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Victor BAZIN (1905-1975)

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    Jeunesse et adolescence

     

    Monseigneur BAZIN avait tout juste 70 ans quand il a été rappelé à Dieu. C’est en effet le 24 janvier 1905 qu’il naquit à Saint-Brieuc-de-Mauron (Morbihan, diocèse de Vannes). Sa mère, fille unique, avait eu d’abord l’intention d’entrer au couvent ; elle y entra même. Mais son père eut un tel ennui de sa fille qu’il alla la chercher et la ramena à la maison ! Elle se maria donc et eut de nombreux enfants parmi lesquels deux filles, encore vivantes, sont devenues religieuses de St-Joseph de l’Apparition et deux fils sont devenus prêtres. La famille exploitait une ferme située près de ce que dans le pays on appelle « le château ». Le père Victor Bazin, était en même temps garde-chasse pour le châtelain. Il mourut subitement, un dimanche, foudroyé par une attaque cardiaque, alors qu’il revenait de la grand-messe. La famille Bazin était plus riche de vertus chrétiennes que de biens de la terre.

     

    Le jeune Victor Bazin fit ses études primaires à l’école communale de Saint-Brieuc-de-Mauron, sous la direction de Monsieur Louis, un instituteur auquel il faut rendre hommage pour sa compétence, son dévouement et aussi son, énergie : avec lui, les paresseux n’avaient pas beau jeu. Sa sœur aînée, Marie, religieuse et missionnaire comme lui en Birmanie a bien voulu donner quelques-uns de ses souvenirs. Elle écrit notamment : « On parlait chez nous très souvent du Tonton de Birmanie, le P. Joseph Bazin. Maman avait pour lui une véritable dévotion. Dès que Victor sut former ses premières lettres, il écrivit, en épelant chaque syllabe : Tonton de Bir-ma-nie. Il aimait ce mot. Il l’écrivit même sur une pierre avec du charbon ».

     

    « Victor était turbulent et plein de vie ; tout le monde l’aimait. Il manifestait une grande affection pour maman. — Avec ses camarades de classe, il était batailleur et plus d’un de ses amis d’alors s’en souvient encore. Très jeune il disait : « Je serai prêtre, je mettrai la robe avec les petits boutons et la belle robe blanche le dimanche ». Au retour de la messe, il lui arrivait d’imiter le prêtre et de chanter « Dominus vobiscum » — Après son certificat d’études, sa vocation se dessina plus nettement. Il prit des leçons de latin chez le recteur de la paroisse et entra au petit séminaire de Ploïermel, situé à une vingtaine de kilomètres de St-Brieuc-de-Mauron. À cette époque, cet établissement n’était pas complet. À partir de la seconde, Victor Bazin s’en alla à Vannes pour terminer ses études secondaires.

     

     

    Aux Missions Etrangères — Ordination

     

    Son « projet missionnaire avait mûri. C’est pourquoi, ses études secondaires terminées, il demanda et obtint son entrée aux Missions Etrangères en septembre 1922. Il pensait à la Birmanie, à son oncle Joseph Bazin, missionnaire en ce pays de 1895 à 1922. Le neveu voulait marcher sur les traces de l’oncle et le remplacer. Aux Missions Etrangères Victor Bazin poursuivit normalement ses études et, un peu avant de les avoir terminées, il fut ordonné prêtre le 23 février 1929, quelques mois avant ses condisciples. Mais ce n’est que le 29 juin suivant qu’il reçut sa destination... et ce fut pour la Birmanie, comme il le désirait, pour la mission de Rangoon. Il partit pour la première fois le 8 septembre 1929. Arrivé en Birmanie, il se trouve en quelque sorte en famille car sa sœur Marie, l’aînée de la famille, et une cousine étaient déjà dans le pays depuis quelques années comme religieuses missionnaires.

