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Georges BELLEVILLE (1914-2000)

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    Il est remarquable ni par la taille ni par la carrure. Maigre, les épaules  tombantes, marchant penché d’un côté, Georges Belleville reste toutefois le Savoyard aux muscles solides, capable d’endurance malgré la maladie. À soixante-dix ans passés, une canne à la main et coiffé de son éternel béret, il fait encore les sommets couverts de jungle du district central de Cameron Highlands. C’est partie essentielle de la semaine de repos. Cela le réconforte ; malgré les années, il a encore du « stamina » et la montagne fait toujours partie de sa vie.

    Né le 15 mars 1914 à Seynod, Haute-Savoie, il est le septième de dix enfants. Ses parents sont agriculteurs et les vocations religieuses sont nombreuses dans la famille. Son grand-oncle, Mgr François Belleville est missionnaire, puis, pour deux ans, vicaire apostolique du Tonkin méridional (Vinh) ; deux autres oncles sont prêtres et deux tantes sont religieuses. Son frère aîné, Joseph, sera prêtre dans le diocèse ; il restera pendant de longues années curé de Menthon-Saint-Bernard. C’est chez lui que Georges passera plusieurs congés.

     

    Les études commencent à l’école communale de Seynod, puis c’est le petit séminaire de Sainte Marie, à La Roche-sur-Foron, de la septième à la philosophie, le tout couronné par le  baccalauréat.

     

    Qu’est-ce qui l’amène aux Missions Étrangères dès 1932 ? Il ne l’a pas dit, mais la tradition familiale y est certainement pour beaucoup. Deux ans à Bièvres, où il noue une fidèle amitié avec Louis Danion, qu’il retrouvera en Malaisie et à Lauris, et c’est le service militaire, de 1934 à 1935, dans l’infanterie, à Belfort et Saint-Maixent. Il en revient sous-lieutenant.

     

    C’est alors que l’aspirant studieux et intelligent est envoyé à Rome pour prendre ses grades en Théologie. l y reste de 1935 à juin 1939, au séminaire français, où il est choisi comme doyen, une responsabilité convoitée par beaucoup. Il est ordonné prêtre à Saint Jean de Latran le 16 avril 1938, ce qui est bien dans la ligne du « romain » qu’il est devenu. Sans étonnement, il reçoit sa destination pour le collège de Penang le 29 juin 1939. Tout l’y a préparé et lui-même accepte volontiers d’entrer dans le droit fil de la tradition des Missions Étrangères : la formation du clergé local. La cérémonie du Départ est fixée au 12 septembre et l’embarquement à Marseille sera le 15.

     

    Mais la guerre est finalement déclarée. Le départ, c’est pour l’infanterie, dans les Alpes, de Chambéry à Romans. Démobilisé dès l’armistice, après voir servi comme lieutenant, il est nommé temporairement professeur au séminaire de la rue du Bac.

     

    Professeur en France, 1940-1946

    Professeur de théologie fondamentale, de droit canon et d’histoire de l’Église, auxquels on ajoute l’intendance économe des aspirants. Ce n’est pas une sinécure : beaucoup d’aspirants ont connu le père Belleville avant son ordination, d’autres sont plus âgés que lui,revenant des camps de prisonniers au fil des années ; et puis, en 1945, le séminaire est plein à craquer.

     

    Le jeune professeur prépare ses cours avec soin ; il se montre même facilement minutieux. S’il connaît son sujet, il n’est pas un enseignant qui captive l’intérêt des auditeurs. Il est plutôt du type laboureur, qui va droit et lentement, pas de fioritures, du solide, ouis, mais qui paraît bien terne. Et pour lui, qui veut se donner à plein, il ne se sent guère apprécié par sa difficile audience. Il persévère : c’est un volontaire, un volontariste, qui peut se défouler dans une bonne colère, mais ne recule pas. Quant aux comptes, il ne les boucle jamais à temps. Il les fait et les refait, le perfectionniste qui ne sait pas encore qu’il y a une colonne « dépenses diverses » qui permet d’équilibrer le tout ! C’est le père Laurent qui le  lui montre. Il a une haute idée de sa fonction, de professeur et a peur de ne pas être à même de la remplir. Aussi, le départ pour Penang est, d’une certaine manière, une délivrance.

