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Pierre BERTRAND (1833-1899)

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    À la date du 17 juillet 1899, la Gazette de Rangoon publiait les lignes suivantes : “Nous apprenons avec regret la mort du R. P. Bertrand missionnaire catholique à Kanatzogon (Myaungmya district), poste qu'il a occupé continuellement et sans prendre le moindre congé pendant quarante-deux ans. Il laisse après lui 4000 chrétiens karians pour qui il fut toujours un père très dévoué. En décembre dernier, il ressentit les graves symptômes d'un mal dont il souffrait déjà depuis trois ans. Il n'en voulut pas moins entreprendre et achever la visite annuelle de son vaste district. Quand il revint à sa résidence, en avril, ce fut pour s'aliter et attendre le suprême appel du maître qu'il avait si bien servi. Les soins assidus du Dr de Souza ne purent le sauver. Après deux mois et demi de souffrances, muni des derniers secours de l'Eglise, gardant sa connaissance jusqu'au bout, il expira tranquillement au milieu de ses confrères dans la nuit du samedi à onze heures un quart. R. I. P.”

     

    M. Pierre Bertrand naquit à Plaisance, diocèse de Rodez, le 24 novembre 1832, d'une famille profondément chrétienne. Trois de ses oncles étaient prêtres et plusieurs de ses soeurs embrassèrent la vie religieuse.

    On devine aisément ce que dut être l'enfance de Pierre au sein d'une pareille atmosphère de piété. De bonne heure apparurent chez lui des dispositions marquées pour le sacerdoce dispositions que ses pieux parents et ses oncles, en particulier, furent heureux d'encourager et de diriger.

    Au petit séminaire, il se distingua par une intelligence vive servie par une mémoire vraiment extraordinaire. D'un caractère droit et ferme joint à une naïveté d'enfant qui jusqu'au bout reflétera sa pure et candide nature, le jeune Pierre fut un élève modèle. Malheureusement, sa santé chétive n'était pas à la hauteur de son amour pour l'étude. Déjà, plusieurs années auparavant, une maladie de langueur l'avait conduit aux portes du tombeau. Notre confrère se plaisait à raconter ce détail de sa vie. Il n'était alors âgé que de huit ans. Je me rappelle de M. Bertrand, écrit l'évêque de Ramatha dans son Histoire de la Mission, le poste de Kanatzogon a fait d'importants progrès. Au point de vue matériel, il est à la tête de toutes les autres Missions karianes. En quatre ou cinq ans, les anciennes constructions ont entièrement disparu pour faire place à de nouveaux bâtiments aussi élégants que confortables. L'église, les deux écoles, la résidence du missionnaire sont des édifices qui feraient l'honneur et l'ornement de n'importe quelle localité.

    Il est à noter que tous ces bâtiments ont été élévés presque exclusivement aux frais des chrétiens, soit une somme de 12 à 15.ooo roupies, somme énorme pour une chrétienté de 1.6oo fidèles qui n'ont d'autres ressources que le produit de leurs champs de riz.

    Voilà pour le côté matériel qui, sans être le principal, n'en coûte pas moins de soucis et de travail au missionnaire, surtout quand ce dernier ne fait encore que débuter dans la carrière.

    Au spirituel, M. Bertrand se trouvait en plein dans son élément. Actif et entreprenant, nous l'avons vu, c'était par excellence le pasteur aimable, serviable, généreux, dévoué à tous. Aussi, on peut dire qu’il n'eut aucune difficulté à gagner les coeurs de tous les Karians, chrétiens et païens.

    Sous la douce influence de ses exemples et de ses vertus, les néophytes ne tardent pas à devenir d'excellents chrétiens rivalisant de ferveur et de dévotion. Les sacrements sont plus fréquentés à Kanatzogon que partout ailleurs ; les oeuvres de zèle, telles que Confrérie du Saint-Scapulaire, Association de prières en faveur des âmes du Purgatoire, Apostolat de la prière, Ligue du Sacré-Coeur, y sont des plus florissantes.

    C'est par milliers que le bon Père compte chaque année les confessions entendues et les communions administrées, et par centaines qu'il enregistre les baptêmes de païens. Au milieu des travaux et des exercices d'un tel ministère, sa santé, si chétive au début, se fortifie au point d'égaler les plus robustes.

