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Edmond BECKER (1921-1981)

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    Enfance et jeunesse

    Edmond Becker naquit à L’Hôpital, en Moselle au diocèse de Metz. le 30 juin 1921. Son père était machiniste aux Houillères du Bassin de Lorraine. La famille compta 6 enfants dont 5 filles et Edmond, le cinquième par rang dace. Dans le milieu chrétien de cette famille s’éveillèrent deux vocations : une fille religieuse — encore vivante — Fille de la Charité, et notre futur missionnaire.

     

    Edmond Becker fit ses études primaires à L’Hôpital. son pays natal, et ses études secondaires au petit séminaire de Bitche jusqu’en 1939. Mais avec la déclaration de la guerre en septembre 1939, les choses allaient se compliquer. Les habitants de L’Hôpital et autres localités furent évacués dans la Vienne et les Charentes. La famille Becker se replia sur Lusignan, dans la Vienne. C’est de cette localité qu’Edmond Becker adressa sa demande d’entrée aux Missions Etrangères le 27 août 1940. Sa lettre donne quelques précisions intéressantes. Il écrit : « J’allais entrer au grand séminaire de Metz quand arriva l’évacuation. J’ai pu entrer au grand séminaire d’Angoulême où j’ai fait ma première année de philosophie. » Sa demande fut agréée et il entra le 8 octobre 1940 pour continuer ses études et cela jusqu’au mois de juin 1943. C’est à cette date qu’il reçut les derniers ordres mineurs. Il accomplit ensuite un temps de service militaire on ne sait trop dans quelles conditions. Rentré au séminaire à une date qu’il n’est pas possible de préciser, il reprit ses études, reçut le sous-diacre le 21 décembre 1946 et fut ordonné prêtre le 29 juin 1947. Au soir de cette ordination sacerdotale, il apprit su destination pour la Mission de Pondichéry. Comme les bateaux étaient assez rares, ce n’est que le 24 décembre qu’il put partir pour arriver à Pondichéry le 31 janvier 1948.

     

    Nous allons d’abord donner un rapide curriculum vitae du P. Becker aussi bien en Inde qu’en Europe. Une seconde partie développera ses activités. Une troisième partie sera consacrée à « camper » la personnalité du P. Becker, puis seront évoquées su maladie, sa mort et ses obsèques.

     

     

    En mission

     

    A son arrivée à Pondichéry en fin janvier 1948. le P. Becker resta d’abord à l’évêché et se mit avec ardent à l’étude du Tamoul sous la conduite d’un excellent professeur qui lui fit acquérir de bonnes bases. Au mois d’octobre, Mgr Colas l’envoya au Centre de Tindivanam où il fut d’abord chargé de « l’intendance » avant de devenir directeur en 1950. Nous développerons toute son action dans la seconde partie. En 1957-1958, il fit une année d’études catéchétiques à « Lumen Vitae » à Bruxelles, puis rentra à Tindivanam où il travailla jusqu’en 1968.

     

     

     

    En Europe

    Dès 1965, il commença à travailler pour l’OCIC (Office catholique international du cinéma) tout en restant directeur du centre de Tindivanam. En 1968, il quitte sa fonction de directeur et, en accord avec le Supérieur général des Missions Etrangères, il est détaché au service de l’OCIC par Mgr Ambrose, archevêque de Pondichéry. Il va travailler pour cet organisme jusqu’en 1975. Cependant dès 1972, il vient s’installer à Lyon et tout en restant membre de l’OCIC, il travaille avec le P. Babin au CREC et donne des cours à l’Institut catholique de Lyon. Mais en 1978, son état de santé l’oblige à quitter Lyon pour le midi où il espère trouver un climat plus favorable. Il est alors soigné dans divers hôpitaux et cliniques, mais rien ne peut enrayer son mal et il décède à Nyons dans la Drôme le 21 novembre 1981. Son corps sera inhumé à L’Hôpital, son pays natal, le 24 novembre. Telles sont les grandes lignes du curriculum vitae du P. Becker. Nous allons maintenant évoquer ses activités.

