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Léon BÉCHU (1880-1966)

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    Léon Béchu naquit le 11 février 1880, à la ferme de La Relillardière, sur la commune de Saint-Pierre des Landes, dans la Mayenne, en la fête de l’Apparition de Notre-Dame de Lourdes. Sixième d’une famille de huit enfants, famille très chrétienne qui avait protégé les prêtres non assermentés pendant la Révolution, Léon manifesta bientôt le désir de devenir prêtre. Après ses études primaires à l’école communale, en Octobre 1895, il entre en 4e , au petit séminaire de Mayenne qu’il quitta en juillet 1899. Le Supérieur du petit séminaire, M. l’Abbé Chauvin, futur évêque d’Evreux, écrivait au curé de Saint-Pierre des Landes : « Pour la dernière fois, comme Supérieur du petit séminaire, je vous adresse mes félicitations pour la piété et la conduite exemplaire de votre jeune paroissien : Léon Béchu va nous quitter, mais il emporte notre estime et nos regrets. Il a été et il a tenu à être un de nos meilleurs élèves. Son esprit est docile, droit, sérieux ; son application ne s’est jamais démentie. Qu’il demande donc au Bon Dieu la grâce de persévérer en Ces excellentes dispositions au grand séminaire. Là, sa vocation s’affermira et il deviendra un jour un prêtre infatigable et dévoué ». Prophétie que la longue vie du P. Béchu accomplira. Léon rentre au grand séminaire de Laval, mais déjà il pense aux Missions Etrangères, puisque le P. Delpech lui écrit le 18 septembre 1899 : « Mon cher ami, Dieu soit béni pour le généreux désir qu’il vous inspire de vous consacrer au service des Missions, car la moisson est grande ; très grande, entièrement mûre sur plusieurs points et les ouvriers ne suffisent pas pour la recueillir... Pour connaître la divine Volonté sur vous, il faut prier avec ferveur, être très fidèle à la grâce en toutes choses et traiter cette grande affaire avec votre directeur... »

     

    En septembre 1900, il rentre au Séminaire des Missions Etrangères. Quand j’arrivai au Séminaire des Missions Etrangères, le R.P. Prosper Delpech était son supérieur vénéré. A ce moment, il célébrait ses noces d’or sacerdotales. A cette occasion, Mgr Biet nous disait, dans son toast, que la vie du P. Delpech était la « Perfection chrétienne de Rodriguez en trois volumes ». Le jubilaire était, en effet, une noble et belle figure. Son calme, sa piété et sa régularité aux exercices de la communauté étaient pour tous un sujet d’édification. Le P. Chirou était l’économe du séminaire de Paris. Un peu bourru mais bon cœur, il distribuait largement aux aspirants des bons de soutanes, souliers, chaussettes, etc... mais il ne fallait pas oublier d’appuyer sa demande d’un « s’il vous plait », clair et poli ! ... 1900, année de la béatification du premier groupe des Martyrs des Missions Etrangères. L’intercession des nouveaux bienheureux, la publicité accordée au « Séminaire des Martyrs, Ecole Polytechnique des Missionnaires », comme disait Mgr Touchet, évêque d’Orléans, attiraient un nombre sans précédent d’aspirants. Les uns avaient des tendances chevaleresques « à la Chicard », les autres des dispositions non moins ardentes, mais plus contenues « à la Vénard ». Les premiers étaient des « chahuteurs » et les autres « les belles âmes ». Nul doute que Léon Béchu appartenait à cette seconde catégorie. Tonsuré le 21 septembre 1901, il part ensuite pour l’année de caserne au 130e régiment d’infanterie, stationné à Mayenne. Il y laisse une excellente impression, puisque le capitaine Girard lui écrivait le 15 janvier 1903 : « Les qualités qui font les vrais missionnaires font aussi les vrais soldats. Si nous avions la guerre demain, ce qu’à Dieu ne plaise, c’est avec fierté et avec confiance que je conduirais au feu une compagnie de soldats comme vous. C’est heureusement sur un champ de bataille plus pacifique, mais non sans danger cependant, que vous allez combattre dans dix-huit mois. Mes meilleurs vœux vous y accompagneront ».

     

    Les ordinations se suivent rapidement : 1er mars 1903 : ordres mineurs ; 27 septembre : sous-diaconat ; 27 février 1904 : diaconat et la prêtrise le 26 juin. Un accroc de santé, crachement de sang, avait failli compromettre ordination et départ en mission en 1904, mais un repos au pays natal et surtout un pèlerinage à Notre-Dame d’Espérance de Pontmain le guérirent ; toute sa vie, il en sera recon­naissant à Notre Dame. Avant de s’embarquer pour l’Inde, le 17 août, il a la joie de chanter sa première grand’messe dans l’église de Saint-Pierre des Landes où il avait été baptisé, avait reçu sa première Communion et le sacrement de Confirmation.

