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Abel BÉQUET (1897-1954)

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    Abel Béquet fit ses études secondaires, partie au petit séminaire de Mirville à La Roche-sur-Yon, partie à Chavagnes-en-Paillers lorsqu’à la fin de 1914 le petit séminaire put revenir en ses anciens locaux de Chavagnes volés au moment de la loi de Séparation et rachetés par des âmes généreuses.

     

    Au cours de ses études il se fit remarquer en particulier par une intelligence facile et une excellente mémoire. Son caractère égal, toujours gai, enjoué, un tantinet gouailleur, lui faisait une petite réputation. Tout le monde attendait, à la séance mensuelle des billets d’honneur, que soit appelé Monsieur Béquet. Le billet d’honneur était souvent écorné. . . mais toujours pour un motif qui faisait naître les rires, malgré les efforts du bon Père Supérieur Soullard pour tout faire prendre au sérieux !

     

    Il eut à peine le temps de finir son petit séminaire qu’il était mobilisé, en 1916. Son séjour sur le front fut d’assez Courte durée. Il vint cependant, une fois, en permission, le casque et les habits boueux, musettes et bidons pendants, épars sur ses épaules ! Le caractère n’avait pas changé : Abel ne prenait pas les choses au tragique.

     

    Peu de temps après il était fait prisonnier. Le train qui l’emmenait en Allemagne passait par la Belgique. Les prisonniers profitèrent de ce que leurs gardiens avaient trouvé bon le vin de France et tous sautèrent du train. . . M. Béquet tomba le nez sur les rails et, depuis ce temps, une légère cicatrice lui barrait le sommet du nez. Il fut repris, comme d’ailleurs presque tous les autres, à quelques centaines de mètres de la de France.

     

     

    Après la guerre il entra au grand séminaire de Luçon. Il y fit sa philosophie et la Morale fondamentale. Il avait gardé sa facilité de travail et réussissait aisément ses examens.

     

    Puis, après deux ans, suivant un rêve longtemps caressé, il entrait au séminaire de la Rue du Bac à Paris.

     

    Le moment du départ en mission vint vite. Le jeune Père Béquet fut désigné pour la mission du Cambodge. Il débarquai  à Phnompenh le 22 octobre 1924.

     

    Dès son arrivée il fut mis à l’étude de la langue chez le Père Quimbrot, à Tralong, en pleine brousse. La justesse de son oreille, son excellente mémoire, et aussi son caractère enjoué lui permirent de faire de rapides progrès. Les enfants — et bientôt même les grandes personnes — aimaient à l’entourer et à lui poser des questions auxquelles il répondait avec un air bon enfant, sans avoir trop compris ce qu’on lui demandait. . . sans trop savoir encore ce qu’il disait. . Les rires fusaient, là conversation continuait. Au bout de peu de temps de cette méthode le Père comprenait et était compris. Désormais c’est lui qui posait des questions, et de ce côté il était rarement à court.

     

    Après quelques mois à peine, il fut placé à la paroisse Chaudoc. Au début, il avait avec lui un prêtre vietnamien mais il fut très vite capable de se tirer d’affaire tout seul, et son compagnon lui fut enlevé.

     

    Il se donna tout entier à son ministère et à ses chrétiens. Le presbytère menaçant ruines, il dut le reconstruire. Il éleva devant son église un monument à deux martyrs vietnamiens du pays, les Bx Qui et Phung, monument devant lequel même les païens aimaient à s’arrêter en passant.

     

    Il vécut là quelques bonnes années, attirant à l’Eglise les fidèles, et ranimant les tièdes. Il aimait les cérémonies et les faisait belles, dans la mesure de ses moyens, car il avait du goût de l’allant et était bon musicien.

     

    Lorsque Mgr Herrgott, coadjuteur de Mgr Bouchut, devint vicaire apostolique, il appela le Père Béquet auprès de lui comme procureur de la mission. Là devait se passer tout le reste de sa vie.

