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Claudius BAYET (1900-1990)

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    « Monseigneur Bayet nous a quittés ce matin, dimanche 19 août 1990, vers sept heures un quart. » Cette nouvelle se propagea par télégrammes et coups de téléphone. Ce n’était un secret pour personne : notre patriarche accusait depuis quelque temps déjà le poids des ann6es. Et ceux qui ne l’avaient pas vu depuis quelques semaines s’en rendaient bien compte. Mgr Bayet baissait de plus en plus. La nouvelle de sa mort, sans donc être vraiment une surprise, nous frappait quand même par sa soudaineté.

     

    Jusqu’à cette dernière saison des pluies, Mgr Bayet avait tenu à participer aux fêtes et aux cérémonies diverses de la communauté catholique, de la simple bénédiction d’un lieu de prières pour les chrétiens de Khutplakho, dans la banlieue d’Ubon, aux cérémonies grandioses qui marquaient la béatification des sept martyrs de Thaïlande, à Songkhon, en passant par les professions religieuses chez les Servantes de Marie d’Ubofl ou les Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition, ou l’ordination de notre nouveau confrère thaï, le P. Nattaphon, en la cathédrale d’Ubon. Rien de ce qui était la vie de l’Église au diocèse d’Ubon ou dans le Nord-Est de la Thaïlande ne lui était étranger. Pour rien au monde on ne lui aurait fait manquer ces événements. Quand de trop longs ou trop pénibles déplacements nous faisaient craindre de trop grosses fatigues pour lui, Monseigneur acceptait d’être « laissé sur la touche », mais quand on a, comme lui, été toute sa vie au sein de la mêlée, ce n’est pas de gaieté de cœur  que l’on se résigne à ne plus être qu’un simple spectateur.

     

    Cette année 1990, Mgr Bayet avait fêté ses quatre-vingt-dix ans d’âge et ses soixante-cinq ans de sacerdoce, deux fêtes qu’il avait aimées. Le 8 février, ce fut au petit séminaire de Nakham que nous avions célébré les quatre-vingt-dix ans de notre « grand-père ». Quelque temps auparavant, il y avait eu bien des jours où il se demandait s’il y arriverait. Il y est arrivé, entouré de l’affection de ses successeurs à Tharae et à Ubon, de dizaines de prêtres et de nombreux fidèles venus d’un peu partout. « Jamais je n’aurais pensé que l’on me fasse une si grande fête ! » Visiblement, Monseigneur avait apprécié et il en était reconnaissant à tous ceux qui avaient contribué au succès de cette célébration. Peu de temps après, le 28 mars, c’étaient ses soixante-cinq ans de sacerdoce que nous fêtions, tant à la maison de société, où nous avions anticipé l’événement dès le dimanche 25 au soir, dans l’intimité de nos retrouvailles hebdomadaires, qu’à l’évêché. Monseigneur continua à célébrer cette fête avec les confrères de passage. Il prenait plaisir à ces passages, qui constituaient presque ses seules distractions. Comme tous les autres, il avait suivi à la télévision la coupe du monde de football, même s’il demandait : « Ca va durer encore longtemps, ce football ? ». Il était aussi devenu un grand lecteur. Tous les dimanches soirs, il rendait à la bibliothèque les livres qu’il avait lus et en reprenait un ou deux autres. Histoire, guerre, romans. Il était assez éclectique. Ses dernières lectures furent « Crime et Châtiment » de Dostoievski. Il aura gardé jusqu’au bout une bonne vue que plusieurs pouvaient lui envier. Il avait le don de nous surprendre. Longtemps, il nous avait dit qu’il avait l’oreille dure mais qu’il n’était pas sourd. Combien de fois ne l’avons-nous pas chahuté sur sa « surdité sélective ! » Ces derniers temps, en revanche, il se disait « sourd ». Mais plus il se voulait sourd, plus, semble-t-il, il entendait. À table, quand nous n’étions que quatre ou cinq et que nous parlions normalement entre nous, sans effort spécial pour attirer davantage son attention, ses questions et réponses pertinentes montraient qu’il suivait parfaitement la conversation et y prenait part. Sans doute enregistrait-il moins facilement et il avait parfois des absences. Il posait et reposait à quelques minutes d’intervalle les mêmes questions. Lui qui avait joui si longtemps d’une mémoire sans faille, commençait à douter, à se tromper, à mélanger les événements et les époques. Il s’en rendait bien compte et l’acceptait, lucide : « Je ne sais plus, je m’embrouille, je commence à perdre la mémoire ».

     

    Mgr Bayet n’était pas avide de confidences. Une certaine pudeur l’empêchait de parler de lui-même. Il avait commence à écrire ses « mémoires ». Hélas ! le manuscrit s’arrête au bout de quelques pages, et ce n’est qu’en glanant ce qu’il a pu écrire ailleurs, ou ce que l’on a pu écrire de lui à certaines occasions, que l’on peut se faire une idée un peu plus précise de ce qu’il fut et de ce qui lui tenait à cœur.

