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Séraphin BAZIN (1840-1914)

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    Séraphin-Michel Bazin naquit à Voultegon (Poitiers, Deux-Sèvres), le 11 juin 1840 : sa famille transféra ensuite son domicile à Saint-Amand, canton de Chatillon-sur-Sèvre. Son éducation fut foncièrement chrétienne, et, pendant son long apostolat, au milieu de difficultés peu com­munes, il se montra toujours l’homme à la foi simple et profonde.

    Entré au Séminaire de Paris le 29 octobre 1862, il fut ordonné prêtre le 17 décembre 1864. Le 15 février suivant, il quitta Paris pour se rendue à Canton. Le Préfet apostolique, Mgr Guillemin, tout en laissant au jeune missionnaire l’espoir d’être envoyé tôt ou tard au Kouang-si, le garda au Kouang-tong pour qu’il s’y formât à la vie apostolique. M. Bazin, en 1867, partit pour Sanghai avec un groupe de missionnaires destinés à l’ouest de la Chine, arriva à Tchong-kin en janvier 1868 et à Kouy-yang, le 31 mars de la même année.

    Sur ces entrefaites, M. Mihières, provicaire du Kouy-tchéou, fut nommé pro-préfet du Kouang-tong et supérieur du Kouang-Si. C’est lui qui envoya M. Bazin à Sy-lin-hien, où il fut assez bien reçu et passa quelques jours. Il se rendit ensuite à Chang-tsin, village situé sur une montagne, où s’étaient réunis les anciens chrétiens du bienheureux Chapdelaine, et qui devint pour longtemps le centre du district de Sy-lin-hien. A la fin de mai 1869, M. Bazin entreprit la visite des stations, à moitié détruites par les rebelles, de Hin-y-fou, Hin-y-hien, Tachan, etc., de la mission du Kouy-tchéou. Il la fit encore l’année suivante, et alla retremper son âme dans une bonne retraite à Yunnansen, près de M. Fenouil.

    Il regagna les montagnes de Sy-lin à la fin de 1870. Avec le concours de son secrétaire, Tchen-chouy-tang, nouveau converti, il traduisit en chinois l’Histoire de l’Eglise de Corée par M. Dallet, et composa plusieurs opuscules dans la même langue. Il obtint un assez grand nombre de conversions à Tchen-kia-to et dans quelques autres hameaux des environs de Chang-tsin.

    M. Bazin vécut ainsi au milieu de ses 200 à 300 chrétiens jusqu’en 1883. Il était intéressant de le voir quand, assis sur le devant de sa porte, il rendait paternellement la justice à ses fidèles et même aux païens, qui recouraient souvent à son arbitrage, car il connaissait mieux que per­sonne la vie, les mœurs et les coutumes du pays.

    Tous les deux ou trois cris, il faisait un voyage au Kouy-tchéou et poussait généralement jusqu’à Kouy-yang, pour se refaire le corps et l’âme, en séjournant un ou deux mois à l’évêché, près de Mgr Lions, de M. Guichard et de tous ses vieux amis. Là, il était toujours considéré comme de la famille. D’ailleurs, sa correspondance, son viatique, ses commandes, lui parvenaient par la procure de Kouy-yang. Il resta une fois plus d’une année sans recevoir aucune nouvelle de France ni même de Hong-Kong, et apprit, en même temps, la déclaration de guerre et la conclusion de la paix entre la France et l’Allemagne.

    Il fut heureux, lui le continuateur de l’œuvre des Martyrs, de prendre part à la confection des Procès canoniques du bienheureux Chapdelaine et de ses compagnons, et aussi du bienheureux Lou-tin-mey. En 1887, il eut la joie de voir Ko-kao s’ouvrir à la foi ; en 1892, il assista au synode de Chang-se et y fit preuve d’une grande expérience du ministère en Chine.

     

    Vers 1896, après une visite pastorale à Sy-lin et dans les autres districts de la région, Mgr Chouzy crut devoir charger M. Bazin de fonder un nouveau district sur le bas Si-kiang, près de la frontière du Kouang-tong. C’était lui demander de dire adieu aux montagnes qu’il parcourait depuis près de trente ans, de renoncer aux habitudes prises au milieu des Chinois du nord et de réapprendre le dialecte cantonnais qu’il avait oublié. Le vieux missionnaire ne se sentit pas la force de faire un si grand sacrifice ; il prit le parti de solliciter son agrégation à la mission du Kouy-tchéou, à laquelle il avait voué une sincère affection.

    Après entente avec Mgr Chouzy, Mgr Guichard ouvrit à M. Bazin les portes du Kouy-tchéou, et le plaça à la tête de l’intéressant petit district de Mou-you-se, qu’il connaissait déjà ; car, dans ses voyages de Sy-lin à Kouy-yang, il y était passé maintes fois et y avait même fait d’assez longs séjours.

    Il est resté quinze ans dans ce poste et y a travaillé avec fruit, quoique son zèle ait été assez souvent contrarié par les infirmités de la vieillesse. Notre confrère faisait, chaque jour, le catéchisme à ses chrétiens, et il avait le don de les intéresser par la pureté de sa diction, et aussi par les petites histoires, dont il se servait pour graver dans la mémoire de ses auditeurs la doctrine qu’il leur prêchait. Dans ses instructions, il ne visait pas seulement à enseigner la doctrine, mais encore à corriger les défauts : tâche beaucoup plus difficile et plus délicate à remplir. Pour corriger, il faut réprimander ; mais la réprimande blesse l’amour-propre, à moins qu’elle ne soit accompagnée de quelques bonnes paroles qui la lassent accepter, or, ces bonnes paroles, M. Bazin savait les dire.