     

    Le Collège général, 1946-1952

    En compagnie de P. Barthoulot et de J. Ciatti, il s’embarque sur un bateau anglais, le Multan, à Southampton en octobre 1946.. Bientôt, c’est Singapour, où s’arrêtent ses deux compagnons. Lui gagne le Collège. Il est décidé de lui donner un temps en paroisse pour mieux connaître le milieu de malaisie et pour apprendre une langue asiatique. Il va à Balik Pulau, vieille chrétienté de langue et culture hakka. Son séjour n’y sera que de quatre mois ; il lui faut revenir au Collège remplacer le P. Péroissin rappelé à Paris.

     

    Et en avant, toutes ! On le veut professeur, il sera professeur – à l’aise en latin seule langue d’enseignement et de communication dans la communauté. Il enseigne la philosophie, le chant et quelques autres sujets. Il se sent chez lui, bien accepté des élèves et épaulé par les autres professeurs qui deviennent pour lui des amis, les PP. Piffaut, Dénarié, Tual, Volle. Mais lui, qui se voit professeur à vie, est touché par la maladie dès 1949, opéré d’un ulcère à l’estomac à Pondicherry, après plusieurs mois de convalescence au sanatorium des Nilgiris, il reprend ses cours, tout en ayant à suivre un régime alimentaire très contraignant. On lui a enlevé les 3/4 de l’estomac, il doit manger peu et souvent et s’étendre un moment après les repas pour faciliter la digestion. Il fait face avec sa volonté habituelle, mais il devient clair que la vie sédentaire du séminaire n’est pas pour lui. »Le moral est à l’image du physique, très bas », dira-t-il plus tard et le soutien des autres professeurs lui est précieux. Quitter le Collège est un déchirement. Il aimera y revenir pour partager un repas ou y passer quelques jours.

     

    Le diocèse de Malacca

    Affecté à la mission de Malacca comme on disait  alors, il va à la paroisse indienne de Taiping, 70 km au sud de Penang, pour y améliorer son anglais et y apprendre le tamoul. A-t-il fait ce choix lui-mêle, ou y est-il encouragé par Mgr Olçomendy ? On ne sait.

     

    Il s’y trouve très à l’aise auprès du P.Clement, un Indien jovial qui apprécie l’aide  et la régularité du cher Georges et lui laisse toute liberté d’exercer son zèle. Comme toujours, il ne fait pas les choses à moitié. Chevauchant une moto, qui lui pose pas mal de problèmes, car il est plus à l’aise avec les syllogismes qu’avec la mécanique, il visite les malades, les paroissiens éparpillés dans les plantations d’hévéas. Il commence à s’exprimer en tamoul ; le latin l’avait préparé à assimiler les déclinaisons de cette langue. Bientôt un séjour dans la chrétienté de Bagan Serai, à 20 km au nord de Taiping, faite exclusivement de familles tamoules travaillant dans les plantations, familles pauvres et souvent illettrées, complète ce qu’on appellerait aujourd’hui son inculturation.

     

    Il est alors temps de prendre un congé d’un an en Savoie. Le diocèse de Penang, érigé en 1955, a maintenant un pasteur chinois, originaire de Singapour, Mgr Francis Chan, dont le vicaire général tamoul, le P. Aloysius, devient le grand ami de notre confrère.

     

    Curé de Butterworth, 1957-1976

    C’est en compagnie de Georges que G. Moreau et moi-même devions naviguer vers la Malaisie – dernier voyage par le Cap de Bonne Espérance avant la réouverture du canal des Suez. Il avait décidé de nous enseigner pendant ces vingt-huit jours en mer l’alphabet tamoul. Heureusement, il doit retarder son départ et notre voyage s’en trouve être tout repos et tourisme. Lui est l’homme pour qui il n’a jamais de temps à perdre.