     

    D’après ses papiers officiels, Mgr Bayet était né le 9 février 1900 à Apinac (Loire). « C’est vrai, mais c’est drôle, car moi, j’ai toujours été persuadé être né le 8 février ! » C’est pourquoi, année après année, son anniversaire était célébré le 8 février. Nous savons peu de choses sur sa famille, Monseigneur en parlait très peu. Son père tenait une boucherie à Apinac et rayonnait aussi sur les villages avoisinants. Une sœur aînée fut religieuse au Carmel de Roanne.

     

    « J’étais encore tout petit, j’avais peut-être huit ans, lorsque j’ai dit à ma mère : « Maman, je voudrais être prêtre ». Elle n’a pas manifesté de surprise, et m’a simplement demandé : « Pourquoi faire ? » Je lui ai répondu tout aussi simplement : « Pour sauver les âmes ». C’est tout ce que nous nous sommes dit à ce sujet dans la famille. Mais cela a suffi pour déclencher le processus qui devait me conduire au petit séminaire, au grand séminaire et à la prêtrise ».

     

    Claudius commença donc ses études de latin avec le P. Antoine Dupuy, vicaire à Apinac, en juin 1911.Vers la fin de cette année eut lieu dans cette paroisse un retour de mission prêché par un capucin. Le résultat pour Claudius fut « un caprice : « Je veux être capucin ! ». Le bon Père avait en effet demandé à chacun des quatre enfants de chœur : « Ne voudrais-tu pas être capucin ? » Sur les quatre, trois répondirent « non » sans hésiter. « Moi, je n’ai pas osé dire non de peur de faire de la peine au Père, alors j’ai dit oui. Je voulais partir, et tout de suite. J’exigeai que mon trousseau soit prêt immédiatement et sans délai ; je tapais du pied. Le P. Dupuy et mes parents étaient consternés. Le caprice a dure quelques semaines et puis tout est revenu au calme. Je n’y ai plus pensé ».

     

    Claudius était donc sensible, et aussi capricieux, et même entêté. Il n’en poursuivit pas moins ses études de latin avec le P. Dupuy, qui lui fit aussi découvrir les morilles et les autres champignons dans les bois de Leignecq. D’octobre 1912 à juin 1914, Claudius fit sa cinquième et sa quatrième à l’école cléricale qui venait de s’ouvrir à Saint-Bonnet-le-Château, chef lieu de canton, à dix kilomètres d’Apinac environ. Il fut d’abord logé chez les Barbet qui gardaient une maison appartenant à la paroisse, puis, à la rentrée d’octobre 1913, avec quatre élèves d’Usson-en-Forez et un autre garçon d’Apinac, il fut mis en pension chez une demoiselle Ménard, « la Claudius », comme ils l’appelaient : « Une vieille fille un peu sourde, pas tellement méchante ». Si peu même que ces garnements lui « faisaient des farces, mais elle n’en gardait pas de rancune ». Claudius termina ses études secondaires au petit séminaire Saint-Gildas à Charlieu, à l’autre bout du département de la Loire, sans doute parce que le P. Dupuy connaissait bien ce séminaire, et peut-être aussi parce que l’un des directeurs était le P. Favier, originaire de Saint-Hilaire-Cusson-la-Valmite, à six kilomètres d’Apinac, et dont la famille était cliente de M. Bayet.

     

    « C’était le début de la guerre de 1914. La plupart des professeurs ayant été mobilisés, ils furent remplaces par des grands séminaristes qui n’avaient pas encore l’âge d’être mobilises ou qui avaient été reformés, ou par des prêtres reformés. Des anciens, il ne restait qu’un ou deux prêtres âgés, tel le P. Didier. Parmi les grands séminaristes, je citerai le P. Monchanin, qui devait plus tard se faire un nom comme moine aux Indes. Nous l’appelions « le Jules ». Il planait, il nous disait, par exemple : « S’il pleut, il n’y a qu’à nier la pluie ». Il avait sa chambre attenante au dortoir des élèves de première. J’avais un jour dirigé un chahut au dortoir pour lequel il m’a imposé une punition bien méritée ». Quel chahut ? Quelle punition ? Nous n’en saurons pas plus. Mais tout espiègle et chahuteur qu’il fût, Claudius n’en était pas moins classé parmi les bons élèves. Il ne tenait pas tellement au baccalauréat. Il réussit l’écrit, mais fut « collé » à l’oral. Le repêchage d’octobre ne l’intéressait pas davantage. « D’autant plus que pendant les vacances, il fallait remplacer ceux qui étaient à la guerre pour faire les travaux des champs : fenaison, moisson, regain, labour d’automne ». Sans avoir ouvert le moindre livre de toutes les vacances, Claudius se présenta à l’oral d’octobre. Bien lui en prit car il fut reçu. Ce sont de ces vacances laborieuses de l’époque qu’il parlait de temps à autre, et c’est ainsi que nous savons qu’il avait été, sinon le meilleur, du moins l’un des meilleurs faucheurs du village.

