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Jean-Baptiste BEAUMONT (1860-1888)

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    M. Jean-Baptiste-François Beaumont naquit à Vire (Calvados), le 14 avril 1860. Il fit ses études, sans quitter le regard vigilant de sa mère, au petit séminaire de cette ville.

    Lui-même a tracé son portrait dans les conseils suivants qu’il adressait à un ami :

    Si tu veux construire un solide édifice, prends l’humilité pour base ; sur ce fondement, place l’amour de Dieu et du prochain, et puis jette-toi à corps perdu dans les bras de la divine Providence.

    L’humilité, la charité, l’abandon à la volonté de Dieu, telles étaient en effet les trois vertus maîtresses du jeune missionnaire.

    Dès son enfance, J.-B. Beaumont montra un caractère facile, une humeur égale, un esprit bien tourné, aurait-on dit au XVIIsiècle, une âme portée à la piété, avec une certaine défiance de soi, greffée sur un fonds de véritable énergie. L’imagination qui est un don de Dieu et qui sert souvent à disposer les âmes à de grands sacrifices, n’avait  guère d’empire sur lui ; il aimait à se laisser guider par la foi.

    Quelqu’un a dit de lui qu’il était né prêtre. En un sens, rien de plus vrai. Aussitôt qu’il put penser, avant même de réfléchir et de comparer, il voulait se consacrer au service de Dieu.  Je n’ai jamais songé à autre chose, écrira-t-il plus tard ; de bonne heure aussi, il sentit son cœur remué par le désir de l’apostolat, il en conçut une sorte de frayeur : Je voulais être prêtre, je le voulais de tout mon coeur, mais je redoutais que mon désir d’être missionnaire ne fût une de ces illusions auxquelles nour sommes tous sujets, moi plus  que les autres.

    Il admirait la noblesse de la vocation apostolique, mais il redoutait ses difficultés qu’il trouvait insurmontables pour lui, pauvre  enfant faible et ignorant.

    Son humilité avait fréquemment de ces accents :

    Cesse de me regarder comme planant bien haut dans les régions  célestes, disait-il à un ami, en vérité Dieu sait bien que je l’offense  tous les jours de mille manières, et mon orgueil détestable vicie  tout le bien que j’essaie de faire.

    Et quelques semaines plus tard cet orgueilleux, alors au grand séminaire de Sommervieu, écrivait ces lignes d’où s’échappe à son insu tout le parfum de son coeur :

    Oh ! chère vertu d’humilité que tu es précieuse, et quelle paix ne  procures-tu pas à l’âme qui se cache sous ton abri !

    Cette humilité inclinait son âme vers les petits et les pauvres ; quand il parlait d’eux, il devenait facilement communicatif ; ordinairement sobre de détails, peu porté aux récits, il racontait alors longuement, précisant les faits, leur donnant plus de couleur et de vie.

    Aimable envers tous, il avait pour les siens de touchantes et délicates attentions, et ce n’est pas sans émotion qu’en parcourant ses lettres, d’une écriture fine et régulière, on trouve des pages en gros caractères d’imprimerie ; ce sont les lettres envoyées à l’aïeule, restée au petit village de Beaulieu.

    Pauvre vieille grand mère, elle s’était plainte que ses yeux fatigués ne pouvaient plus lire l’écriture de main , et qu’il lui fallait recourir à un étranger pour savoir ce que contenaient les douces missives de son petit-fils. Et le petit-fils avait pris une partie de ses récréations, comme plus tard à Ke-beo et à Bau-no, il prendra quelques heures sur son sommeil, afin de tracer des caractères romains que la grand’mère pourra lire.

    A cette charité qu’il étendait si facilement à tous, il joignait, nous l’avons dit, l’abandon à la volonté divine. Il trouvait dans ce sentiment le contrepoids, en quelque sorte, de son humilité . S’il était effrayé d’une responsabilité, d’un travail, d’un danger, il se disait que la Providence l’avait ainsi voulu, et il retrouvait aussitôt la tranquillité de l’esprit et la joie de l’âme ; s’il avait  à consoler les autres, la volonté de Dieu était son grand argument.

    Dans la lettre, qu’il écrit à sa mère quelques jours avant son départ, il a cette belle parole : Les heureux sont ceux-là seuls qui  font la volonté de Dieu.

    Destiné pour la mission du Tonkin Occidental, le P. Beaumont faisait ses adieux à Notre-Dame de Nazareth, le 7 avril 1885, au Séminaire des Missions-Étrangère le lendemain, et quatre jours après, il s’embarquait à Marseille.

    La France fondait alors son empire indochinois, et des milliers de chrétiens annamites avaient payé de leur sang leur fidélité à Dieu et à notre pays.

    Nos soldats étaient maîtres de Ha-noi, de Nam-dinh, de Son-tay, de Bac-ninh ; les canonnières faisaient le service de police sur le fleuve Rouge et la rivière Claire ; les colonnes volantes, formées de miliciens annamites sillonnaient le pays dans tous les sens et y faisaient régner une tranquillité relative.