     

     

    Le missionnaire.

     

    Le 10 septembre 1904, il débarque à Pondichéry et le 12, il est à Coïmbatore. Mgr Augustin Roy en était l’évêque depuis environ un an. « Les confrères que je trouvais à Coïmbatore étaient bien des confrères, mais ils n’étaient plus Français ni dans leurs coutumes ni dans leur langue. Même quand ils parlaient français, c’était un langage hétéroclite mêlé de français, d’anglais et de tamoul, à peine compréhensible pour un nouveau venu, ils étaient indianisés. Eux aussi avaient tout quitté. » Après trois jours, un vieux soldat converti, M. F. Randell commença à enseigner l’anglais au jeune missionnaire.

     

    Au bout de trois mois, ce fut la nomination comme vicaire du P. Vieillard, à Coonoor, sur les montagnes de Nilgiris ; tout en continuant l’étude de l’anglais, il faut commencer celle du tamoul et s’initier au ministère paroissial : visite des chrétiens avec le catéchiste, enseignement du catéchisme aux enfants, premiers sermons en anglais et en tamoul. Si les idées noires s’emparaient de lui, le P. Béchu trouvait réconfort et joie auprès du P. Blanchard, aumônier du Collège Saint-Joseph. Un jour, au cours d’une visite à la plantation d’Ulikal, il est terrassé par la fièvre des bois qui le met à deux doigt de la mort. En janvier 1906, il est rappelé à Coïmbatore et nommé directeur du pensionnat Saint-Michel : le voilà supérieur, économe, préfet de discipline, maître de chant, etc... d’une centaine d’étudiants pour lesquels il est un champion de la discipline et du règlement. Avec l’aide de ses amis de France, il bâtit une chapelle où est placée une statue de N.-D. de Pontmain, offerte par son ancien professeur de rhétorique, l’Abbé Herpin.

     

    Pendant cinq ans et demi, il se donne entièrement à cette œuvre d’éducation, mais là n’était pas la vie de missionnaire qu’il avait rêvée. Il demande son changement et est envoyé à Dharapuram, sur les bords de l’Ambravadj, où il arrive le 19 juin 1910. 800 chrétiens, dont 300 à Madhattukulam à 18 miles du centre ; pour les visiter, il faut utiliser cheval et voiture couverte, en forme de tunnel, à l’indienne ; une fois par mois « Zoulou », aussi courageux que son maître, emmène voiture, missionnaire, domestique et chien à Madhattukulam. Pendant deux ou trois jours, le Père catéchise, prêche, fait son ministère et, avant de regagner la solitude de Dharapuram, va passer un journée chez son plus proche voisin, le P. Guerpillon, curé d’Udumalpet. Le presbytère de Madhattukulam est, en fait, une masure où le soleil et la pluie pénètrent à leur aise. Il faudrait en bâtir un nouveau, mais le Père ni la paroisse n’ont le sou. Plans et devis sont envoyés à l’autorité diocésaine qui approuve les plans, mais se contente d’envoyer un timbre d’un anna pour toute aide !

     

    Le nouveau presbytère fut quand même bâti et inauguré le 15 septembre 1912. Entre temps, une nouvelle inattendue était venue troubler la thébaïde de Dharapuram : les confrères écrivaient au Père qu’il était nommé directeur au Séminaire de Paris et l’invitaient à aller les voir avant de partir en France ; pour mettre fin à ses inquiétudes, le candidat écrivit à Mgr Roy et ce fut un soulagement pour lui, lorsqu’il lui fut répondu que l’élu était le P. Guiraud, de Bangalore.

     