     

    En octobre 1917, Claudius entra au grand séminaire diocésain de Villefranche. Il y fit ses deux années de philosophie et, à la rentrée de 1919, se trouva en théologie en même temps que les « vieux séminaristes qui avaient fait la guerre ». Ses études furent interrompues, d’octobre 1920 à septembre 1922, par le service militaire. Claudius était alors un grand jeune homme, bien charpenté. Il n’est donc pas étonnant que pendant son service militaire Claudius fît partie de l’équipe de rugby de son régiment. Quand il était en veine de confidences, il narrait ses exploits de trois-quart aile gauche, et montrait, gestes à l’appui, comment il se débarrassait de ses adversaires. Il ne devait pas faire bon se trouver en face de lui !

     

    Quand il revint au séminaire pour continuer ses études, le cycle de théologie avait été porté à quatre ans. Il le termina donc en 1925. Mais là s’arrêtent ses confidences. C’est donc dans une interview qu’il avait accordée au journal catholique Udomsarn, en décembre 1986, qu’il faut chercher l’enchaînement des événements.

     

    Vers le mois d’octobre ou novembre 1923, pendant sa troisième année de théologie, le séminariste Claudius Bayet entendit l’un de ses professeurs parler du salut des infidèles, et en particulier du salut de ceux qui mouraient sans baptême. Il l’écouta avec d’autant plus d’intérêt que la deuxième ou troisième fois que le sujet était abordé, il ressentit comme une chaleur l’envahir corps et âme, ce qui l’étonna lui-même. Il s’en ouvrit à son directeur de conscience et lui demanda s’il n’y avait pas là un signe certain que Dieu l’appelait à être missionnaire. La réponse de son directeur fut négative. Vers la fin de l’année scolaire, il revint pourtant à la charge et redemanda à son directeur son avis et sa décision. Cette fois, il obtint cette réponse : « Oui, Dieu vous appelle à être missionnaire, à prêcher l’Évangile en pays de mission. Si je vous ai répondu négativement la première fois, c’était pour vous éprouver. Je suis maintenant convaincu de votre vocation ».

     

    Claudius fit donc sa demande d’admission au supérieur du séminaire des Missions Étrangères. À la fin de ses études de théologie, il fut ordonné prêtre à Lyon le 28 mars 1925. Trois semaines plus tard, il entra au séminaire de la rue du Bac pour une année de probation. Au terme de cette année, il reçut sa destination pour la Mission du Laos dont le siège était à Nongsaeng, dans la province de Nakhonphanom, sur la rive thaïe du Mékong. La Mission du Laos avait été séparée de celle de Bangkok en 1899, et elle comprenait alors tout le Laos et le Nord-Est de la Thaïlande, ou Phak Isam.

     

    Le P. Bayet quitta Paris le 6 avril 1926, prit le bateau à Marseille pour Saïgon. De là, il remonta le Mékong en chaloupe à moteur jusqu’à Nongsaeng où il débarqua le 14 novembre. Mgr Gouin, Vicaire apostolique, le nomma vicaire à Khamkeum, avec trois dessertes avoisinantes. Au mois de mai 1927, le P. Bayet fut nommé vicaire à Tharae, à soixante-dix kilomètres de Nongsaeng. Il le restera jusqu’au 31 décembre 1937, et ce fut comme curé de ce gros village catholique qu’il commença l’année 1938.

     

    Les événements d’Indochine éclatèrent en novembre 1940. Tous les Pères français en poste dans le Nord-Est furent priés de quitter le territoire thaï. Le 29 novembre, le P. Bayet fut conduit à la frontière sous bonne escorte, et même les menottes aux mains à certains moments. Comme Mgr Gouin pensait que ces Pères pourraient regagner leur poste sous peu, il ne leur donna pas d’affectation dans la partie laotienne de la Mission. En mars 1941, ce fut donc dans le Vicariat apostolique de Hué (Vietnam), qu’on retrouve le P. Bayet curé de trois petites chrétientés vietnamiennes. Quand avait-il appris le vietnamien ? On ne saurait le dire. Toujours est-il qu’il disait qu’il en savait assez pour entendre les confessions. À la réunion annuelle de novembre 1941, Mgr Gouin se décida à donner de nouvelles affectations dans la partie laotienne du Vicariat, à ces Pères qui avaient quitté le Nord-Est de la Thaïlande. Le P. Bayet fut nommé à Savannakhet. Lui et le P. Thomine devaient assurer l’apostolat dans cette province, se relayant à Donghen ainsi qu’à Muang Phin. Le P. Bayet passait plusieurs jours chaque mois dans la petite chrétienté de Chepone, à deux cents kilomètres à l’Est de Sawannaket. De novembre 1943 à mars 1946, ce fut à Pakse, au Sud du pays, qu’il fut curé.

