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Pierre BAUDU (1916-2003)

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    Gaston, Pierre, Fridolin BAUDU, selon la rédaction de son Acte de naissance de l'État-civil, fils de Fridolin, Constant et de Hortense, Delphine Bodin, son épouse, naquit le 27 octobre 1916 aux Bruyères, un lieu dit sur la commune de Clessé, arrondissement de Parthenay, canton de Moncoutant, dans le département des Deux-Sèvres. Il fut baptisé le 29 octobre 1916, en l'église paroissiale de Clessé, dans le diocèse de Poitiers. Son prénom usuel était Pierre. Ses parents étaient agriculteurs ; quelque temps après, ils furent amenés à quitter Clessé pour se fixer Noirterre, sur la commune de Bressuire, dans le département des Deux Sèvres. C'est là que Pierre passa son enfance et sa jeunesse. Cette famille comptait neuf enfants, deux garçons et sept filles.

    Quand il eut terminé ses études primaires à Noirterre (79), Pierre entra en cycle secondaire au Collège St. Joseph à Bressuire (79), puis il continua ses études au petit séminaire Cardinal Pie à Montmorillon (86). En octobre 1935, il se dirigea vers le grand séminaire de Poitiers. Appelé au service militaire en 1937 pour une durée de deux ans, il fut affecté à Tours puis, en 1939, maintenu sous les drapeaux, en raison du déclenchement de la seconde guerre mondiale, le 3 septembre de cette même année. Il fut blessé au cours des hostilités. Enfin, en raison des clauses de l'armistice franco-allemand entré en vigueur le 25 juin 1940, M. Pierre Baudu fut démobilisé et renvoyé dans ses foyers. Rendu à la vie civile, il reprit le chemin du grand séminaire de Poitiers et y continua sa formation sacerdotale. Sous-diacre le 29 juin 1942, il fut ordonné diacre le 22 décembre 1942 et prêtre, le 23 mai 1943, dans la basilique cathédrale Saint Pierre de Poitiers, par son Excellence Mgr. Édouard Mesguen, évêque de Poitiers.

    Envoyé poursuivre des études universitaires, il obtint à Poitiers le Diplôme d'Études Supérieures en latin, et plus tard à l'Institut Catholique de Paris, les diplômes d'Études pratiques en anglais, en littérature anglaise, et en littérature américaine. Après son ordination sacerdotale, son premier poste fut celui de professeur à l'Institution Saint Gabriel à Châtellerault où il enseigna jusqu'à la fin de l'année scolaire 1949-50.

    En janvier 1950, M. Pierre Baudu présenta au Supérieur Général de la Société des Missions Étrangères une demande d'admission dans cette Société. Dans sa lettre du 24 janvier 1950, son évêque consulté s'exprimait ainsi : …C'est  un prêtre de valeur tant au point de vue surnaturel qu'au point de vue intellectuel. Sa santé a laissé à désirer l'an dernier, mais en ce moment, il parait se bien porter. Nous avons tellement besoin de nos prêtres et en particulier de nos prêtres "spécialisés" comme professeurs que nous aurions désiré le garder un an encore… Le 26 janvier 1950, le Conseil du Séminaire de Paris donnait un avis favorable à la demande d'admission de M. Pierre Baudu, prêtre du diocèse de Poitiers. Le 18 septembre 1950, celui-ci se présentait comme prêtre-aspirant, au séminaire des Missions Etrangères à Paris. Il avait 34 ans.

    Selon le témoignage du Conseil du Séminaire, ce prêtre de valeur tant au point de vue surnaturel qu'au point de vue intellectuel, ancien professeur de collège pendant sept ans, possédant une culture littéraire développée, habitué à la vie de communauté s'adapta sans peine au règlement du séminaire. Au cours de son année de probation, il demanda, le 7 avril 1951,son agrégation définitive à la Société des Missions Étrangères ; le 1er juin 1951, celle-ci devint effective, en même temps que celle de 36 autres confrères. Le 17 juin 1951, le Supérieur Général de la Société donnait leur destination à un groupe de 19 jeunes missionnaires ; sept d'entre eux étaient envoyés au Japon pour le service du diocèse de Yokohama, dans le vicariat forain de Shizuoka. M. Pierre Baudu était l'un des sept.