     

     

    Sa Vie missionnaire

     

    La vie missionnaire de Mgr Bazin peut se diviser en trois parties : après l’étude du birman et de l’anglais, il fut envoyé au petit séminaire de Moulmein. Il rencontra là d’énormes difficultés. Il voulait faire progresser cet établissement et améliorer la formation qui y était donnée. C’est pourquoi il demanda à plusieurs reprises le changement de tel ou tel de ses collaborateurs qu’il jugeait ne pas être à la hauteur de sa tâche. Cela lui attira des rancunes tenaces. Cette situation affecta énormément le jeune Père Bazin. Il fut même question, un moment, de fermer ce petit séminaire pour un temps. Cependant on n’en arriva pas à cette extrémité. Un nouveau programme d’études fut établi ; on fut beaucoup plus exigeant pour accepter les candidats. Naturellement le nombre des séminaristes baissa sérieusement mais la qualité y gagna. Les choses continuèrent ainsi plusieurs années jusqu’à la guerre avec les Japonais. Ils envahirent la Birmanie ; le petit séminaire quitta Moulmein et alla s’établir à Dambi, trou de jungle occupé par le P. Dubromel. C’est là qu’arriva le P. Bazin, en janvier 1942, avec une poignée d’élèves. Il devait y rester trois ans. Excellent éducateur, formé à la dure école, il avait ses élèves bien en main. Les résultats ont répondu à ses efforts. En effet les évêques actuels de Rangoon et de Bassein sont des élèves de Dambi. Arrivèrent la défaite japo­naise et le retour des Anglais en 1945. A cette époque, le P. Bazin fut invité par le Père Jules Perrin à venir s’établir sur le terrain de Mayanchaung. Il y fonda l’Ecole centrale. Le but était d’y réunir une élite d’enfants des districts, d’y trouver des vocations sacerdotales et des vocations pour les Frères de St-François-Xavier ou de préparer des chefs de villages bien formés. Cette fois, le P. Bazin obtint de Mgr Provôst des collaborateurs de choix : les PP. Lahitte et Loiseau, les futurs évêques Mgr To-Hey et Joseph S’rie. L’établissement marche bien ; on bâtit. Cependant on ne vit pas sans crainte. C’est à cette époque que fut proclamée l’indépendance de la Birmanie. Il s’en suivit une certaine anarchie, une guerre civile entre Birmans et Carians. Plusieurs confrères, les PP. Meyrieux, Maréchal et J. Perrin furent victimes de ces troubles. Cependant l’Ecole centrale continua.

     

     

    Episcopat

     

    Et nous arrivons à 1950. Le P. Bazin prend un congé en France. Quelques mois après son retour, en exécution des directives de l’Assemblée générale de 1950, il est nommé Supérieur régional pour la Birmanie. Toutefois sur la demande de Mgr Provôst, il reste à la tête de l’école de Mayanchaung. Ce fut pour une courte durée, car, fin mai 1953, le P. Bazin fut choisi comme Vicaire apostolique de Rangoon, en remplacement de Mgr Provôst décédé, puis promu Archevêque de ce diocèse en 1955 quand fut établie la hiérarchie en Birmanie. Monseigneur Bazin prend sa tâche à cœur. Il visite postes et villages. Quand on voulait lui suggérer de ne pas aller en tel ou tel endroit difficile d’accès, il répondait « Puisque mes missionnaires y vont bien, il n’y a pas de raison que je n’y aille pas ». Il prépare la division du diocèse pour former le nouveau diocèse de Bassein, à l’ouest dans la région la plus développée. Pour avoir son petit séminaire, il construit à Rangoon même, dans la cour de l’Archevêché, de nouveaux bâtiments pour abriter cet établissement de formation. Puis en 1956, c’est le Congrès Eucharistique de Rangoon dont le succès fut remarquable et cependant très peu remarqué, car au lendemain de cette manifestation il n’en fut même pas fait mention dans la presse locale ! Jusqu’alors, les séminaristes de Birmanie allaient faire leurs études au Séminaire de Penang. Mais étant donné la situation et la difficulté de sortir du pays, Mgr Bazin décide de fonder un grand séminaire à Rangoon. Il fait pour cela appel aux Jésuites américains. Des religieuses venues de Hollande fondent un hôpital à Okkalapa. La ville de Rangoon se développe et de nouvelles paroisses sont érigées. Quelques jeunes confrères des Mis­sions Etrangères peuvent obtenir des visas d’entrée en Birmanie. La paix s’établit vaille que vaille dans les districts. On peut dire, si l’on considère globalement la situation, que c’est « la belle époque ». — Puis c’est le coup d’état de 1962, par le Général Ne Win. U Nu, l’ami de Mgr Bazin, est arrêté. Le P. Bonney est également incarcéré, les écoles, les hôpitaux sont nationalisés et le tout sans compensation. Les jeunes missionnaires ne peuvent rester en Birmanie car leur permis de séjour n’est pas renouvelé. Tout le monde est étroitement surveillé, Mgr Bazin en particulier.