     

    Entre temps, le 14 janvier 1945, Mgr Thomine, qui avait succédé à Mgr Gouin, avait nommé le P. Bayet provicaire de la Mission. À la mort de Mgr Thomine, fusillé par les Japonais le 21 mars 1945, le P. Bayet se trouvait donc administrateur de la Mission, du moins le croyait-il, car avant de se livrer aux Japonais, l’évêque avait nommé le P. Huu supérieur de la Mission, pensant que son provicaire serait lui aussi empêché d’exercer ses fonctions. En fait, le P. Bayet avait bien été arrêté par les Japonais le 11 mars et interné dans les bâtiments du groupe scolaire de Paksé, mais il fut libéré au bout d’une quinzaine de jours. Son laissez-passer ne lui permettait néanmoins de ne se déplacer que dans les limites de la province. Ce ne fut donc qu’en mars 1946, quand il put aller à Thakhek, que le P. Huu, en le voyant, proclama : « Voici le supérieur de la Mission ».

     

    Le 10 avril 1947 le P. Bayet fut nommé Vicaire apostolique de la Mission du Laos. Les PP. oblats de Marie Immaculée avaient pris en charge la partie Nord du Laos dès 1938. La Mission du Laos dont il héritait, comprenait encore tout le Moyen et Bas Laos, et tout le Nord-Est de la Thaïlande. Mgr Bayet fut sacré évêque à la cathédrale de l’Assomption à Bangkok le 3 octobre suivant. Ce fut pendant ce séjour dans la capitale qu’il reçut la permission de résider à nouveau en Thaïlande.

     

    Comme Mgr Gouin avant lui, Mgr Bayet se rendait bien compte que le territoire qui lui était confié était encore trop vaste. Lui-même devait passer un mois au Laos, un mois en Thaïlande, ne sachant jamais ce qui se passait entre temps de l’autre côté de la frontière. C’était un va-et-vient incessant et peu commode pour une administration efficace. Il alla donc à Rome  entreprendre des démarches qui aboutirent à un premier partage, le 21 décembre 1950 : la Mission du Laos fit alors place à la Préfecture apostolique de Thakhek au Laos, et au Vicariat apostolique de Tharae en Thaïlande. Cinquième et dernier Vicaire apostolique de la Mission du Laos, Mgr Bayet devint le premier Vicaire apostolique de Tharae.

     

    Cette dernière Mission recouvrait encore quinze départements. Elle était encore trop vaste. De nouvelles démarches, menées avec l’accord du clergé local, aboutirent à une nouvelle division, le 7 mai 1953 : le Vicariat apostolique de Tharae était confié au clergé thaï, celui d’Ubonrajathani à la société des Missions Étrangères, et la Préfecture apostolique d’Udorthani confiée aux Pères rédemptoristes américains. Mgr Bayet devint donc le premier Vicaire apostolique d’Ubon. Ce Vicariat fut une nouvelle fois divisé en 1965 pour donner naissance au Vicariat apostolique de Nakhonrajasima (Khorat). Enfin, lors de l’établissement de la hiérarchie en Thaïlande, Mgr Bayet devint le premier évêque d’Ubon.

     

    C’était déjà l’après-Concile. Il va de soi que Mgr Bayet avait été Père conciliaire, et il lui revint de mettre en œuvre les décisions du Concile. Il fut le premier président de la Conférence épiscopale de Thaïlande. Lui-même ne parlait guère que des permissions qu’il avait demandées et obtenues, telles celles de donner la communion dans la main ou de ne faire que deux lectures le dimanche. Mais il est certain que son rôle ne se limita pas à ces quelques détails.

     

    Cet après-Concile lui a-t-il été difficile ? Mgr Bayet s’est-il senti dépassé par les événements, les idées nouvelles ? Ou bien accusait-il déjà le poids des fatigues accumulées pendant plus de quarante ans de labeur apostolique ? Quoi qu’il en soit, en août 1969, le Saint-Père accepta la démission de notre évêque qui demanda à continuer son tra­vail missionnaire dans le diocèse d’Ubon. Son successeur, Mgr Germain Berthold, le nomma en 1970 curé de Nongthanmoi, un gros village catholique du département de Sisaket, et responsable aussi des dessertes de Nonsawang et Saphan. Il y resta neuf ans. En 1979 Mgr Bayet fut victime d’une attaque d’hémiplégie et dut entrer à l’hôpital. Il présenta sa démission et vint se retirer au centre même du diocèse dans ce qu’il appelait « ses appartements », c’est-à-dire un bungalow à côté de l’évêché. Ce fut là qu’il passa les onze dernières années de sa vie.

     

    Pendant sa retraite, il ne resta pas inactif. Mettant à profit sa prodi­gieuse mémoire, il se fit l’historien de la Mission du Laos, vérifiant ses références, recoupant ses informations, consultant les archives, écrivant même ici et là pour de plus amples renseignements. De ce travail sortirent plusieurs plaquettes et le livre « Une lumière s’est levée », histoire de l’évangélisation du Nord-Est de la Thaïlande et du Laos. Puis, à la demande de Mgr Bunluen, il écrivit l’historique plus détaillé de chacun des postes du diocèse d’Ubon, n’hésitant pas à se rendre sur place pour consulter les registres et interroger les anciens.

