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Charles BELMONT (1911-1982)

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    Enfance et jeunesse

     

    Armand, Charles Belmont naquit le 18 mai 1911 à Montferrat, dans l’Isère, au diocèse de Grenoble. Il était le benjamin d’une famille de 14 enfants. Après ses études primaires à Montferrat, il entra au collège du Rondeau-Montfleury en 1922 pour y faire ses études secondaires jusqu’en 1930. C’est le 18 mars 1930 qu’il adressa sa demande d’entrée aux Missions Etrangères. Dans cette lettre il manifeste son désir d’être missionnaire et sa détermination de le devenir malgré tous les sacrifices que cela exigera de lui. Il est déjà en relation avec le P. Depierre depuis deux ans. Comme de coutume, on demanda au Supérieur du collège son sentiment sur Charles Belmont. Par lettre en date du 24 mars, le chanoine Martel donna son appréciation, faisant remarquer la faiblesse intellectuelle du candidat. Il ajoutait cependant : « Malgré la médiocrité des résultats obtenus pour les études, nous croyons cependant qu’on peut admettre à l’essai ce sujet dans une maison missionnaire parce que sa piété paraît sincère et sérieuse et parce que sa conduite et sa moralité ont toujours été satisfaisantes. La santé est normale. » Quelle fut la réaction des responsables au reçu de cette lettre ? Nous n’en savons rien. En tout cas, Charles Belmont fut admis le 26 mars 1930 et entra à Bièvres le 13 septembre. Il fit ses trois ans de séminaire à Bièvres sans éclat à aucun point de vue, puis il accomplit son service militaire. Rentré au séminaire de Paris en octobre 1935, il continua ses études. Les supérieurs jugèrent que ses résultats, sans être brillants, étaient quand même suffisants et il fut admis au sacerdoce qu’il reçut le 29 juin 1938. Le soir même, le Supérieur général lui donnait sa destination pour la Mission de Kunming au Yunnan, une province du sud de la Chine, voisinant avec le Tonkin.

     

     

    En mission (1938-1952)

     

    Parti pour Kunming le 13 septembre 1938 le P. Belmont arriva dans cette ville, capitale de la province du Yunnan, le 26 octobre. Son premier travail fut évidemment l’étude de la langue chinoise et ce ne fut pas pour lui un petit travail, car il n’avait pas beaucoup de facilités. Il y mit toute sa bonne volonté sous la direction du P. Destaillats, au petit séminaire de Pélongtan, situé à une dizaine de kilomètres de la ville.

     

    En 1940, après la retraite annuelle, il fut désigné comme socius du P. Burger à Machang, une ville située à au moins dix étapes, dans le nord-est de la province, au-delà du Fleuve Bleu. Nos deux voyageurs se joignirent à une caravane et firent leur voyage sans ennuis en cours de route. Tous les deux étaient « nouveaux » dans ce poste, car c’est là que venait d’être affecté le P. Burger après son congé en France. Le P. Burger était titulaire du poste ; quant au P. Belmont il n’était pas vicaire proprement dit ; bien sûr, il pouvait déjà rendre quelques services, mais son occupation principale devait être de continuer l’étude de la langue et de la pratiquer : les occasions ne lui manquaient pas en ce milieu totalement chinois.

     

    Vivre à deux n’est pas toujours facile ; chacun a son caractère et même ses manies. Parfois il n’y a pas d’autre solution que de se séparer. A tort ou à raison, la cohabitation avec le P. Burger devenait pénible pour le P. Belmont. Comme il y avait à environ trois journées de marche de Machang la chrétienté de Tapinsi avec .une résidence suffisamment bien installée, le P. Belmont  demandé  à aller  habiter là  tout seul. Il  fit  donc ses  préparatifs et  se  mit en route ; mais au sommet d’un col, il rencontra les brigands qui pillèrent ses bagages et prirent ce qui leur convenait. Néanmoins il continua sa route et vint jusqu’à Tapinsi. Mais cette expérience ne fut pas un succès. Au bout de peu de temps, il s’ennuya et revint avec le P. Burger à Machang.

     

    En 1941, il est affecté au poste de Ta-tien-Kai, un gros marché au sud du Fleuve Bleu, à environ 80 km de Machang. Il va rester dans ce poste jusqu’à son expulsion en 1952. Malgré sa difficulté pour bien parler chinois, il administre ce poste, aidé très efficacement par deux vierges chinoises qui s’occupent de catéchiser les enfants et de former les catéchumènes. Il ouvre un dispensaire qui est tout de suite très fréquenté : ce qui fait connaître davantage la Mission dans cette ville. Le P. Belmont se dévoue au soin des malades et son influence grandit. Il entretient aussi de très bonnes relations avec les autorités de la ville. En un mot, selon ses possibilités, il fait du bon travail.

     

    En février 1949, il se rend à Machang pour la retraite annuelle. Le voyage est moins long que pour aller à Kunming. De plus, cette sortie lui permettra de voir les confrères de cette mission et d’enrichir son expérience.

     

    En mai 1949, le jeune P. Surmon se met en route pour rejoindre le poste où il est affecté. Malheureusement la caravane à laquelle il s’est joint est attaquée. Les soldats qui constituent l’escorte baissent les armes, car ils n’ont pas du tout l’intention d’affronter les brigands qui sont bien plus nombreux. Le P. Belmont apprend cette mésaventure ; il se porte au secours du P. Surmon à Makaï et réussit à le tirer de ce mauvais pas. Bien qu’éloigné de Machang, le P. Belmont n’est pas totalement isolé ; il reçoit de temps en temps la visite du P. Le Du qui est en charge du poste de Machang depuis que le P. Burger est parti pour relever le poste de Hua-Pin. En un mot, le P. Belmont fait tout ce qu’il peut dans son coin.