    Le mardi 25 septembre 1951, au séminaire de Paris, se déroula la traditionnelle cérémonie de départ des jeunes missionnaires. M. Pierre Jacquemart, supérieur régional des Missions Étrangères en Inde, prononça l'allocution d'usage. Puis, les jeunes partants prirent la direction de Marseille où ils s'embarquèrent, le 28 septembre 1951 à bord du paquebot "La Marseillaise". M. Pierre Baudu et ses confrères destinés au Japon faisaient partie de ce groupe. Le 27 octobre 1951, ils débarquaient à Yokohama ; le lendemain, ils arrivaient à Shizuoka, chef lieu du département de même nom, à 180 kms environ de Tokyo, vers l'ouest.

    La communauté missionnaire de Shizuoka fut très heureuse de recevoir cet important renfort de jeunes missionnaires. Pour les héberger durant leur temps d'étude de la langue, et de leur première formation apostolique, il fallut procéder à l'agrandissement et à l'aménagement de la maison commune de Shizuoka. Le chroniqueur de cette Mission écrit  :…Saluons avec joie, une fois de plus, nos six nouveaux confrères, les PP. Baudu, Bombled, Bontemps, Corvaisier, Laurendeau, Sauvion ...Ils sont désormais installés, pour la durée de leurs études, en notre Maison commune, agrandie juste à temps pour les recevoir. Mais six nouveaux étudiants en japonais, six nouveaux missionnaires à entraîner, cela demande toute l'attention d'un ancien expérimenté…En suite de quoi le P. Fonteneau est venu s'installer à la Maison commune, afin de veiller à la formation de nos six nouveaux...

    Malgré son âge, M. Pierre Baudu fit preuve de ténacité et de persévérance dans l'étude de la langue, de l'histoire de la mission et de la culture japonaise. En 1952, alors qu'il était toujours étudiant en langue à la maison commune de Shizuoka, M. Pierre Baudu assurait l'enseignement du français à l'Université de cette ville. Après la retraite annuelle des missionnaires qui se tint à Shizuoka, du 21 au 25 septembre 1953, les jeunes missionnaires étudiants en langue, reçurent leurs premières affectations. M. Pierre Baudu, pour parfaire son japonais, était envoyé en stage pratique à Numazu, auprès de M. Amédée Sueur, curé de cette paroisse. Dans ce poste, il succédait à M. Roger Bontemps, rappelé à la maison commune.

    Le 20 janvier 1954, il était nommé vicaire coopérateur en cette paroisse par Mgr. Luc Katsusaburo Arai, ancien élève du séminaire de Saint Sulpice à Paris devenu évêque de Yokohama depuis 1951. Mais quelques semaines après cette nomination, le curé de Numazu tomba malade. Il revint donc au jeune vicaire d'assurer toute la tâche pastorale, ce dont il se tira fort bien. En plus, il prit contact, à Nagaoka, sur la presqu'île d'Izu, avec un petit groupe de catéchumènes bien disposés, les encouragea, compléta leur préparation spirituelle et jeta les bases d'une petite chrétienté.

    Vers octobre 1954, M. Amédée Sueur, son curé ayant retrouvé la santé satisfaisante lui permettant de reprendre sa tâche pastorale à Numazu, et M. Hubert Bombled lui succédant au poste de vicaire, M. Pierre Baudu fut rappelé à la maison commune de Shizuoka en remplacement de M. Pierre Sauvion. Il recevait une double mission . en premier lieu, assurer l'accueil des confrères, et ensuite, chaque dimanche, aller célébrer la messe à Yatsu, une petite desserte en montagne, comprenant un bon noyau de familles chrétiennes. Le chroniqueur de la Mission nous en retrace l'histoire  :....Quel est le Père de Shizuoka qui ne connaisse au moins de nom, le village de Yatsu ? Il y a quelques 35 ans, le P. Delaye fondait là-bas, près d'un hameau de 150 habitants, une petite paroisse dont les chrétiens manifestèrent immédiatement une piété exceptionnelle et d'où devait sortir l'un des premiers préfets apostoliques du Japon. Malheureusement la guerre vint, et Yatsu, situé à quinze kms de Shizuoka, dans une vallée isolée, ne reçut que rarement la visite du missionnaire, la piété faiblit,les catéchismes furent négligés. L'après guerre,mot à sens plutôt péjoratif au Japon, vit la renaissance progressive de la petite communauté. En 1952, le P. Sauvion y donna de bons coups de boutoir. En 1954, le P. Baudu n'avait qu'à continuer catéchismes, veillées à la paroisse, chants à l'église –eh oui !  même quand on chante faux, il faut bien faire chanter - retraites et sermons tous les dimanches.  Et peu à peu nos quarante braves fidèles se remirent à aimer leur église. Au mois d'août 1956, une colonie de vacances menée avec allégresse rassembla chaque jour tous les enfants du village, et le soir, dans les maisons de païens aussi bien que chez les chrétiens on entendait les enfants chanter les "Ave…Ave... Maria. " Résultat tangible : autrefois dans l'autobus, personne ne cédait sa place au Père, maintenant on se dispute l'honneur de le faire asseoir.."