    Il a réprimandé souvent ses chrétiens, mais il n’a jamais cessé d’en être aimé.

    M. Bazin a surtout consacré son temps à instruire et à former à la vie chrétienne ses fidèles de Mou-you-se et des stations voisines ; toutefois, il a su profiter des occasions qui se présentaient d’étendre son champ d’action, soit en fondant de nouveaux postes, soit en ouvrant des pharmacies, à Kouan-lin à Gan-nan et à Yun-lin.

    Il acceptait volontiers toutes les invitations qu’on lui faisait de prêcher une retraite. On l’a vu donner consécutivement une retraite aux prêtres indigènes, aux élèves du grand séminaire, à ceux du petit séminaire, et aux vierges chinoises. A la prière de Mgr Guichard, il a prêché six ou sept fois celle des prêtres indigènes. Ces retraites ne le fatiguaient pas, disait-il, car il aimait prêcher ; et on l’invitait souvent, parce qu’il prêchait bien.

    Dans ses moments libres, M. Bazin s’occupait de son jardin, qu’il avait fini par transformer en un magnifique parterre, planté de fleurs et d’arbustes rares. Il aimait surtout la grande allée de ce jardin ; c’est là qu’il faisait ses lectures et ses promenades quotidiennes ; c’est là qu’il égrenait, chaque soir, ses trois chapelets ; l’un en latin, l’autre en français et le troisième en chinois ; c’est là qu’il avait désigné la place où il voulait être enterré.

     

    Malgré son grand âge, notre confrère jouissait d’une assez bonne santé, lorsqu’un accident vint hâter sa fin. Le 16 décembre, vers 9 heures du soir, il fit une chute, dans laquelle il se déboîta le genou et se brisa le fémur de la jambe droite. A la suite de ce terrible accident, il dut rester étendu sur son lit pendant quarante jours. Le blessé fut admirable de patience et de résignation. Quand on lui demandait s’il souffrait beaucoup, il répondait : « Je souffre un peu. » Non seulement il ne se plaignait pas, mais il avait assez de force d’âme, pour comprimer le moindre gémissement. « Tout d’abord, écrit M. Roux, nous avions conservé « l’espoir qu’il reviendrait à la santé, mais son âge avancé, l’inexpérience des médecins « chinois, et aussi l’anémie, qui vint compliquer la gravité de son état, nous enlevèrent cet « espoir. Il voulut me revoir avant de mourir. Arrivé près de lui, après deux jours de marche, « je lui demandai s’il souffrait beaucoup, et, selon son habitude il répondit : un peu ; et de « suite, détournant la conversation, il me remercia d’être venu l’assister à la mort. Sans autre « préambule, la conversation s’engagea entre nous deux, et eut pour objet la mort. « Vous « allez nous quitter, cher Père Bazin ? — Oui, et déjà je suis à moitié mort. » — Au ciel, vous « serez en bonne compagnie ; vous y trouverez nos évêques et une foule de confrères que « vous avez connus. — Oui, oui. » Alors je le chargeai de mes commissions ; et lui-même me « chargea des siennes pour ses parents et ses amis d’ici-bas. Je lui recommandais de ne pas « oublier notre mission, nos confrères, nos œuvres, et il répondait toujours : « Non, non, je ne « les oublierai pas. » Quand je lui demandai s’il pardonnait à ceux qui l’avaient offensé, il me « répondit : « Mais personne ne m’a offensé ! C’est à moi de demander pardon, aidez-moi à le « faire. — Je lui demandai encore s’il avait quelques dettes à payer ; il me répondit : « Je ne « dois rien ; je n’ai rien, et on ne me doit rien. » Enfin, quand je lui demandai s’il n’avait pas « quelque inquiétude, il répondit : « Je n’ai point il d’inquiétude ; je suis prêt à partir quand le « bon Dieu voudra. » Cependant la faiblesse augmentait et le moment fatal approchait. M. « Thibault lui fit une exhortation le 25 juin, et lut, en le lui faisant répéter, l’acte d’acceptation « de la mort. A 4 heures, je lui donnai une dernière absolution ; il pouvait avoir encore un peu « de connaissance. Le lendemain à 1 h. 20 du matin, il rendait doucement et sans effort son « âme à Dieu.

    « Grandement édifié par la belle mort de M. Bazin, je ne le fus pas moins par les « cérémonies de sa sépulture, qui se fit comme il l’avait voulu : « Je veux être enterré, avait-il « dit, au milieu de la grande allée de mon jardin ; vous m’y ferez creuser une fosse profonde, « car je veux ni tumulus, ni tombeau ; vous laisserez la surface de ma sépulture plane, afin « que les passants puissent me fouler aux pieds : je ne mérite que ça. Je ne veux ni beau « cercueil ni bel enterrement... » Les chrétiens de M. Bazin furent vivement, contrariés de ne « pouvoir lui donner les témoignages extérieurs de l’amour qu’ils lui portaient, mais la « volonté du défunt était si formelle et si édifiante qu’ils finirent par s’y soumettre. Ils se « dédommagèrent un peu en faisant de longues prières auprès de son cercueil, et en le suivant « jusqu’à sa tombe, où une simple croix leur dira, milieux que tout autre monument, qu’ils « doivent se souvenir de leur missionnaire et que ce dernier le mérite d’autant plus qu’il l’a « moins désiré. »

     

     

    • Numéro : 865
    • Pays : Chine
    • Année : 1865