     

    Il était très à l’aise dans ses fonctions de Procureur et dans la réception des visiteurs qui venaient voir le vicaire apostolique. Lorsque les confrères venaient à l’évêché — même s’ils étaient étrangers à la mission — ils étaient accueillis d’un joyeux « bonjour petit frère » ou bonjour « petit Père » suivant l’apparence de leur âge et qui les mettait tout de suite à l’aise !

     

    En même temps que Procureur, le Père était, avec beaucoup de dévouement, aumônier du pensionnat des Sœurs de la Providence à Phnompenh, surtout fréquenté par les jeunes eurasiennes. S’il avait une communication à faire par écrit, à l’adresse de la Supérieure, il lui arrivait de multiplier, dans son billet, les fautes d’orthographe.., ou d’y mêler quelque réflexion plaisante. Et il était content comme un enfant d’avoir ainsi fait un petit tour !

     

    Mgr Chabalier ayant été obligé de se lancer dans la construction d’une cathédrale à Phnompenh, le Père Béquet mit tout son cœur à cette œuvre. Il savait faire venir l’eau au moulin. A l’occasion d’une tombola, il organisa un défilé des lots à travers la ville de Phnompenh, et vendit, ce jour, pour plus de 100.000 piastres de billets. Il en fut aphone quelque temps ! Les cloches de la cathédrale, lorsqu’elles seront là, diront en sonnant qu’il s’employa avec ferveur à les choisir et à trouver de quoi les payer.

     

    Procureur depuis de longues années, le Père Béquet faisait partie du cadre de Phnompenh. On ne s’imaginait pas l’évêché sans lui ! D’autant plus que les voyages de la guerre 14-18 lui ayant sans doute suffi, il ne sortait pour ainsi dire pas. Ses seules absences furent ses congés réguliers en France, et deux ou trois voyages chez le Père Collot de Nanggu, qui avait été son voisin et son mentor durant ses années de Chaudoc, et de chez qui il revenait avec de fructueuses aumônes pour la construction de la cathédrale. .

     

    Aussi, sa disparition rapide jeta la consternation parmi les habitués de la maison. Le Père ne semblait pas malade. Le  lundi 26 avril, cependant, il ne dit pas la messe et garda le lit. Le mardi matin on le conduisit à l’hôpital. Le médecin ordonna de le placer directement à la salle d’opération, puis après l’avoir examiné, appela l’un de ses confrères en consultation. Le Père avait une occlusion intestinale, et la grande faiblesse du cœur rendait impossible toute opération... Il était 9 h. Son confesseur vint, l’entendit et lui donna les derniers sacrements. Peul de temps après il eut un violent vomissement, et ce fut fini. Il était 11 h. 30... Le Père est parti comme il avait vécu, avec les sentiments confiants d’un enfant envers le Bon Dieu.

     

    Monseigneur Chabalier, qui était absent depuis une semaine et qu’une raison fortuite ramenait avant la date prévue, arriva pour apprendre la mort de son procureur.

     

    Malgré la pluie fine qui tombait, un nombreux cortège suivit le Père au cimetière du petit séminaire de Phnompenh où il devait reposer. La messe d’enterrement fut chantée par Monseigneur Chabalier. Et le Père Raballand, ancien condisciple du Père Béquet aux séminaires de Chavagnes-en-Paillers et de  Luçon, le conduisit à sa dernière demeure.

     

    Le Commissariat de la République et le Gouvernement cambodgien s’étaient fait représenter. Un piquet de l’armée royale khmère rendait les honneurs, car le Père venait d’être décoré de l’Ordre Royal du Cambodge. Et des gerbes de fleurs couvraient son cercueil.

     

    De là-haut, il n’oubliera pas sa mission qu’il aimait et, à laquelle il était vraiment donné.

     

     

    • Numéro : 3262
    • Pays : Cambodge
    • Année : 1924