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André BEIGNET (1908-1983)

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    Enfance et jeunesse

     

    André Beignet naquit à Issoudun, au diocèse de Bourges, dans l’Indre. Au bout d’un certain temps, la famille regagna la région parisienne et s’établit à Bois-Colombes. André fit ses études secondaires au petit séminaire de Paris, à Conflans. Après avoir surmonté certaines difficultés familiales, il fit sa demande d’entrée aux Missions Étrangères, le 3 juin 1926. Admis le 11 juin, il entra aux Missions Étrangères, le 21 août 1926, pour y commencer sa préparation au sacerdoce. Il poursuivit régulièrement ses études avec une interruption de 18 mois pour le service militaire. Ordonné prêtre, le 2 juillet 1933, il reçut le soir même sa destination pour la Mission de Fukuoka, au Japon.

     

     

    En mission

    Parti de Paris, le 18 septembre 1933, il arriva au Japon le 4 novembre. C’est sous la direction de Mgr Breton, évêque de Fukuoka, qu’il s’initia aux premiers rudiments de la langue japonaise. Quelques mois plus tard, il fut confié au P. Doller, vétéran de l’apostolat, à Yahata, agglomération qui devint plus tard un arrondissement de l’actuelle grande ville de Kitakyushu. Là, tout en se perfectionnant dans la connaissance de la langue et des coutumes japonaises, le jeune missionnaire se forma à l’apostolat auprès des non-chrétiens.

     

    C’est en 1935 que le P. Beignet commença à voler de ses propres ailes. Il fut nommé responsable du poste de Tobata, toujours dans la ville de Kitakyushu. Une petite école maternelle venait d’être fondée dans cette paroisse. Le P. Beignet s’en occupa activement et ce fut pour lui l’occasion et le moyen d’entrer en contact avec de nombreuses familles non chrétiennes. La paroisse de Tobata comptait alors 200 chrétiens. Comme elle n’avait pas encore d’église, le jeune curé entreprit de combler cette lacune. En deux ans, la construction fut achevée. Depuis lors, l’église de Tobata continua de se développer pour devenir le « grand arbre » d’aujourd’hui.

     

    En 1937, le P. Beignet quitta le nord du Kyushu pour aller travailler au fond du département de Fukuoka, dans la paroisse de Omuta. Là encore, il se consacra au soin d’une école maternelle que Mgr Breton avait fait construire. Signalons au passage que Mgr Breton avait misé sur les écoles maternelles pour l’apostolat en milieu non chrétien ; il voyait juste. Aujourd’hui encore, c’est un grand moyen pour les missionnaires, d’aborder les familles. On constate, dans beaucoup de paroisses, que plus de la moitié des baptisés, à l’âge adulte, sont entrés dans l’Eglise, grâce à l’école maternelle catholique.

     

    Quelques années plus tard, en 1941, le P. Beignet fut envoyé dans l’île d’Amakusa qui fait partie du département de Kumamoto. Pour commencer, il se vit confier le poste de 0e et, quelques mois plus tard, celui de Sakitsu. Comme ces deux postes étaient assez éloignés l’un de l’autre, Monseigneur donna comme assistant au P. Beignet le jeune Père japonais Makiyama.

     

    Depuis de longues années, le Japon était déjà en guerre avec la Chine. En septembre 1940, les Japonais obtinrent des bases au Vietnam. En 1941, ce fut la guerre avec l’Amérique, une guerre sans merci qui aboutit pourtant à la défaite du Japon qui capitula le 15 août 1945. Pendant toutes ces années, les missionnaires français, plus ou moins soupçonnés d’espionnage, furent très surveillés et tenus à résidence la plupart du temps. Ce fut une période creuse pour l’apostolat, les missionnaires devant se cantonner dans le soin spirituel du petit troupeau chrétien. En juillet 1945, les missionnaires français furent concentrés dans le secteur montagneux du département. Mais leur détention fut de courte durée, car la guerre prit fin le 15 août 1945.

     

    En 1948, le nouvel évêque de Fukuoka, Mgr Fukaori, confia la région d’Amakusa aux Pères de Saint-Colomban. Au début de 1949, le P. Beignet en profita pour prendre en France un congé bien mérité. De retour au Japon, au mois de juin 1949, il rejoignit le secteur de Kitakyushu. Une nouvelle paroisse était alors en train de se former, près du grand centre de Kokura. On la lui confia et c’est en 1950 que le P. Beignet prit officiellement possession de cette nouvelle paroisse de Yugawa. Il n’y avait pas encore d’église ; c’est la salle des fêtes de l’école maternelle qui servait de chapelle ; la maison d’habitation du Père y était attenante.

