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Félix BÉRARD (1885-1912)

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    En disant adieu à M. Bérard, à son départ pour l’Annam, son premier maître de latin lui souhaitait un long ministère apostolique, « car, ajoutait-il, il ne faut pas voler la couronne du ciel ! » Ce vœu ne s’est pas réalisé, ou plutôt le bon Dieu l’a exaucé à sa manière ; agréant le sacrifice total qui lui était fait, il l’a consumé en un instant sans laisser à ceux qui semblaient destinés à en jouir le temps d’en retirer tous les fruits.

    Marie-Félix Bérard naquit le 1er juillet 1885 à Fix-St-Geneys (Haute-Loire). Il grandit au sein d’une famille profondément chrétienne jus­qu’à l’âge de onze ans, sous le regard de sa pieuse mère qui considérait avec bonheur le développement des vertus modestes et profondes, qui devaient faire la caractéristique de sa vie. Elle crut y reconnaître les marques d’un dessein particulier de Dieu et reçut avec joie l’avis de son bon curé qui, de son côté, avait discerné en Félix, un futur ministre des Autels. Aussi après trois ans passés à l’école des Frères d’Allègre, fut-il confié aux bons soins de M. l’abbé Mialon, alors vicaire de la paroisse, qui l’initia à l’étude du latin. Grâce à cette première formation, il put, en octobre 1899, entrer en cinquième au Petit Séminaire de La Chartreuse. Félix Bérard y passa sans bruit. Une bonne volonté inlassable sut facilement triompher des difficultés que lui opposaient les lenteurs de sa mémoire ; d’autre part, d’une piété sincère et sans fard, il réunit cet ensemble de qua­lités qui font un élève exemplaire.

    Six années se passèrent ainsi et vint le moment de choisir sa voie. Il semblait naturel à sa pieuse mère, que Félix continuât la lignée des nombreux prêtres que la famille avait fournis au diocèse du Puy. Aussi fut-ce une rude épreuve pour sa tendresse, d’apprendre que le Seigneur avait réservé son fils pour un sacrifice plus absolu. Sa foi n’y faillit point, pourtant, et en 1905 Félix Bérard arrivait aux Missions-Étrangères. Là, il s’appliqua avec ferveur à sa sanctifi-cation personnelle et à l’acquisition de la science sacerdotale. Les épreuves ne lui furent pas épargnées. Mais ni le service militaire, ni un rappel injustifié de quatre mois sous les drapeaux, ni la mort de sa mère bien-aimée, ni une maladie qui nécessita un séjour de plu-sieurs mois dans un hôpital de Paris ne purent le détourner de la poursuite de son idéal. Aussi, fut-il heureux d’annoncer à son ancien maître de latin son admission au sous-diaconat. « Il est donc arrivé, écrit-il le 27 février 1909, ce moment si désiré, si redoutable où il faut dire adieu aux choses de ce monde pour toujours. Demandez à Notre-Seigneur que je sois généreux, que je sache me donner à lui tout entier dans cette offrande, et passer le reste de ma vie à son service. »

    L’appel à la prêtrise, qui suivit une année après, mit le comble à son bonheur. Il fut ordonné le 2 juillet 1910. Le 30 septembre suivant, il recevait sa destination pour la Mission de Cochinchine Orientale.

     

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    Quelques semaines après, toute la paroisse de Fix était en fête pour célébrer le nouveau missionnaire. Aux saintes joies succéda la séparation ; M. Bérard quitta les siens avec courage et fit joyeusement son offrande.

    Désormais rien ne le rattache plus à la France : son cœur est tout entier à sa chère Mission. Parti de Marseille le 13 décembre, il arrivait à Qui Nhon le 23 janvier 1911, plein de joie et de santé. Quelques semaines après, il fut envoyé à Vuon Vông, dans le district de Kim Châu, pour y étudier la langue annamite sous la direction d’un compatriote, M. Solvignon. La tâche est toujours ardue au début ; son oreille, lente à saisir les diverses tonalités des mots anna-mites, lui en augmentait encore les difficultés ; mais rien ne put rebuter sa bonne volonté et son entrain.

    Les chrétiens d’ailleurs eurent vite compris que le nouveau Père les aimait. Attirés par son affabilité et sa douceur, ils vinrent lui rendre visite, lui demandant, qui un habit, qui un remède ou un objet de piété. Leur demande était toujours accueillie avec une bienveillance qui ouvrait le chemin des cœurs.

    Dès le mois d’août, M. Bérard pouvait s’occuper à la visite des malades ; aussi, le titulaire d’un district de la frontière sauvage ayant dû s’absenter, fut-il chargé de la garde de ce poste. Il s’y rendit avec joie, et cette région accidentée lui rappelait de loin les chers monts du Velay. Un mois après son arrivée, le mauvais temps le surprit un jour en voyage ; il essuya, une heure durant, une pluie battante. Dès son retour, il éprouva une toux, légère d’abord, mais qui s’aggrava au point de ne lui laisser de repos, ni jour ni nuit. Il dut rentrer à Vuon Vông ; puis, devant la persistance du mal, Mgr Grangeon le plaça à Qui Nhon, où un bon régime et les soins assidus du docteur lui seraient assurés.

    Là, tout en suivant les traitements prescrits, il continua l’étude de la langue. Le 27 octobre, il débita son premier sermon aux paroissiens annamites de la ville, et continua dès lors à leur adresser la parole chaque dimanche. Sa persévérance avait déjà surmonté bien des difficultés et donnait l’espoir d’un succès complet.

     

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    Toutefois, malgré les soins les plus dévoués et les plus minutieux, la santé de M. Bérard continue de s’altérer; il maigrit très rapidement et la toux devient très douloureuse. Le 2 juin, une lettre lui apprend la mort de son père : cette nouvelle l’impressionne vivement. Deux fois encore, il offre le saint sacrifice pour l’âme du cher défunt, et commence une lettre qui devait porter à sa famille des paroles de foi et de consolation. Le 4 juin, un refroidissement amena une augmentation de fièvre, accompagnée d’une légère congestion du poumon. Le mal fit des progrès, et le 10 juin, dans l’après-midi, le docteur, impuissant à calmer la fièvre, conjectura une phtisie galopante, qui faisait craindre un dénouement fatal. Le cher malade put encore s’entretenir avec les deux Confrères qui l’assistaient jusqu’à neuf heures ; et quelques instants après minuit, muni des derniers sacrements, il rendait son âme à Dieu.

    Les chrétiens de Qui Nhon vinrent nombreux réciter près de son cercueil les prières des morts. Le corps fut ramené en barque au Petit Séminaire de Lang Song. Mgr Grangeon présida la cérémonie des funérailles à laquelle assistait Mgr Jeanningros, entouré de nombreux Missionnaires, de prêtres indigènes et des chrétiens. M. Bérard repose dans le cimetière du Séminaire, auprès de plusieurs vétérans de l’apostolat.

     

     

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    • Numéro : 3089
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1910