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André BERNON (1819-1895)

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    M. André Bernon naquit en 1818 à Pauillac, diocèse de Bordeaux,

    On ne sait presque rien de ses premières années, écrit Mgr Chausse. Ayant atteint l’âge de la conscription, il fut appelé sous les drapeaux, mais il ne resta que peu de temps à la caserne. De fait, il ne connut jamais le métier des armes ; car dès son arrivée au régi­ment, il fut nommé secrétaire d’intendance. A Nantes, où il était en garnison, la divine Providence le mit en rapport avec quelques ecclé­siastiques qui lui inspirèrent le désir de se consacrer à la conquête des âmes. En conséquence, il quitta l’habit militaire et retourna dans son diocèse où il commença ses études théologiques et reçut la tonsure.

    Entré au Séminaire de Paris le 13 août 1847, il y fut ordonné prêtre le 2 juin 1849 et partit pour le Kouang-tong le 6 octobre sui­vant. Cette Mission venait d’être confiée par le Saint-Siège à la Société des Missions-Étrangères. Elle était restée jusque là sous la juridiction de l’évêque de Macao, qui manquant de missionnaires européens, faisait administrer par des prêtres chinois les quelques petites chrétientés dont elle se composait alors. La Propagande, afin de ménager les susceptibilités du Portugal, n’exigeait point que l’évêque de Macao retirât immédiatement ses prêtres du Kouang-tong ; elle lui laissait la faculté de les y maintenir en attendant que les missionnaires français fussent assez nombreux pour se passer de leur concours. C’est ce qui explique les difficultés qui surgirent bientôt entre les prêtres soumis à la juridiction de Macao et les nouveaux missionnaires. La Société des Missions-Étrangères ne réussit à planter au Kouang-tong que peu à peu, et les débuts de son apostolat y furent excessivement pénibles.

    À cette époque, l’immense Empire de la Chine était encore fermé aux Européens, et les ouvriers apostoliques ne pouvaient guère voyager que la nuit. Néanmoins, M. Bernon fut assez heureux pour parcourir sans accident tout l’Est de la Mission ; il entendit les confessions des anciens chrétiens, forma des catéchistes, groupa les néophytes dans certains centres, construisit des écoles et éleva plu­sieurs chapelles.

    Dieu bénit les efforts de son zèle, et les succès qu’il obtint pen­dant les quinze premières années de son ministère apostolique, le tout considérer à juste titre comme le fondateur d’un grand nombre de districts dans cette partie de la Mission.

    Pour arriver à des résultats si consolants, notre confrère eut bien des fatigues à endurer, bien des combats à soutenir. Le démon, jaloux de ses conquêtes, souleva contre l’apôtre des villages entiers et le fit tomber plus d’une fois entre les mains de ses pires ennemis. Les chrétiens, dans ces circonstances critiques, durent prendre les armes pour sauver la vie du missionnaire.

    Un jour, prêchant dans un grand village, sur les bords de la mer, M. Bernon fut arrêté par les païens et chargé de chaînes. On vou­lait le massacrer. Alors parut à l’horizon un navire de guerre anglais. Le capitaine ayant appris par les chrétiens qu’un prêtre français allait être torturé et mis à mort, exigea des païens, sous peine de voir leur village anéanti par le feu de ses canons, que le missionnaire lui fût livré immédiatement. La crainte d’un bombardement apaisa la haine des gens du village qui supplièrent M. Bernon d’intercéder pour eux, afin que le capitaine les épargnât.

    Le chaleureux accueil que le missionnaire reçut à bord du navire anglais lui eut bientôt fait oublier toutes ses souffrances ; mais ni ses prières ni ses supplications ne purent fléchir la colère du capitaine qui ouvrit le feu contre le village. Les habitants épouvantés prirent la fuite. Le châtiment était terrible mais juste.

    Bientôt notre confrère put rentrer dans sa Mission. Il créa de nouvelles chrétientés, soutint les anciennes, encouragea les néophytes persécutés par leurs parents encore païens et dirigea les catéchistes dont le concours lui était si précieux. Telles sont les œuvres qui absorbèrent l’activité de M. Bernon, après son retour au Kouang-­tong.

    Etendant sans cesse le champ de ses luttes et de ses triomphes, il finit par se fixer à Tchin-pin. Ce pays venait d’être ravagé par les rebelles : la moitié des habitants avaient été tués ou forcés de s’enfuir ; beaucoup de rizières étaient en friche et se vendaient à vil prix. Le missionnaire acheta des terrains, rappela les chrétiens dans leur pays, leur bâtit des maisons et leur donna des champs à cultiver.

    C’est ainsi que sortit de ses ruines la belle chrétienté qu’il nous a léguée. A Tchin-pin, on se croirait dans un village de France. La chapelle, vaste monument de style chinois, s’élève au milieu du bourg. L’étranger qui y entre pour la première fois le soir des grandes fêtes, quand elle est illuminée, est frappé de l’aspect grandiose qu’elle présente. Les rues du village sont tracées avec une régularité par­faite. Les habitations ressemblent à toutes les maisons chinoises. On y chercherait en vain le luxe, l’architecture savante, mais en revanche elles sont solides et commodes ; c’est tout ce que désirait notre confrère. M. Bernon a passé là les vingt dernières années de sa vie. Aimé et respecté de ses chrétiens, il était au milieu d’eux comme un père au milieu de ses enfants et tous se faisaient un devoir de lui obéir.

    Mais autour de Tchin-pin, que d’âmes encore plongées dans les ténèbres de l’idolâtrie ! Le zélé missionnaire le savait ; aussi envoyait-il souvent ses catéchistes les exhorter à se convertir, et, chaque année, il avait la consolation d’en régénérer un bon nombre dans les eaux du baptême. Malgré ses 77 ans, M. Bernon travaillait encore avec l’ardeur d’un jeune homme, lorsqu’une attaque soudaine d’apo­plexie l’avertit que le jour de la récompense approchait. Grâce à sa vigoureuse constitution, il triompha du mal et on le crut guéri complètement. Il entreprit alors le voyage de Hong-kong dans un but tout autre que celui de soigner sa santé. En passant à Tchao-tchiou il administra M. Roudière qui était très malade, mais que l’Extrême-­Onction tira du danger.

    M. Bernon poursuivit sa route en compagnie de MM. Serdet et Kammerer. Sur le bateau, entre Swa-tao et Hong-kong, il éprouva une nouvelle attaque. M. Serdet lui donna tous les secours de notre sainte religion. Notre confrère avait perdu sa connaissance. Néan­moins, en usant de mille précautions on put le transporter à la pro­cure de Hong-kong. Il y était à peine arrivé qu’il rendit paisiblement son âme à Celui qu’il avait servi si fidèlement et avec tant de zèle pendant sa longue carrière.

    Euge, serve bone et fidelis, intra in gaudium Domini tui.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 593
    • Pays : Chine
    • Année : 1849