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Jules BAYART (1877-1900)

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    Jules-Joseph Bayart était né le 31 mars 1877, à Hem, au diocèse de Cambrai.

    Interrogée sur les premières années de Jules, sa sœur, religieuse de la communauté des Sœurs de la Sainte-Union, en a tracé les lignes suivantes : « Ceux qui le connaissaient, étaient unanimes à le trouver un enfant peu ordinaire. Je me souviens qu’étant à la ferme, j’entendais les personnes les moins perspicaces dire de lui : Vraiment Jules pourra être curé, quel bon petit garçon ! Ne semblait-t-il pas que la pureté de son âme se reflétait sur son visage, et tout petit enfant ne faisait-il pas penser que le bon Dieu voulait son cœur tout entier…

    La bonne Providence paraissait prendre de lui un soin spécial : il avait à peine quatre ans qu’il s’est trouvé pris sous une voiture chargée de tourteaux, où il devait être écrasé. Il n’eut pas la moindre blessure. La même année, il a été retrouvé dans un fossé large et profond, ne donnant plus signe de vie. Après quelques heures on ne voyait plus trace de rien.

    Je me rappellerai toujours l’horreur qu’étant plus grand, il avait pour le péché ; je ne crois pas l’avoir jamais entendu prononcer un mensonge.

    L’année de sa première communion fut exemplaire entre toutes ; en ses mauvais moments il suffisait que je lui rappelle la peine qu’il faisait au bon Dieu, pour qu’il redevînt aussitôt sage. »

     

     

    Le 6 octobre 1888, Jules entra au petit séminaire de Cambrai. Voici, sur cette époque, ce qu’a écrit un de ses condisciples : « Jules s’habitua bien vite. Une mine heureuse, un caractère bien rond, un nom surtout à faire fortune ; il se fit rapidement un petit cercle dont il fut le maître coq. C’était un joueur de balle émérite, dur à la fatigue, bien souple…..toutes les qualités enfin ! il réussit, et de tous ses condisciples se fit autant d’amis.

    Dès la troisième, on parlait de son avenir. Des clans se formaient : le clan des professeurs……les artistes ; celui des directeurs de patronage, des futurs curés de campagne, etc……Jules eut vite fait son choix. Les condisciples à mine ouverte qui formaient le groupe des missionnaires, attirèrent ses regards, puis son cœur, et certes il y fut bien reçu !

    En seconde, on devient sérieux. En rhétorique, on est parfait. Bon condisciple, élève pieux, travailleur, Jules mérita toujours l’éloge de ses maîtres, et fut constamment bien vu de tous les séminaristes qui l’avaient surnommé –c’était facile- « le chevalier Bayart ».

     

    À l’ombre du sanctuaire s’était affermie une vocation depuis longtemps entrevue. Depuis longtemps, son rêve était d’être missionnaire.

    La rhétorique allait s’achever ; il fallait songer aux démarches officielles. S’ouvrir de ses projets à sa famille, c’était fait, mais sans que rien encore ne fût définitivement décidé.

     

    Le père Bayart, un « terrien » de famille, attaché à son affaire et soucieux de l’avenir de sa ferme, ne laissait pas ignorer que le bon Dieu lui demandait là un rude sacrifice. Mais enfin l’autorisation paternelle fut accordée, et il ne s’agissait plus que de solliciter celle de Mgr l’Archevêque et de formuler sa demande d’admission au Séminaire des Missions Etrangères.

     

    Au vacances de 1894, le 21 août, parvenait à la ferme le dernier bulletin de rhétorique de Jules, avec cette note de M. le chanoine Meurisse, alors supérieur du petit séminaire : « Mgr l’Archevêque accorde à notre cher Jules l’autorisation d’entrer  aux Missions Etrangères. Que la bénédiction de Notre-Seigneur accompagne sa démarche. »

    Neuf jours après, autre apparition du facteur apportant un pli de Paris….Les affaires marchaient vite ; décidément le bon Dieu craignait de perdre son missionnaire. On lut :

    « Mon cher ami, tout semble indiquer que le bon Dieu vous veut missionnaire : désir ancien, approbation de votre directeur spirituel, consentement de vos bon parents et permission de l’autorité ecclésiastique, auxquels viennent s’ajouter les bons renseignements du supérieur du petit séminaire. Il est donc juste de vous ouvrir les portes de notre séminaire des Missions Etrangères. C’est pourquoi M.le Supérieur me charge de vous faire savoir que votre demande a été accueillie favorablement. Vous pouvez donc prendre vos dispositions pour nous arriver le jour de votre choix, entre le 10 et le 17 septembre…. »