    Rien ne manquait, ce semble, à la joie du missionnaire de Kanatzogon, et cependant nul plus que lui n'a eu de soucis et de déboires. La parole autorisée du chef de la Mission va nous le montrer. Les belles constructions, écrit Mgr Bigandet dans l'ouvrage précité, telles que église, écoles, résidence élevées avec tant de peine et de frais par M. Bertrand, furent en partie menacées de destruction par l'empiétement graduel de la rivière, du côté de la rive où se trouvent les bâtiments de la mission. Enfin en 1883, le pauvre missionnaire dut mettre à bas sa belle et solide maison, ainsi que la spacieuse école de garçons, et à l'aide des anciens matériaux, les reconstruire, à un endroit plus avant dans l'intérieur et partant plus éloigné du creek.

     

    Dix ans plus tard ce devait être le tour de l'église, la petite merveille du poste, comme aussi l'orgueil du pasteur.

    Déjà minée par des éboulements successifs, elle menace de s’effondrer d'un moment à l'autre, mais cette fois, notre confrère, fatigué d'avoir toujours à recommencer, fait appel à toutes les ressources en son pouvoir afin de parer au danger. À grands frais, il élève sur la rive, au moyen de grosses poutres de pyinkado (bois de fer), un barrage qui doit résister à la vague envahissante. Peine inutile! En peu de temps, le pauvre Père est condamné à voir son travail littéralement tomber à l'eau et se précipiter, hélas! l'heure de la catastrophe tant redoutée. À bout d'expédients, il n’en a que plus de confiance en Dieu, et en la protection de Marie à qui le cher sanctuaire est dédié. Pour ma maison et mes écoles, disait-il, passe encore que tout cela ait croulé, mais l’église!... Ce serait presque une honte pour la sainte Vierge! Et voilà notre P. Bertrand qui se met à jeter à la rivière force médailles, scapulaires et autres objets de piété afin d'opposer au flot dévastateur un rempart plus inexpugnable encore que le premier.

    Cependant, en homme de Dieu, il était trop convaincu de son indignité pour s’attendre inébranlablement à un miracle. La foi, aimait-il à répéter, je l’ai bien certes, autant que n'importe qui, mais le nihil hœsitans… voilà qui n’est pas facile! C'est la réponse qu'il fit à l'un de nous qui lui reprochait, comme un manque de confiance, de ramasser l’argent nécessaire pour l’érection d'une nouvelle église.

    Les poteaux et autres matériaux sont déjà sur les chantiers, et M. Bertrand, malgré le poids des années, n’attend que l'heure marquée par la Providence pour se remettre à l’oeuvre.

    Elle allait bientôt sonner au clocher même du pauvre sanctuaire. Un beau jour, voici qu’un long et sourd fracas se fait entendre. Point de méprise possible, c’est un nouvel éboulement. Les tintements subits de la cloche ne laissent aucun doute sur l’endroit où il s'est produit.

    Le vaillant missionnaire se résout donc à démolir pièce par pièce ce qui restait du monument si cher à son coeur. Les bois et les planches lui servent à réédifier la maison de Dieu, pendant que les élégants piliers de maçonnerie restent forcément la part du fléau.

     

    Le 13 février 1895, écrivait Mgr Cardot, dans son compte rendu annuel, toute l’île de Kanatzogon était en fête. Le Vicaire apostolique, entouré d'un grand nombre de missionnaires, bénissait solennellement la nouvelle église que M. Bertrand battant en retraite devant le flot dévastateur, rebâtissait pour la troisième fois depuis trente ans.

    Voici le rapport que notre confrère donnait de son poste en cette même année 1895 :

    Parmi les 3500 chrétiens du district, nous en avons un millier qui sont aussi bons que possible. Ceux du village et des environs laissent peu à désirer. Dans les autres stations, il y en a qui sont aussi fort bons; 5 ou 600 dispersés un peu partout, sont assez indifférents. Cependant, lorsque le prêtre va les voir, ils s’approchent des sacrements sans la moindre difficulté. Malheureusement nous en avons au moins 300 qui sont loin d'être fervents. Tout bien considéré, l'état du poste de Kanatzogon est satisfaisant.