     

     

    Retour en France

     

    Toutes ces difficultés, ajoutées aux rigueurs d’un climat chaud et humide, affaiblirent la santé de Mgr Bazin. Il eut plusieurs attaques cardiaques dont il se tira. Mais c’était un avertissement sérieux. Il demanda donc un coadjuteur avec future succession pour parer à toute éventualité. Comme sa santé déclinait et qu’il se trouvait pratiquement incapable d’assumer ses fonctions, après avoir pris conseil des autres évêques de Birmanie et du Supérieur général de la Société des Missions Etrangères, il donna sa démission au mois de juin 1971. Il aurait bien voulu rester en Birmanie jusqu’au bout, quelque part en dehors de Rangoon afin de ne pas gêner son successeur, Mgr To-Hey. Mais les conditions politiques ne lui permettaient pas d’aller ailleurs, dans une autre ville du pays. D’autre part, sa santé donnait de graves inquiétudes. C’est donc avec beaucoup de regret qu’il quitta la Birmanie pour arriver en France à la fin du mois d’août 1971. Soigné d’abord à Paris, il fit ensuite un séjour au pays natal. L’air du pays lui fut très salutaire. Il sentit ses forces revenir. C’est alors que Mgr l’Evêque de Vannes lui confia un petit poste, comme aumônier du Noviciat des Augustines, d’abord à Séné, près de Vannes, puis à Malestroit. C’est à Malestroit que le Seigneur l’a rappelé à lui. Dans la soirée du 24 janvier, il se sentit fatigué. Il entra tout de suite à la clinique pour recevoir les soins que réclamait son état. Mais un dernier infarctus se déclara ; cette fois Mgr Bazin ne put surmonter la crise et il s’éteignit dans la soirée du samedi 25 janvier 1975.

     

     

    Quelques témoignages

    Quelques témoignages vont nous permettre d’esquisser le portrait moral de Mgr Bazin ;

     

    « Ce fut un homme profondément surnaturel. Il avait d’ailleurs, depuis sa plus tendre enfance, un exemple remarquable en la personne de sa sainte mère. Il eut le sens de l’Eglise. A un catéchiste birman qui, dans une circonstance difficile, lui demandait « Que faut-il faire, Monseigneur ? », il répondit « Aime le Christ et l’Eglise ! ». Dans ce même esprit, il travailla activement pour l’œcuménisme. Grâce à lui, la liaison a été établie avec les chefs des autres églises chrétiennes alors qu’auparavant on s’ignorait. On peut même dire qu’une véritable amitié le liait avec ces chefs des autres églises. Il avait d’ailleurs le don de se faire des amis. C’est ainsi que se nouèrent des liens d’amitié vraie entre lui et le Chef de I’Etat de cette époque, U Nu.

     

    « Très soucieux de la marche de son diocèse, il a aimé sa mission, son clergé, ses communautés ; il s’est donné à tous sans compter. Un de ses missionnaires le qualifie de  « passionnément apostolique ». La passion de sa vie fut de faire connaître le Christ. Il jugeait tout en fonction de cet objectif. Il ne se trouvait jamais satisfait de ce qui existait, des résultats acquis. Il restait toujours en recherche, disponible et ouvert à toutes les idées, toutes les expériences, les projets, du moment que c’était pour annoncer et donner le Christ. Ce zèle apostolique ne l’empêchait pas d’être profondément humain. Il savait reconnaître ses limites et accepter celles des autres et ne pas leur demander plus qu’ils ne pouvaient donner. Profondément humain aussi et compréhensif s’il avait à réprimander ou corriger. Il commençait toujours par montrer ce qu’il y avait de positif, de valable, de bien, et ensuite indiquait ce qu’il fallait améliorer ou rectifier.

     

    Il avait en effet un grand respect des personnes et de leurs charismes. Il était persuadé que « les Supérieurs n’ont pas le monopole des inspirations du Saint Esprit ». En aucun cas il ne voulait briser les enthousiasmes, les initiatives, quitte à les modérer au besoin. Un jour, un jeune missionnaire lui présente un projet. Peu convaincu, voici ce qu’il lui dit : « Je crois que vous vous trompez (pour telle et telle raison). Réfléchissez encore, consultez d’autres personnes. Puis si vous restez convaincu que ce projet est valable, entreprenez-le... et si vous l’entreprenez, sachez que je serai avec vous dans l’insuccès comme dans le succès ». Une seule chose le rebutait : la tiédeur, la paresse, car il était lui-même un travailleur acharné.