     

    Déchargé de toute responsabilité pastorale, Monseigneur se faisait un plaisir de répondre à tous ceux qui avaient recours à ses services, qui pour des confessions, qui pour une prédication, une récollection, une retraite ou la présidence d’une fête d’église, en suivant un principe très simple : « premier venu, premier servi ». Monseigneur n’était jamais si heureux que quand son calendrier était bien chargé. Il aimait rendre service, il aimait le contact des gens. Et les Pères le savaient qui l’invitaient régulièrement à leurs fêtes paroissiales.

     

    Le 8 juillet 1986, Mgr Bayet fut de nouveau victime d’une petite attaque qui lui rendit le bras gauche douloureux et sans force. Après plusieurs passages à l’hôpital, il y eut un mieux très sensible, mais ce bras ne retrouva plus sa vigueur d’antan. Quelques jours après ses quatre-vingt-huit ans, Monseigneur dut faire un long séjour à l’hôpital d’Ubon : des plaies au tendon d’Achille semblaient défier tout traitement. Une greffe de la peau fut tentée et réussit. Après avoir passé tout le carême à l’hôpital, Monseigneur regagna ses appartements le Jeudi saint. Il semblait même avoir trouvé une nouvelle jeunesse. Il se remit d’une agression dont il fut victime dans son petit pavillon la nuit du 1er octobre 1988. L’opération de la cataracte au mois de novembre suivant fut elle aussi une réussite, et lui permit de lire, et aussi d’écrire. Monseigneur écrivait beaucoup et répondait à toutes les lettres et faire-parts qu’il recevait, et cela jusqu’au dernier jour. Il triomphait de la maladie et des opérations malgré son diabète. Rien ne semblait venir à bout de cette « force de la nature ». Combien de fois lui a-t-on dit  qu’« il nous enterrerait tous ! » Il s’en défendait pourtant : « C’est vous qui le dites ! » Il préférait s’en remettre au Seigneur, et il attendait, calmement, dans la prière et le service de gens plus démunis : réfugiés laotiens ou pauvres d’Ubon. Certes, il s’est souvent laissé tromper, et les longues files d’attente finissaient par indisposer son entourage. Mais cela n’enlève rien à sa générosité, à sa bonté.

     

    Depuis quelques jours, Mgr Bayet se plaignait de dormir mal, mais dans la journée il nous disait : « Aujourd’hui, j’ai fait une longue sieste de quatre heures ». Son gardien le trouvait plus fatigué. Le samedi 18 août, il vint encore. prendre ses repas avec Mgr Bunluen et les PP. Praphat et Laouénan. Mais après le repas de midi, ses jambes ne le portaient plus et il ne pouvait plus se lever. Il fallut deux hommes pour l’aider à faire les quelques pas qui le séparaient de son bungalow. Le soir, on lui proposa de prendre son repas chez lui, mais il insista pour venir avec les autres ; il y avait eu un léger mieux et Mgr Bunluen était allé bavarder quelque temps avec lui sur la véranda où il récupérait un peu de force. La nuit sembla avoir été bonne, et le dimanche matin Monseigneur prit son petit déjeuner. Ce fut après le repas que, s’étant rendu aux toilettes, il appela son gardien. Ce dernier, n’arrivant pas à le soulever, fit appel à Mgr Bunluen qui recueillit ce qui semble avoir été le dernier souffle de Mgr Bayet. Il était sept heures un quart environ. Sur ces entrefaites, le P. Mansuy, que Mgr Bayet se faisait une joie d’accueillir, arriva. Mais quand lui et le P. Laouénan se rendirent au bungalow, Mgr Bunluen leur dit : « C’est fini ! ». Notre patriarche nous avait quittés à l’heure où, dans toutes les églises, les communautés chrétiennes célébraient l’Assomption de la Vierge Marie. Il est allé, lui aussi, recevoir la récompense du « serviteur bon et fidèle, l’entrée dans la joie de son maître ».

     

    L’enterrement eut lieu le jeudi 23 août à dix heures. L’assistance fut très nombreuse. On a parlé de trois à quatre mille personnes, venues de presque toutes les paroisses d’Ubon et même de Tharae. Treize évêques et plus de soixante prêtres concélébrèrent. Une longue procession conduisit Mgr Bayet à sa dernière demeure au cimetière d’Ubon. Il repose maintenant près des anciens : le P. Dabin, curé d’Ubon de 1884 à 1908 et décédé en 1927, les PP. Antoine Mun et Albert Dong, les deux premiers prêtres du Nord-Est, et tout à côté des PP. Fabas, Guidon, Clément et Mabboux.

