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Michel BAUDOT (1923-2010)

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    Le P. Michel Baudot est né le 18 juin 1923 à Verdun (Meuse). Il était le fils d’Étienne Baudot et d’Yvonne Legardeur. Son père était notaire à Verdun. Baptisé le 1er juillet de la même année dans sa ville natale, le jeune Michel était confirmé le 20 mai 1935 à Metz. Après ses études primaires à Verdun, il commença ses études secondaires au collège Saint-Clément de Metz, mais les termina à Mamers dans la Sarthe. Il obtint une licence en droit civil à l’Université catholique d’Angers.

    Le 13 octobre 1947, il entrait aux Missions Étrangères. Diacre le 22 décembre 1951, il est ordonné prêtre le 1er juin 1952 et recevra sa destination pour le District de Shizuoka, diocèse de Yokohama, au Japon, le 15 juin de la même année.

    Parti pour sa mission le 30 janvier 1953, Michel Baudot devait rentrer définitivement en France dans le courant de janvier 2005. Il est décédé à Montbeton le 15 juillet 2010.

     

    En plus de cinquante ans de présence au Japon, le P. Baudot a connu beaucoup de changements. Il a occupé nombre de postes, certains de manière stable ; mais il semble avoir été souvent choisi pour faire des remplacements lorsque tel ou tel confrère venait à manquer pour une raison ou une autre.

    C’est ainsi que, dans le seul diocèse de Yokohama, nous le trouvons à Shizuoka, où il commence l’étude de la langue japonaise, de mars 1953 à janvier 1955 ; puis à l’hôpital Sainte Thérése de février à la fin de juillet 1955. De là, il remplace un confrère à Shizuoka-Otemachi du 1er août 1955 au 31 janvier 1956 ; puis encore un autre à Iwata du 1er avril au 30 novembre 1956. On le retrouve de nouveau à Shizuoka-Otemachi du 1er décembre 1956 à 1958. Mais dans la seconde moitié de cette année 1958, le voilà de retour à l’hôpital Sainte Thérèse. Il y restera jusqu’au 28 février 1961. Du 4 avril 1961 au 5 janvier 1962, il est en congé ; à la suite de quoi, il est envoyé à Hamamatsu le 5 février 1962. Il y restera jusqu’au mois de septembre 1965. Il assure l’intérim à Atami, puis à Shizuoka.

    Comme la plupart de ses confrères, il prend lui aussi des congés en France. Après la fin de la deuxième guerre mondiale, la règle dans la Société des Missions Étrangères était : un congé de six mois tous les dix ans. L’Assemblée générale de 1968 ramènera le séjour en mission à huit ans, puis celle de 1974 autorisera trois mois de congé tous les trois ou quatre ans. Pendant ce temps, de 1966 à la fin de l’année 1972, Michel aura été secrétaire à la maison régionale de Tokyo. De nouveau, à partir du 1er septembre 1987, il sera secrétaire de la communauté MEP de Shizuoka. Entre temps, il travaille de nouveau dans le diocèse de Yokohama.

     

    Parti en mission en 1953, le P. Baudot n’a pas connu le Japon d’avant guerre, ni celui de la deuxième guerre mondiale. Mais arrivé peu d’années après la fin des hostilités, il a pu au moins deviner le traumatisme causé au Japon, comme en tant d’autres pays de par le monde, par ce conflit international. C’est en fait pour un Japon en plein changement que le jeune P. Michel se met en route : au moment où, après plusieurs années vécues sous la férule des États-Unis, le pays retrouve peu à peu sa liberté.

    Dans son rapport annuel de 1951, le P. Delbos, supérieur régional, note : "Le Japon se trouve à un moment important de son histoire. Les États Unis viennent en effet de lui rendre son indépendance. Beaucoup se posent des questions : ‘Que va faire le Japon de cette liberté retrouvée ? Quelle sera son attitude en face du communisme, de la religion chrétienne ?’"  Le supérieur donne un début de réponse : "Sous le masque démocratique, les Japonais sont restés ce qu’ils étaient, avec leur droiture naturelle, leur ardeur au travail, leur amour de la vie … ".

    Les chrétiens ne sont pas inactifs, loin de là. Le P. Delbos continue en effet : "L’Église catholique, au Japon, a déployé de grands efforts … et les catéchumènes sont toujours nombreux aux cours de catéchisme. Nos écoles de filles sont toujours très florissantes et quatre d’entre elles ont pu s’organiser en universités privées. Non moins favorisées sont les écoles de garçons. Les Frères des Écoles chrétiennes de Ploërmel, entre autres, sont venus épauler les Marianistes, qui pendant longtemps avaient été les seuls dans leur domaine. L’université Sophia des Jésuites se développe toujours davantage et les Pères du ‘Verbe Divin’ ont fondé l’université du Nanzan à Nagoya. L’Action catholique a fait son apparition avec la fondation, par le P. Murgue MEP, de la JOC."