     

     

    Ses activités en Inde

    Il faudrait un volume pour relater l’activité « foisonnante » du P. Becker en Inde et en Europe. Essayons de résumer ce qu’il a fait en menant à bien divers projets que son zèle, son charisme pourrait-on dire, lui inspira. En octobre 1948, le P. Becker arrive à Tindivanam. En quoi consiste ce Centre de Tindivanam ? Ce Centre fut fondé vers 1920 par le P. Gavan Duffy de la Mission de Pondichéry, ce P. Gavan Duffy qui fut vraiment un éducateur de génie. Il fonda une Ecole normale pour la formation des instituteurs destinés aux écoles de villages. Cependant il ne s’agissait pas d’instituteurs, purement et simplement, mais d’instituteurs-catéchistes ; d’où la nécessité pour ces jeunes gens d’une formation catéchétique solide. De plus, le P. Gavan Duffy réussit à créer ce que l’on pourrait appeler un « pool » de toutes les écoles du diocèse de Pondichéry, un « pool » reconnu par le gouvernement provincial indien avec à sa tête un prêtre qui a la haute main sur toutes les écoles pour leur inspection, les mutations des professeurs, etc. Pendant de longues années, le P. Gavan Duffy assuma cette fonction avant de la transmettre à un autre prêtre. Ajoutons que ce système fonctionne toujours. Précisons aussi que le P. Gavan Duffy mourut en 1941. C’est donc dans ce Centre qu’arriva le P. Becker en 1948, et c’est là qu’il va travailler pendant près de vingt ans.

     

    Comme nous venons de le dire, le P. Becker, à son arrivée à Tindivanam fut chargé de l’intendance, mais surtout, il continua avec acharnement l’étude du tamoul, sous la direction très compétente du directeur laïc de l’Ecole normale. Mais les qualités du P. Becker furent vite remarquées par le P. Cojandai, prêtre humble, bon et pieux s’il en fut, qui était alors directeur du Centre. Dès 1950, il sera heureux de lui transmettre la direction du Centre.

     

    Il se produisit alors un fait qui a eu certainement une grande influence sur la suite des activités du P. Becker. Un ami américain lui avait offert une belle statue de N.-D. de Fatima venant de Fatima même. Dès la fin de 1950, encouragé par Mgr Colas, il organisa à travers le diocèse une « Mission-pèlerinage » qui enthousiasma les foules chrétiennes et leurs voisins hindous. A l’époque, il y avait à la campagne beaucoup plus de pistes que de routes. Le P. Becker qui ne manquait pas d’imagination fit construire une charrette a bœufs et on l’aménagea pour de multiples usages : messe, sermons, procession de la statue... Cette charrette était équipée d’un petit générateur électrique qui fournissait le courant nécessaire pour un petit micro et pour une « lanterne magique ». Et alors la statue circula à travers des centaines de villages, accompagnée par deux ou trois Pères qui par leurs sermons illustrés de projections proclamaient : « A Jésus par Marie. » Le P. Chauvet, en particulier, allait exceller en ce genre d’apostolat. Cette « Mission-pèlerinage » eut un succès extraordinaire ! Mais on peut dire aussi que ce fut comme une « illumination » pour le P. Becker. Elle lui fit comprendre toute l’importance de l’audio-visuel pour annoncer et répandre le message évangélique parmi ces foules innombrables de l’Inde si avides de « son et d’images ». Il va donc se consacrer de tout son cœur à créer les moyens, les « instruments » nécessaires pour cet apostolat. Il le fera d’abord en Inde puis il s’en fera l’apôtre convaincu à travers le monde par des sessions. des conférences en grand nombre.

