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Louis BERNARD (1821-1888)

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    M. Louis-Noël Bernard était né à Saint-Étienne-de-Mont-Luc ( Loire-Inférieure), le 25 décembre 1822. Il était diacre quand il entra au Séminaire des Missions-Étrangères, le 14 septembre 1848. Ordonné prêtre le 23 décembre suivant, il fut destiné après son année de probation à la mission du Thibet.

    La Société des Missions-Étrangères venait d’être chargée d’évangéliser ce pays, jusque-là fermé à tous les étrangers. Il s’agissait d’en forcer les portes en ouvrant une voie pratique pour y pénétrer. La route du Nord suivie par MM. Huc et Gabet parut trop longue et trop difficile. Restaïent celle du Yun-nan et du Su-tchuen à l’Est, et au Sud celle de l’Inde par les gorges de l’Himalaya. Ces deux points furent abordés en même  temps, et M. Bernard fut dirigé sur l’Inde. Pendant que M. Krick tentait la voie d’Assam, en suivant les rives du Brahmapoutre, M. Bernard et son compagnon M. Rabin se dirigeaient sur Oudalgouric, petit village sur les frontières du Boutan. Ils espéraient entrer en relations avec les Boutaniens, et, par leur intermédiaire, se frayer une route par le Nord jusqu’au Thibet.

    Partis au commemcement de novembre 1851, ils durent, deux mois plus  tard, rebrousser chemin. Les fatigues et les privations avaient ruiné la santé de M. Rabin ; son compagnon le ramena presque mourant. Cependant M. Bernard se console de ce premier échec. « Tout « espoir n’est pas perdu, écrit-il ; il vaut mieux, à  mon sent, être débusqué par les fièvres que « par le mauvais vouloir des hommes. »

    En 1854, il est à Saikwah (Haut-Assam) ; sa mission pour le moment est de servir d’intermédiaire avec l’Inde à ses confrères, MM. Krick et Boury, partis pour une seconde expédition le long des rives du Brahmapoutre. La première nouvelle qu’il reçoit, est celle de leur mort. Ils ont été lâchement assassinés par les sauvages Michmis.

    M. Bernard revient alors à Calcutta, où il est rejoint, au commencement de 1856, par un nouveau confrère, M. Desgodins. Ensemble ils partent pour Darjeeling, espérant se frayer une route à travers le Sikkim. Mais, à cette époque, cette province était encore indépendante ; elle refusa aux missionnaires l’entrée de son territoire. Cette fois l’explorateur était « débusqué par le mauvais vouloir des hommes. »

    Après huit mois d’inutiles efforts, voyant que de ce côté toute chance de succès était perdue, le M. Bernard  et son compagnon se décident à tenter une autre voie. Ils se mettent en route le 26 janvier 1857, résolus à traverser tout le nord de l’Inde. Le 5 mai, ils sont à Agra. Au commencement de juillet, ils y étaient encore quand les cipayes révoltés investissent la ville, qui n’a pour se défendre qu’une garnison de 500 hommes. Après un combat inutile, on est forcé de reculer devant l’invasion. Les habitants évacuent la ville, et se retirent dans le fort qui la domine. De là, ils assistent impuissants au pillage et à l’incendie qui en dévore les principaux établissements. Pendant deux mois, les missionnaires partagent avec la population les angoisses et les privations d’un siège. Ils ont perdu une partie de leurs effets, mais il leur reste les saintes huiles ; ils ont du moins la consolation d’assister les nombreux malades que décime la contagion du choléra.

    A la fin de septembre, Agra était débloqué, et nos deux voyageurs purent reprendre leur route. Le 10 novembre ils arrivaient à Simla. De là, ils s’engagèrent sur les rives du Satletge, affluent de l’Indus, qui prend sa source dans les montagnes du Thibet. Le 10 décembre, ils quittaient le fleuve pour commencer l’ascension des Himalayas. Jusqu’à Chini (Bushaire), où ils arrivèrent à la mi-janvier, ils reçurent partout l’accueil le plus bienveillant. Mais là, bloqués par les neiges au lendemain de leur arrivée, ils durent passer l’hiver dans une masure ouverte à tous les vents et en partie occupée par les troupeaux du village. Les loisirs de cette halte forcée furent consacrés à l’étude du Thibétain, sanctifiés par la prière, et surtout consolés par l’oblation du Saint-Sacrifice.

    A la fin d’août 1858, quand ils voulurent continuer leur route, tous les chefs des tribus intermédiaires s’opposèrent à leur passage. Force fut de rebrousser chemin, après avoir contemplé de loin la terre promise. Tant de fatigues avaient épuisé les forces du M. Bernard . Aussi, ses supérieurs jugèrent-ils prudent de ne pas imposer à sa faiblesse un nouveau voyage à travers la Chine, où le Vicaire Apostolique du Thibet venait de rappeler ses missionnaires. Le P. Bernard  fut envoyé en Birmanie.

    Dès son arrivée dans sa nouvelle mission, il fut nommé chapelain de la garnison de Rangoon, emploi qu’il a occupé pendant près de 30 ans, à la satisfaction de tous. Modèle de piété, de douceur, de condescendance et de miséricorde, nous dit un des missionnaires qui l’ont le mieux connu, le P. Bernard était aimé et vénéré de tous ses confrères. Provicaire depuis 1876, il continua à exercer ses fonctions de chapelain militaire jusqu’à la fin de 1884. A cette époque, ses forces trahirent sa bonne volonté, et il dut cesser son ministère.

    Revenu en France, il fut un des premiers hôtes du sanatorium d’Hyères, et plus tard de celui de Monbeton. Là, il fut ce qu’il avait été en mission, le modèle de ses confrères par sa douceur et sa tendre piété. Simple et naïf comme un enfant, il se plaisait à faire chaque jour un petit bouquet des plus belles fleurs du jardin, qu’il allait offrir à la sainte Vierge. Et quand ces fleurs avaient perdu leur fraîcheur, il les remplaçait par d’autres, et prenait plaisir à effeuiller dans sa chambre celles qui avaient été comme sanctifiées aux pieds de Marie Immaculée. Que de chapelets il a récités pendant ces années de sa retraite ! Toute sa vie n’était plus qu’une préparation à la mort, qu’il voyait venir sans trembler.

    Cette année il eut plusieurs attaques qui donnèrent de vives inquiétudes. La dernière a été fatale. Le 27 mai, il était pris de vomissement violents, à la suite desquels il eut une crise nerveuse très grave. Le 28, on lui administra les derniers sacrements qu’il reçut ayant à peu près sa connaissance. Il tomba ensuite dans un abattement complet. Son agonie dura toute la journée de 30 mai ; mais elle fut très douce. Vers onze heures du soir, il rendait paisiblement son âme à Dieu, entouré de ses confrères et des religieuses en prières.

     

    • Numéro : 596
    • Pays : Chine Birmanie
    • Année : 1849