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Guillaume BASSAISTEGUY (1899-1961)

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    Partant en avril 1926, le P. Bassaisteguy reçut sa destination pour la mission de Coimbatore en Inde, où il arriva la même année.

     

    Le jeune missionnaire eut le privilège de s’initier à la vie apostolique et de faire ses premières armes  sous la direction du P. Petite dont il fut l’assistant dans le district de Kodivéri : toute su vie le P. Bassaisteguy gardera un souvenir émerveillé et ému de ces premiers mois de vie missionnaire, aux avant-postes du front de l’Eglise, se fondant et se développant en pleine jungle païenne, sous les ordres d’un vétéran de l’apostolat aussi zélé pour la conversion de nouveaux villages que soucieux d’organiser les anciennes chrétientés.

     

    Le P. Petite, comme tant d’anciens missionnaires, était un de ces prêtres, qui suivant l’idéal de Mgr de Guébriant, savaient trouver dans leur vocation apostolique toutes les grâces nécessaires pour atteindre une sainteté authentique. Soutenus par l’esprit de leur vocation, ils gardaient le cœur jeune et l’âme enthousiaste et connaissaient le secret de vieillir en rayonnant de bonté.

     

    Le P. Bassaisteguy eut la grâce d’être formé à cette école-là ; de plus, la rustique simplicité de nos vieilles chrétientés, nichées clans la verdure des rizières et palmeraies d’une campagne toute baignée de soleil sous la grande voûte bleue du ciel de l’Inde, devait lui faire revivre le charme des paroisses du pays natal et respirer la même atmosphère de piété simple et profonde. Ici comme là-bas une église trapue est le centre du village, les niaisons se serrent autour d’elle, et le presbytère inspire la vie sociale qui s’articule sur la vie paroissiale : la fête du village est la fête de l’église, l’activité civile et l’activité religieuse fusionnent harmonieusement.

     

    Mais cet enchantement de la vie paroissiale au sein de la nature ne devait pas durer : bientôt le jeune missionnaire est affecté à Coimbatore pour seconder le P. Perrière dans la direction du petit séminaire diocésain. Ici, si le cadre et le travail changent, l’atmosphère de piété et l’idéal de vertu ecclésiastique restent les mêmes : le P. Bassaisteguy s’y trouve chez lui, et vit des années heureuses.

     

    En 1930, le Père est nommé professeur au grand séminaire interdiocésain situé alors à Pondichéry, et dès lors à part un court passage à Coimbatore pour y diriger l’école industrielle. et trois séjours en France (1936, 1946 et 1958) en congé régulier qui chaque fois fut prolongé pour les besoins de la propagande, le P. Bassaisteguy reste attaché au grand séminaire et travaille à la formation des séminaristes pendant plus de vingt-cinq ans. En 1950 il est nommé supérieur du séminaire, qui en 1934 s’était transporté à Bangalore où il avait pris le statut de séminaire régional et substitué saint Pierre à saint Joseph comme patron titulaire. En 1960, sentant ses forces décliner, le Père donne sa démission et quitte définitivement le séminaire où il avait donné le meilleur de lui-même.

     

    Pendant des années, le P. Bassaisteguy s’est donné de tout cœur à l’enseignement de la théologie morale et de la liturgie. Merveilleusement doué pour le chant et la musique, il eut à cœur de former au séminaire une chorale modèle, spécialisée dans le plain-chant : bientôt celle-ci fut renommée dans tout le sud de l’Inde.

     

    Passionné pour tout ce qui touchait à la liturgie, le Père était un maître de cérémonies aussi impeccable que parfait maître de chapelle : il était invité par nombre d’évêques élus à superviser la cérémonie de leur consécration épiscopale ; il excellait en ces fonctions et les dirigeait avec autant de savoir-faire que de dignité.

     

    Comme professeur et ensuite comme supérieur de séminaire, le P. Bassaisteguy a donné à ses séminaristes et à ses collègues un exemple constant de profonde piété sacerdotale : il vivait sa foi, et sa vie de prière ne semblait pas connaître la routine.