     

    Dès son retour, le voici nommé curé intérimaire, puis permanent, de Butterworth, ville sur la côte ouest de Malaisie, d’où partent les ferries pour Penang – une traversée d’environ 15 minutes. Butterworth est une ville qui se développe vite, avec une banlieue industrielle à Prai, où se trouve une chapelle. Au total, une communauté d’environ 2500 chrétiens, en majeure partie Tamouls, une église et un presbytère en bois, une école primaire et secondaire pour filles dirigée par les religieuses de Saint-maur, une école primaire de garçons dirigée par les frères des Écoles chrétiennes, et des squatters qui se multiplient et se mettent au large sur le terrain de l’église. Voilà de quoi occuper et inquiéter le curé qui, armé d’une canne, fait le tour de son domaine et exige que l’on abatte les extensions sauvages bâties pendant la nuit.

     

    Le professeur de philosophie est le pasteur au ras des pâquerettes, patient et complaisant, écoutant pendant des heures les quémandeurs et ceux qui essaient de le rouler, éclatant de temps en temps d’une colère qui le soulage, mais qui ne fait plus peur à ceux qui le connaissent. Finalement, c’est le cœur qui gagne toujours et il est tout marri de s’être laissé emporter, l’administrateur devient l’aumônier dans le sens plénier du mot.

     

    Dix-neuf ans à Butterworth, avec un intermède pour un congé et quelques mois à l’église Saint François-Xavier de Penang. C’est le P. Belleville « at his best ». Il a lla cinquantaine et, malgré ses ennuis de santé, il bâtit, non un programme de théologie, mais une église et un presbytère. Quelque chose de simple et de fonctionnel, qu’il a longuement peaufiné, n’hésitant pas à visiter les dernières constructions en Malaisie et à Singapore pour s’en inspirer. Son église sera une des premières à inclure une chapelle pour la célébration des messes de semaine. Il sait se faire aider, y compris par les jeunes professeurs du collège dont la théologie le déroute. Où sont les cours de la Grégorienne à l’enseignement immuable ?

     

    Car c’est aussi le temps du Concile, qui l’intéresse, l’étonne et parfois l’horripile. À son habitude, il exprime ses idées avec force, si possible en phrases latines bien travaillées et puis, pasteur avant tout, il accepte les réformes liturgiques et participe aux réunions œcuméniques Quidquid sit …son conseiller, le père Aloysius est là pour nous simplifier les problèmes que, par scrupule, il a tendance à compliquer. Quant au père Piffaut, son père spirituel, il a toute la patience qu’il faut pour l’écouter et l’affermir.

     

    Georges, comme il sait l’accueillir ? Nous ne manquerions pour rien au monde la célébration de son saint patron, un dîner entre confrères pimenté de ses déboires pastoraux – car ses paroissiens le roulent – assaisonné de quelques mouvements d’humeur – car ses invités le taquinent – et arrosé par les dons que lui ont faut ceux qui savent l’apprécier. Il est heureux, se sentant entre amis. Et il n’oublie pas de nous rappeler qu’avant le Concile du Vatican, il y a celui de Trente et deux livres de base : Denzinger et le Droit Canon …Codex sapinens.

    Quand ses confrères de Penang l’élisent membre du Conseil presbytéral, il apprécie leur confiance, mais il reste plus sceptique sur l’aggiornamento d’un mois animé par des experts de l’institut Pastoral de Manille. D’autant que durant ces semaines les paroisses restent sans messe, même le dimanche. Cette décision des évêques est-elle vraiment dans la tradition ecclésiale ? C’est avec l’impression d’un travail bien accompli qu’il passe son congé en Savoie, de juin 1976 à janvier 1977.

     

    Curé de Tapah, février 1977 à avril 1984

    À son retour, le voici dans le Sud du diocèse, à quelque 200 km de Penang et au pied des montagnes de Cameron Highlands, l’épine dorsale de la péninsule malaise.  Tapah est une petite ville qui avait déjà un prêtre résident à la fin du XIX° siècle,  le père Fée, évêque en 1896, et où se dépensèrent, plus récemment, les pères Audiau et Catel. Il a aussi la responsabilité de la communauté de Bidor, autre petite ville à 15 km plus au sud, et des chrétiens de langue tamoule dans les plantations des hautes terres.

