Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Alfred BARTHOD (1911-2008)

Add this

    Alfred Barthod, Wfils de Alfred-Félicien Barthod et de Marie Delacroix, est né le 9 juillet 1911 à Ville-du-Pont dans le département du Doubs. Il a passé sa petite enfance  avec trois frères et deux soeurs au foyer de ses parents, qui étaient cultivateurs. C’est d’abord à leur école, ils étaient de fervents chrétiens, qu’il a appris ce qui est bien, le respect du droit et l’amour de la justice.  Durant toute sa vie, resté fier de ses racines franc-comtoises, il devait faire preuve de la même application au travail et de la même énergie qu’il avait vu déployer dans son enfance par les agriculteurs autour de lui.

    Baptisé le 15 juillet 1911 dans l’église de Montbenoît,  il grandit dans la ferme familiale et commença ses études à l’école primaire des Jarrons de Ville-du-Pont, avant d’entrer en 1923 au petit séminaire de Notre-Dame de Consolation. Et c’est, semble-t-il, tout  naturellement qu’il poursuivit sa marche vers le sacerdoce, d’abord à partir de 1928 au grand séminaire de Faverney, pour le compte  du diocèse de Besançon, puis après 1931 au séminaire des Missions Étrangères à Bièvres et à Paris. On n’a pas gardé de témoignage écrit sur les raisons qu’il a données pour expliquer son désir de devenir missionnaire en pays lointain, mais on peut présumer qu’il a été inspiré par l’exemple de plusieurs de ses devanciers au séminaire de Faverney, qui était à l’époque une pépinière de vocations missionnaires. On sait seulement que le supérieur du séminaire manifesta un peu d’étonnement quand il apprit le choix d’Alfred Barthod, “séminariste  pieux, discipliné, intelligent et travailleur, mais d’une nature plutôt timide,  qui ne semblait pas destiné aux oeuvres extérieures, et dont on aurait pensé qu’il eut fait plutôt un excellent religieux”. Toujours est-il que le supérieur de Faverney recommanda le candidat au supérieur général des Missions Étrangères en se disant persuadé  qu’il serait une excellente recrue pour la Société.

    Entré au séminaire de Bièvres le 6 octobre 1931, Alfred Barthod interrompit le cours de ses études en 1932-1933 pour faire son service militaire, puis passa une année au séminaire de la rue du Bac avant  d’être envoyé poursuivre sa formation à l’Université Grégorienne à Rome. Ordonné diacre à Rome le 22 décembre 1934, il fut ordonné prêtre à Paris le 21 septembre 1935 et, au terme d’une dernière année scolaire à Rome, passa avec succès les examens  de licence en théologie en juin 1936. Entre temps il a reçu sa destination pour la mission de Chengtu en Chine, et il pourra enfin partir le 15 septembre 1936, avec un “bateau” de 16 nouveaux missionnaires affectés à différentes missions d’Asie. Il a donné lui-même quelques détails sur le déroulement du voyage. Arrivé à Shanghaï, il y resta huit jours avant de prendre un petit vapeur pour remonter jusqu’à Chungking. Et là, après une semaine d’attente, quelqu’un vient le chercher en voiture pour le conduire à Chengtu, aux confins  du Tibet. À Chengtu il résidera d’abord environ deux mois à l’évêché,  ce qui lui permettra de faire connaissance avec les missionnaires qui viennent rendre visite à l’évêque et de les entendre parler de leur ministère dans les villages des environs. Ensuite il est envoyé à quelque soixante kilomètres de Chengtu, à Ma-sang-pa,  dans un poste tenu par un prêtre chinois auprès de qui il va commencer à apprendre le chinois. À l’époque, bien entendu, il n’y a pas d’école de langue. Le nouvel arrivant a pour professeur un ancien séminariste avec qui il doit converser en latin pour être compris, ce qui ne facilite pas toujours l’apprentissage, mais il est aussi aidé par les enfants de l’école et du catéchisme. C’est surtout avec ces derniers, dira-t-il, qu’il a appris à parler le chinois : on peut demander aux enfants de répéter ce qu’ils disent sans qu’ils s’en formalisent. Et puis on est à la campagne : on arrive à se faire comprendre des gens, qui  sont indulgents.

    De novembre 1937 à juin 1938 Alfred Barthod sera à Tchang-pa puis, à partir de la fin de l’année 1938, il sera envoyé à Siean-choui-ho, vaste paroisse située à trois jours de marche de l’évêché, où il aura la charge de cinq ou six stations qu’il devra visiter régulièrement. En tout environ 1.500 baptisés,  répartis en différents postes dans un rayon d’une trentaine de kilomètres. Le curé fait la route à pied ou en pousse-pousse et s’arrête trois jours par ci, huit jours par là, selon le nombre des chrétiens du lieu.  En 1945 il est nommé professeur au grand séminaire régional, à Ho-pa-chang. Là,  il a affaire à des séminaristes provenant de trois ou quatre missions voisines de celle de Chengtu. Il dira plus tard avoir gardé bon souvenir de ce ministère, un ministère qu’il trouva “intéressant” (sic). Le séminaire est en pleine campagne. Il lui arrive d’aller à trois ou quatre heures de marche rencontrer les confrères, français et chinois,  qui enseignent dans un probatorium  avec lequel le séminaire entretient des relations.