    En 1955, M. Pierre Baudu, pasteur de Yatsu le dimanche, tout en résidant à la maison commune, était nommé second vicaire de M. Devisse curé de Shizuoka, chargé de développer et d'animer l'aumônerie d'un groupe d'étudiantes et étudiants de la ville et des autres groupes d'étudiants de la mission, en lien avec l'aumônerie centrale de Tokyo.

    En octobre 1956, M. Amédée Sueur rentré de France, se vit confier la responsabilité de la maison commune de Shizuoka. Dès lors, M. Pierre Baudu lui céda la place, et il partit s'installer à l'est de Shizuoka entre Numazu et Gotemba, dans la petite ville de Susono, au pied du Fudji, comme aumônier des religieuses du Sacré-Cœur. Celles-ci  depuis avril 1952, avaient pris la direction d'un groupe scolaire de filles, l' école "Onjosha", qui comprenait toutes les classes du primaire au secondaire, et était installée sur une colline,en dehors de l'agglomération. Cette école avait eu d'humbles débuts, mais elle  progressait d'année en année. En 1960, les bâtiments scolaires nouveaux sortaient de terre à une cadence assez rapide. On pouvait peut être regretter que cette maison de formation se soit implantée loin des grands centres, où depuis longtemps les effectifs auraient grossi peut être un peu vite au point de refuser du monde. Mais l'établissement jouissait d'une bonne réputation et grandissait ; une nouvelle chapelle, en ciment armé venait d'y être construite. Elle fut bénite le 25 juillet 1960, par Mgr. Araï, évêque de Yokohama, en présence d'une foule très nombreuse où bien des races et des nationalités se côtoyaient.

    M. Pierre Baudu ne se contentait pas de sa charge d' aumônier du couvent des religieuses du Sacré-Cœur et de leur école "Onjosha". Il descendait souvent de la colline sur laquelle il était perché, près du couvent et de l'école, pour venir auprès de la gare du chemin de fer , dans l'agglomération de Susono dont la population était estimée à quelques 11.500 haitants. Dans cette cité, M. Pierre Baudu avait un pied-à-terre. La mission avait acheté l'ancien bâtiment de la mairie, en plein centre ville. Le premier étage avait été transformé en chapelle provisoire ; le rez de chaussée était devenu un jardin d'enfants très bien apprécié de la population. Ses effectifs, bien que limités en raison de bâtiments et locaux insuffisants, croissaient rapidement. Une cinquantaine de petits enfants garçons et filles le fréquentaient quotidiennement.

    Il y avait à Susono, une toute petite communauté chrétienne. Au début, l'assistance aux offices religieux ne dépassait pas une dizaine de fidèles, vers 1959, elle atteignait la trentaine de personnes. En juin de cette même année, une chorale seulement composée de jeunes filles, en majorité non chrétiennes, avait été fondée ; mais au bout de quelques mois, quelques timides jeunes gens commencèrent à faire leur apparition. On espérait que dans quelques années, Susono pourrait devenir un district indépendant.

    C'est durant son séjour à Susono, que M. Pierre Baudu entreprit la rédaction d'une "Histoire de la Mission de Shizuoka". Cet important travail de recherche historique fort intéressant fut publiée, en 1959-60, dans plusieurs numéros du "Bulletin de la Société des Missions Étrangères de Paris." Le 20 décembre 1960, ayant remis le soin de sa paroisse de Susono entre les mains de M. Henri Malin curé de Gotemba, M. Pierre Baudu partit en congé et arriva en France, le 20 janvier 1961. Le 10 novembre 1961, il reprenait le chemin du Japon.