     

    Georges a passé les soixante ans, mais il va de l’avant, animateur et bâtisseur.  En plus de son apostolat à Tapah, il visite régulièrement les communautés dispersées, heureux de se retrouver, pour quelques jours, une fois par mois à la maison de Cameron Highlands, avec son vieil ami le père L.  Danion.  Ils sont contemporains et leurs visions et méthodes pastorales vont de pair : fidélité à la tradition. Il devient clair pour lui que Bidor, qui n’a qu’une baraque branlante pour les célébrations eucharistiques, a besoin d’une chapelle en dur.  Le terrain est là, alors on bâtit : quelque chose de simple et fonctionnel – 200 places assises – qu’il regrettera de ne pas avoir fait plus grand. Ainsi, il donne pignon sur rue aux catholiques, qui lui en sont fort reconnaissants.

     

    Selon son habitude, il vit simplement, pauvrement même, très près de ses gens avec lesquels il est d’une patience extraordinaire, quitte à, de temps en temps, les mettre à la porte. Il a besoin d’un régime spécial à cause de son estomac, mais il reste très actif, grognant contre les réunions et les plans pastoraux qui ne sont guère de son goût. .l est l’homme du contact personnel, des visites, des sacrements, de la liturgie minutieusement préparée., du bréviaire qu’il prie en marchant et en le mâchant plus qu’il ne le lit. Ses voisins prêtres savent faire appel à lui lorsqu’ils ont besoin d’aide. Il conduit sa voiture  en théologien et néo-scholastique, invoquant toujours Saint Joseph avant de se mettre en route.. Lorsqu’il a des ennuis mécaniques, il cherche la raison profonde de la panne, le lumen sub quo. Mais il arrive à destination et on ne lui connaît pas d’accidents graves.

     

    Après sept ans à Tapah, il prend son congé et commence à s’inquiéter : l’heure de la retraite est-elle venue ? En attendant, il passe huit mois auprès des siens.

     

    Penang, Saint François-Xavier, 1984-1989

     

    À son retour, l’évêque le nomme prêtre en résidence à la paroisse tamoule de Penang, Saint François-Xavier, auprès de son vieil ami, Mgr Aloysius, le vicaire général.  Il a la responsabilité de l’aumônerie des hôpitaux et de la prison. Là encore, il va son chemin, zélé et méthodique. On peut compter sur lui de jour comme de nuit. Entre les deux prêtres, c’est la joie et la confiance, dans une taquinerie réciproque et vivifiante.

     

    En mars 1986, remplaçant le père Lucien Catel, il devient curé en titre d’une paroisse qui a perdu beaucoup de ses gens, car à Penang, le centre ville se vide. C’est là qu’il rend grâces, entouré et apprécié, pour ses cinquante ans de sacerdoce. Ses célébrations eucharistiques, assorties de moult explications, ne sont pas toujours du goût des paroissiens pressés – certains téléphonent pour savoir quelles messes présidera le père Belleville – mais sa bonté conquiert tout le monde. « Il fait tout avec ordre et mesure, son carnet à la main, sans se laisser bousculer par qui que ce soit. Il a bâti deux églises dans le diocèse et on lui dit que c’est assez. Alors il s’occupe de ses paroissiens, des malades et des infirmières, sans faire de bruit. Il tient compagnie à Mgr Aloysius, ancien curé, et bavarde avec lui en français, tamoul et latin ».

     

    Arrivé à 75 ans, il prend un congé en Savoie. Doit-il revenir en Malaisie, maintenant qu’il a atteint l’âge de la retraite et devient dur d’oreille ? Il pèse le pour et le contre, longuement, demande conseil. En novembre 1989, il est de retour, nommé aumônier de l’hôpital catholique d’Ipoh.

     

    La pastorale des malades, 1990-1995

     

    Accueilli avec beaucoup d’amitié par les Frères de la Merci – un ordre hospitalier d’origine allemande – et très entouré en particulier par le Frère Patrick,qui est son docteur et son confident, il passe là cinq belles années au rythme de son âge et de sa santé toujours précaire. Les prêtres de la région apprécient beaucoup son apostolat, car il les avertit de la présence de leurs paroissiens et de la manière dont il les a assistés. Le père Gauthier, son voisin, le visite souvent et avec patience l’aide à réfléchir sur la question qu’il continue de se poser : est-il temps de rentrer en France ou doit-il se retirer à Penang chez les Petites Sœurs des Pauvres ? Finalement et douloureusement, il décide de se retirer à Lauris, après quarante neuf ans de vie missionnaire en Malaisie. Nous l’entourons pour un repas d’adieux nostalgique. Sa voix est enrouée lorsqu’il nous chante une dernière fois les Allobroges.

