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Jules BEAUBLAT (1869-1921)

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    Jules Beaublat naquit à La Chapelaude ( Allier) en 1869. Devenu prêtre il racontera volontiers qu’il devait sa vocation sacerdotale à la piété de sa grand’mère pour laquelle il eut toujours un respectueux attachement. L’aïeule développa dans l’âme pure de l’enfant une horreur profonde du péché et un vif amour pour la prière et la méditation. Par tous ces petits moyens que savent employer les grand’mères elle orientait, dès la première heure, l’âme de notre cher confrère vers le sanctuaire.

     

    Entré au Petit Séminaire de Moulins en même temps que son frère. Antoine avec lequel il conserva la plus tendre correspondance, Jules fut un excellent élève, travailleur et pieux. Le Bon Dieu lui avait largement départi ces dons de l’intelligence et du cœur qui lui valurent l’estime de ses maîtres et l’amitié de ses condisciples. Dès son entrée au Grand Séminaire le jeune lévite porta résolument ses pensées vers la vocation de missionnaire et en 1889, avec le consentement de son directeur, il entra au Séminaire des Missions-Étrangères.

     

    Ordonné prêtre en 1892, il reçut sa destination pour la Procure générale de Hongkong. Après avoir passé quelques semaines dans cette maison il fut envoyé à la procure de Shanghai où il arriva le 19 janvier 1893.

     

    Il mit fort peu de temps à apprendre le chinois et l’anglais qu’il parla facilement, et l’aisance avec laquelle il s’initia à ces langues nécessaires à ses fonctions étonnait singulièrement l’ancien Procureur général M. Lemonnier qui lui disait non sans une pointe de malice : « Vous apprenez le chinois en chantant comme si le chinois était une langue musicale ; c’est une méthode que je n’ai jamais recommandé aux jeunes missionnaires et qui est sûrement nouvelle ! »

     

    Sa méthode  était peut-être extraordinaire, mais elle était pratique pour M. Beaublat, et s’il ne devint pas un lettré, ce qui pour lui n’était pas nécessaire, il fut bientôt suffisamment maître du dialecte shanghaien pour faire, chaque dimanche, une petite instruction aux domestiques de la procure. Son auditoire se composait de cinq personnes qui très volontiers écoutaient ses exhortations, sans d’ailleurs se priver du plaisir de souligner, après l’exercice, les écarts de prononciation ayant donné lieu à des interprétations que l’orateur ne soupçonnait pas.

     

    Doué d’un caractère charmant, M. Beaublat restera légendaire dans le monde des procureurs pour son affabilité, sa simplicité et l’art avec lequel il racontait une petite histoire de la façon la plus naturelle et la plus suavement naïve. On eût dit un disciple de saint François d’Assise, que d’ailleurs il aimait parfois à imiter dans des conversations douces et joyeuses avec les oiseaux…

     

    Très fidèles à ses exercices de piété, il est resté jusqu’à la mort l’homme de la vie intérieure, du sacrifice librement consenti et du devoir toujours fidèlement exécuté. L’agitation des affaires extérieures ne l’attirait nullement et son suprême bonheur consistait à s’occuper d’études liturgiques, à assister aux cérémonies religieuses et, plus encore, à y participer. Il était bien dans la maison de son Père lorsqu’il entrait dans un sanctuaire et il s’y tenait comme le plus aimant des fils. Aussi combien il mettait d’attentions à se préparer à la célébration du Saint Sacrifice, ne consacrant jamais moins d’une heure à faire ce qu’il appelait sa « benoîte oraison ». Il voulait encore que ces délices de l’oraison matinale fussent partagées par les confrères avec lesquels il vivait, et à l’occasion adressait d’amicales exhortations mêlées d’une nuance de reproche à un confrère qui par mégarde n’obéissait pas immédiatement au son de la cloche.

     

    Le rôle du procureur est d’être « aux bagages » et ce fut, à part quelques mois passés au Sanatorium de Béthanie comme assistant du Supérieur, celui de M. Beaublat pendant les 29 ans de sa carrière. Il fut successivement procureur à Shanghai et à Londres, s’occupant des affaires matérielles des Missions et du Séminaire de Paris avec intelligence, dévouement, et avec cet optimisme de l’homme plus confiant dans la providence que dans ses propres moyens. Il aurait pu prendre comme devise : A chaque jour suffit sa peine, car il ne cherchait pas à pénétrer les secrets de l’avenir, laissant à Dieu le soin de manifester à ses enfants les bienfaits d’une providence qui ne leur fit jamais défaut.

     

    En 1919 il venait de prendre la direction de la procure de Singapore, poste qu’il avait toujours rêvé. Hélas ! à 51 ans on se réacclimate difficilement sous les tropiques. Il ne tarda pas à ressentir les effets d’une température débilitante et énervante. Il esquissa à peine une légère plainte quelques semaines avant sa mort, mais ceux qui l’approchaient comprenaient qu’il n’avait aucune illusion et que son sacrifice était fait. Il s’éteignit doucement le 11 août, dans la matinée, sans maladie bien déterminée, ayant la veille refusé l’invitation que M. Mariette lui avait fait de venir lui tenir compagnie à la procure. « Je ne suis pas malade, avait-il répondu, mais simplement fatigué, et je serai mieux demain.. » Le demain fut pour lui le grand jour sans fin. Le bon Dieu reprit à la terre cette âme qui n’avait vécu que pour la récompense du ciel.

     

     

    • Numéro : 2027
    • Pays : Hongkong Singapore
    • Année : 1892