     

    Le P. Becker se rend bien compte qu’il ne peut tout seul mener à bien le programme qu’il envisage. Il lui faut des collaborateurs compétents et animés du même esprit que lui, une équipe bien soudée. Il va la constituer peu à peu en prenant sur place prêtres et laïcs, mais aussi en envoyant en Europe des prêtres, des laïcs, des religieuses pour des études doctrinales plus poussées, spécialement en catéchétique. Il consacrera lui-même une année scolaire, 1957-1958, pour suivre les cours au Centre Lumen Vitae à Bruxelles, afin de combler les lacunes dont il a bien conscience. Ce séjour à Bruxelles lui donnera aussi occasion de nombreux contacts en Allemagne fédérale, lui permettra de nouer des relations, de trouver de généreux bienfaiteurs. Sa connaissance de l’allemand qui était pour lui une langue quasi maternelle lui facilitera la pénétration dans les milieux allemands. C’est peut-être aussi à cette époque qu’il entrera en contact avec l’OCIC et son directeur, le P. Poitevin. — Il va sans dire que pendant tout ce temps, le Centre de Tindivanam continuait à bien fonctionner à son rythme normal, grâce à l’équipe que le P. Becker avait formée depuis 1950.

     

    Un autre aspect de l’activité du P. Becker, c’est qu’il travaille avec son équipe à rénover les méthodes catéchétiques pour les adapter à l’audio-visuel ; il prépare les livres nécessaires. Il tient aussi à promouvoir l’enseignement biblique et liturgique : catéchétique, Bible et liturgie ne font qu’un dans son esprit, dans l’enseignement religieux donné à l’Ecole de Tindivanam pour les futurs instituteurs-catéchistes. Pour qu’il y ait du « visuel », il faut avoir quelque chose à montrer. Le P. Becker se procure donc des films et des diapositives en Europe ; il les adapte, fait des montages, prépare des commentaires qui seront enregistrés sur bandes et cassettes pour magnétophones et utilisés dans les tournées à travers les villages. Il s’exerce lui-même à tourner quelques petits films, à prendre des photos selon tel ou tel thème pour l’enseignement catéchétique. Ainsi peu à peu le P. Becker forge cet « instrument » d’apostolat et ne cesse de le perfectionner et de le mettre à l’épreuve de la pratique.

     

    Il perfectionne aussi sa technique grâce aux conseils du jeune P. Pennel qui apprend le Tamoul à Tindivanam. Le P. Pennel forme aussi des opérateurs pour les projections et le cinéma, des collaborateurs indispensables pour le P. Becker et ses équipiers lors des tournées, car les tournées continuent dans les villages. Autrement dit, la « ruche » bourdonne à Tindivanam, mais de cette « ruche » se détachent des « ouvriers » qui sillonnent la campagne et visitent les villages. Mais il ne s’agit plus d’une charrette à bœufs ; c’est une camionnette équipée d’un cinéma et d’un projecteur moderne qui va de villages en villages et présente un programme varié : d’abord un film comique pour créer l’ambiance, puis un film éducatif et enfin un film religieux pour clôturer la séance. Le P. Becker n’est pas seul à faire ces tournées. Mais il circule cependant beaucoup : ce qui lui permet de découvrir de mieux en mieux le monde indien, de mieux comprendre ses besoins et donc de travailler plus efficacement à les satisfaire.

     

    La formation des instituteurs-catéchistes donnée à Tindivanam était sérieuse. Mais il fallait continuer cette formation et entretenir le zèle de ces jeunes disséminés dans les villages. Comme le P. Becker et ses collaborateurs ne pouvaient pas évidemment être présents partout à la fois, il fonda avec le P. Amalorpavadass un petit journal, le Tojan, destiné aux instituteurs-catéchistes, aux religieuses et aussi aux prê­tres. Cette modeste publication s’étoffa peu à peu pour devenir un instrument de formation permanente.

