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Amédée BENOÎT (1913-1954)

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    Amédée-Charles Benoît naquit de parents profondément chrétiens, qui lui inculquèrent de bonne heure des habitudes de piété et de régularité. Après huit années de ministère en France. M. Benoît entra aux Missions-Étrangères et fut destiné à la mission de Quinhon.

     

    Arrivé à Nhatrang au mois de décembre 1946, il fut envoyé dans une chrétienté voisine, à Binhcang, auprès du P. Garrigues pour y apprendre le vietnamien et se former à la vie apostolique. Cette initiation à la langue du pays fut malheureusement un peu précipitée ; en cet après-guerre les ouvriers apostoliques étaient si peu nombreux qu’on dut faire appel à lui pour la paroisse de Tourane. En plus des fonctions de vicaire, il remplit celles d’aumônier de la garnison jusqu’au mois de février 1948. Il fut alors envoyé une année à Trakieu pour se perfectionner dans la langue tout en aidant le prêtre vietnamien chargé de ce district.

     

    En février 1949, il gagna l’extrémité sud de la mission pour les fonctions de professeur et d’économe au petit séminaire, réorganisé alors près de Phanrang. Professeur très goûté de ses élèves, plutôt dur pour lui-même, le P. Benoît était aux petits soins pour les séminaristes malades, les soignant lui-même, hésitant pas à entreprendre un jour le voyage de Dalat pour se procurer le médicament prescrit par les docteurs pour sauver l’un d’eux.

     

    Plutôt froid et réservé, mais homme de devoir, très régulier dans ses exercices de piété, il savait gagner la confiance de tous ceux qui l’approchaient. Sa finesse d’esprit lui permettait de voir du premier coup les petits travers des gens ; s’il n’avait veillé sur lui-même il aurait eu la critique mordante. Mais à ses belles qualités intellectuelles, il joignait une grande délicatesse de cœur. Ses amis intimes savaient découvrir en lui une âme ardente et généreuse, qui se cachait sous une froide écorce. Toutes ces qualités, perfectionnées par l’expérience et le travail de la grâce devaient faire de lui un missionnaire prudent, ferme et zélé.

     

     

    Rentré à Tourane, il alla occuper le petit poste de Vinh-diem, où il s’efforça de semer la bonne parole en enseignant lui-même les enfants et les catéchumènes.

     

    En février 1952 il revint à Trakieu, mais cette fois en qualité de curé de ce gros district, transformé vu les circonstances en un véritable camp retranché, qui de longs mois durant ne pouvait être ravitaillé que par l’aviation. Il était l’un des seuls à se risquer sur cette route minée, où parfois il était obligé d’écarter quelque barrage pour passer avec sa moto et se rendre à Tourane. A Trakieu comme partout où il était passé, le Père Benoît n’épargna pas sa peine pour prêcher, confesser, catéchiser les enfants, visiter les malades, soulager les misères physiques et morales, sans oublier les soldats des postes militaires voisins. A la moindre alerte les gens abandonnaient leurs paillotes et venaient se réfugier dans le clos de l’église où ils se croyaient en plus grande sécurité, car la seule présence de leur pasteur leur redonnait confiance. Tout le monde admirait son zèle, son intrépidité et son sang-froid. Ne l’avait-on pas vu un jour de combat profiter d’une accalmie pour se rendre au poste voisin sévèrement attaqué, afin d’administrer les mourants et apporter tabac et cigarettes aux défenseurs. Cet acte de bravoure avait fait l’admiration des légionnaires ; quant à lui, il nous avouait humblement qu’il se permettait de temps à autre un exploit de ce genre pour vaincre sa propre peur et ranimer le courage de ses gens. On savait que son cran extraordinaire en avait imposé aux vietminh eux-mêmes en maintes circonstances.

     

    La divine Providence allait lui en offrir une nouvelle occasion. Le 23 juillet 1954 il apprenait à la tombée de la nuit qu’un soldat du poste voisin venait d’être mortellement blessé. Le Père Benoît s’y rendit aussitôt en bicyclette. Comme il se faisait tard, les soldats le prièrent de passer la nuit avec eux. Le lendemain matin il était de retour à Trakieu sans incident, mais il paraissait inquiet, se demandant comment il pourrait ramener le corps de ce soldat pour procéder à ses funérailles. Après une tentative infructueuse dans la matinée, il partit aussitôt après son repas de midi accompagné de quatre hommes. Au retour du poste ayant parcouru les deux tiers du chemin, suivant le corps en récitant son chapelet, il entendit soudain des coups de feu venant d’un buisson assez éloigné. Il donna l’ordre à ses hommes de déposer leur brancard et de se plaquer au sol, il en fit de même. Au bout d’un moment ils entendirent les vietminh se rapprocher ; le Père dit à ses hommes : « Ne craignez rien, je leur parlerai ». Malheur ! Les vietminh arrivés tout près (ils étaient sept) ne le laissèrent pas parler et l’un d’eux tira sur lui à bout portant. Le Père atteint en pleine poitrine s’affaissa aussitôt en étendant les deux mains comme s’il voulait encore les bénir. Il reçut encore deux coups de feu. C’est ainsi qu’expira le 24 juillet 1954, vers les 15 h, le Père Benoît, versant son sang pour Dieu et pour les âmes dans l’accomplissement même de son ministère sacerdotal, digne couronnement d’une vie de devoir et de dévouement. Les vietminh devant l’imminence de la mise en vigueur du cessez-le-feu, voulaient-ils se venger sur lui de ce que la chrétienté de Trakieu leur avait résisté huit ans durant ? On pourrait le supposer.

     

    La nouvelle de sa mort jeta la consternation parmi ses chers chrétiens ; grands et petits, enfants et vieillards éclatèrent en sanglots. Mais il fallait à tout prix aller chercher les deux corps abandonnés sur le terrain par les porteurs ; or les abords de la route étaient encore occupés par les V.M. Trois religieuses Amantes de la Croix, en la circonstance se montrèrent les plus courageuses. Elles entraînèrent à leur suite un groupe de chrétiens, interpellèrent les V.M.: « Si vous ne voulez pas nous permettre de ramener le corps du Père, eh bien ! fusillez-nous sur place. » Les V.M. cédèrent et les chrétiens purent ramener chez eux le corps de leur cher curé.

     

    Le Père Benoît avait été tué quatre jours après la signature du cessez-le-feu, au moment où le district de Trakieu était encore coupé du reste du vicariat par la bataille. Seul son vicaire le Père Viot était là pour représenter les confrères à ses obsèques. Les fidèles voulurent donner à leur pasteur un éloquent témoignage de leur affectueuse reconnaissance. Ils comprenaient que si leur village avait été en grande partie épargné par la guerre, il le devait pour une large part au Père Benoît, resté constamment parmi eux malgré le danger d’être un jour ou l’autre « kidnappé » ou tué par les rebelles. Sans parler des nombreuses messes qu’ils demandèrent pour le repos de son âme, beaucoup d’entre eux prirent le deuil et continuent aujourd’hui encore à fleurir constamment sa tombe. Le P. Benoît repose près du Père Lalanne à l’ombre de l’église de Trakieu.

     

    Homme de devoir, grand ami de la pauvreté, il a été pour nous tous un modèle de vie sacerdotale. Puisse notre confrère obtenir du Divin Maître que le diocèse de Lyon, fidèle à ses traditions missionnaires, envoie en Extrême-Orient pour remplacer ceux qui tombent de nombreux et généreux apôtres.

     

    • Numéro : 3738
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1946