     

    Lauris, un lent cheminement vers le Seigneur, 1995-2000

    Le voici en Provence, parmi ses confrères en retraite. Là encore, il lui faut trouver son rythme : repos et sommeil par petites doses d’autant qu’il marche avec de plus en plus de difficulté. Mais il refuse le fauteuil roulant, sinon pour le pousser dans les couloirs et s’y installer d’un saut pour se mettre à table, à la grande peur des confrères qui craignent une chute. .Le vieux montagnard a encore de la ressource et « ne se laisse bousculer par personne ».

     

    Finalement, il devient grabataire ». Déjà bien amaigri, il s’amenuise encore, doucement. À la question, souvent demandée : « comment va le père Belleville ? », la réponse est toujours la même : « il descend ». Et comme je m’étonne « jusqu’à quand va-t-il descendre ? », le père Catel, son ami de Penang, me donne la clef : « il a toujours fait les choses lentement, il en est de même pour son départ ! » C’est le 2 février 2000 que le Seigneur le rappelle à Lui.

     

    Quid dicendum est …

    Oui, que dire des voies, des surprises du Seigneur ? Le père Belleville est préparé pour le professorat et il accepte volontiers cette manière de servir qui n’est point recherchée aux Missions Étrangères. Mais, c’est comme pasteur, comme homme de terrain, que le Seigneur lui demande de servir pour de longues années.

     

    Il a été excellent un excellent pasteur, bâtissant communautés et structures avec patience et dévouement. Il avait commencé à apprendre

     

    le chinois Hakka et c’est finalement auprès de la communauté tamoule qu’il travaille.  Il a toujours regretté de n’avoir de cette langue qu’une connaissance limitée. Mais cela ne  l’a pas empêché d’être apprécié par ses paroissiens, car il leur parle le langage de la patience et de l’amour. Il vit à leur niveau et accepte leur manière d’être. Il les visite et les écoute.

     

    Sa santé est précaire. Mais avec un régime spartiate qui en découragerait plus d’un, ce n’est pas un obstacle. On ne l’entend pas se plaindre. .La mécanique reste un mystère pour lui et ses recours à la scholastique ne l’aident guère à faire démarrer une voiture. Un coup d’œil sous le capot, une prière, trois invocations à Saint Joseph et ça part ! Il faut y croire.

     

    Belleville le minutieux ! Il inscrit renseignements, réflexions et adresses sur des carnets qui ne le quittent jamais, en anglais, en français, en latin, y compris les noms des quémandeurs – qui lui donnent de faux renseignements pour les autres. Mgr Aloysius disait : « Lorsqu’on m’avertit que le père Belleville m’appellera à 16 h 30, je bois mon thé, vais aux toilettes et bourre ma grosse pipe ; alors je suis prêt à l’écouter au téléphone pour une demi-heure ou trois quarts d’heure ! »

     

    Traditionnel et fidèle, c’est l’homme de la prière classique : méditation, bréviaire, messe, chapelet, visite au Saint Sacrement. C’est ainsi qu’il a appris à beaucoup à se rapprocher du Seigneur, car il témoigne par son attitude de tous les jours.

     

    Attaché à sas avoie natale, le montagnard, fier de son appartenance aux Missions Étrangères, après réflexion et consultation, est devenu citoyen de la Malaisie, signe du don de lui-même à ceux parmi lesquels il a été appelé à servir. Son retour en France a été un sacrifice, mais il ne voulait pas être une charge pour les autres. Et c’est à Lauris que doucement il s’est « tassé », diminuant en taille, lui qui déjà n’était pas gros, pour n’être plus, sur ses dernières photos, que deux grands yeux qui regardent vers le Seigneur qui vient.

     

    Ami Georges, tu nous as accueillis toujours, tu nous as fait rire souvent, tu nous as agacés quelquefois. Tu as été et tu restes toujours l’un des nôtres.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 3626
    • Pays : Malaisie
    • Année : 1946