     

    L’expérience du P. Becker et de ses collaborateurs dans le diocèse de Pondichéry — ce que l’on appela la « Mobile Mission » — eut beaucoup de succès. D’autres diocèses du Pays Tamoul l’imitèrent. Aussi le P. Becker réussit-il, grâce à ses bienfaiteurs, à fournir à plusieurs diocèses des jeeps bien équipées pour cette « mission ambulante ». A la fin du Concile, en 1965, le Pape Paul VI offrit au P. Becker un chèque substantiel pour acheter une jeep avec tout son équipement. Quelques années plus tard, lors d’une audience avec le Pape Paul VI, en octobre 1969, le P. Becker offrit au Pape un magnifique album avec un choix de photographies qui concrétisaient les réalisations de Tindivanam et autres lieux. Il reçut, peu de temps  après, une  lettre de Mgr Benelli, substitut à la Secrétairerie d’Etat. En voici un passage : « Le Saint Père apprécie vivement les efforts développés par votre Centre catéchétique de Tindivanam. Il est heureux d’encourager vos initiatives et celles de vos collaborateurs pour donner aux foules de l’Inde méridionale, grâce aux images et à la réflexion qu’elles suscitent, une éducation religieuse en même temps qu’un enseignement culturel nécessaire au développement humain. »

     

    Ajoutons aussi — toujours dans la même ligne — que le P. Becker avait réussi à établir à Tindivanam un Centre de documentation catéchétique comprenant : livres, revues spécialisées, diapositives commentées, films variés. Tout ce matériel pouvait être emprunté et utilisé par les équipes de la « mission ambulante » dans les divers diocèses de l’Inde du Sud.

     

    Ces années 1948-1968 furent très riches d’enseignements pour le P. Becker à de multiples points de vue, riches aussi d’activités multiples, non seulement dans le diocèse de Pondichéry, mais dans tout le pays tamoul. Il organisait sans cesse des sessions, des conférences pour sensibiliser prêtres, religieuses, laïcs à l’emploi des moyens audio-visuels. Les soucis ne lui manquèrent pas non plus, notamment pour l’agrandissement du Centre de Tindivanam qui peu à peu forma tout un « complexe » avec collège pour garçons, pour filles, même un hôpital. Le P. Becker rêvait d’un Centre de formation permanente pour les prêtres. Pour cela il proposa Tindivanam, mais les évêques du pays tamoul décidèrent sa fondation à Madras. Mais ce ne fut pas une réussite ; peu à peu ce Centre périclita et fut fermé. Mais le P. Becker poursuivit son idée ; et il se tourna vers les religieuses. C’est en 1969 que s’ouvrira à Tindivanam le  « Lumen institute ». A cette date, le P. Becker a déjà quitté l’Inde, mais c’est lui qui est à l’origine de cette nouvelle œuvre. Depuis 1969, plus de 600 religieuses, toutes congrégations confondues, venant de l’Inde, de Ceylan et de Malaisie, ont bénéficié d’un enseignement de qualité dans cet Institut. Voilà un pâle résumé des activités du P. Becker en Inde du Sud entre 1948 et 1968.

     

     

    En Europe (1968-1978)

    Il semble que depuis plusieurs années le P. Becker était en relation avec l’OCIC (Centre catholique international du cinéma) dont le directeur était le P. Poitevin. Le P. Poitevin avait constaté les compétences du P. Becker et vu ses réalisations en Inde. C’est pourquoi il forma le projet de prendre le P. Becker au service de l’OCIC. Dès 1965, un protocole d’accord fut signé avec Mgr Ambrose, archevêque de Pondichéry. Tout en restant directeur du Centre de Tindivanam, le P. Becker travailla au compte de l’OCIC et fut envoyé plusieurs fois en mission dans un pays ou dans l’autre. Ces absences ne nuisaient pas à la bonne marche du Centre, car le P. Becker avait su former des remplaçants qualifiés. Cependant cette situation ne pouvait durer. Aussi, en 1968, le P. Becker fut libéré de sa charge de directeur de Tindivanam et détaché au service de l’OCIC, tout en restant membre du clergé de Pondichéry. Tout fut fait régulièrement avec l’approbation du Supérieur général de la Société des Missions Etrangères.

     

    Autant qu’on peut s’en rendre compte d’après les documents que nous possédons, le P. Becker séjourna un certain temps à Rome. C’est à cette époque que l’OCIC, en accord avec d’autres organismes allemands similaires, organisa un Centre à Rottenburg, près de Tubingen.