    A l’aspect des ruines accumulées par la guerre, le P. Beaumont s’émut, mais, rapidement, il tourna son regard vers Dieu : Que de malheurs, que de calamités. Oh ! Le  ciel ! Le ciel ! s’écrie-t-il, comme cette pensée console et fortifie.

    Après un séjour de quelques mois à Ke-so, résidence de Mgr Puginier, il fut envoyé dans la paroisse de Ke-beo, où le Vénérable Vénard avait  été arrêté vingt-cinq ans auparavant. Ce souvenir n’échappa point au jeune missionnaire qui demanda avec plus de ferveur la protection du Martyr.

    La paroisse de Ke-beo ou de Dong-bao comprenait 1.500 catholiques dispersés dans 18 chrétientés, et 60.000 infidèles.

    Le P. Beaumont fit la visite de son district ; aimable, facile, simple, il conquit la sympathie de tous. De la plaine boueuse de Ke-beo, il s’en alla vers les villages de Du-bo et des environs, éparpillés sur le versant des collines pittoresques du Nord-Ouest.

    L’année suivante, il fut placé à Bau-no, encore un ancien district de martyrs. En 1837, Bau-no avait donné asile à M. Cornay qui y avait été découvert et arrêté ; en 1841, M. Charrier y avait  demeuré pendant trois mois et n’en était sorti que pour aller en prison. C’était près de Bau-no, dont il venait de faire l’administration pastorale, que M. Schoeffler était tombé entre les mains des satellites.

    Cependant la situation politique s’améliorait chaque jour, la conquête française s’affermissait, l’organisation administrative se complétait.

    Mgr Puginier résolut d’envoyer de nouveaux missionnaires au Laos, terre de martyrs aussi celle-là

     

    Après avoir réfléchi et prié, écrit Sa Grandeur, je fixai mon choix sur le P. Beaumont. Je lui écrivis de venir me trouver à Ha-noi pour recevoir ses instructions et faire les préparatifs de voyage.

    En 1884, il était aspirant au Séminaire des Missions-Étrangères , quand un télégramme annonça le massacre des apôtres du Laos. Cette nouvelle imprévue remua les esprits et inspira à plus d’un, le désir généreux d’être envoyé dans une mission où il y avait des combats à soutenir. M. Beaumont , tout en admirant le triomphe des missionnaires mis à mort pour la cause de Dieu, éprouvait en lui une certaine crainte d’être destiné au Tonkin Occidental. C’était surtout à cause du Laos, qu’il n’ignorait pas être un poste d’épreuves et de sacrifices de tout genre. Ce n’était en lui ni lâcheté ni manque de générosité : c’était la nature qui, prévoyant les difficultés, avait  de la répugnance à les embrasser. Je sais positivement que le P. Beaumont , au milieu de ses réflexions, disait souvent à Dieu : J’irai de bon coeur là où mes supérieurs m’enverront, même au Tonkin Occidental, et si, plus tard, il faut aller au Laos, j’irai aussai très volontiers. Voilà une âme humble, mais forte et généreuse.

    Chose digne de remarque ! Dans les trois mois qui ont précédé sa nouvelle destination, le Père pensait souvent au Laos, non pas toutefois qu’il désirât ce poste difficile ; et la nuit avant la réception de ma lettre, il a rêvé qu’il y était envoyé. Cependant rien n’ avait  pu lui faire soupconner mes vues à son égard. Plus d’une fois, le Père a répété : Je vais au Laos sans enthousiasme, mais j’y vais de bon coeur. Il comprenait l’importance de sa mission, la grandeur de la responsabilité qui pesait sur lui ; mais il avait  la foi vive et une grande confiance en Dieu.

    Le 8 décembre , le P. Beaumont et le P. Idatte, jeune missionnaire que je lui avais adjoint pour compagnon, partaient avec une vingtaine de catéchistes ou servants, sous la protection de la sainte Vierge, leur voyage fut heureux, et, le 27 décembre, ils arrivèrent à Phu-lé, lieu de leur résidence provisoire.

    Le 22 janvier, le Père m’écrivait pour me donner des renseignements sur la situation ; il était encore bien portant et rien ne faisait présager le malheur qui est arrivé quelques jours après. Vers le 24, il fut atteint de la fièvre des bois qui n’a cessé de faire des progrès, malgré les soins que lui a prodigués son confrère. Le Père a conservé la connaissance jusqu’à son dernier soupir, et il s’est éteint le 2 février à une heure du matin, muni des sacrements de la sainte Église, qu’il a reçus avec une ferveur remarquable.

    Prions le Seigneur d’accepter ce sacrifice et d’avoir pitié de cette mission des Chau et Laos qui, après cinq ans de travail de ses premiers apôtres, comptait déjà environ 4.000 païens baptisés et plus de 5.000 catéchumènes !

     

     

    • Numéro : 1645
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1885