     

    Ce fut un jour sombre que le jour du départ : sombre pour M. et Mme Bayart, sombre pour la famille et les amis qui en grand nombre accompagnaient l’aspirant missionnaire à la gare. Jules, lui, rayonnait de joie, malgré les larmes inévitables arrachées par l’émotion, par la pensée d’une absence qui devait vraisemblablement durer plusieurs années. On s’embrassa une dernière fois…..et le train fila sur Douai d’abord, où Jules allait faire ses adieux à Marie, sœur bien-aimée, qui commençait à la maison mère des Dames de la Sainte-Union, sa première année de noviciat. Quelques heures après il était à Paris.

     

     

    Deux ans plus tard, au mois de novembre 1896, l’abbé Bayart voulant avant ses deux dernières années de grand séminaire, satisfaire aux exigences de la loi militaire, devança l’époque de son appel sous les drapeaux.

    C’était un gai confrère que l’abbé Bayart ! Son caractère jovial ne l’abandonna jamais, et il devait même s’accuser d’une façon toute particulière à la caserne. On se rappelle toujours avec plaisir, à Lannoy, le brave à barbe rousse qui, tous les dimanches, venait prendre sa stalle aux offices.

    Après le « service » et quelques semaines de vacances, pendant lesquelles il s’occupa des travaux de la ferme, l’abbé Bayart entra au séminaire de la rue du Bac. Dans cette sainte maison, il retrouvait son élément, de gais confrères, d’excellents maîtres, des directeurs éclairés, voilà tout ce qu’il fallait pour rendre la vie du séminaire agréable et profitable.

     

    Hélas ! les épreuves ne firent pas défaut et Dieu voulut éprouver la vocation du futur martyr, en faisant passer l’aspirant-missionnaire par le creuset de la souffrance. Une année terrible s’ouvrait en 1898 pour la famille Bayart. Henri, son jeune frère, avait annoncé à Jules la maladie de son père, le père à son tour annonçait celle de son fils.

    On devine les tortures physiques et morales de l’aspirant-missionnaire. Dieu le voulait donc bien pur, puisqu’il l’éprouvait tant !

    L’heure devenait grave. Le père et le fils au lit, la mère souvent indisposée, qu’allait-on devenir ?

    Dès les premiers jours d’août parvint à Meudon où l’abbé prenait ses vacances, un télégramme d’un laconisme effrayant quand il n’est pas trompeur.

    « Père ne va pas. Reviens. »

    Et il revint, et commença de suite la longue œuvre de dévouement filial et fraternel : infirmier, garde-malade, cuisinier même, il cumula toutes les besognes. Un autre tempérament que le sien eût succombé après huit jours : il y resta des mois.

    Les soins si généreusement prodigués furent hélas ! inutiles.

    Dès les premiers jours d’octobre 1898, M.Bayart s’éteignait doucement dans le Seigneur, après avoir reçu tous les secours et les consolations de la religion, après avoir été soutenu et encouragé par sa forte, sublime et sainte épouse , qui jusque dans ses derniers moments lui inspirait des actes d’amour de Dieu et de repentir chrétien !

    Henri ignora quelques temps que son père le précédait dans la tombe. Quelques semaines après, lui-même y descendit. Mme Bayart restait seule, désolée, sur cette terre, la santé ébranlée mais suffisante pourtant …… Dieu voulait encore prolonger son martyre.

    Ici se place une phase de la vie de notre cher missionnaire, capitale, décisive, sublime d’héroïsme de la part de la mère et du fils, digne des premiers temps de l’église. M. l’abbé Rafin qui fut le premier maître de latin de Jules, l’a racontée dans l’allocution qu’il prononça dans l’église de Lannoy, lorsque son élève y célébra ses prémices sacerdotales :