    C’est le P. Becker qui fut chargé d’organiser ce Centre. En cela il fut d’ailleurs vivement encouragé par les évêques allemands et efficacement aidé par eux. Mais il ne séjournait pas continuellement à Rottenburg ; il était fréquemment envoyé en mission à travers le monde pour des sessions, des conférences, pour prendre des photos, des films. Ce Centre de Rottenburg dura quelques années. Mais par souci de centralisation, l’OCIC fut rattaché à un organisme plus vaste et l’« antenne » de Rottenburg supprimée.

     

    C’est alors, semble-t-il, que le P. Becker vint s’installer à Lyon. Il continuait à faire partie de l’OCIC et avait encore chaque année quelques missions à remplir au compte de cet organisme. Cependant il s’était simultanément inséré dans un autre organisme fondé par le P. Babin, OMI, le CREC (Centre religieux d’enseignement catéchétique) installé à Ste-Foy-lès-Lyon. Ses compétences en audio-visuel au service de la catéchèse valurent aussi au P. Becker de donner des Cours à l’Institut catholique de Lyon de 1974 à 1978. Il faut noter que depuis le début de 1976, le P. Becker ne faisait plus partie du personnel de l’OCIC, car la nouvelle situation de cet organisme ne lui permettait plus de donner des missions au P. Becker, même quelques mois par an.

     

     

    Maladie

     

    Bien avant 1978, le P. Becker souffrait de la gorge et contractait de fréquentes bronchites. Le climat de Rottenburg ne lui avait pas été favorable. Celui de Lyon ne valait pas mieux pour lui. Sur le conseil des médecins qui le traitaient, il vint s’installer à Nyons, chez des amis ; il garda encore pendant quelque temps des activités réduites. Mais son mal progressant il dut s’arrêter complètement. Alors commença pour lui cette dernière et douloureuse période de sa vie. Il traîna d’hôpital en clinique, subit des examens a n’en plus finir, notamment à Montpellier, des opérations, des séances de rayons. tous ces soins le mal progressait et entraîna même une paralysie de la mâchoire inférieure ; il avait beaucoup de difficulté à manger et à parler ; il était même tout défiguré, tant et si bien qu’il ne voulait recevoir aucune visite, sauf celle de sa sœur et d’un de ses neveux qui l’entouraient de toute leur affection. Pendant cette longue épreuve le P. Becker ne perdit jamais courage et garda jusqu’au bout l’espoir de guérir comme ses lettres en font foi. Il gravit son « chemin de croix » avec esprit de foi et esprit missionnaire. Voici quelques extraits des lettres qu’il écrivit pendant cette période. Au mois de décembre 1980, il écrit de l’hôpital de Montpellier, fait le point sur son état de santé et ajoute : « Je m’arme de patience et d’espoir. » Le 5 mai 1981, il écrit : « Je souffre encore pas mal. Il ne me reste qu’à hisser les voiles : patience, espoir et confiance en Dieu. » Le 7 mai, il rend compte au Supérieur général des traitements qu’il a subis et ajoute : « J’essaie de me consoler en me disant que je souffre pour les Missions. » Le 21 novembre, un petit mot qu’il termine en disant : « Je garde le moral. » Le Père Supérieur général lui écrit pour lui proposer une visite. Il répond le 18 novembre pour dire qu’il préfère ne pas avoir de visites pour le moment, mais il garde toujours espoir : « il me faut du temps pour remonter la pente. J’espère qu’avec l’aide de vos prières, j’y arriverai. » C’était le 18 novembre. Or le 21 il mourait.

     

    Ces quelques extraits de ses lettres nous montrent l’état d’âme du P. Becker dans les derniers mois de sa vie : espoir indéfectible, courage dans la souffrance sans répit qui le tenaille jour et nuit et sens surnaturel pour vivre cette souffrance dans un esprit missionnaire.

