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Louis BERTIN (1886-1967)

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    Louis, Noël. Alphonse BERTIN naquit en Savoie, le 16 juillet 1886, à Sainte-Reine. Eperney, au diocèse de Chambéry. Au terme de sept années d’études au petite séminaire de Saint-Pierre d’Albigny, il demanda son admission au Séminaire des Missions Etrangères: le rhétoricien, qui avait dix-neuf ans, s’était décidé pour la Société après le passage de deux partants venus célébrer une de leurs premières messes dans la chapelle du petit séminaire où ils avaient eux-mêmes mûri leur vocation. Louis Bertin entra au Séminaire de l’Immaculée-Conception, le 30 août 1905.

     

    Ordonné prêtre le 26 septembre 1909, il fut destiné à la mission de Cochinchine septentrionale, ou vicariat apostolique de Hué. Aujourd’hui l’archidiocèse de Hué est amputé de la province de Quang-Binh, située au nord de la rivière Ben-Hai qui délimite les deux Républiques du Vietnam ; restent les deux provinces du sud, de Quang-Tri et de Thua-Thien ; c’est surtout dans celle-ci que se déroula la vie, tout simple, du P. Bertin pendant trente-sept ans.

     

    Il fut placé pour étudier la langue auprès du P. Barthélémy, curé de Di-Loan. A cette époque, le jeune missionnaire qui arrivait dans la Mission de Hué était destiné ou à l’enseignement, au petit ou au grand séminaire, ou au ministère pastoral dans l’une des quelques 340 chrétientés réparties en 6 districts. A la tête des districts était un missionnaire que signalaient son expérience et son savoir-faire. Presque toutes les paroisses avaient un noyau de chrétiens d’origine, et quelques-unes étaient des fondations plus récentes.

     

    La mission avait, en effet, connu une période d’euphorie à la fin du XIXe siècle : les années 1895-1899 avaient vu les baptêmes d’adultes par milliers : 20000 en 1895 ! Le mouvement de conversions s’était fait sentir d’une façon égale à peu près dans toute l’étendue du vicariat. Mais dès 1900, il fallut déchanter : la politique anticléricale en France eut ses répercussions dans les sphères administratives du Protectorat français ; administrateurs, résidents cessèrent de manifester une bienveillance qui avait attiré ou soutenu beaucoup de catéchumènes. La vieille hostilité jamais éteinte, des milieux lettrés, bouddhistes ou confucéens, se réveilla, fortifiée d’un nationalisme qui trouva alors son expression dans les difficultés de toutes sortes soulevées contre les chrétiens. Ce fut un arrêt brusque, et pour de longues années, de ce mouvement de conversions ; il y eut beaucoup d’apostasies, par groupes compacts. « Nous n’avons plus à compter, écrivait Mgr Caspar en 1903, sur des conversions en masse, et il est déjà loin le temps où nous nous plaisions à escompter de hautes influences administratives pour aplanir des difficultés que nous rencontrons dans notre ministère. Il ne nous reste, avec la grâce divine, que la force de la persuasion pure et simple pour triompher de tous les obstacles qui nous séparent des âmes encore païennes. Cette force, nous la cherchons dans le développement de la vie chrétienne parmi nos fidèles ».

     

    Aujourd’hui, cette désillusion nous parait salutaire. A une époque où s’était formée l’idée  « d’un Protectorat catholique », elle fut durement ressentie. Elle donne la priorité à la formation du clergé et au soin des chrétientés, autour desquelles peu à peu s’amorcèrent de faibles mouvements de conversions.

     

    L’apprentissage de la langue terminé, le P. Bertin fut nommé professeur au petit séminaire d’Anninh, à un quart d’heure à pied de Di-Loan : il n’y resta qu’un an (1911-1912). Dès lors, il fut curé dans différentes chrétientés du vicariat, à My-Dinh, dans la province de Quang-Binh où il resta six ans (1914-1920).

     

    En 1920, il fut envoyé dans la province de Thua-Thien qu’il ne quittera plus désormais. A Duong-Son, où s’était dévoué le Bienheureux Jaccard, il aida le curé, le P. Guillot, son compatriote de Chambéry, qui se déchargea sur lui de tout le souci de l’administration. A sa mort en novembre 1921, le P. Bertin fut nommé curé de Ngoc-Hô, puis en 1933. curé de Da-Hàn où il resta onze ans. Ces deux villages presque entièrement catholiques, constituaient des communautés de vieux chrétiens, se mêlant peu aux villages païens des environs. Tous deux sont situés au bord du Fleuve des Parfums, cachés au milieu des bambous et des filaos ; ce sont des villages pauvres. La principale ressource provient des produits de la montagne à laquelle elles sont adossées, paillote et bois de chauffage ; d’étroits jardins sont plantés d’aréquiers, d’orangers et de théiers. Longtemps, Da-Hàn, le dernier village avant la région des Moïs, fut considéré comme le plus fiévreux de la Mission, où cependant les postes malsains abondaient.

     

    Dans ces trois postes, à quelques heures de Hué, la vie du P. Bertin se déroula sans histoire. Il eut à diriger des chrétiens de souche ; quoiqu’un peu plaideurs, ils observaient bien la religion. Leur curé entretenait la foi et la ferveur de ses fidèles par les moyens classiques de son temps : messes, prières communes, confessions, catéchismes.

