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Jean-Auguste BÉNÉZET (1848-1918)

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    Jean-Auguste Bénézet naquit à Villeneuve-sur-Lot en 1848. Sa mère mourut quelques mois plus tard. Son père se remaria. Jean parlait avec respect de sa seconde mère. Le « petit frère », (c'était son expression) qu’elle lui donna, fut le confident habituel de ses premières années.

    Frères et sœur grandissaient sous l’autorité aimée du père dans une atmosphère de franche amitié. Cette intimité fut plus forte que les hasards de la vie. Jetés aux quatre coins de la terre, ils gardèrent toujours des relations empreintes de beaucoup de cordialité. Le frère aîné partit pour les Etats-Unis. La sœur, devenue religieuse, travailla longtemps à Villeurbanne (Rhône), puis elle dut s’exiler en Espagne à la suite des lois persécutrices ; elle y fut élue Supérieure Générale de sa Congrégation. Le « petit frère » entra dans les Postes et Télégraphes. Jean qui devait leur survivre était destiné à servir le divin Maître au Setchoan méridional.

    Sa vocation se révéla de bonne heure. Il s’y prépara au petit séminaire de son diocèse. Appelé en troisième à prendre la soutane, il entra tout naturellement, le temps venu, au grand séminaire d’Agen. Il acheva sa théologie au séminaire des Missions-Etrangères.

    Prêtre en 1873, il arriva à Souifou le 3 avril 1874. En ce temps-là, les missionnaires étaient peu nombreux et les prêtres indigènes plus rares encore. Mgr Lepley lui confia, dès la fin de l’année, le district de Semong. Composé presque uniquement de vieux chrétiens, ce district était d’une administration facile. Le jeune apôtre y resta quatre ans, faisant sans bruit beaucoup de bien. Parmi les païens qu’il convertit se trouvait un jeune homme, qui le dimanche pour échapper à la surveillance de ses parents demeurés idolâtres, partait de grand matin à la pêche du poisson dans les rizières, et qui, en passant de l’une à l’autre, arrivait sans attirer l’attention, jusqu’à la famille chrétienne où la messe était célébrée.

    En 1878, M. Bénézet fut nommé à Cheougantchen, voisin de Semong. Il trouva dans son nouveau district un milieu assez semblable à celui qu’il venait de quitter. Cheougantchen avait cependant sur Semong un avantage très appréciable, il possédait un presbytère. À Semong, M. Bénézet résidait toute l’année chez les chrétiens. A Cheougantchen, il serait chez lui hors le temps de l’administration. Une pieuse famille avait fait don à la mission d’une maisonnette en bois et d’un assez grand jardin. Les aménagements les plus indispensables étaient achevés, lorsqu’il prit possession du poste. La chapelle lui parut insuffisante. Il l’agrandit. Les chrétiens furent très fiers de sa nouvelle façade qui reposait sur quatre colonnes en bois. Les sages prédisaient bien son effondrement à bref délai. Les sages se sont trompés. Elle a résisté aux intempéries des saisons et aux injures du temps. Aujourd’hui encore elle domine le pâté de maisons basses qui l’entourent.

    M. Bénézet laissa Cheougantchen à M. Boisseau en 1883. Les sous-préfectures de Hongya, de Tanlin et de Kiakiang furent son troisième champ d’action. Plus heureux que son prédécesseur, il réussit à acquérir au nom de la mission une maison convenable dans la ville de Kiakiang. Il n’en jouit pas longtemps. En 1889, il était désigné pour Tchoukentan, qui devait être son dernier district.

    Spirituel, enjoué avec les confrères, il était d’une grande timidité avec les Chinois. Sa piété, exemplaire du reste, n’allait pas sans une certaine tendance au scrupule. Sa conscience délicate le portait à se défier par trop de lui-même. Cet excès de modestie ne fut pas sans nuire au succès de son zèle. Une âme ainsi constituée ne pouvait que beaucoup souffrir dans le ministère des paroisses. A la longue, sa santé fut aussi profondément ébranlée. Un repos absolu s’imposa. Il alla le prendre au sanatorium de Hongkong en 1893. Il était de retour en 1894.

    Mgr Chatagnon le donna alors, pour compagnon, à M. Galibert, curé de Kuinlien. C’est là que la persécution vint le surprendre. Une nuit, en fuyant, il fit une chute si malheureuse qu’il se démit une épaule. Cet accident qui, faute de  médecin, eût pu avoir des conséquences graves, laissa peu de traces, grâce aux soins empressés et éclairés que lui prodiguèrent les missionnaires.

    M. Moutot cumulait depuis près de 20 ans les fonctions de procureur de la mission et de curé d’une paroisse, dont le nombre de chrétiens augmentait chaque année. Il ne suffisait plus à la besogne. On se demanda si M. Bénézet ne pourrait pas rendre service à la procure. Cette idée plut à l’intéressé. Une responsabilité moins grande, une vie plus sédentaire, une nourriture plus appropriée à son estomac, c’était ce qu’il lui fallait. Il accepta avec reconnaissance cette situation conforme à ses goûts et à sa santé. Il devint aussi le confesseur des Franciscaines Missionnaires de Marie.

    M. Bénézet n’a pas échappé à la loi commune. Il a subi des contradictions et des déboires, mais son esprit de foi, sa soumission à la volonté divine, sa charité très grande l’ont aidé à surmonter et à sanctifier toutes les épreuves.

    Chargé en 1914 d’aller dire la messe aux Religieuses et aux malades, il s’établit à l’hôpital « le vestibule du cimetière » disait-il. Il aurait pu ajouter ce que nous disions tout bas : « Le cimetière sera pour lui la porte du ciel grande ouverte. » Et en effet, en avançant dans la vie, sa régularité devint de plus en plus absolue, sa piété de plus en plus édifiante. A la procure, à l’hôpital, rares sont les jours où il ne s’est pas levé, où il ne s’est pas acquitté de ses exercices spirituels à l’heure fixée par son règlement. Combien de fois il a visité le Dieu du tabernacle, combien de rosaires il a récité, combien de chemins de croix il a fait, combien d’indulgences il a gagné pendant ses 25 dernières années.

    Un jour cependant, il dut se résigner à ne plus monter au saint autel, puis à garder la chambre. Ne pouvant aller à Notre-Seigneur, Notre-Seigneur vint à lui par la sainte communion, presque quotidienne : M. Bénézet s’est éteint doucement, comme une lampe qui n’a plus d’huile, le 26 juin, à 23 heures, assisté de MM. Puech, Chinchole et Simon Tang. Douze missionnaires ou prêtres chinois ont pris part à ses funérailles qui ont eu lieu le 29. C'est à Hotikeou que notre cher confrère dort son dernier sommeil, en attendant le jour de la bienheureuse résurrection.

     

     

    • Numéro : 1178
    • Pays : Chine
    • Année : 1873