    Le 31 octobre 1912, nomination comme curé de Coonoor, où il arrive le 12 décembre, en pays connu mais non sans appréhension : grande paroisse, moitié anglaise, moitié indienne, 4000 chrétiens dispersés dans les plantations de thé et de café, sans oublier les écoles et nombreuses œuvres. Fidèle à sa devise : « Fides ac Robur », confiant en la grâce de Dieu, il se met à la tâche, aidé par ses vicaires, d’abord le P. Baron, puis le P. Tournier ; il a la consolation de baptiser un bon nombre de païens et de protestants, en particulier un ingénieur anglais franc-maçon. Mais, au mois d’août 1914, éclate la Grande Guerre : 9 missionnaires de la mission de Coïmbatore sont appelés à Pondichéry pour passer la visite médicale ; parmi eux, le curé et le vicaire de Coonoor. Trois confrères seulement furent jugés bons pour le service. Avant de remonter à Coonoor, le P. Béchu envoie un télégramme : « Baron, Crayssac, Tournier partent, les autres restent ». Hélas ! l’employé, qui ignorait le français, avait changé « les autres » en « les outres » ! A deux reprises, par la suite, il fallut repasser la visite médicale, avec le même résultat négatif. Cependant le Père était anxieux au sujet de ses quatre frères appelés sous les armes ; le plus jeune, Paul, fut grièvement blessé et fait prisonnier dès le début de la guerre. En décembre 1914, lui arrive la nouvelle du décès de son frère aîné, René, suivi de la mort de ses chers parents, en 1916 et en 1917.

     

    Malgré sa peine, il entreprend l’agrandissement de l’école Saint-Antoine et bâtit une aile à l’église. Ces travaux terminés, il est sans le sou. L’avis lui vient de haut que « c’était la guerre, qu’il ne fallait plus penser à bâtir ». Cependant il continue à « édifier » : lancement d’un petit journal tamoul, en janvier 1915, bibliothèque paroissiale, association de jeunes gens, La guerre avait mobilisé un grand nombre de missionnaires ; les uns après les autres, plusieurs districts se trouvent sans pasteur. Mgr Roy demande donc au P. Béchu de prendre charge du district de Kotagiri, Surcroît de tra­vail et de fatigue, auquel il fait face en achetant une vieille motocyclette. Près de l’église de Kotagiri, il acquiert une petite propriété « l’Ermitage » où il installe les Franciscaines Missionnaires de Marie. Au mois d’octobre 1918, la peste pulmonaire fait son apparition dans la paroisse de Coonoor où elle fait 105 morts. Le curé est aussi touché par cette terrible maladie, mais la fin de la guerre apporte au convalescent tant de joie qu’il décide d’installer une « cloche de la Victoire » pour accompagner la petite cloche de l’église. Cepen­dant, ses jours à Coonoor sont comptés. Le 29 mars 1919, arrive une lettre de Mgr Roy, nommant le P. Béchu vicaire général, en succession du regretté P. Rondy.

     

     

    Le vicaire général.

    Le cœur bien gros, il redescend à Coïmbatore où, en plus des fonctions de vicaire général, s’ajoute la charge de curé de la cathédrale. La situation est délicate et difficile. L’Inde est en pleine agitation politique : « L’Inde aux Indiens » est le cri du jour et les chrétiens de la grande ville de Coïmbatore n’y sont pas indifférents. Le travail ne manque pas : 6000 chrétiens à administrer, 6 écoles à diriger, le bulletin diocésain « The Messenger of Truth » à rédiger ; et des incompréhensions à souffrir de la part de collaborateurs. Ecrasé de travail, découragé, le P. Béchu donne sa démission de vicaire général le 17 juillet 1922 et part se reposer un mois aux Nilgiris.

     

    Cependant, reposé, il cède à l’avis des confrères et revient sous la coupole de la cathédrale, Mgr Roy lui ayant promis un second vicaire. Se raccrochant à sa devise, il reprend le fardeau. Il institue diverses confréries, trois branches de la Ligue de Tempérance pour les jeunes gens ; tous ces groupes mettent une pieuse émulation dans la paroisse. L’école du Bon Pasteur, une nouvelle école élémentaire, est bâtie. Pour les jeunes gens païens qui désirent devenir chrétiens, le « Nazareth Home » est ouvert. En 1926, il faut commencer les travaux de réparation pour le jubilé de diamant de la cathédrale. Cependant, le P. Béchu trouve encore le temps de prêcher des retraites ecclésiastiques (Bangalore, Kumbakonam, Pondichéry), une retraite aux catéchistes de Tindivanam, en janvier 1927.

     

    Plusieurs fois, il suggère à Mgr Roy de donner satisfaction aux aspirations des prêtres indigènes, en leur confiant la paroisse de la cathédrale. En juillet 1929, ce vœu se réalise et le Père quitte la cathédrale, pour devenir directeur de l’école Saint-Michel et du pensionnat qui y est attaché, Il n’y reste guère bien longtemps, car il est nommé délégué des missionnaires de l’Inde à l’Assemblée générale de Paris en 1930. Le 11 mars, il s’embarque à Colombo, sur l’André-Lebon. Le 28 mars, il retrouve le pays natal, pour son premier et unique congé. Joie indicible ! « Si j’avais su que mon retour devait causer à ma famille et à moi-même un si grand bonheur, je serais revenu plus tôt » note-t-il dans son agenda. Pèlerinages à Pontmain, Lisieux, Lourdes, prédications missionnaires, visites aux confrères de cours, font passer bien vite ces mois de congé. Du 15 juillet au 4 août, il participe aux travaux de l’Assemblée générale de la Société. « La présence et la coopération discrète des délégués des missionnaires (13) ont eu une influence utile à laquelle d’ailleurs les chefs de Mission (26) n’ont point fait d’opposition systématique ». Le 12 décembre, le P. Béchu est de retour à Coïmbatore, mais, entre temps, Mgr Roy a donné sa démission, pour raison de santé.