     

    Mgr Bayet nous a quittés, et « avec lui c’est toute une époque et toute une épopée qui s’achève, l’époque des pionniers de la Mission du Laos et du Nord-Est thaïlandais, avec des chevauchées sur des pistes interminables de la brousse. Les missionnaires étaient brûlés par le soleil et pataugeaient dans la boue à la saison des pluies. Ils se contentaient d’une nourriture et d’un habitat plus que frustes, et au milieu de tout cela, ils avaient le souci d’églises dispersées, de chrétiens à peine dégrossis, et la responsabilité de confrères aux personnalités souvent originales. Mgr Bayet semblait fait pour ce genre de vie : géant taillé dans le roc, la grande barbe en broussaille, la démarche mal assurée des anciens joueurs de rugby, il avait le parler franc et direct des gens de son pays, un vrai Stéphanois en somme ». Tel est le témoignage d’un confrère qui l’a connu pendant trente ans.

     

    On a dit que Monseigneur aimait le passage des confrères ; il aimait les recevoir, et cela parce qu’au fond il les aimait et s’en voulait solidaire. Cette solidarité est relevée par plusieurs témoignages de prêtres, tant thaïs que français, jeunes ou plus âgés. Ce confrère qui parlait tout à l’heure continue son témoignage : « J’avoue que pendant ces trente années, je n’ai jamais entendu Mgr Bayet se plaindre ou critiquer un confrère, ou garder rancune contre quelqu’un ». Cette qualité, Monseigneur savait aussi la reconnaître chez les autres et l’apprécier, que ce soit chez ses confrères prêtres ou les religieuses auxquelles il avait affaire. Il répétait à qui voulait l’entendre : « Un tel ? Une telle ? Nous nous disions franchement ce que nous avions à nous dire, et parfois vio­lemment, mais après, il, ou elle, ne gardait pas rancune ». C’était presque le plus bel hommage qu’il pouvait rendre à quelqu’un. « Mgr Bayet était un homme qui savait vivre ; il savait vivre en société et apprécier la bonne compagnie et, le cas échéant, un bon verre ou une partie de cartes ».

     

    Tout le monde se plaît à reconnaître — et ce fut presque un leitmotiv lors des homélies ou des mots d’adieu des uns et des autres — que Mgr Bayet était un homme de devoir. Peu ont poussé aussi loin que lui ce « sens du devoir et de la ponctualité ». Lors de l’homélie de Mgr Bunluen à la messe d’enterrement, un incident technique nous a privés de la voix de Mgr Bayet. Il était en effet prévu d’écouter l’enregistrement d’un court passage de ce qu’il nous avait dit le jour de ses quatre-vingt-dix ans : « Je n’ai rien fait d’autre que mon devoir ; oui, j’ai simplement fait mon devoir. Dieu n’attend rien d’autre de nous que de faire notre devoir ». Mgr Bunluen, continua : « Faire son devoir, ces mots, Mgr Bayer ne les a pas seulement enseignés, il les a vécus lui-même et nous en laisse l’exemple. Nous devons, nous aussi, non seulement nous souvenir de ses conseils, mais les appliquer à notre vie. Nous serons fidèles à nos devoirs de chrétiens quelle que soit la place que nous occupons dans la société ; fidèles à nos devoirs de religieux, à nos devoirs de prêtres, selon la volonté de Dieu ». Plusieurs témoignages spontanés disent aussi que rien ne peinait tant Mgr Bayet que de voir des prêtres ou des religieux manquer de fidélité à leurs devoirs. Cela le rendait triste et il avouait même en avoir pleuré. C’était presque une devise pour lui, et il lui arrivait de chanter sur un air connu de lui seul : « Je suis heureux de faire ce que j’ai à faire, je trouve mon bonheur dans mon travail ».

     

    « Mitte operarios » était sa devise épiscopale. Ce souci de voir le Seigneur « envoyer des ouvriers » à sa moisson s’est manifesté de plusieurs façons. Des ouvriers, il en recevra, il en appellera, il en fera former, car le champ était vaste et la tâche immense. En juin 1948, il reçut les Pères rédemptoristes américains de la province de Saint-Louis, Missouri. Après plusieurs démarches auprès de la Congrégation pour la Propagation de la Foi, les Pères américains se virent confier la partie Nord de la Mission, qui devint plus tard le diocèse d’Udornthani. Arrivé à Ubon en 1953, Mgr Bayet n’y avait trouvé qu’une seule école secondaire catholique, celle de l’Ave Maria, pour jeunes filles. Tout de suite germa l’idée d’une école secondaire pour garçons et le désir de la confier à des religieux. Si l’école Saphannyu fut ouverte dès 1957, ce ne fut qu’en 1965 que les premiers Frères de Saint-Gabriel vinrent, sous la houlette du Frère Séraphin, en prendre la direction. Cette école devint le collège de l’Assomption d’Ubon. Elle accueille maintenant plus de mille sept cents élèves. C’est également à Mgr Bayet que l’on doit la présence à Ubon, dès 1961, des Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition. Elles y dirigent, entre autres, l’école Yaovaret, avec plus de cinq cents jeunes filles. Leur recrutement local, après des débuts difficiles, semble assuré.

