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Émile BERTIN (1915-1980)

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    Enfance et jeunesse

     

    Émile Bertin naquit à Longeaux dans la Meuse au diocèse de Verdun, le 9 octobre 1915. C’était la « grande guerre ». Il ne connut pas son père car celui-ci fut tué en 1915. Après ses études primaires à Longeaux et Ligny-en-Barrois, il entra au petit séminaire de Glorieux près de Verdun. Elève studieux, il se tenait habituellement dans les premiers de sa classe. Même avant d’entrer au petit séminaire, il avait le désir d’être prêtre. Il aimait beaucoup les offices religieux et parlait volontiers avec le curé de la paroisse qui reconnut sans doute très vite ses bonnes dispositions Enfant d’un tempérament aimant l’aventure, mais de nature inquiète, il avait peur de mal faire, d’être en retard... Étant encore à Longeaux et plus tard pendant les vacances, au petit séminaire, il aidait beaucoup ses parents dans le travail aux champs ou pour préparer les repas. Une fois il n’avait pas appris son catéchisme ; au retour des champs, sa maman l’interroge : « Émile, tu as bien su ta leçon ? — Oui, maman... » Mais un camarade était là et lui alors de déclarer : « Non, il n’a pas su sa leçon. » Alors la maman lui dit : « Je te donne une heure et tu viendras avec moi la réciter à Monsieur le Curé. » Ce qui fut dit fut fait. La leçon porta et jamais il ne lui prit plus envie de mentir !

     

    Pendant ses années d’études au petit séminaire, sa vocation se confirma et en 1934 il demanda son admission au grand séminaire de Verdun, où il passa deux ans. Dès le mois de mai 1953, il était entré en contact avec les Missions Etrangères par une lettre adressée au P. Sy. Dans sa réponse, le P. Sy lui conseilla de terminer ses deux années de philosophie au grand séminaire de Verdun, puis d’accomplir son service militaire de deux ans. C’est pendant son service militaire à Bar-le-Duc que, le 16 juin 1938, il adressa sa demande d’admission aux Missions Etrangères. Dans une lettre du 21 juin, le Supérieur du grand séminaire de Verdun donna des renseignements favorables et le 22 juin 1938, l’abbé Emile Bertin était admis. Son service militaire terminé, il entra à Bièvres, en première année de théologie, le 28 octobre 1938.

     

    Cette année scolaire s’écoula sans incident. Mais en 1939, la situation politique se détériora et la tension ne cessa de grandir entre la France et l’Allemagne hitlérienne. Dès le mois d’avril 1939, la classe 35 fut rappelée sous les drapeaux… et Emile Bertin en était. Puis la guerre éclata en septembre 1939. Fait prisonnier le 9 juin 1940, il essaya de s’évader ; une première tentative échoua en 1941, mais il eut plus de chance en 1942 ; il regagna la France et passa en « zone libre ». Il est possible qu’il se soit rendu à Montbeton. En tout cas, en octobre 1942, il entre au grand séminaire de Toulouse pour y continuer ses études. Il y reçoit la tonsure et les premiers ordres mineurs au cours de l’année scolaire 1942-1943. Rentré à la Rue du Bac pour septembre-octobre 1943, il poursuit ses études jusqu’au sacerdoce, qu’il reçoit 17 mars 1945. Quelques mois après, il apprit sa destination pour Rangoon en Birmanie. Mais son départ effectif fut encore retardé sans doute pour deux raisons : manque de visa pour la Birmanie et manque aussi de bateaux français, car tout était réservé pour le Viêtnam. C’est le 4 octobre 1946 qu’il s’embarqua à Glasgow...

     

     

    En mission

     

    Son séjour en Birmanie fut de courte durée, car peu de temps après son arrivée, il fut gravement malade et obligé de rentrer en France. Il arriva à Marseille le 25 octobre 1947.

     

     

    En France

     

    Après un an environ de soins, il prit du ministère dans le diocèse de Verdun et fut nommé à Ancerville. Mais ce fut pour fort peu de temps car on lui donna une autre affectation dans le cadre de la Société. Il fut nommé professeur à l’Ecole missionnaire de Ménil-Flin en Meurthe-et-Moselle. Il débuta à la rentrée de 1948, et il enseigna dans cet établissement jusqu’en 1951. Pour une raison que nous ignorons, il demanda alors à prendre du ministère actif dans le diocèse de Nancy. Il fut nommé à la paroisse de Viviers-sur-Chiers où il devait rester jusqu’à la fin de sa vie, usé par ses activités. Lors de ses obsèques, le 17 novembre 1980, le Maire de Viviers retraça très bien toute l’action sacerdotale du P. Bertin. Nous lui empruntons de larges

    extraits de son allocution tout en complétant par des détails que nous a fournis sa sœur   religieuse. Je me souviens de ce 13 novembre 1951, à la fin de l’après-midi. Les cloches sonnant à toute volée, je vis un prêtre grisonnant, barbu, pénétrer dans l’église paroissiale ; avec quelques malles, il prenait ensuite possession du presbytère laissé vacant à la suite du décès de l’abbé Royer. Le P. Émile Bertin, prêtre des Missions Etrangères de Paris, était nommé curé-administrateur de la paroisse de Viviers-sur-Chiers.

     

    Ce fut avant tout un homme de Dieu, un homme de prière, mais aussi un homme de dévouement, de contact, d’action : un homme de prière : très occupé pendant la journée, il n’hésitait pas a rester en prière à l’église jusqu’à une heure du matin. Plusieurs fois, les gendarmes, voyant l’église allumée, vinrent s’enquérir de ce qui se passait et trouvèrent ainsi le P. Bertin en prière. Depuis juillet 1974, ne voulant pas laisser sa vieille maman seule au presbytère, il ne se rendit plus à l’église, mais pria dans son bureau...