    Quand vous vous trouvâtes seul en présence de votre mère accablée d’infortunes et de chagrins, de cette mère à qui Dieu enlevait à la fois son  mari et son fils, alors qu’autrefois elle avait offert à Dieu à la fois son fils aîné et sa fille unique, votre cœur posa à Dieu cette question : N’est-ce pas de mon devoir de rester auprès de ma mère ? ….mais cette mère, digne des premiers âges, avait surpris le secret de votre prière et un matin, après l’une de ces communions qui font les forts, elle vint vous dire cette parole admirable : « Mon fils, si Dieu t’appelle, n’hésite pas à retourner au Séminaire, pars pour les missions, Dieu prendra soin de ta mère…

     

    Rentré à la rue du Bac, Jules Bayart reçut le sous-diaconat le25 juin 1899 ; le diaconat, le 26 septembre suivant. Il fut ordonné prêtre le 10 mars 1900 et reçut, le lendemain, sa destination pour la Mandchourie méridionale. Le mercredi, 2 mai, il quittait Paris et s’embarquait à Marseille le dimanche suivant.

     

    C’est le 16 juin que le P.J.J.Bayart mit le pied sur la terre de Mandchourie. IL trouva à la procure Mgr Guillon, son vicaire apostolique le P.Agnius, son compatriote, qui était venu lui souhaiter la bienvenue, et plusieurs autres missionnaires. Ce n’était pas le hasard qui avait amené le P.Agnius  à Ing-tse, Monseigneur lui avait écrit de se rendre au port après la fête de la Pentecôte. Sa Grandeur voulait ménager une entrevue aux deux amis d’enfance. Elle désirait aussi donner au nouveau confrère un guide pour se rendre à son nouveau poste, et elle pensait qu’avec un ami, la route paraîtrait moins longue, les difficultés moins pénibles.

    L’impression que produisit le P.Bayart sur ceux qui le rencontrèrent, fut très favorable. Il paraissait avoir toutes les qualités pour être un missionnaire sérieux et zélé et un aimable confrère. Monseigneur fondait déjà sur lui les plus belles espérances.

    À son arrivée, ce n’était pas encore la persécution ; ce n’était cependant pas le calme ordinaire.Au port, la nouvelle des exploits des boxeurs à Tien-tsin, nouvelle colportée et embellie par la rumeur publique, commençait à échauffer les imaginations. Devant les boxeurs, racontait-on, les canons européens n’étaient plus que des jouets d’enfants, et d’un mouvement d ‘éventail les plus forts navires de guerre devaient disparaître. Le 13 du mois de juin, le bruit courut même que notre église était destinée à tomber sous les sorts jetés par ces bandits pendant la nuit. Malgré ces rumeurs, personne ne croyait que la tourmente pût se propager en Mandchourie, pays ordinairement calme. Rien surtout ne faisait prévoir les immenses malheurs qui sont venus fondre sur toute la Mission.

     

    Après quelques jours de repos, le P.Bayart reçut sa destination. Il était envoyé à Siao-hei-chan, pour s’y former, sous la direction du P .Viaud, à l’étude de la langue chinoise et à la vie de missionnaire. Ce poste était bien choisi ; l’air y était bon et les conversions nombreuses.

     

    Le départ fut fixé au 22 juin ; le P.Agnius était impatient de retourner dans son district. Tout y était en paix, lors de son départ ; ce qu’il avait vu ici lui donnait cependant des appréhensions, et chez lui aucune mesure, aucune précaution n’avait été prise. Le premier jour, les deux voyageurs gagnèrent Niou-tchouang où le P.Moulin se mourait de la fièvre typhoïde. Le lendemain, après midi, ayant embrassé une dernière fois leur confrère malade, ils reprirent la route de Siao-hei-chan, profitant des chrétientés qui se trouvaient sur leur chemin pour passer plus tranquillement la nuit. Le 25, ils arrivèrent chez le P.Viaud.

     

    Depuis lors le sort du P.Bayart a été lié à celui du P.Viaud. Le P.Viaud aurait voulu l’envoyer dans un lieu plus sûr ; mais les circonstances s’y opposèrent et d’ailleurs, ne connaissant pas un mot de chinois, le P.Bayart ne voulut point se séparer de son compagnon. Ils partagèrent donc les mêmes soucis, les mêmes ennuis et les mêmes dangers, jusqu’au jour où ils reçurent aussi la même couronne.

    C’était le 11 juillet , pas même un mois après l’arrivée du P.Bayart. Comme une belle fleur à peine éclose, le bon Dieu le prenait pour orner son paradis.

     

     

    • Numéro : 2484
    • Pays : Chine
    • Année : 1900