     

    Mais non content de recevoir ou d’appeler des ouvriers de l’extérieur, Mgr Bayet veilla à ce que les candidats locaux au sacerdoce ou à la vie religieuse fussent bien formés. Déjà au Laos en 1946, il avait fait son possible pour que les séminaristes des Moyen et Bas Laos fussent admis au séminaire de Paksane, chez les Oblats. Ce fut aussi sous son impulsion que le P. Sinuen, provicaire, avait ouvert, en mai 1947, le petit séminaire de Tharae, qui fonctionna d’abord comme séminaire-collège Saint-Joseph, car c’était la seule façon d’avoir un nombre suffisant d’élèves pour pouvoir ouvrir cette école. Mais Mgr Bayet voyait déjà plus loin et décida la construction d’un séminaire, à l’ouest du village de Tharae, et il en bénit la première pierre le 6 mai 1952. Lors de la division de la Mission en 1953, par entente orale, ce séminaire fut un séminaire inter-missions pour les trois circonscriptions du Nord-Est. En 1954, Mgr Michel invita Mgr Bayet à venir bénir les nouveaux bâtiments du séminaire Notre-Dame de Fatima, dont l’encadrement fut assuré par les Pères d’Ubon jusqu’en 1973. Mgr Bayet demanda à la plupart de ses Pères un stage plus ou moins long au séminaire de Tharae, et l’on compte facilement ceux d’entre eux qui n’y sont pas passés. Quant à lui, il se faisait un devoir d’aller visiter « ses » séminaristes tous les ans.

     

    L’un d’eux se souvient : « Mgr Bayet se faisait un devoir de venir voir les séminaristes une fois par an. À chaque fois, il s’entretenait avec chacun d’entre nous, nous demandait comment ça allait, de qui nous étions l’enfant. Monseigneur avait une excellente mémoire, il se souvenait des noms des pères et mères de presque tous les séminaristes. Nous ressentions beaucoup de chaleur humaine lors de cette visite de Mgr Bayet. alors que nous étions si loin de chez nous. Que ce soit le séminaire de Notre-Dame de Fatima de Tharae ou le séminaire de l’Épiphanie d’Ubon, l’un et l’autre sont dus à Mgr Bayet. C’est lui qui en a décidé la construction. Monseigneur voyait loin et il voyait l’importance de la préparation du personnel qui viendrait travailler à la moisson de ce Nord-Est de la Thaïlande ».

     

    Quand le nombre des séminaristes de Tharae devint si grand que les bâtiments ne suffirent plus à les loger, chaque diocèse bâtit son propre séminaire, et à Ubon Mgr Bayet fit bâtir le séminaire de l’Épiphanie au village de Nakham, dans la banlieue d’Ubon. Les premiers temps, les élèves y terminèrent leurs études primaires avant de continuer à Tharae. Quand le système scolaire changea et que le cycle primaire fut porté à six ans, les élèves y firent le cycle secondaire en suivant les cours du collège de l’Assomption avant d’aller au séminaire intermédiaire de Khorat.

     

    Ce qui est vrai des séminaires l’est aussi des couvents. Si, à l’origine, les religieuses Amantes de la Croix des trois couvents de la Mission renouvelaient leur vœux tous les ans, dès 1948 Mgr Bayet les autorisa à prononcer des vœux perpétuels. Quand il fut devenu Vicaire apostolique d’Ubon, il se soucia de donner une existence canonique au couvent des Amantes de la Croix d’Ubon. Il demanda au P. Mabboux, leur aumônier, de préparer les constitutions et le règlement du couvent. Après des corrections demandées par Rome, Mgr Bayet érigea « en accord avec les Saints Canons, la Congrégation des Religieuses Servantes de Marie d’Ubon en lieu et place du couvent des Amantes de la Croix d’Ubon » le 1er décembre 1961, et en approuva les Constitutions le même jour. Mais plus sans doute qu’à cet aspect juridique, c’était à la formation des religieuses qu’il s’intéressait, à leur esprit évangélique, à leur zèle missionnaire, à leur sens du devoir. Il n’hésita jamais à leur prêcher récollections ou retraites, et il se fit toujours un plaisir de présider, et plus tard d’assister, à leurs professions religieuses. « Marchez, leur disait-il, allez de l’avant dans votre devoir de servir Dieu. »

     

    Ce sens de la formation chrétienne des candidats au sacerdoce ou des candidates à la vie religieuse n’étonnera personne, car Mgr Bayet avait à cœur la formation chrétienne de ses ouailles. Tous les Pères sont unanimes à reconnaître que Mgr Bayet veillait à cette formation et s’en assurait quand il allait donner la confirmation dans les villages. Les enfants étaient appelés et il les enseignait lui-même, leur faisait réciter les principales prières. Comme à l’époque les déplacements se faisaient à cheval et par de mauvaises pistes, on était moins pressé que maintenant et on prenait davantage son temps !