    À son retour, il fut envoyé à Shichirigahama avec le titre d'aumônier du sanatorium Ste Thérèse. Cette maison était tenu par les Sœurs japonaises de la Visitation, une Congrégation religieuse fondée près de Tokyo, vers 1926, par Mgr. Albert Breton . Dans ce nouveau poste, M. Pierre Baudu consacra tout son temps aux nombreux malades, au personnel du sanatorium et aux religieuses qui s'y dévouaient. Il eût la joie de faire de nombreux baptêmes en 1962. En 1964, à son travail ordinaire, il ajouta celui de professeur de français pour les élèves de l'Université catholique de Seisen, à Kamakura. Sans faire de la propagande religieuse directe, mais en raison de sa longue expérience du professorat, il lui était possible de commencer une "pré-catéchèse" et d'assurer une présence de l'Église dans le monde universitaire.

    De janvier 1966 à octobre 1966, il devint curé intérimaire de la paroisse de Gotemba, le temps de remplacer M. Henri Malin, curé du lieu, parti en congé régulier .Il remit alors sa charge d'aumônier du Sanatorium Ste Thérèse entre les mains de M. Louis Grange. De Janvier à décembre 1967, le voilà de nouveau curé suppléant. M. Lucien Meyer curé de Mishima, partant en congé, lui confia le soin de sa communauté chrétienne. Après les suppléances, la titularisation. En 1968, M. Pierre Baudu était nommé curé de Yoshida, et l'année suivante, la paroisse de Yaizu lui était confiée. Celle-ci, fondée vers 1958, comptait alors 179 chrétiens. Puis, du 22 février 1970 au 20 octobre 1970, il prit lui aussi son second congé régulier.

    De retour dans sa mission, M. Pierre Baudu retrouva sa paroisse de Yaizu où il travailla jusqu'en 1973. Il prit aussi en charge celle de Kambara. En juin 1974, fatigué, il quitta Yaizu, et remit cette paroisse entre les mains d'un prêtre japonais venu renforcer l'effectif des prêtres du pays travaillant déjà dans le vicariat forain confié aux Missions Etrangères. Quant à lui, il s'occupa de Kambara, une modeste communauté chrétienne plus calme . Le 4 septembre 1974, fatigué, -sempiternelle énigme pour la médecine qui n'arrivait pas à le soulager- sur le conseil de la faculté et de ses supérieurs, mais la tristesse au cœur, il regagnait la France. Il laissait au Japon le souvenir de quelqu'un qui avait aimé ses chrétiens, ce peuple et ce pays. Plus tard, au jour de ses funérailles, ce témoignage lui sera rendu :…On l'appelait "arigato shinfu" c'est-à-dire "le Père Merci", car il répétait souvent ces mots pour remercier de tout cœur.

    Le voyage de retour à Paris par avion, en 1ère classe, lui avait été pénible. Mais, Dieu merci, l'air de France agissant, le P. Baudu retrouva assez vite sa forme grâce au climat du pays natal. Sachant qu'il lui serait impossible de revenir au Japon, il prit un ministère pastoral dans son diocèse d'origine. Il eût la joie d'être très bien accueilli par Mgr. l'Évêque de Poitiers qui le reçut comme "un prêtre à part entière". Il traduisait cette bienveillance dans une lettre du 17 décembre 1974, dans laquelle il informait le Supérieur Général de la Société de sa situation :  :.."Vous avez peut être su que Mgr. Vion, Évêque de Poitiers m'avait donné une paroisse dans son diocèse. Arrivé dans le Poitou, je suis allé le voir immédiatement et bien volontiers il m'a accueilli, comme prêtre "à part entière", selon sa formule…"

    Et voici les paroisses qui lui furent confiées :…"Leignes sur Fontaine est une petite paroisse située à mi-chemin entre Chauvigny et Montmorillon. L'église est une charmante église romane. Je dessers une 2ème paroisse où les "émigrants" venus de Vendée, du Nord des Deux-Sèvres etc.., continuant leurs pratiques religieuses, relèvent un peu le tonus spirituel de la communauté, assez peu fervente dans l'ensemble…Je vais aussi dans une 3ème toute petite paroisse, vraiment misérable.."

