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Germain BERTHOLD (1923-1994)

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    J’ai vécu 13 ans avec le P. Germain Berthold au petit séminaire de Tharé. .Je vais donc essayer de me rappeler les souvenirs de ce charmant confrère depuis le temps où je l’ai rencontré pour la première fois à la rue du Bac jusqu’au jour de sa mort survenue le 21 fé vrier 1994.

     

    À la rue du Bac, je n’avais pas tellement remarqué Germain. J’en garde le souvenir d’un séminariste effacé et souriant, pas très assuré quand il était de cérémonie. Je me rappelle sa nomination pour la mission d’Ubon le 14 juin 1953 avec le P. Alain Boucher. A ce moment, les séminaristes se demandaient comment allaient s’entendre ces deux confrères : l’un (P. Boucher) plutôt expansif et l’autre (P. Berthold) calme et réservé. Mais, de l’avis du P. Boucher, ils se sont très bien accordés ; mais qui ne s’entendrait pas avec Germain toujours conciliant, même si intérieurement, il n’était pas forcément d’accord ?

    Germain, comme tout missionnaire, commença par étudier le thaï avec le P. Boucher à Tharé. Mgr Michel On fut leur professeur. Après son année d’étude de la langue, le P. Berthold fut nommé responsable de la communauté chrétienne de Nabua. A l’époque, Nabua ne devait guère dépasser 400 chrétiens ; ce poste est situé à environ 140 kilomètres au nord-ouest de Tharé. En ce temps-là, il fallait parcourir les 40 derniers kilomètres à bicyclette sur une route en latérite ; parfois, à cause du sable, il fallait porter le vélo sur l’épaule. Les ponts en bois étaient plutôt dangereux. Je crois bien qu’une fois notre brave Germain passa à travers les planches et tomba à l’eau. Ce que je sais bien, c’est que, pendant l’année que le P. Berthold passa à Nabua, il se donna à son travail avec toute l’ardeur de sa jeunesse, malgré ses faibles connaissances  en langue, car les gens parlent laotien et non le thaï que Germain avait étudié avec quelques difficultés à maîtriser les tons. Il travailla avec le groupe des légionnaires de la paroisse. Il allait avec eux dans les villages des environs visiter les chrétiens dispersés venus de la région d’Ubon, et contacter les non-chrétiens. Dès le début, Germain Berthold manifesta son zèle missionnaire qui sera la caractéristique de toute sa vie.

     

    Il ne s’occupait pas seulement des âmes de ses paroissiens, mais il soignait aussi les corps. Il distribuait des remèdes aux malades, faisait des piqûres. Dans toute la région, il eut bientôt une renommée de grand médecin (Mo Yai). Il est vrai qu’il n’avait que des charlatans comme concurrents. Dans les campagnes, à l’époque, il n’y avait ni médecin ni pharmacie.

     

    Le P. Berthold fut nommé par Mgr Bayet, après un an de fructueux apostolat, professeur au petit séminaire de Tharé, où il arriva un peu avant moi, en décembre 1955. Il devait y rester 13 ans. Pendant tout son séjour au séminaire, il enseigna l’anglais. Bien sûr, comme tous les autres Pères, il n’avait pas été préparé pour l’enseignement qu’on lui demandait. Il profita de ses vacances pour aller se perfectionner en anglais à Singapour chez  son frère Hippolyte. Il avait obtenu, moyennant récompense, que les élèves lisent des livres édités en anglais pour les étudiants. Sa réputation de médecin l’avait précédé à Tharé. Il fut donc naturellement infirmier du séminaire. Sa douceur, son sourire mettaient les patients en confiance et avaient plus d’effets que ses piqûres. Les jours de travail manuel, notre infirmier distribuait des purges, ce qui valait une exemption de travail. Aussi l’infirmerie du P. Berthold ne désemplissait pas. Quand un séminariste était malade, c’était le médecin qui ne dormait pas. Le grand dévouement du Père lui valait la confiance de tous. C’est pourquoi la majorité des élèves l’avaient pris comme directeur spirituel et confesseur. Toutes ces occupations lui prenaient beaucoup d’e temps, aussi était-il habituellement dispensé de la surveillance des élèves pour laquelle sa grande bonté le rendait peu efficace pour obtenir la discipline. Pendant les premières années de son séjour au séminaire, le P. Berthold utilisa ses temps libres à la préparation d’un livre de méditation pour tous les jours de l’année en deux volumes qui fut imprimé  à ses frais à l’imprimerie de l’Assomption de Bangkok.