    C’est très humblement dit, concluait Sa Grandeur, mais j’ajouterai, sans la permission de notre cher confrère, que sa nombreuse chrétienté est regardée comme une congrégation modèle.

    Tel pasteur, telle paroisse. Or, M. Bertrand était de tout point un pasteur modèle. Levé dès quatre heures du matin, il arrivait régulièrement à l'église vers cinq heures, récitait les prières liturgiques avant la messe, pratique à laquelle il resta fidèle toute sa vie ; après quoi, il célébrait le saint sacrifice avec une piété vraiment angélique.

    Les autres exercices, dont trois visites au Saint-Sacrement, avaient également leur temps marqué. Nous avons dit plus haut son amour tout filial envers la Mère de Dieu. Ce n'est pas un chapelet, mais des rosaires entiers qu'il offrait dans la journée à sa bien-aimée Patronne. Sa dévotion aux âmes du Purgatoire n’était pas moins admirable. Lié envers elles par le voeu de charité héroïque, il le tint jusqu’à sa mort, choisissant les prières les plus riches en indulgences pour les dire et les redire sous forme d’oraisons jaculatoires.

    Voilà, esquissée à grands traits, quelle fut la vie de M. Bertrand. Constamment égal à lui-même, d’une sérénité à toute épreuve au milieu de nombreuses occupations et soucis de tout genre, sobre à l'excès peut-être de correspondance, ami de la solitude, il la passa à faire le bien sans le moindre bruit.

    L’humilité en effet ne le cédait en rien chez lui à la bonté du coeur, à l’amabilité du caractère, à l’exercice de la plus tendre charité. Dieu seul sait jusqu’à quel point il s’est donné et a donné tout à tous. Maintenant qu’il n'est plus et que tout danger d’offenser sa modestie, voire même de violer le secret a disparu, on peut dire que sa générosité ne connut pas de bornes. Un jour, il aide tel de ses chrétiens à racheter les champs qu’un procès injuste lui a fait perdre. Une autre fois, à un confrère forcé de mettre son cheval en loterie, il s’empresse ‘'écrire: « Je prends tous les billets de votre loterie. Gardez donc votre cheval. Surtout n’en dites rien à personne. »

    Plus récemment, alors que Mgr Cardot se trouvait en France pour refaire sa santé, M. Bertrand lui envoya ces quelques lignes : « Votre Grandeur doit avoir de lourdes dépenses, frais de voyage et autres. S’il vous arrivait d'être un tant soit peu dans l’embarras, n’hésitez pas à prendre le montant de mon prochain viatique. Il est à votre disposition. » C'est à l’issue des funérailles de notre regretté confrère que Monseigneur nous dévoila ce trait de générosité aussi prévoyante qu’admirable. Tous les missionnaires présents en furent profondément émus, aucun n’en fut surpris.

    Mais, dira-t-on, d’où notre confrère tirait-il l'argent pour faire tant de largesses? De lui-même, il n'avait rien, ses çhrétiens étaient relativement pauvres, ses charges très onéreuses. Malgré cela, il donnait sans compter. Vraisemblablement sa générosité même fut l'aimant secret qui attirait une à une les roupies dans son escarcelle.

    Aussi bien était-il économe et dépensait-il fort peu pour lui-même, se contentant toute sa vie de la nourriture grossière des Karians, qu'il prenait toujours le dernier et toute froide, après que le personnel de la mission avait depuis longtemps terminé le repas. Le thé froid sans sucre a toujours été l'unique boisson dont il ait fait usage.

    Avec cela, il était très recherché des autres missionnaires qui se plaisaient à aller le visiter. Autant, laissé à lui-même, il était sérieux et recueilli ; autant il était joyeux et s’amusait en la compagnie de ses confrères. Alors il n’y en avait que pour lui. Loin de trouver mauvais que l’on rit à ses dépens, il en recherchait les occasions.

     

    Homme de profonde érudition et d'une mémoire tout à fait extraordinaire, sa conversation était des plus intéressantes. Théologie, histoire sainte et profane, questions politiques du jour, origines de la Société, de notre Mission en particulier, étaient des sujets qu'il possédait à fond avec dates et noms propres.