     

     

    Un homme de dévouement et de contact

     

    Il visitait toutes les familles sans distinction et il était partout bien reçu, même chez les incroyants. Il recevait tous ceux qui venaient le voir et il n’a jamais renvoyé une personne sans lui parler, l’aider, la secourir matériellement au besoin. Il s’est fait avoir  bien des fois par des gens sans scrupule qui profitaient de son bon cœur.

     

     

    Un homme d’action

     

    Un an après son arrivée, conscient de l’éloignement et de l’isolement du village de Revémont, il y construisit la chapelle Notre-Dame du Bon-Secours. Nous lui devons aussi les oratoires dédiés à sainte Thérèse à Viviers, à Notre-Dame à Braumont, l’aménagement de la fontaine de la Vierge, la Croix monumentale et la statue de Notre-Dame de Tous les Peuples. A cela il faut ajouter la restauration de l’église paroissiale de Viviers avec la pose de vitraux, le renouvellement du carrelage, des bancs, des peintures et l’installation du chauffage.

     

    Il avait eu en son temps un grand projet : il voulait créer, sur le coteau de Braumont, un centre d’accueil et de soins pour les handicapés physiques. Il y a renoncé par obéissance à ses Supérieurs qui jugèrent démesuré cet ambitieux projet.

     

    Ce fut aussi le temps où, au Foyer Don Bosco, des foules nombreuses venaient de toute la région et même de la Meuse pour se rendre au théâtre où sous sa direction des acteurs de nos trois villages interprétaient des pièces à sujet religieux comme : La grande merveille de Fatima, Maria Goretti, Marie-Madeleine. Cette dernière pièce fut interrompue par suite du rappel sous les drapeaux de plusieurs acteurs envoyés en Afrique du Nord.

     

    Et que de secours discrets le P. Bertin n’a-t-il pas accordés à ceux qui le sollicitaient ! Dieu seul le sait.

     

    Son rayonnement spirituel s’étendait à sa paroisse et même bien au-delà. Il avait constitué et animait le groupe de prière « Notre-Dame de Bon-Secours ». Il l’avait fondé le 13 juin 1968 ; ce groupe fut ensuite affilié aux groupes de prière du Padre Pio. Chaque 13 du mois avait lieu la réunion : récitation du chapelet, confession pour ceux qui le désiraient, puis messe en l’honneur du Cœur douloureux et immaculé de Marie pour la conversion des pécheurs et le triomphe du règne de Dieu. C’est le 13 août 1980 que le P. Bertin célébrait sa dernière messe « du 13 ». En 12 ans le groupe avait grandi et comptait 200 personnes. Le 13 septembre 1980, le P. Bertin était déjà hospitalisé...

     

    Au mois d’août 1979, il avait été hospitalisé une première fois... à l’hôpital de Mont-Saint-Martin. On diagnostiqua une péritonite. Opéré d’urgence, il s’en tira de justesse et après sa convalescence, il reprit son ministère.

     

    Il faut signaler aussi parmi ses activités pastorales en 1978, du 12 au 23 août, une retraite itinérante à Fatima, retraite qui fit une forte impression sur les pèlerins...

     

    Le P. Bertin assura son ministère à Viviers jusqu’au bout de ses forces, c’est-à-dire jusqu’en fin du mois d’août 1980. C’est alors qu’il fut obligé d’entrer à l’hôpital de Brabois à Nancy. Il était miné par un cancer. Tous les soins qui lui furent prodigués ne firent que prolonger sa vie… et ses souffrances. Pendant cette dernière maladie, il fit l’admiration des docteurs et des infirmières. Toujours souriant, il acceptait de bon cœur  toutes sortes de soins plus ou moins pénibles. Il ne réclamait jamais rien et malgré ses souffrances, il savait dire un bon mot à toutes et à tous, pensant toujours à la fatigue des autres beaucoup plus qu’à ses souffrances. Il avait une grande dévotion envers la Sainte Vierge. A l’hôpital il avait fait accrocher une image de la Vierge Marie juste en face de lui pour l’avoir toujours sous les yeux. C’est dans cet hôpital qu’il mourut le 15 novembre 1980. Ses obsèques eurent lieu à Viviers le 17.

     

    Selon les paroles de M. le Maire de Viviers, les habitants de Viviers, de Braumont et de Revémont conserveront de lui un souvenir impérissable. Et pour concrétiser ce souvenir, le Conseil municipal a décidé, en hommage à sa mémoire et en reconnaissance de tout ce qu’il a fait dans la commune, de dénommer « Rue du R.P. Bertin », la rue qui conduit à la chapelle Notre-Dame de Bon-Secours à Revémont.

     

    Une fois de plus, il faut reconnaître que les voies de Dieu sont mystérieuses. Le P. Bertin avait envisagé de consacrer toute sa vie sacerdotale à la Birmanie et voilà que le Seigneur, par le détour d’une maladie grave, le ramène en France, car dans les plans du Seigneur c’est dans le diocèse de Nancy qu’il voulait qu’il exerce son apostolat. Et comme nous venons de le voir, il le fit avec beaucoup de zèle. Que du haut du ciel, il continue à veiller sur sa paroisse et suscite aussi des vocations pour continuer la diffusion de l’Évangile en pays non chrétiens.

     

    • Numéro : 3719
    • Pays : Birmanie
    • Année : 1946