    En 1952, le diocèse de Yokohama qui accueille Michel Baudot est riche de quelque 2.250.000 habitants, parmi lesquels seulement 2.064 catholiques. Et pourtant, au cours de l’année, deux nouvelles paroisses ont été fondées. "Avant 1945, la Préfecture civile de Shizuoka ne comptait que 3 missionnaires", écrit encore le P. Delbos. Sept ans plus tard, ils sont 21, dont dix étudient encore la langue. Si le groupe des chrétiens n’a que faiblement augmenté, cela tient, en partie sans doute, à ce que beaucoup d’entre eux ont émigré vers d’autres régions du Japon. On note en tout cas "un progrès sensible de la pratique religieuse". Le nombre des enfants dans les écoles catholiques est passé de 739 à 10.328 et "l’instruction religieuse aux enfants et aux parents s’est bien développée"… Mais les résultats n’apparaîtront que plus tard.

    En 1954, pour les derniers mois de ses deux années d’étude de la langue, le P. Baudot fait un premier remplacement à Yatsu. Cette année-là, le P. Delbos note avec optimisme les progrès de l’Église au Japon dans son ensemble : "(Son) action aboutit à 10.000 conversions d’adultes … La population catholique du Japon a augmenté de 14.000 fidèles. Elle s’élève aujourd’hui à 199.760 membres". "La Légion de Marie avec ses ‘praesidia’ organisés dans presque toutes les paroisses, accentue la formation religieuse de ses membres". Elle contribue de manière efficace à la croissance dans la foi et à la persévérance des néophytes. Dans le monde ouvrier, la JOC travaille aussi à faire sortir les jeunes travailleurs d’eux-mêmes et à regarder autour d’eux, dans le but bien précis de contribuer à son édification, au sens strict du mot". Continuant son rapport, le supérieur régional donne cependant une précision sur le travail des MEP à Shizuoka : leur activité "n’a rien de spectaculaire, mais chaque missionnaire, avec plus ou moins de succès selon le milieu et ses propres aptitudes, a rempli sa tâche avec amour". Dans le district de Shizuoka cependant, l’avancée est peut-être moins rapide qu’ailleurs, entre autres raisons à cause du départ tardif que l’évangélisation a pris dans cette région. Plusieurs départements n’ont pas encore reçu la visite de missionnaires.

    Michel Baudot, est membre de ce groupe, qui travaille dur, "avec amour". Il est partie intégrante de cet apostolat parfois difficile, qui n’apporte pas forcément beaucoup de satisfactions humaines. A son retour au Japon après 6 mois de congé en France, le 5 février 1962, le P. Baudot s’est installé à Hamamatsu avec son curé le P. Fonteneau. C’est une immense paroisse de 600.000 habitants située à quelque 80 km à l’ouest de Shizuoka.

    En 1967, il rejoindra la maison régionale à Tokyo, comme secrétaire du supérieur et responsable de la maison.

    Dans son compte-rendu pour l’année 1970, le P. Émilien Milcent, devenu supérieur régional, donne de l’Église au Japon un tableau qui se veut réaliste : "Dans ce pays moderne, en proie à une sécularisation pratique très poussée, la présence de l’Église catholique est encore un bien grand mot, du moins si nous nous en tenons aux résultats visibles". L’auteur ajoute cependant : "Il ne s’agit pas de démissionner, mais de nous maintenir dans l’espérance, comme l’ont fait nos anciens, même si les méthodes doivent se différencier".

    Les confrères de la Société, explique-t-il : "s’efforcent de travailler … pour une intégration plus grande avec le clergé local. Il y a en effet, dans le diocèse de Tokyo, près de 500 prêtres, dont 70 japonais diocésains et 110 religieux. Les MEP n’y sont qu’un petit nombre : ils font cependant leur possible pour participer à l’effort de rénovation". Parmi ces prêtres de la Société, le P. Michel Baudot, rentré de congé en avril 1970 et devenu secrétaire du supérieur régional, se met au service des hôtes de passage. "Le dimanche, il se fait vicaire bénévole en plusieurs paroisses et consacre chaque semaine plusieurs heures à visiter les malades dans les hôpitaux. Il participe aussi aux activités de divers comités".

