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Gaspard Claude BÉCHET (1856-1883)

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    Gaspard-Claude Béchet, qui a eu, comme le P. Terrasse, le glorieux privilège de verser son sang pour Jésus-Christ, naquit le 3 septembre 1856, dans la ville même de Lyon, sur la paroisse Saint-Pierre.

    Il entra au séminaire des Missions-Étrangères le 10 septembre 1878, et partit le 11 mai 1881 pour le Tong-King Occidental, où il arriva à la fin du mois de juin de la même  année.

    « Il se mit avec ardeur à l’étude de la langue annamite, écrit Mgr Puginier, et, au bout de quelques mois de travail, il commençait à prêcher et entendre les confessions des indigènes.

    « Je l’envoyai alors avec un ancien Missionnaire, le P. Hébert, pour s’exercer auprès de lui au ministère apostolique, dans le district formé par la province de Thanh-Hoa. Le P. Béchet y travailla avec zèle jusqu’à la fin de février de cette année ; mais alors il fut très éprouvé par un rhume tenace, qui dégénérait en phtisie.

    « Obligé de cesser toute occupation pénible, il faisait de petits voyages pour se distraire, et c’est en passant d’une paroisse dans une autre qu’il a été  arrêté dans la province de Nam-Dinh, le 20 mai, fête de la Sainte-Trinité, vers neuf heures du matin.

    « En passant dans le grand village de Ké-Hâu, il y trouva un groupe de soldats qui, comptant sur une forte récompense, s’emparèrent de lui et le livrèrent avec toute sa suite à leur chef, ennemi juré de la religion chrétienne. Il est bon de noter que le nouveau général de la province de Nam-Dinh, envoyé par le roi pour essayer de se réemparer de la citadelle prise dernièrement par les Français, venait de lancer une circulaire promettant trente lances d’argent (environ 3000 francs), à quiconque lui amènerait un Français.

    « Le mandarin, auquel le P. Béchet a été  livré, est fils de Hoang-Tam-Dang, qui en 1874 fut le principal auteur des désastres de nos chrétiens. Ce chef, d’un grade élevé, demanda au Père qui il était, ce qu’il faisait, où il allait, et parla de suite de le mettre à mort.

    « Le P. Béchet répondit qu’il était prêtre Missionnaire, que sa seule fonction était de prêcher la religion et non de faire la guerre.

    « Le mandarin, après un court interrogatoire, condamna le Père, ses trois catéchistes et les deux chrétiens qui l’accompagnaient, à avoir la tête tranchée, et on les conduisit au lieu du supplice.

    « Le P. Béchet, d’abord garrotté au premier moment de l’arrestation, avait été ensuite débarrassé de ses liens et marchait avec assurance. Au bout de quelques minutes, la petite troupe arrive à l’endroit désigné pour l’exécution. C’est un moment solennel ! les bourreaux sont là avec leurs sabres ; la dernière heure de la vie est arrivée et l’éternité s’entr’ouvre ! O précieuses minutes ! Dieu seul connaît ce qui s’est passé alors dans le cœur du Missionnaire et des autres victimes vouées à la mort. Quels vifs sentiments de foi, de repentir, d’amour, de confiance en Dieu et en Marie ont-ils dû lancer vers le ciel ! Les soldats voulaient commencer par tuer le Père ; mais aussitôt ses catéchiste se jettent sur lui pour l’embrasser et lui servir de rempart. Le Missionnaire demande un moment de répit, il se recueille, fait une dernière fois le sacrifice de sa vie, et, plein d’espoir, il se jette dans les bras de son Sauveur. Mais il est ministre de Dieu et il a un suprême devoir à remplir ; il dit aux catéchistes et aux chrétiens de se prosterner et de s’exciter au repentir. Ceux-ci obéissent aussitôt et récitent ensemble l’acte de contrition à haute voix, à l’étonnement de tous les spectateurs. Pendant ce temps, le prêtre debout, la main élevée, leur donne en commun une dernière absolution. Cet acte solennel accompli, les soldats, contrairement a leur premier dessein, décapitèrent d’abord les compagnons du Père ; ils ne reçurent chacun qu’un ou deux coups de sabre.

    « Vint ensuite le tour du Missionnaire. Comme on voulait le lier, il demanda à rester libre et il s’assit tranquillement, présentant sa tête au bourreau. Après quelques coups de sabre, il s’affaissa, et l’on continua à le frapper. Le supplice dura longtemps et ce n’est que lorsque le cou fut littéralement haché que la tête se sépara du corps.

    « Pendant que le mandarin exécutait cet affreux carnage, on se saisit d’un chrétien qui n’était pas de la suite du Père et qui fut reconnu à son scapulaire. A une première question : « S’il était chrétien ? » il n’eut pas honte de confesser sa religion, et, comme on lui demandait ce qu’il faisait, il répondit qu’il cueillait des fleurs pour les offrir à la sainte Vierge. Le mandarin ordonna aussitôt de lui couper la tête.

    « Un quatrième chrétien, ayant appris qu’un Missionnaire venait d’être décapité, ne consultant que son zèle et son dévouement, partit aussitôt pour se rendre au lieu de l’exécution, dont il n’était éloigné que de trois kilomètres ; il voulait avoir des renseignements sur cette affaire et prendre le corps du Père pour l’enterrer. En vain plusieurs personnes avaient essayé de le dissuader, il s’était mis en route en récitant des prières. Arrivé au lieu de l’exécution, il fut arrêté par les soldats du mandarin. On lui dit :

    Tu es chrétien ? veux-tu abandonner ta religion ? »

    Il répondit :

    « J’adore Dieu en trois personnes ; c’est ce Dieu qui nous a créés ; je n’oserais pour rien au monde le fouler aux pieds. Si le mandarin n’a pas pitié de moi et me fait tuer, je suis prêt à subir la mort. »

    « A une deuxième interrogation, il fit courageusement la même  réponse : il fut alors condamné à mort, et, comme on le conduisait au supplice, on lui proposa une troisième fois l’apostasie, mais toujours même refus. Arrivé au lieu de l’exécution, il demanda un moment pour se prosterner et prier. Les soldats impatients le pressaient de finir ; mais lui continuait sa prière. Enfin il se leva et eut la tête coupée.

    « Cet homme de foi, nommé Soat, était âgé de 37 ans et avait encore son père ; il était marié et Dieu lui avait donné deux enfants : un garçon et une fille. Il appartenait à l’un de ces villages qui, pendant la persécution, ont fait la gloire de l’Église et de la Mission. Cette chrétienté, nommée Kè-Bang, chef-lieu d’une forte paroisse, comptait un peu plus de 900 habitants ; elle eut 150 hommes des principaux notables mis à mort pour la foi. Souvent on avait entendu notre généreux Soat parler de la persécution, et témoigner le désir de verser son sang pour son Sauveur : Dieu l’a exaucé.

    « Dans l’espace de quelques heures, ce féroce mandarin, ennemi de Dieu et avide de sang chrétien, venait de faire exécuter huit victimes. Les têtes furent envoyées à un mandarin supérieur, qui refusa de les recevoir et les fit remettre à une pieuse femme. Celle-ci les accepta avec vénération, déposa à part celle du Père dans une caisse et l’entoura de fleurs. Celles des catéchistes et des chrétiens furent placées ensemble dans deux grands paniers, aussi au milieu des fleurs. Lorsqu’au bout de cinq jours, il fut permis de prendre les cadavres, chaque tête fut réunie à son corps, et le curé de la paroisse, avec tous ses chrétiens, fit des obsèques solennelles. »

     

     

     

    • Numéro : 1491
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1881