jeûne auquel ils s’exposaient n’écarta jamais personne, tant l’accueil était fraternel, car M. Bertrand ignora toujours le confort et même la bonne cuisine. Par contre, il avait un profond amour pour le Saint-Sacrement. Sa foi se manifestait par la gravité et la dignité avec lesquelles il célébrait la sainte messe et faisait les génuflexions. Il parlait la langue japonaise avec facilité et ses instructions étaient toujours bien préparées, ainsi qu’en témoignent ses manuscrits, couverts de ratures, de surcharges, et soulignés aux endroits principaux.

     

    En 1932, M. Bertrand se rendit compte que son grand âge ne lui permettait plus d’entreprendre les travaux jugés nécessaires à Kokura ; il accepta volontiers d’aller à Moji, le poste voisin qu’il avait fondé et où son cœur était resté très attaché. Mais l’éloignement de ses chrétiens aimés, le changement brusque dans ses habitudes l’affectèrent moralement et lui firent négliger les soins que réclamait sa santé, ce qui fut l’origine d’une anémie cérébrale durant les dernières années de sa vie. Pendant l’été de 1936, pris subitement d’une forte diarrhée que le service sanitaire déclara suspecte, il fut envoyé d’office au lazaret de la ville. Mgr Breton, ne le trouvant pas à sa place, le fit venir à l’évêché ; mais là non plus il ne pouvait recevoir les soins spéciaux qu’exigeait son état de santé ; il fut donc hospitalisé à l’hôpital des Sœurs de Saint Paul de Chartres à Yatsushiro.

     

    Les religieuses l’entourèrent de soins avec un dévouement au-dessus de tout éloge pendant les trois dernières années de sa vie. M. Lemarié, chargé du poste de Yatsushiro, allait tous les jours passer quelques instants avec lui. L’anémie cérébrale augmentant peu à peu d’intensité, il perdit bientôt l’usage de la parole et dut être veillé jour et nuit. Le 18 février 1940, la maladie faisant subitement de grands progrès, M. Lemarié crut bon de lui administrer l’extrême-onction et, le 22, M. Bertrand rendit son âme à Dieu dans la soixante-quatorzième année de son âge. Les obsèques présidées par Monseigneur eurent lieu le samedi 24. Tous les confrères que la distance et la proximité du dimanche n’empêchèrent pas tinrent à venir rendre les derniers devoirs au regretté défunt. Le cortège funèbre traversa toute la ville pour se rendre au cimetière. La bonne tenue et la piété avec laquelle tous priaient furent une occasion d’édification pour les païens. C’est au ciel, nous en avons la ferme conviction, que M. Bertrand est allé fêter ses noces d’or sacerdotales. « Beati misericordes quoniam ipsi misericordiam consequentur ».

     

     

    • Numéro : 1916
    • Pays : Japon
    • Année : 1890