     

    Nous l'avons dit plus haut, sa santé était devenue très robuste en Mission. Malgré ses soixante-six ans, il se donnait comme le plus jeune d'entre nous, tant étaient vives son ardeur et sa bravoure toute apostolique. Il comptait bien vivre jusqu'à ses noces d'or. Cependant depuis la bénédiction de sa nouvelle église, en 1895, il souffrait du mal qui, avec le temps, devait le conduire au tombeau. Néanmoins jamais il ne se plaignit. Comme on ne remarquait aucun changement en notre confrère, nul d'entre nous ne se doutait qu’il put être souffrant.

    Au commencement de 1899, M. Bertrand ressent plus vivement que jamais les atteintes du mal ; mais il peut résister encore, et le voilà en route pour une excursion de trois mois, afin de faire l'administration annuelle des chrétientés les plus éloignées.

    Les souffrances augmentent avec la fatigue, les forces diminuent par manque de soins ; n'importe, le vaillant apôtre veut aller jusqu'au bout de sa course. Il y parvient en effet, mais hélas! frappé à mort.

    De retour à Kanatzogon, il trouve une lettre de ses supérieurs qui demande réponse immédiate.

    Il en profite pour leur faire incidemment connaître son état. « Rentré indisposé chez moi, écrivait-il à la date du 17 avril, je le suis encore. Je ne sais comment cela se terminera. »

    Pour qui le connaissait, nul doute que ce qu’il appelait indisposition ne fût une grave maladie. Invitation lui est donc faite de venir se soigner ou tout au moins se reposer à Rangoon. Il devait y trouver le repos éternel, mais au prix de quelles souffrances !

    Notre courageux confrère eut la force de supporter le voyage et nous arriva le 4 mai dans un état pitoyable, quoique toujours le même en fait de gaîté. Ce n’est rien, disait-il, la bonne nourriture de l’Evêché et quelques fioles de médecine vont me remettre bien vite, suffisamment du moins pour me permettre de retourner au poste.

    Lui seul était vraiment gai. Tout en riant plus que personne des bons mots du malade, le docteur ne nous cachait pas la gravité du mal. C’est égal, reprenait M. Bertrand, ça me fait grand mal de rire, mais j’ai tant de plaisir à voir rire M. le Docteur! puis se tournant vers nous : Voyez comme le docteur est gentil, comme sa figure est belle quand il rit.

    Malgré toute l’énergie morale que le patient cherchait à opposer au mal qui le minait intérieurement, la cystite se déclarait de plus en plus, en même temps que l’inflammation des reins tendait à se porter au coeur. Dès son arrivée, le malade n’eut pas une seule bonne nuit de sommeil ; l’appétit diminuait de jour en jour. Loin de se plaindre, il aimait à se distraire à la lecture du Compte rendu et surtout des notices biographiques consacrées à la mémoire des missionnaires décédés. Les simples lignes consacrées aux efforts de M. Albrand pour augmenter le nombre des vocations à l’apostolat, le firent pleurer comme un enfant. Et comme le lecteur s’étonnait de tant d’émotion. Mon cher, fit le malade, ces paroles dans la bouche du P. Delpech, sont tout simplement admirables, car enfin il a travaillé plus encore que M. Albrand et plus longtemps, pour le bien du Séminaire et de la Société.

    Sa plus douce consolation au milieu de ses horribles souffrances, a été l’annonce de la prochaine béatification de nos Martyrs. Te Deum landamus... Nunc dimittis... oui maintenant je puis mourir content! s’écria-t-il, en apprenant l’heureuse nouvelle.

    Des miracles étaient demandés en faveur de la seconde Cause comprenant, entre autres, le Vénérable P. Néel, son ancien condisciple à la rue du Bac. Voilà, lui dit-on, une belle occasion d’obtenir votre guérison : nous allons commencer une neuvaine. En êtes-vous? -Ah! pour ça, non, répond de suite le malade. - Comment? Pourquoi? - Non sum dignus, continua-t-il très sérieusement. Puis riant un bon coup. D’ailleurs ma carcasse n’en vaut pas la peine... Cependant faites comme vous voudrez. Quant à moi, à la volonté de Dieu!