    En septembre 1983, M. Pierre Baudu fut nommé curé d'Allonne, une paroisse pratiquante, dit il, située dans les Deux-Sèvres, au Sud de Parthenay…à 25 kms de St. Loup sur Thouet. Saint Loup sur Thouet , c'est le village natal de Saint Théophane Vénard, envoyé en mission au Tonkin, et condamné en raison de l'aveuglement de son cœur et l'obstination de son esprit, toute autre cause étant écartée, à avoir le tête tranchée puis exposée trois jours et enfin jetée au fleuve comme le dit la sentence prononcée le 2 février 1861.

    À l'intention des confrères de la Diaspora se trouvant dans la région, M. Pierre Baudu organisa une rencontre pèlerinage au village natal de Théophane, le 27 septembre 1983. Il nous en donne un long compte rendu dans l'Hirondelle N° 137, du 26 octobre 1983 :

    " Accueillis très aimablement par le Père curé, nous étions 6 Mep à St. Loup, au pays de Théophane. Nécessairement, une réunion à St. Loup ne ressemble pas aux autres. Et d'abord, quelle émotion de célébrer la messe avec le calice même de Théophane ! de s'agenouiller devant l'autel de la Vierge qui fut l'autel de sa dernière messe à St. Loup, au matin de son départ, de tout contempler avec amour dans la chapelle qui lui est consacrée ! Puis, la visite de la maison familiale, d'un charme campagnard de vieille école d'autrefois…et puis, et puis nous avons longuement regardé, palpé les souvenirs de l'enfant privilégié les notes scolaires très brillantes, et pourtant sans faiblesse pour les petites incartades d'un caractère bien accusé.

    Le déjeuner sur les bords du Thouet, avec un petit fromage de chèvre au goût si caractérisé, semblable à ceux que maman Vénard ou Mélanie pouvait faire avec le lait de la chèvre gardée par Théophane. Et l'après-midi, pèlerinage à Bel-Air. Les missiologues de la fin du XXème siècle n'ont rien compris à la mission ; qu'ils aillent faire un tour à Bel-Air ! Qu'ils lisent les paroles prophétiques de Théophane ! Ce n'est pas de la missiologie savante, mais du vrai sang de chrétien, de futur martyr  coulant dans les veines de ce sympathique gamin de 10 ans, et c'est un vrai porteur de l'Évangile qui est allé se faire tuer au Tonkin. Un puissant Salve Regina entonné par le P. Morel nous remit dans l'ambiance  des "Gais Bonjours" d'antan…Théophane à l'an prochain, mais nous serons la douzaine !..."

    Malgré quelques problèmes de santé sérieux qu'il arriva à surmonter, M. Pierre Baudu entreprit des recherches sur le village d'Allonne, et en 1986, il mettait une dernière main à la rédaction de l'histoire de cette paroisse, ouvrage qu'il publia. L'année 1987 fut dure. Il écrit :…" L'année s'est achevée dans la débâcle : éventration, prostate et quelques autres ennuis mineurs, mais les chirurgiens travaillent bien.." Sans compter une hypocalcémie aggravée. Conséquence : il dut quitter sa paroisse pour assurer "une aumônerie de tout repos", dit il, tout en restant disponible pour rendre service aux curés voisins, selon ses possibilités. Il devint donc aumônier de la Maison de retraite des filles de la Croix, à Frontenay Rohan Rohan, dans les Deux-Sèvres, arrondissement de Niort.