     

    Il faut signaler ici que, grâce au savoir-faire et aux efforts persévérants du P. Beignet, un cimetière fut aménagé à Yugawa. Aujourd’hui encore c’est le seul cimetière de Kitakyushu. Le P. Beignet administra cette paroisse jusqu’en 1958.

     

    À cette époque, le P. Beignet devint pasteur de la paroisse d’Izuka, dans la région des mines de charbon du Nord Kyushu. Là aussi, le P. Beignet se consacra corps et âme aux soins des enfants d’une école maternelle florissante. En outre, il rebâtit l’église d’Izuka dont la toiture risquait de s’effondrer. Cette restauration fut surtout le fruit de ses sacrifices et privations, car le P. Beignet vivait plutôt pauvrement. Les chrétiens, eux aussi, ne se laissèrent pas vaincre en générosité et l’on vit surgir une belle église claire et accueillante. Au mois de juin 1963, le P. Beignet prit un congé en France. 'il a du être opéré de l'estomac , très faible, il n'a pu rentrer au Japon qu'en janvier 1964 et regagna sa paroisse d’Izuka, pour y continuer son travail jusqu’en 1975. Il rentra définitivement en France, pour prendre sa retraite à Lauris. C’est dans cette maison qu’il est décédé le 23 décembre 1983.

     

     

    Le confrère

     

    La personnalité du P. Beignet était complexe, difficile à définir. Une certaine raideur de caractère, avec parfois des sautes d’humeur, le faisait passer pour un personnage sévère que les natures trop sensibles avaient du mal à approcher. Ses mouvements d’impatience, qu’il regrettait bien vite, le faisaient souffrir. Chacun a les défauts de ses qualités. Tout le monde reconnaissait sa droiture et son sens aigu de la justice ; c’était un homme fidèle à ses principes, n’admettant pas la tergiversation. Malgré ces petits défauts, il était d’une grande gentillesse et son bon cœur était bien connu des confrères. Il recevait les confrères avec plaisir et savait préparer lui-même d’excellents repas. Ses talents culinaires étaient connus, et certains — même d’autres personnes en dehors des confrères — n’ont pas oublié les plats d’escargots, dans la préparation desquels il mettait tout son art.

     

    Il se faisait un plaisir de rendre tous les services qu’il pouvait. Trop éloigné du centre du district, on ne le voyait que rarement à nos réunions, mais il allait assez souvent voir son plus proche voisin, le P. Douer, à Nogata.

     

     

    Le prêtre

     

    Partout où il passa, le P. Beignet laissa le souvenir d’un prêtre très fidèle à son idéal sacerdotal. Homme de prière, accomplissant consciencieusement tous ses devoirs de piété, il observait scrupuleusement les rubriques de la messe et du bréviaire. La liturgie était son fort, du moins celle d’avant le Concile.

     

    Son visage long et émacié, son allure digne, imposaient une certaine crainte révérentielle. Des chrétiens disaient : « Son visage nous fait penser à Notre Seigneur. »

     

    Sévère et exigeant pour lui-même, il l’était aussi envers les autres. Par exemple, il n’admettait pas que les enfants bavardent ou bougent pendant la messe. Le respect du lieu saint comptait pour lui.

     

    Pour être admis au baptême, les catéchumènes devaient étudier pendant au moins trois ans et pouvoir réciter par cœur les réponses du catéchisme. S’il n’a pas baptisé un grand nombre d’adultes, il faut reconnaître que les chrétiens, formés par lui, sont inébranlables dans la foi et lui gardent une profonde reconnaissance.

     

    De même pour les enfants : il leur enseignait le catéchisme d’une manière concrète et adaptée dans un langage simple et vivant ; il leur apprenait avant tout à prier et à faire des sacrifices pour Notre Seigneur.

     

    Il n’aimait pas, semble-t-il, qu’on parle de lui. Il préférait vivre fidèle à son poste, fidèle et caché. Son apostolat ne fut pas étincelant, comme ce fut le cas pour d’autres missionnaires, mais il eut toujours à cœur, partout où il passa, de former des chrétiens à la foi profonde, aussi bien les adultes que les enfants.

     

    Vers la fin de son séjour à Izuka, il vit le nombre de ses chrétiens diminuer de moitié, à cause de la fermeture des mines de charbon. Malgré sa faible santé, il s’efforça d’entrer le plus possible en contact avec des familles non chrétiennes. Au milieu d’une population plutôt indifférente, il continua de manifester la présence de Dieu parmi les hommes.