     

    Toute cette attitude, tout ce zèle à annoncer le Christ et à stimuler les autres à l’annoncer avaient comme fondement un profond amour du pays et des gens. Il les comprenait, les acceptait tels qu’ils étaient avec leurs défauts et leurs qualités. Cette attitude s’est manifestée particulièrement à l’égard des séminaristes et des prêtres. Ses anciens élèves lui ont gardé une véritable vénération, Ils lui en donnèrent de multiples témoignages concrets lors de son départ.

     

    Comme on l’a dit plus haut, il aimait ses prêtres. Il alla même jusqu’à proposer au P. Bonney de le remplacer en prison. Ce à quoi ce dernier répondit : « Monseigneur, il y a assez d’un malheureux, il n’y en a pas besoin de deux ! ». Une de ses joies fut aussi de ramener un certain nombre de prêtres Carians qui étaient en dissidence depuis des années et s’étaient révoltés contre l’autorité. Dans son souci de tous ses prêtres, il fit faire près d’eux des démarches qui furent couronnées de succès.

     

    Pendant son séjour au pays, dans le diocèse de Vannes, il sut, en quelques années conquérir l’estime de tout le monde. On en eut la preuve lors de ses obsèques qui eurent lieu dans sa paroisse natale, à Saint-Brieuc-de-Mauron, le mardi 28 janvier. Elles furent présidées par Mgr Boussard, évêque de Vannes, entouré de Mgr Favé, auxiliaire de Quimper, de Mgr Etrillard, de Mgr Poirier, ancien supérieur général de la Société des Prêtres de St-Jacques, de Mgr Pinault des Missions Etrangères. Près d’une centaine de prêtres étaient venus et beaucoup parmi eux concélébrèrent la messe avec Mgr l’évêque de Vannes. Les Missions Etrangères étaient représentées par Mgr Pinault, le P. Ruellen, un ancien missionnaire de Birmanie, le P. Armange et le P. Pencolé qui fit l’homélie. Au début de la cérémonie, Monseigneur Boussard rappela, en termes émus, que Mgr Bazin avait donné dans le diocèse, depuis son retour forcé de mission, un exemple de grand zèle, notamment en travaillant et en travaillant jusqu’au bout. Avant l’absoute, Mgr l’Evêque de Vannes donna lecture d’un témoignage qu’avait porté Mgr Bazin lors d’un pèlerinage à Ste-Anne d’Auray, le 26 juillet 1972 : « Voici mon témoignage que je donne devant vous et devant Dieu car il est vrai : Je remercie Dieu d’avoir daigné m’appeler au sacerdoce et à la vie missionnaire. Je n’ai jamais, jamais, regretté d’avoir suivi son appel. J’ai vécu des jours de tristesse et d’angoisse, mais ils ont été couverts par les joies profondes que le Seigneur m’a données. Tout au long de ma vie missionnaire, j’ai été heureux, pleinement heureux. Tel est mon témoignage ».

     

    « Frères, j’avais toujours désiré mourir en mission. On le savait bien là-bas, mes prêtres surtout. Dieu ne l’a pas permis. L’an dernier j’ai dû rentrer en France pour y finir mes jours. En partant, ce qui m’a coûté, ce n’est pas de quitter le pays de Birmanie. Tous les pays ont leur beauté. Ce qui m’a coûté et mis la mort dans l’âme, c’est de quitter un peuple au milieu duquel j’avais planté mon cœur il y a plus de 40 ans. Il y est encore. Et jusqu’à mon dernier jour, je désire continuer à aider ma mission de Birmanie et toutes les missions du Tiers-Monde par mon offrande et ma prière ».

     

    À la nouvelle de la mort de Mgr Bazin, une messe fut célébrée à la cathédrale de Rangoon. Neuf prêtres participaient à la concélébration. L’ambassadeur de France et les représentants des autres Eglises y assistaient. Le P. Ogent fit l’homélie on anglais et le P. Bruno, Vicaire général, prit la parole en birman. Malgré le départ de Mgr Bazin depuis le 1er août 1971, sa mort fit choc à Rangoon.

     

    Monseigneur Bazin repose dans le petit cimetière de Saint-Brieuc-de-Mauron dans le tombeau où reposent aussi ses parents, son frère Joseph et d’autres membres de sa famille.

    • Numéro : 3380
    • Pays : Birmanie France
    • Année : 1929