     

    Après ce long séjour au séminaire de Tharé, Mgr Bayet, en mai 1968, rappela le P. Berthold comme aumônier du couvent des servantes de Marie d’Ubon. Les qualités humaines et spirituelles du Père lui valurent un grand succès auprès des religieuses, même si elles trouvaient  le ton de ses sermons quelque peu monotone ! En revanche, tout le monde s’accordait pour louer la richesse de son enseignement. Ici encore, son tempérament, apparemment doux, et sa discrétion le firent apprécier comme confesseur et directeur spirituel. Il resta au couvent jusqu’en 1970., date de sa nomination comme vicaire apostolique d’Ubon.

     

    Il fut ordonné évêque par Mgr Bayet dans la cathédrale d’Ubon le 17 juillet 1970. A cette occasion, son frère, Hippolyte, et un autre frère venu de Suisse, étaient présents à la cérémonie. Comme évêque et chef de la mission, Mgr Berthold eut moins de succès. Ayant vécu presque toute la première partie  de sa vie missionnaire dans le diocèse de Tharé, il n’était pas connu des gens d’Ubon. Il était d’ailleurs difficile de succéder à Mgr Bayet, très populaire et très apprécié des gens de la  campagne : quel autre évêque pourrait se vanter de connaître personnellement tous ses diocésains  ? Mgr Berthold, lui, avait moins de brio  ; les Chrétiens avaient quelque peine à comprendre ses sermons : il n’avait pas le don d’orateur. Par ailleurs, les confrères le trouvaient lent à prendre des décisions, laissant les situations évoluer d’elles-mêmes. « Quand le fruit est mûr, répétait-il, il tombe lui-même de l’arbre». Dans sa délicatesse, l’évêque avait peur de blesser, d’être injuste.

     

    Pendant ses six ans passés à la tête de la mission, Mgr Berthold manifesta son esprit apostolique. Il donna une grande impulsion à l’oeuvre des catéchistes, secondé par son vicaire général, le P. Jean Jacquemin. Il encouragea la fondation de nouveaux centres dans les régions non encore évangélisées, en particulier dans la direction des départements de Mahasarakam, Sisaket et Surin. Il soutint ses prêtres au travail. Il était ouvert aux non-chrétiens, au point d’accepter d’assurer lui-même le service de la Procure pour permettre au P. Pasek, procureur d’alors, d’aller faire un séjour d’étude dans une pagode de forêt. Aussi, combien fut-il blessé de lire dans une publication de la Société qu’il n’avait pas eu la même ouverture que son successeur sur le siège d’Ubon,. Quand je fus nommé curé d’Ubon, après son ordination épiscopale, Mgr Berthold me demanda   de l’accompagner dans une visite au chef de la pagode Supat d’Ubon. A mon souvenir, c’est le seul évêque qui ait rendu officiellement visite au chef des bonzes. Malgré certaines difficultés à comprendre ses interlocuteurs, Mgr Berthold rechercha le contact avec les bouddhistes. Finalement, Mgr Germain Berthold dirigea la mission avec courage et non sans succès.

     

    Il fut très heureux de donner sa démission quand Rome  le lui suggéra pour nommer un évêque thaï en raison de la conjoncture politique. Phnom Penh venait de tomber entre les mains des Khmers rouges. Il eut l’honneur d’ordonner don successeur, Mgr Michel Bunluen, le 12 août 1976. A ce moment , il demanda    de réaliser son rêve de toujours, c’est-à-dire d’aller ad gentes. Il s’installa à Yaso, devenu depuis chef-lieu du département de ce nom. Il loua une maison en ville et y vécut pauvrement avec quelques élèves originaires de villages chrétiens venus étudier dans les écoles secondaires de la ville ; la propreté et l’ordre n’étaient pas les qualités dominantes de la maison. Les garçons de la campagne ne sont guère habitués à tenir une maison, et Mgr Berthold ne grondait jamais. Monseigneur, lui-même fin cuisinier, n’avait pas de problèmes pour préparer ses repas. Par la suite, avec une aide des Chrétiens de Suisse, il acheta un petit terrain.  Il y construisit une maison-chapelle pour accueillir la dizaine de chrétiens pratiquants de la ville. Autrefois, le P. Guidon y avait circulé& à la recherche des familles chrétiennes vietnamiennes. Le P. Guidon sillonnait les rues de la ville, dit-on, au volant de sa « Deux-Chevaux » toutes portières ouvertes pour se faire connaître. Mgr Berthold fut le premier prêtre catholique à résider dans cette ville. Bientôt, deux religieuses vinrent établir une crèche pour les enfants, s’occupèrent de la nourriture du Père et assurèrent la propreté de la maison.