     

    Il connaissait bien la langue, la parlait avec aisance, il causait beaucoup avec les gens et connaissait leurs préoccupations quotidiennes ; il pouvait leur parler de tout. De plus, il lisait assidûment et sans difficulté le journal en langue vietnamienne, et à l’époque ce n’était pas si courant. Pourtant, il lui était difficile de surmonter une certaine timidité devant un sermon à donner. Aussi son bonheur fut-il sans mélange pendant la période où son évêque lui adjoignit un vicaire vietnamien qui, malade des nerfs, ne pouvait ni dire la messe, ni confesser, mais qui retrouvait son assurance dès qu’on l’invitait à prendre la parole en public.

     

    Le P. Bertin avait un heureux caractère qui s’accommodait de toutes les situations. Les chrétiens pouvaient venir le voir à n’importe quel moment : jamais on ne vit de signe d’impatience chez lui. L’après-midi, il aimait réunir les enfants pour les emmener en promenade : aujourd’hui encore, ces enfanta devenus grands, gardent de lui un souvenir ému de ces moments de détente. Sa vie fut toujours pauvre, sans ostentation ni excès : il n’avait pour lui-même aucune exigence de confort, et sa table, sa maison, son mobilier étaient tout ce qu’il y avait de plus ordinaire ; il était, de ce côté-là, vraiment au même niveau que ses paroissiens.

     

    Ses confrères l’aimaient dans sa discrétion, son effacement. Ses paroisses n’étaient pas sur les chemins de passage, et il recevait peu de visites, à part ses voisins, les prêtres vietnamiens des environs ou les missionnaires de Hué ; aux environs des années 1940, il aimait recevoir les professeurs de la Providence, et c’était pour eux un plaisir de monter à Da-Hàn chaque semaine partager son repas du soir et de lui apporter quelque supplément, fromage ou vin, bien étrangers à son menu ordinaire. Modeste, peu encombrant, il ne parlait pas de as santé : ses maladies ne prenaient d’ampleur ni pour lui, ni même pour les autres : on voit mal d’ailleurs le P. Bertin se faire plaindre ou dorloter. Et pourtant, il était très sensible aux marques d’amitié, sans le manifester avec exubérance.

     

    Le P. Bertin a vécu trente-sept ans ininterrompus au service des chrétientés de la mission de Hué. Il n’avait rien d’un novateur. Il vivait dans un contact étroit avec ses chrétiens : il connaissait leurs besoins, leurs épreuves, leurs soucis, savait les encourager par des conseils qui élevaient leurs âmes et ne manquait pas de les élever matériellement suivant ses possibilités. Vivre en contact avec les chrétiens, c’est le secret de tout réussite apostolique, que les méthodes employées soient d’hier ou d’aujourd’hui.

     

    En 1945, lors du coup de force japonais, il était depuis un an curé de Su-Lô, non loin de Hué, où il avait été vicaire quelque temps après son année d’enseignement au petit séminaire. Tous les missionnaires de nationalité française furent concentrés à Hué, à l’exception du P. Bertin. Des manifestations furent organisées dans son village, pour l’indépendance, et l’on vit le P. Bertin, au milieu de ses chrétiens, marchant au pas cadencé, comme on vit partout ailleurs prêtres et religieuses vietnamiens s’associer à ces cortèges. Les autorités en place savaient donc que le P. Bertin n’était pas un réactionnaire : aussi le laissèrent-ils auprès de ses chrétiens.

     

    Cela ne l’empêcha pas d’être emmené par les Vietminh à Vinh en janvier 1947. La détente qui suivit les accords de Fontainebleau (15 septembre 1946) ne dura que trois mois : à la faveur du « modus vivendi » les missionnaires avait regagné leurs postes dans les provinces. A la mi-décembre, les Vietminh attaquaient brusquement les troupes françaises à Hanoi et Hué fut investi de son côté. Le P. Bertin, avec sept autres missionnaires de Hué, fut emmené pour une captivité de sept années. Il s’y montra toujours aussi aimable et aussi discret ; et il lisait du matin au soir, prenant livre ou revue et ne les laissant qu’après les avoir plus d’un bout à l’autre, quelqu’en fût le sujet. Le P. Guennou, l’un des prisonniers, a raconté dans « Missions d’Asie », (novembre 1953, pp. 164-179) ce long internement qui prit fin, brusquement, le 3 juin 1953. Après huit nuits de voyage, le P. Bertin et ses compagnons eurent la joie d’arriver au poste où les marins français accueillirent les missionnaires libérés (le 11 juin 1953).

     

    Un mois plus tard, le P. Bertin débarquait à l’aérodrome du Bourget. Il se retira à Voreppe et en 1954, à Montbeton, où il s’éteignit doucement en août 1967.

     

    « Depuis quelques mois, écrit le P. Milliacet, le bon Père baissait beaucoup, du fait qu’il s’alimentait de moins en moins. Il était atteint d’affections des reins et du foie, qui lui provoquaient des crises douloureuses, mais n’arrivaient pas à lui faire perdre son sourire d’enfant. Vers le 15 août, son état s’aggrava et nous pensions que la Maman du ciel viendrait le chercher. Il renouvela volontiers le sacrifice de sa vie pour son Vietnam ai éprouvé par la guerre... Arriverait-il à la tête de Saint-Louis, son patron ? Non, c’est le 22 août qu’il nous quittait, en la fête du Cœur Immaculé de Marie ».

     

     

    • Numéro : 3045
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1909