     

    Le 12 janvier 1932, Mgr Tournier est élu évêque de Coïmbatore et il nomme le P. Béchu curé du Sacré-Cœur à Ooty. Cependant 18 mois après, il le change à Coonoor où le Père retrouve avec joie son ancien « pangou », le 29 juin 1933. En mars 1938, Mgr Tournier, souffrant d’un cancer à la joue, annonce dans une lettre aux confrères que Rome a accepté sa démission. Le P. Béchu est élu Vicaire capitulaire par le Conseil diocésain et revient à Coïmbatore le 14 mars. Le mois suivant, Mgr Tournier, décédé à l’hôpital Sainte-Marthe, à Bangalore, est inhumé dans la cathédrale de Coïmbatore. Le P. Béchu doit préparer la division du diocèse et s’occuper des affaires courantes jusqu’en 1940, quand Mgr Ubagarasami Bernadotte, premier évêque indien, prend possession du diocèse le 10 juin de la même année. D’après les instructions du Délégué Apostolique, le P. Béchu est nommé administrateur apostolique du territoire des Nilgiris, rattaché au nouveau diocèse de Mysore, en attendant que l’évêque de Mysore soit élu. Il s’installe à Coonoor, au Collège Saint-Joseph ; cependant, il retourne à Coïmbatore le 25 juillet pour la consécration de Mgr Ubagarasamy. Une page de l’histoire des Missions Etrangères est complétée, avec la remise du diocèse de Coïmbatore au clergé indigène et le départ des confrères, Tout en s’occupant des besoins spirituels des élèves du Collège et des Frères, le P. Béchu fait de son mieux pour organiser les Nilgiris, en attendant la nomination de Mgr Feuga, comme évêque de Mysore, en avril 1941. Sans bruit, le P. Béchu rentre dans le rang et la vie cachée.

     

     

    Dernières années

     

    Pendant 21 ans, il restera au Collège Saint-Joseph, enseignant le catéchisme aux élèves catholiques, leur apportant tout son dévouement d’aumônier ; dans ses loisirs, il écrit ses mémoires, lit énormément, prend des notes, traduit des articles qui l’ont intéressé. Avec ses rares visiteurs, il discute de la vie de l’Eglise, s’intéressant au travail des confrères, les faisant bénéficier de sa grande expérience. Cette vie cachée, agrémentée d’une visite quotidienne à un magnifique petit jardin de fleurs près de sa maison, n’est interrompue qu’en 1948, par un séjour à Colombo. Malade, il part pour subir une opération chirurgicale en France, mais son état de santé empire en cours de voyage et il doit être hospitalisé à l’hôpital de Colombo où il est opéré de la prostate. Guéri, il rentre à Coonoor, refusant à cause de son grand âge, le poste de Père spirituel qui lui est offert au séminaire de Saint-Pierre de Bangalore. Il restera à Saint-Joseph jusqu’au 1er avril 1964, date à laquelle il se retire au Sanatorium de Saint-Théodore à Wellington. Sans bruit, à l’improviste, il s’y est éteint le 3 février 1966, pour recevoir la récompense de 62 années de Mission.

     

    Nul doute que le P. Béchu a été un missionnaire de très grande valeur. S’instruisant sans cesse, réfléchissant beaucoup, il avait ses idées et il y tenait ; certains le lui ont reproché, mais, homme de Dieu, voyant le bien des âmes en jeu, le P. Béchu, après avoir réfléchi et prié, s’en tenait à ses décisions, Ne cherchant pas la popularité, il savait souffrir pour les défendre, si cela était nécessaire. Sa plus grande qualité a été la droiture, droiture envers Dieu et les âmes qui lui étaient confiées. Comme l’a écrit un évêque indien, ancien vicaire du Père : « Trouver des torts au P. Béchu est facile, mais faire mieux qu’il n’a fait, n’est pas facile ».

     

     

    • Numéro : 2799
    • Pays : Inde
    • Année : 1904