     

    La ville de Yaso ne suffisait pas à Mgr Berthold. Il prit l’habitude de visiter avec l’aide de deux ou trois catéchistes les villages, autrefois contactés par le P. Guidon. Un certain nombre de gens, attirés par la bonté de Monseigneur, quelques-uns dans le secret espoir d’obtenir une aide financière, manifestèrent leur intérêt pour l’Eglise. Ce fut la fondation de quatre petites communautés pour lesquelles on construisit une chapelle: Ban Marin, Nongveng, Sisiet et Nong Seng. Les confrères, sachant que Mgr Berthold aidait beaucoup les catéchumènes, leur achetant parfois buffles ou rizières, étaient sceptiques sur la persévérance de ces nouveaux chrétiens. On oublie parfois un peu qu’au début d’une conversion, les motivations ne sont pas toujours pures. Toujours est-il qu’un certain nombre de ces nouveaux Chrétiens ont persévéré, alors qu’ils n’ont jamais eu de prêtre à demeure. Monseigneur Berthold a eu la consolation de voir ordonner prêtres deux jeunes issus de ces nouvelles communautés. Après le départ de Mgr Berthold, le mouvement de conversion ne continua pas.

     

    En 1982, Mgr Bunluen rappela Mgr Berthold au couvent d’Ubon pour un second séjour, succédant au P. Moling, S.J. que ses supérieurs rappelaient à Bangkok. Il y resta 8 ans.

    Après mon retour de congé en 1990, je fus désigné pour le remplacer au couvent auquel il était très attaché. Conscient de son état de santé déficient – il marchait avec difficulté – il avait offert sa démission et se retira à la maison de la communauté d’Ubon le 31 août 1990. Je lui permis bien volontiers de continuer ses cours aux novices jusqu’à la fin de l’année scolaire. Il me remplaça avec plaisir pendant mes absences du couvent. Il assura la fonction de confesseur extraordinaire pendant plusieurs années encore. Sa voiture lui permettait de se déplacer assez facilement. Mais bientôt il devint incapable de marcher. Une religieuse, en qui il avait grande confiance, dut venir lui faire sa toilette deux fois par jour. Depuis longtemps, les médecins lui avaient découvert une maladie de cœur. Mgr Berthold, qui avait soigné beaucoup de monde, se soignait lui-même selon son propre diagnostic. Il consommait une grande quantité de remèdes qui, à la fin, lui ont fait plus de mal que de bien.

     

    Quelque temps avant sa mort, Mgr Berthold avait fait le projet d’aller visiter son frère Hippolyte à Singapour. Le responsable de la communauté eut bien de la peine à lui faire abandonner le projet. Sur ces entrefaites, la visite d’un neveu lui fit grand plaisir. Monseigneur Berthold nous quitta de façon inattendue. Le soir du 21 février 1994, il mangea comme d’habitude avec les quelques confrères en résidence à la maison de communauté. Après le repas, on le conduisit dans sa chambre comme chaque soir. La religieuse était rentrée au couvent. Un moment après, la cuisinière entendit un grand bruit dans sa chambre et en avertit les Pères. On alla voir, il était mort.

     

    Quand on se remémore la vie de Mgr Germain Berthold, en dehors de sa charité, de sa discrétion et de son zèle apostolique, on s’aperçoit que toute sa vie fut imprégnée d’une très grande piété mariale. Sa chambre était ornée d’un grand nombre d’images et de statues de la Vierge. Sa bibliothèque contenait beaucoup d’ouvrages sur la Vierge. Quand on allait le visiter, on le rencontrait toujours en train de réciter son chapelet tout en somnolant. Lors de l’un de ses  congés, il rencontra en Italie Don Renzo, promoteur du mouvement marial des prêtres. Vers les dernières années, il établit à Ubon un groupe de « prêtres de Marie » qui se réunissaient de temps en temps pour prier. Il avait fait traduire et imprimer à ses frais le livre de Don Renzo. Il y a quelques mois, un ancien « peace-corps » américain, qui avait connu Mgr Berthold à Yaso et avait été frappé par sa bonté, est venu se recueillir sur sa tombe avec beaucoup d’émotion. Sous des dehors simples, effacés Mgr Germain Berthold avait un rayonnement spirituel qui ne passait pas inaperçu.

     

     

     

     

     

    • Numéro : 3975
    • Pays : Thailande
    • Année : 1953