     

    D’une parfaite régularité à tous les exercices communs il récitait son bréviaire à genoux à la chapelle, et su prononciation très nuancée des prières, de la messe trahissait autant la conviction de sa foi que la grande émotivité de son cœur.

     

    Le P. Bassaisteguy était un homme d’église : il avait une âme ecclésiastique, peut-être mieux douée pour être pasteur d’âmes chrétiennes que défricheur dans la brousse. Pour lui l’apostolat missionnaire ne se comprenait que comme le rayonnement et l’extension de la vie paroissiale centrée sur le culte de la sainte Eucharistie. Les chrétiens qui vivent authentiquement leur foi et leur charité sont les plus efficients témoins du Christ auprès de leurs frères païens, et l’avenir de l’Eglise de l’Inde dépend de la solide organisation et de l’intense piété de ses paroisses. Telle était son ardente conviction, et, pour lui, le rôle essentiel du prêtre est d’animer la prière collective de la communauté : il avait horreur de ces prêtres en charge d’âmes, qui parfois laissent leurs ouailles seules à l’église sous la responsabilité d’un catéchiste pour dire un chapelet, faire un chemin de Croix, alors qu’eux-mêmes se recueillent en prière dans le calme du presbytère.

     

    C’est cette formation ecclésiastique et pastorale que le P. Bassaisteguy s’efforçait de donner à ses séminaristes : c’est pourquoi il aimait tant les belles cérémonies, les chants, la liturgie ; les heures canoniques chantées en commun — comme Tierce avant la grand’messe — pouvaient donner une teinte légèrement monacale à la piété du séminaire, mais la spiritualité du supérieur n’avait rien d’austère : son âme puissamment incarnée, gardait le contact avec le réel, il savait que l’ordre et la discipline sont à la base d’une vraie formation ecclésiastique, et qu’il n’y a pas de spiritualité sérieuse qui ne s’appuie sur une base d’ascétisme.

     

    Sous un aspect extérieur de jovialité et de bonne humeur souriante, sa piété était profonde, équilibrée, l’expression solide d’un homme de vieille souche paysanne perçait toujours sous la dignité ecclésiastique.

     

    À son retour de France en 1959, après avoir subi une grave opération, le P. Bassaisteguy était très fatigué, et la nostalgie de l’apostolat paroissial le possédait toujours. Il donna sa démission et alla se mettre à la disposition de son évêque, Mgr Padyara, au sommet des Nilgiris. L’évêque d’Ooty pendant ses six ans de formation au séminaire fut le disciple et le fils spirituel du P. Bassaisteguy. Aussi c’est avec joie que l’ancien supérieur du séminaire fut accepté comme nouvelle recrue missionnaire. Il fut d’emblée nommé curé de la cathédrale Ste-Marie et vicaire général du diocèse. Pendant quinze mois, dans un bonheur total qui rappelait celui du jeune missionnaire arrivant à Xodivéri trente-cinq ans plus tôt, le P. Bassaisteguy se donna corps et âme à son évêque et à ses chrétiens qui l’appréciaient beaucoup.

     

    Le dimanche 6 août 1981, en la fête de la Transfiguration, après toute une journée d’activités pastorales, le bon Pasteur, terrassé par une crise cardiaque, tombait au service de ses brebis...

     

    Cette mort soudaine, alors que le Père était encore en pleine force, a bouleversé le diocèse des Nilgiris. Le 8 août un grand concours de fidèles, et plus de soixante prêtres venus d’Ootacamund, Coimbatore, Salem, Mysore et Bangalore, l’accompagnaient à sa dernière demeure. A l’issue de la messe Mgr Padyara, qui perdait en lui un conseiller de vieille date et un auxiliaire précieux, lui rendait un émouvant hommage en anglais, tandis que Mgr Saverimuthu, évêque de Coimbatore, prononçait eu tamoul l’éloge funèbre de son vieil ami. Le Père repose au petit cimetière de Ste-Marie, aux côtés des anciens curés de la paroisse, le P. Jambeau et le P. Beyls.

     

    La vie du P. Bassaisteguy fut belle et heureuse, sa mort le fut aussi : Veni, serve bone, intra in gaudium Domini tui…

     

    • Numéro : 3296
    • Pays : Inde
    • Année : 1926