    En 1971, les supérieurs et les délégués des confrères, participent au "Synode" MEP à Hongkong. A cette occasion, le P. Émilien Milcent prépare un rapport dans lequel il mentionne un certain nombre de thèmes étudiés au sein de sa Région.  Parmi ces derniers, l’un des plus importants concerne les changements profonds survenus au Japon depuis une centaine d’années, dans le sens d’une ouverture de plus en plus grande aux réalités du monde environnant. L’auteur du rapport tente d’expliquer pourquoi l’Église ne semble pas avoir vraiment trouvé sa place dans la société japonaise. Il écrit, par exemple : "On constate depuis quelques années, malgré l’ardeur d’une impressionnante armée de prêtres et de religieux, une baisse importante du nombre des catéchumènes et même des baptêmes d’enfants de chrétiens. Depuis plusieurs années, certains diocèses accusent une diminution du nombre total des chrétiens. En 1971, pour la première fois, le nombre des baptêmes d’adultes passe au-dessous de 5.500 … ". Peu optimiste en apparence, le P. Milcent ajoute :"Il est évident que, dans cette révolution qui a bouleversé le Japon en un siècle, le christianisme n’a pas suivi le mouvement. Il est resté en dehors de l’élan national, sans prise sur le peuple japonais". Comme secrétaire régional, Michel Baudot a pris une part active aux discussions et à la rédaction des textes présentés par le supérieur à l’assemblée.

    En 1972, il revient dans le diocèse de Yokohama. Le compte-rendu des années 1977 à 1979 le place à Shimizu, avec le P. Bruno Faure. Ce dernier est responsable de la paroisse. Michel Baudot, lui, en accord avec les nouvelles orientations qui commencent à se faire jour dans l’Église au Japon, "se lance dans le mouvement Justice et Paix. Il participe à la lutte contre la pauvreté et la faim dans le monde"…

    La fin des années 70 le trouve à l’aumônerie de la mer ; au début des années 80, il assure un intérim à Kobé.

    Le 15 janvier 1980, un nouvel évêque, Mgr Hamao s’est vu confier la responsabilité du diocèse de Yokohama. Ancien auxiliaire de l’archevêque de Tokyo, il a un grand souci : "coordonner les efforts des prêtres et des laïcs. D’où son insistance sur la formation des laïcs" (Compte-rendu 1980-82).

    De 1984 à 1987, le P. Baudot travaille dans les paroisses de Shimada, Yoshida et Yaizu. "Il a toujours au cœur une passion pour la cause de la paix et s’efforce en toute occasion de nous la faire partager". A partir de 1989, il sera responsable du Groupe MEP, ainsi que de la maison commune de Shizuoka.

    Le rapport préparatoire à l’Assemblée générale de 1992 porte sur les années 1986 à 1991. L’auteur rappelle que l’ère Shôwa s’est terminée en 1989 avec la mort de l’empereur du même nom. Cette ère a été "marquée par la guerre du Pacifique, la reconstruction du Japon et sa rentrée dans la vie internationale". Par ailleurs, après la publication, en 1984, des "Orientations de base", "l’Église catholique au Japon s’est mise à réfléchir, tant au plan national qu’au plan des diocèses ou des secteurs et dans les communautés religieuses engagées dans les services sociaux et d’éducation". Le mouvement est officiellement lancé en 1987 à Kyôto, lors de la convention dite : ‘National Incentive Convention for Evangelisation’ (NICE).

     

    Les années passent. Le "Trait d’union", bulletin de la Région du Japon, commente le 21 juin 1998 : "Michel Baudot, toujours à la recherche d’un nouveau souffle missionnaire, est non seulement le gardien fidèle de la Maison MEP de Shizuoka et le remplaçant toujours disponible d’un curé de paroisse hospitalisé ou en vacances, mais aussi un pionnier dans la pastorale des étrangers d’Amérique Latine. Encore jeune, et malgré des yeux qui ne sont pas à la hauteur de sa clarté intellectuelle, il a ajouté à sa maîtrise de la langue espagnole quelques études récentes de Portugais, qui lui permettent de célébrer dans les deux langues. Ses proches collaborateurs musiciens, stimulés par cette pastorale des étrangers, ont pris l’initiative de diffuser des chants en plusieurs langues, avec prononciation en transcription japonaise et des textes pour faciliter la participation aux messes et sacrements". "Heureuse initiative".

    "À Shizuoka, Michel Baudot vous regarde maintenant du bon œil, celui qui vient d’être opéré de la cataracte. Jaloux, l’autre œil a demandé aussi à subir le même genre d’intervention. Cela se fera prochainement"…

    Rentré en France le 16 janvier 2005 et retiré à Montbeton, le P. Baudot est décédé le 15 juillet 2010. Le P. Jean-Michel Cuny écrit le jour de sa mort : "Le P. Michel Baudot nous a quittés tout à l’heure, vers 11h. A mon retour de l’hôpital, j’apprends qu’on l’a trouvé mort sur son fauteuil roulant. Il était très faible ces derniers temps … Il était prêt à partir, mais avait une volonté surprenante pour ne pas se laisser aller. Il souhaitait marcher un peu chaque jour, mais accompagné. Le Seigneur l’a repris et lui a certainement fait bon accueil".

    • Numéro : 3949
    • Pays : Japon
    • Année : 1953