    En avril 1989, pour la première fois, grâce au dévouement du Délégué en charge de la Diaspora, qui fut son chauffeur, il participa à la réunion des confrères du Sud-Ouest à Montbeton, une maison qu'il découvrit à cette occasion. Ses impressions, il en fait part dans "l'Hirondelle" N° 233 du 25 avril 1989 : .." Depuis toujours, je rêvais d'aller à Montbeton…Vers les années 50, je passais à la rue du bac, une jeunesse studieuse mais bien insouciante. Les aspirants nous parlaient de Montbeton comme d'une maison enveloppée de vétusté chenue ou parée de gloires antiques…Et depuis, mon caractère appliqué à la résidence, ma nature assez rebelle aux courses lointaines avaient toujours gardé Montbeton dans une sorte d'isolement mystérieux….J'arrivai donc un certain lundi soir, 3 avril [1989] tout étourdi, tout moulu de mon envol, tout inconscient de l'interminable film qui s'était déroulé devant mes yeux. Je n'eus le temps de rien dire : un bon Père me proposait des biscuits croustillants, une Sœur du café. Et la vie trépidante d'une rencontre avec 20 ou 30 missionnaires d'Asie s'installait, un peu malgré moi, en mon esprit. Quelle journée, ces 5 ou 6 heures du mardi, jour de la rencontre printanière des Pères de la Diaspora du Sud-Ouest !...Jean Waret parlait du Japon. Là, j'étais un peu chez moi. Et pourtant, bien des questions nouvelles étaient posées. Le Japon d'aujourd'hui n'étant plus celui  d'il y a 15 ans…

    Le lendemain, je parcourus la maison avec ses murs au style disparate. Je m'arrêtai longtemps, pieusement à la chapelle, assis dans un siège bien confortable, puis à l'oratoire des martyrs…Bien que le soleil ne fût pas de la fête, je fis ma visite au cimetière. Des idées inattendues peut être saugrenues germèrent dans mon esprit : était-ce une nécropole ? Etait- ce une chapelle dessinée très harmonieusement sur le sol ? Et toutes ces tombes -270- si communes en elles-mêmes, mais si gracieuses dans leur ensemble, et d'un symbole si riche,  n'était- ce pas une longue et prodigieuse histoire ? Oui, ce sont bien là les cendres de nos pionniers d'Asie !...

    ..J'ai admiré le parc, les cèdres, les pins parasols à l'écorce légèrement rougeâtre, les pelouses vertes bien entretenues, les statues élégantes de St. François Xavier, de l'Archange Raphaël …

    …Malgré mes promenades  indolentes, j'ai pourtant eu le temps de regarder les titres des reliures alignées dans l'imposante bibliothèque. J'ai pu lire "La Salette", un livre presque trop bien écrit, l'histoire protestante de Montauba .Quelles réflexions douloureuses cela m'a-t-il apporté. J'ai visité Pierre et Paul, j'ai vu des gens qui marchaient avec peine, d'autres dont la barbe accentuait les traits ou la fatigue. Je me suis édifié des conversations, j'ai entendu des mots qui eussent pu être signés par Saint Jean de la Croix !... Je voyais avec admiration nos Pères et nos Sœurs formant une communauté bien unie. Je ne pouvais m'empêcher de penser aux Fontévristes du Moyen-Âge, chez qui moines et moniales vivaient sous le même toit, mais avec cette différence : au temps de Robert d'Arbrissel, les hommes étaient au service des religieuses, ici, ce sont les religieuses qui se mettent au service de ceux que les forces ne soutiennent plus. Et pourtant, c'est bien toujours la charité qui cimente la communauté.

    Pour résumer mes impressions, je dirais que Montbeton, c'est un peu l'Église d'Asie rassemblée en ce petit point des rives du Tarn…"

    Le 19 juin 1988, à Rome, le Pape Jean-Paul II proclamait Saints 117 martyrs au Viêtnam. Parmi eux, deux étaient originaires du diocèse de Poitiers : Saint Théophane Vénard et Saint Jean Charles Cornay. L'Église de Poitiers et M. Pierre Baudu en eurent une grande joie. L'année suivante des célébrations liturgiques importantes se déroulèrent en l'honneur des nouveaux saints : le 25 septembre 1989, à Loudun, lieu de naissance de Saint Jean Charles Cornay, puis le 1-2 octobre 1989 à Saint Loup-sur-Thouet, village natal de Saint Théophane Vénard, enfin le 13 novembre 1989, à Poitiers, sous la présidence du Cardinal Gantin. M. Pierre Baudu qui participa à ces festivités nous en raconte longuement le déroulement dans le N°236, de "l'Hirondelle", en date du 18 juillet 1989, terminant ainsi son récit :

    .."Poitiers, fier de ses Martyrs, fier de sa foi célébrait dans l'allégresse et la magnificence ceux qui se sont fait tuer pour le nom du Christ.…Jean-Charles, Théophane, je vous fais ma prière. La Mission n'est plus ce qu'elle était, quand vous partiez pour le Tonkin. Maintenant, il faut des missionnaires très savants. Envoyez-nous ces hommes pour les temps nouveaux, mais surtout qu'ils soient remplis de l'amour des âmes, d'un courage obstiné, tout tendus vers la réalisation du Royaume sur terre."