     

    Son corps fut transporté en Moselle, à L’Hôpital, son pays natal, où eurent lieu ses obsèques le mardi 24 novembre. Le curé de la paroisse avait tenu à faire de ces obsèques une célébration missionnaire tant par le choix des textes de la messe que par les chants. S’appuyant sur le texte de saint Jean : « Si le grain ne meurt », le curé souligna que la vocation missionnaire du P. Becker l’avait amené à « tomber en terre indienne » et que les circonstances lui avaient permis de porter du fruit bien au-delà des frontières de l’Inde. Avec le Vicaire épiscopal du secteur et plusieurs prêtres du diocèse de Metz, concélébrèrent 5 confrères des Missions Etrangères. La cérémonie s’acheva par le chant : « Envoie tes messagers... »

     

    Les notations ci-dessus donnent un aperçu bien sommaire de tout ce qu’a fait le P. Becker. Tout peut se résumer en un mot : il a beaucoup travaillé en Inde, en Europe et à travers le monde aussi longtemps que ses forces le lui ont permis. Comment cerner sa personnalité ? Si le P. Becker a beaucoup travaillé, ce fut toujours dans la même ligne, Il avait la conviction de la nécessité des moyens audio-visuels pour l’évangélisation. Toute son activité a été centrée sur ce point. Il fut vraiment l’homme d’une idée dont il poursuivit la réalisation jusqu’à la limite de ses forces. Mais il ne travailla pas seul. Il voulut toujours travailler en équipe ; il sut choisir et former des collaborateurs qui furent bientôt à même de prendre la direction de cet important « complexe » de Tindivanam. Cette équipe dynamique travaillait dans la joie, la confiance réciproque, mais le P. Becker était exigeant ; il faisait confiance mais il voulait que la tâche  confiée à chacun fût faite  dans le temps  prévu et  bien faite. Il  n’était  pas question « d’à peu près », de « laisser-aller ». Au premier abord, certains jeunes collaborateurs indiens trouvaient que le style du « Patron » était plutôt déroutant et qu’il demandait trop. Certes, pour les Indiens tamouls le P. Becker pouvait paraître froid. Mais cette apparente froideur, cette volonté de fer, ce courage, cette énergie recouvraient un cœur très sensible, une délicatesse de « gentleman », une grande loyauté à l’égard de ses équipiers petits ou grands, un profond respect pour les petits et les pauvres. S’il savait réclamer travaux et efforts de tous et de chacun, il savait aussi « laisser souffler » en organisant un pique-nique qui apportait une bonne détente, ranimait la joie et l’enthousiasme.

     

    Le P. Becker n’a jamais été curé en brousse. C’est un reproche que certains lui ont fait. Mais il a beaucoup circulé dans les villages, beaucoup vu, beaucoup interrogé et ainsi pu pénétrer— autant que faire se peut — l’âme du peuple indien. Pour cela aussi il s’est appliqué avec ardeur à l’étude approfondie de la langue tamoule. Toujours, partout et avec tout le monde, il fut d’une parfaite politesse, un vrai gentleman, sans pourtant être distant.

     

    Il n’affichait pas une piété extérieure7. Cela tenait à son tempérament lorrain, mais il avait une grande dévotion à N.-D. de Fatima, au chapelet. Et Dieu seul sait combien il a récité de chapelets, dans sa jeep, avec ses compagnons, jour et nuit, au long des routes du pays tamoul, en allant de sessions en réunions.

     

    Sans être ni grand poète ni grand peintre, ni grand musicien, il avait une âme d’artiste et à travers les milliers de photos qu’il a prises, il a cherché à faire découvrir aux autres la grandeur de Dieu, la beauté de ses œuvres. Et c’est ce prêtre qui, loin du Tiers-Monde qu’il avait tant aimé, mourait défiguré, miné par un cancer de la gorge. L’œuvre de Tindivanam continue et nous avons la certitude que le P. Becker veille sur elle du haut du ciel.

     

     

    • Numéro : 3796
    • Pays : Inde
    • Année : 1947