    Un peu plus tard, un petit séminaire qui se trouvait dans la ville de Chengtu, près de l’évêché,  fut transféré à Ho-pa-chang dans les locaux du  grand séminaire, ce dernier  allant s’installer en ville. Alfred Barthod devint pour un temps  supérieur du petit séminaire, avant de reprendre son enseignement au grand séminaire. C’est là, à Chengtu,  qu’il se trouvait quand, en 1951, les troupes communistes  envahirent la ville. Il fallut alors renvoyer les séminaristes dans leurs foyers. Les bâtiments du séminaire furent réquisitionnés et utilisés comme usine par une filature. Durant six mois environ le Père Barthod  habita seul une petite maison dans le voisinage.

    Pendant toute cette période les habitants de Chengtu  devaient assister ou prendre part aux jugements populaires qui condamnaient les missionnaires comme d’impardonnables criminels,  valets de l’impérialisme. Alfred Barthod, lui, fut épargné par le sort. Les séminaristes qui auraient dû l’accuser n’étant plus là pour le faire, il fut dispensé de procès public.  Contrairement à d’autres il échappa à la prison,  mais cela ne l’empêcha pas d’être  finalement expulsé lui aussi. Avec trois autres confrères, il est mis dans un avion qui les conduit de Chengtu à Chungking, où ils sont internés dans un hôtel, avec interdiction de rencontrer les autres prêtres et  religieuses enfermés dans les chambres voisines. Après quatre ou cinq jours on l’embarque, avec un autre prêtre et deux religieuses, dans un bateau qui descend le fleuve bleu. Arrivé dans la plaine, il gagne par le train, d’abord Canton puis Hongkong, et il traverse enfin la frontière la veille du nouvel an, le 31 décembre 1951. Il restera une quinzaine de jours à Hongkong, où il apprend la mort de sa mère décédée quelques jours auparavant. Puis, avec un groupe de neuf confrères comme lui expulsés de Chine, il prend le bateau pour Marseille, où il arrive début février 1952.

    De retour en France, pour la première fois après plus de quinze ans de présence en Chine, il passe d’abord quelque temps dans sa famille puis, le 1 juin 1952, il est nommé “temporairement” professeur au séminaire de Bièvres. Nomination temporaire qui en réalité eut pour effet de le mobiliser pendant huit années au service des aspirants.   Il enseignera la philosophie scolastique jusqu’en juin 1960. Les séminaristes de l’époque ne sont pas toujours tous également passionnés par l’étude de la philosophie thomiste, mais beaucoup d’entre eux garderont plus tard un bon souvenir du professeur, capable à l’occasion  de réveiller l’attention de l’auditoire et de détendre l’atmosphère par quelque mot d’esprit. Le Père Barthod était d’abord facile et savait mettre à l’aise ceux qui s’adressaient à lui pour demander  conseil. Maître consciencieux chargé d’enseigner une discipline austère, c’était aussi un homme jovial et accueillant.

    En 1960 le Père Barthod sera nommé à la Procure des commissions à Paris. Dans ses nouvelles fonctions, qu’il exercera pendant  trente ans sans discontinuer, il se dévouera au service de la Société et des confrères avec une régularité et un dévouement exemplaires. Le travail à la Procure a été pendant longtemps très important, très exigeant pour ceux qui avaient accepté de s’en charger. Il fallait presque quotidiennement passer commande de livres liturgiques ou autres pour le compte des maisons de Société en France ou des confrères en mission, il fallait courir les libraires de la capitale pour en prendre livraison, empaqueter et expédier tous ces livres à leurs destinataires. À une époque où on ne connait pas les facilités que donne internet, il fallait prendre et renouveler les abonnements à de nombreuses revues, répondre au courrier qui arrive presque chaque jour venant de confrères faisant part de leurs desiderata. Les missionnaires en poste dans des pays ou des zones défavorisés recourent à la Procure pour acheter du matériel qu’ils ne trouvent pas sur place, des outils, des pièces de rechange, des pneus,  des rubans de machine à écrire et cetera  et cetera,  des ornements liturgiques, des chapelets, des statues,  sans oublier les remèdes dont certains ont besoin... Que de courses à faire dans Paris pour essayer de  donner satisfaction à tous ! Il faut bien entendu tenir la comptabilité, payer les factures, débiter le compte de ceux qui ont passé commande....travail incessant ou presque   : on est à la Procure chaque jour de 8 heures à midi et de 14 heures à 18 heures. Le Père Le Du et le Père Barthod se sont partagé la tâche avec l’aide d’un employé à plein temps qui, lui non plus, ne chôme pas. Ceux qui  bénéficient des services de la Procure, beaucoup plus nombreux alors qu’aujourd’hui,  ne sont pas toujours conscients  de la somme de travail accompli dans l’ombre par les Procureurs.

    Le Père Barthod est là, fidèle au poste, toujours disposé à faire son possible pour vous donner satisfaction. Dans la communauté de la rue du Bac, en dehors des heures de service dans les locaux de la Procure,  il se fait remarquer par sa discrétion. Toujours affable, aimable avec tous, il ne fait rien pour se mettre en avant. Quand, en 1991, il finit par demander au supérieur général d’être relevé de sa charge et de pouvoir se retirer à Lauris, il spécifiera qu’il souhaite quitter Paris “dans la discrétion”,  requête qui n’étonnera personne.....Retiré à Lauris il y restera jusqu’à sa mort survenue le 8 octobre 1908, à l’âge de 98 ans. Tous ceux qui l’ont connu gardent de lui le souvenir d’un homme donné sans réserve au service des autres, dans l’obscurité et l’humilité, sans autre ambition que celle d’obtenir la récompense promise par le Seigneur Jésus à ses disciples.

    • Numéro : 3559
    • Pays : Chine
    • Année : 1936