    Nous tenions trop à notre aimable P. Bertrand pour négliger la seule chance qui restât de le voir revenir à la santé. La parole autorisée de Mgr Cardot lui fit comprendre que la gloire de Dieu même et le bien général de la Société devaient passer avant toute autre considération personnelle. Mais, répond en souriant le malade, je n’attendais qu’un mot de Votre Grandeur. J’en suis… faisons la neuvaine. Petit P. Née], priez pour moi. Ah! ce petit Lyonnais-là! Nous allons voir. Puis encouragé par le sourire des confrères presents : Après tout, dit-il, je crois que je me serais fait couper le cou aussi bien que lui!

    Une première neuvaine se termine, sans qu'aucun mieux apparaisse dans l’état du malade. Une seconde n’a pas plus d'effet. Je vous le disais bien, reprit-il avec bonhomie, que ma carcasse n’en valait pas la peine. Non sum dignus. Maintenant je comprends tout ce que cela veut dire... Laissez-moi tranquille.

     

    Et voilà notre confrère qui change du tout au tout. La plus innocente plaisanterie l’agace, le moindre sourire lui fait mal, il s’en plaint même à Monseigneur, sauf à demander aussitôt pardon à qui de droit.

    En effet, le pauvre Père n'était plus lui-même. Il en a conscience et ne pense qu’à se tenir recueilli en la présence de Dieu, préparant sa confession générale qu’il lit avec les sentiments de la plus profonde humilité. De lui-même il demanda le saint viatique, et sur l’offre qui lui en fut faite il reçut des mains de son Evêque le sacrement des mourants. À l’issue de la cérémonie : Merci, Monseigneur,  dit-il en prenant la main de Sa Grandeur pour la porter à ses lèvres tremblantes et baiser l’anneau épiscopal, encore une fois merci! C’était le lundi 10 juillet.

    Depuis les forces allèrent en diminuant de plus en plus jusqu’au matin du vendredi 14 ; alors une amélioration parut se faire sentir. C’était un mieux plus apparent que réel, le mieux de la mort. La belle figure de notre confrère était comme revenue à l’état normal. Et puis il semblait si heureux de retrouver sa bonne humeur, sa gaîté accoutumées! Ne pouvant plus parler à haute voix, il se contentait de sourire, témoignant par là sa reconnaissance et son affection à ceux qui le veillaient. Le lendemain 15, au médecin venu vers midi pour prendre de ses nouvelles : Je me sens très bien, docteur, fit-il avec le plus aimable sourire. Et le médecin en se retirant, de nous dire tout ému: Quel homme tout de même que ce P. Bertrand! Il est mourant, il ne passera pas vingt-quatre heures ; et le voilà qui sourit à la mort.

    En moins de douze heures, en effet, notre confrère n’était plus. Il mourut le sourire sur les lèvres.

    C’est ainsi qu’enfant il dut sourire à sa mère au moment où son autre Mère du ciel lui sauvait la vie du corps. C’est ainsi, nous aimons à le croire, que toutes deux lui auront souri à ses derniers moments pour lui obtenir la vie du Ciel.

    Notre bon P. Bertrand, écrivait Mgr Cardot, à la date du 16 juillet, s’est éteint doucement la nuit dernière à onze heures et quart. Il a gardé sa connaissance jusqu’au bout, s’unissant aux prières qu'on faisait pour lui, répétant toutes les oraisons jaculatoires qu'on lui suggérait. Sa mort est une grande perte pour la mission et pour chacun de nous en particulier. Il aimait tant ses confrères, et il en était si aimé! Il a été toute sa vie un ouvrier modèle, digne en tous points de la couronne promise par Notre-Seigneur à ses fidèles serviteurs. Nous regardons tous comme une faveur spéciale, récompense de sa tendre et simple piété, qu’il soit mort un samedi, aux premières vêpres de Notre-Dame du Mont-Carmel.

     

    À bon droit et sans hésitation, on a pu graver sur la tombe de M. Bertrand l’éloge même que l’Église adresse aux saints confesseurs: Pius, prudens, humilis, pudicus sobriam duxit sine labev itam.

     

     

     

     

     

    • Numéro : 706
    • Pays : Birmanie
    • Année : 1857