     

    Malheureusement les choses vont se gâter, car les troupes communistes de Mao avancent. En octobre-novembre, le P. Belmont a déjà des difficultés avec eux. Naturellement le régime s’installe et la coexistence pacifique devient de plus en plus difficile. Comme il n’est pas question que les communistes s’en aillent, ce sera le P. Belmont qui devra quitter. Il est expulsé le 12 mai 1952 en direction de Hongkong.

     

    Après un temps de repos, il s’embarque pour la France, où il arrive le 30 juin 1952. En 1953, il prend du service dans l’aumônerie militaire.

     

     

    En France

     

    Aucun document ne nous permet de savoir dans quelles circonstances le P. Belmont prit du service dans l’aumônerie militaire. Peut-être est-ce lui-même qui en fit la demande. En tout cas, il fut officiellement nommé desservant du camp militaire de Caïs dans le Var, du mois de juillet 1953 au mois de mai 1954. Probablement le camp fut fermé à cette date. C’est alors qu’il se dirigea vers les Troupes françaises en Allemagne. Employé d’abord comme aumônier stagiaire pendant quelques mois, il fut nommé auxiliaire au mois de mai 1955 ; il résidait alors à Landau. Il fut muté de Landau à Diez au mois de novembre 1955 ; il resta dans ce poste jusqu’au mois de septembre 1960, date à laquelle il quitta le service de l’aumônerie pour raison de santé. Tels sont les renseignements portés sur sa fiche à l’aumônerie.

     

    Une fois libéré de son contrat avec l’aumônerie militaire, et après un temps de repos, le P. Belmont prit du ministère pendant quelques mois dans une paroisse du diocèse de Grenoble, la paroisse de Clonassur-Varèze. Mais il ne tarda pas à se retirer à Voreppe au début de 1962. Lors de la fermeture de cette maison, il opta pour Beaugrand où il resta jusqu’en 1970. Comme cette maison n’avait plus sa raison d’être, on décida de la supprimer. Les confrères qui y résidaient eurent la possibilité de choisir soit Lauris, soit Montbeton. Le P. Belmont choisit Lauris. Comme sa santé s’altérait très sérieusement, il fut transféré à Montbeton le 18 janvier 1980. C’est dans cette maison qu’il est décédé, on peut dire subitement, le 30 juillet 1982. Voici quelques détails communiqués par le Père Supérieur de Montbeton : « Le vendredi 30 juillet, le P. Belmont dit sa messe comme d’habitude et vint déjeuner au réfectoire. On le vit encore se promener dans les couloirs vers 11 h ou 11 h 30. A midi, son absence à table n’étonna personne, car il en avait l’habitude. Vers 4 h de l’après-midi, la religieuse qui distribuait le linge le trouva tombé sur sa chaise longue. Sans doute avait-il eu un malaise soudain, peut-être avant midi. Peut-être avait-il perdu connaissance. Le médecin appelé aussitôt déclara qu’il était mort vers 15 h.

     

    Tel fut l’itinéraire du P. Belmont. Pendant tout le temps qu’il a passé au Yunnan, il a certainement fait tout le bien qu’il a pu à la mesure de ses moyens et malgré une connaissance assez limitée de la langue chinoise ; mais son dévouement compensait, notamment au secours de malades.

     

    Pendant le temps passé au service de l’aumônerie militaire, il a accompli généreusement son ministère sacerdotal, sans doute avec quelques faux pas mais sans s’en rendre compte. Ce fut pour lui l’occasion de contacts avec plusieurs officiers supérieurs français ou allemands. Il montrait volontiers un « dossier » très personnel auquel il tenait beaucoup, renfermant quelques lettres ou certificats dont il était très fier. Bien après avoir quitté le service de l’aumônerie, il aimait revêtir son uniforme, surtout quand il voyageait et cela jusqu’au jour où il lui arriva une « histoire » et où il faillit même encourir une peine de prison pour port illégal d’un uniforme auquel il n’avait plus droit. Il n’en reste pas moins vrai qu’il avait été très marqué par les années passées à l’aumônerie militaire. Il en parlait souvent avec un tantinet d’exagération et ceux qui entendaient ses histoires remarquaient qu’elles s’enrichissaient et s’enjolivaient à chaque nouvelle « édition ». Sorti de ce sujet, il était plutôt taciturne. Tout en vivant dans une communauté, il semblait préférer la solitude. Il restait volontiers plusieurs jours dans sa chambre sans paraître au réfectoire, se nourrissant de quelques biscuits ou d’un peu de chocolat. Il lisait beaucoup et surtout « soignait » la riche collection de timbres qu’il avait constituée au cours des années avec goût et ténacité.

     

    À Montbeton, depuis le mois de janvier 1980, il mena la même vie qu’à Lauris, moins active encore, car ses forces déclinaient visiblement. On ne s’attendait pourtant pas à le voir mourir presque subitement. Bien sûr, il répétait qu’il avait déjà eu trois infarctus : ce qui n’était pas du tout l’avis des docteurs qui l’avaient examiné. En réalité cette mort quasi subite ne le surprit pas, car il était persuadé qu’il mourrait subitement.

     

    Les obsèques du P. Belmont eurent lieu le 2 août. Il repose dans le cimetière de Montbeton avec plusieurs confrères du Yunnan.

    • Numéro : 3617
    • Pays : Chine
    • Année : 1938