     

    Quand on connaît son attachement au devoir, sa fidélité à la vocation, on comprend aisément que Mgr Bayet fût frappé par le témoignage de celles qui poussèrent cette fidélité jusqu’au bout, jusqu’à verser leur sang pour elle. On comprend aussi que dès qu’il put le faire, il s’intéressât aux six martyres de Songkhon, fusillées par haine de la foi le 26 décembre 1940. Il se rendit lui-même à Songkhon par deux fois pour y recueillir tous les renseignements dont il avait besoin, les témoignages et dépositions des uns et des autres. Pour lui, il ne faisait pas de doute qu’elles fussent martyres, et il tenait à ce que cette fidélité fût donnée en exemple à l’Église. Quand il eut en mains tous les éléments disponibles, il envoya le dossier à Rome. Plus tard, d’autres s’occupèrent de ce dossier, y joignirent aussi le cas du catéchiste Siphong. Mais Mgr Bunluen dans son homélie, et Mgr Kien dans son eulogie, tinrent à marquer le rôle de Mgr Bayet. « S’il n’avait pas commencé, nous n’aurions certainement pas maintenant les sept martyrs de Thaïlande », dit Mgr Kien. Un procès de béatification ne se fait pas en un clin d’œil, mais il est à croire que Mgr Bayet avait le temps d’attendre et son attente n’a pas été vaine, ni vaines ses prières. Le décret reconnaissant officiellement le martyre du catéchiste Siphong, des Sœurs Agnès et Lucie et de leurs quatre compagnes, fut promulgué le 1er septembre 1988. Le dimanche 22 octobre 1989, la cérémonie de béatification se déroula à Rome. Du 6 au 10 décembre, à Songkhon, ce furent de grandes fêtes. Mgr Bayet eut cette joie de voir béatifiés ceux dont il avait depuis si longtemps introduit le procès. Personne ne doute que ces Bienheureux ne soient venus l’accueillir et le conduire au Ciel.

     

    Un confrère qui a bien connu Mgr Bayet lors de sa retraite à l’évêché, et qui eut, à maintes reprises, l’occasion de le soigner, donne ce témoignage : « Quand il était malade, il était docile vis-à-vis de ceux ou celles qui s’occupaient de lui, que ce soit le médecin, l’infirmière ou moi-même à l’évêché. Il faisait confiance à ces personnes, pensant qu’elles accomplissaient leur tâche fidèlement et consciencieusement, comme lui-même était habitué à le faire ».

     

    « Comme il avait été à la tête du diocèse d’Ubon, sa présence à l’évêché aurait pu être une gêne pour l’évêque actuel. Mais il n’y a pas eu de problème dans ce domaine. Mgr Bayet aimait savoir ce qui se passait, mais il ne se mêlait pas de la façon dont son successeur dirigeait le diocèse. Même s’il n’approuvait peut-être pas toujours ce qui se faisait, il restait discret et n’intervenait pas. Les rapports entre l’ancien et le nouvel évêque étaient bons. Mgr Bunluen consultait d’ailleurs volontiers Mgr Bayet à l’occasion ».

     

    « Mgr Bayet était un homme simple, il était proche des gens simples. Mais en même temps, il tenait son rang. Il avait conscience de l’importance du rôle qu’il avait eu à jouer dans l’évolution de la Mission du Laos, et il aimait qu’on lui manifestât une certaine reconnaissance. Il aimait être fêté. Je pense qu’il aura été content de la fête organisée lors de ses obsèques, et que maintenant il peut jouir de la fête sans fin ».

     

    Ces quelques notes, aussi imparfaites qu’elles soient, ont essayé de montrer comment Mgr Bayet a vécu sa longue vie de missionnaire dans une période difficile et une région en pleine mutation.

     

    En guise de conclusion, on citera deux témoignages. Le premier émanant d’un ancien pro-nonce en Thaïlande : « Mgr Bayet a été l’un des personnages majeurs de l’Église catholique en Thaïlande et au Laos. Sa forte personnalité et son zèle infatigable ne seront jamais oubliés. Il était ce qu’en français nous appelons un « original », mais d’une humilité et d’un bon sens qu’on ne pouvait qu’admirer ». Le second témoignage est celui d’un jeune Père thaï : En tant que prêtre thaï, je ne peux m’empêcher de remercier Mgr Bayet d’avoir été pour moi un exemple de vie sacerdotale, en particulier par sa fidélité au devoir, son zèle dans l’apostolat, son attachement à Dieu et la fermeté dans sa vocation, ses bons rapports humains avec tous, et surtout cette clairvoyance, cette faculté de voir loin et de préparer l’avenir de l’apostolat par la préparation du personnel, par l’établissement des séminaires.

     

    Mgr Bayet nous a quittés le 19 août 1990, mais sa vie et son idéal resteront toujours avec l’Église en ce Nord-Est et avec nous tous.

    • Numéro : 3294
    • Pays : Thaïlande
    • Année : 1926