     

    Ses ouailles savaient discerner, sous un extérieur plutôt sévère, la profonde piété et la bonté de cœur de leur pasteur. On s’en aperçut lorsqu’il dut quitter le Japon et retourner en France pour soigner une santé faiblissante. Ses chrétiens étaient consternés ; plusieurs tentèrent de le retenir. Ce fut aussi pour lui un crève-cœur de s’arracher à son troupeau. Chacun alors se rendit compte combien ses chrétiens tenaient à lui et combien lui-même vivait pour eux.

     

     

    L’apôtre des « vieux chrétiens »

     

    Le P. Beignet a consacré la plus grande partie de sa vie au service des chrétiens de vieille souche, originaires de la région de Nagasaki, y compris les îles Goto. Depuis son premier poste, Tobata, jusqu’à son dernier, Izuka, il en eut la charge et l’on peut dire, sans exagération, qu’il les portait vraiment dans son cœur. Après la guerre, on constata un assez important mouvement de conversions au catholicisme. Les catéchumènes augmentaient et bientôt on put déceler une certaine tension entre « vieux » et « nouveaux » chrétiens. Une incompréhension mutuelle était sous-jacente à cette tension. Les « vieux chrétiens », héritiers de la foi de leurs ancêtres martyrs, s’étonnaient que des païens puissent entrer si facilement dans leur sainte religion. De leur côté, les nouveaux convertis trouvaient que les vieux chrétiens étaient bien peu dynamiques et repliés sur eux-mêmes.

     

    Le P. Beignet, tout en accueillant cordialement les non-chrétiens ne cachait pas son affection pour les vieux chrétiens. Pour lui, ces derniers étaient loin d’être un contre-témoignage, comme certains tentaient de le faire croire. Bien sûr, il reconnaissait leurs défauts et leur manque de zèle apostolique par rapport à leur compatriotes non chrétiens. Mais ce n’était pas une raison pour les laisser plus ou moins de côté. Pour lui, ils étaient les « « pauvres » de l’Église et, dans son dévouement de bon pasteur, il apportait tous ses soins aux plus faibles sans délaisser pour autant les nouveaux, chrétiens.

     

     

    Dernières années

     

    Bricoleur très expert, il manipulait les appareils de radio les plus perfectionnés. Chaque nuit, il écoutait et enregistrait sur cassette les émissions de France, du Vatican, de Londres, etc. Il pouvait ainsi nous donner les dernières nouvelles. Ce fut pour ainsi dire le dernier service que nous rendit son amitié. Vieillissant, il du céder la place à un plus jeune et de regagner la France.

     

     

    Retraite

     

    Il se retira à Lauris le 30 mai 1975. Il vécut encore dans cette maison un peu plus de huit ans. Il continua à s’intéresser beaucoup au Japon, où il avait passé de longues années. Il écoutait la radio japonaise pour ne pas oublier la langue. Il avait laissé de très bons souvenirs au Japon. Souvent il recevait des lettres de ses anciens paroissiens et d’autres amis. Parfois même on lui téléphonait du Japon. A l’occasion de son jubilé d’or sacerdotal, il reçut de nombreux cadeaux de ses amis japonais.

     

    Au cours de son séjour à Lauris, quelques groupes de Japonais vinrent le voir et il fit même, une fois, un pèlerinage à Lourdes avec l’un de ces groupes.

     

    Pendant plus de huit ans, le P. Beignet mena une vie très discrète à Lauris. Il ne parlait pratiquement pas de ses ennuis de santé et ne se plaignait jamais. Quelques jours avant sa mort, il avait eu une forte grippe, avec une toux opiniâtre. Il ne s’en alarmait pas et ne se plaignait pas. Les responsables de la maison n’y portèrent pas non plus une attention spéciale, car des malaises de cette sorte sont chose fréquente en hiver. Personne n’était inquiet à son sujet. Aussi ce fut une réelle stupéfaction de le trouver mort dans sa chambre, le 23 décembre

    1983.

     

    La nouvelle du décès du P. Beignet provoqua une profonde émotion parmi les communautés japonaises pour lesquelles il s’était dévoué corps et âme. Il avait rêvé de revenir au Japon pour offrir les forces qui lui restaient. Le Seigneur en a décidé autrement.

     

    La noble figure du P. Beignet restera gravée dans de nombreux cœurs japonais. Ce fut un missionnaire généreux qui porta jusqu’au bout une lourde croix. Grâce à sa foi profonde et à sa piété d’enfant, il sut l’unir à la croix du Sauveur. Nous sommes sûrs qu’au jour de la résurrection il brillera d’un éclat tout particulier parmi les hérauts de la Bonne Nouvelle.

     

     

    • Numéro : 3493
    • Pays : Japon
    • Année : 1933