    Affecté par le décès, à Nantes, le 19 février 1990, de son confrère et ami M. Abel Garreau, à la sépulture duquel il participa, M. Pierre Baudu nous livre ses pensées  : ..".. Notre ami Abel Garreau nous a quittés….Dans l'après-midi, je suis allé à Combrand, à l'Aubuinière, prier pour le repos de son âme. La chambre mortuaire qui avait été sa chapelle, son bureau, présentait quelques aspects asiatiques : deux ou trois poteries chinoises ornaient une commode, des dessins viêtnamiens étaient suspendus aux murs. Abel était étendu sur son lit, revêtu de son aube, les doigts croisés sur son chapelet. Sa figure maigre et osseuse  exprimait la sérénité et le foi en la résurrection…." Le lendemain, jour de la sépulture, il note :.."  L'homélie fut donnée par le P. Minh, un prêtre chinois,un de ses enfants de catéchisme à Cholon, actuellement au diocèse de Bordeaux. Un silence total accueillait les paroles qui nous venaient comme celles de la nouvelle Église qui rend témoignage à l'Église fondatrice…."

    En 1993, en raison de son état de santé déficient , M. Pierre Baudu quitta l'aumônerie des Filles de la Croix à Frontenay Rohan Rohan, et rentra à la maison de retraite de la Sainte Famille aux Aubiers (Deux-Sèvres). Devenu mal voyant, la lecture lui  étant devenue difficile, il s'abonna à des bibliothèques sonores à Toulouse d'abord, puis à Niort. Mais, il n'était pas pour autant étranger à l'actualité  : chaque matin, il écoutait à la radio et regardait les infos à la télévision. En septembre 2000, il adressait à ses confrères, le message suivant rappelé, au jour de ses funérailles, par le confrère qui retraça son parcours missionnaire : "Je suis de plus en plus vieux, écrit il, mais, …en bonne santé. Je ne tiens pas debout, mais assis cela va bien. Je marche encore mais j'avance à peine. J'attends avec impatience le jour où le Bon Dieu viendra me chercher. Je regrette de ne plus être physiquement au Japon, mais je vis pour lui Je souhaite une bonne santé à tous mes confrères et la joie de participer  à la vie divine..."

    Dans l'intimité il célébra ses noces de diamant le 23 mai 2003. Quelques mois après, de plus en plus fatigué, il fut hospitalisé durant quelques temps pour un dysfonctionnement du pancréas. Revenu à la maison de retraite de la Sainte Famille, aux Aubrais, son teint vira rapidement au jaune. Lucide jusqu'à la veille au soir – un confrère avait prié l'office du soir avec lui – il s'en est allé sans bruit, dans la nuit. C'était le 11 novembre 2003." Pierre n'était sans doute pas très bavard, mais un homme de cœur, fin lettré, historien et artiste…Mais c'était surtout un homme de prière, fidèle à ses engagements de prêtre et de missionnaire.."

    Ses obsèques, célébrées en l'église du village de Noirterre, non loin de Bressuire, furent présidées par le vicaire épiscopal du diocèse de Poitiers, le P.Gérard Tourayne, entouré de plus d'une vingtaine de prêtres, dans une église pleine, et une représentation des Anciens Combattants avec drapeau. Les Mep étaient représentées par le P. André Bertrand qui retraça le parcours missionnaire du défunt au Japon, ainsi que par MM. Bernard Blais et Claude Roy, tous deux dans ce diocèse. Monsieur le curé de ce secteur, le P. Michel Fromenteau, donna l'homélie.

    Pierre Baudu repose aux côtés de ses parents, dans le cimetière de Noirterre, pays de son enfance et de sa jeunesse.

     

     

     

    • Numéro : 3920
    • Pays : Japon
    • Année : 1951