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Alfred BARTHÉLÉMY (1852-1918)

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    Né à Paris, sur la paroisse Saint-Roch, le 1er juillet 1852, Alfred-­Marie-Eugène Barthélemy fit ses études au petit Séminaire de Saint-Nicolas. Ses études finies et son diplôme de bachelier obtenu, il serait sans doute immédiatement entré à Saint-Sulpice si la guerre de 1870 ne l’avait contraint de quitter Paris et de passer en Belgique, où il vécut plusieurs mois. La paix signée, il s’empressa de regagner la maison paternelle où il espérait bien jouir d’un peu de tranquillité ; il n’en fut rien. A peine installé, l’insurrection de la commune le força de nouveau à partir et, cette fois, il se réfugia en Bretagne où il resta suffi­samment de temps pour faire des connaissances dont il aimait à rappeler l’agréable souvenir.

    Avant de rentrer à Paris, il s’arrêta chez les Bénédictins de Solesmes, sous la direction desquels il fit une retraite qui le convainquit définitivement qu’il devait se consacrer au service de Dieu et des âmes. Aussi, à peine de retour à Paris, demanda-t-il à entrer à Saint-Sulpice où, sa philosophie achevée, il reçut la tonsure. S’il n’avait écouté que les désirs de sa famille et s’il n’avait envisagé l’avenir qu’au point de vue des satisfactions qu’il pouvait raisonnablement en attendre, il aurait prolongé son séjour dans cette maison et n’en serait sorti que pour prendre place parmi le clergé de Paris. Mais un appel avait retenti au fond de son cœur et, quoiqu’il dût lui en coûter, il résolut d’y répondre ; au mois de septembre 1874, il entrait au Séminaire de la rue du Bac, où il resta jusqu’au 27 décembre 1877, jour où il quitta Paris pour se rendre dans la Mission de Cochinchine Septentrionale, à laquelle il consacrera les quarante et une dernières années de sa vie. La veille de son départ pour Marseille, il ferma les yeux de sa mère qu’il aimait tendrement, et sa douleur s’accrut encore de la peine qu’il ressentit de ne pouvoir conduire la chère défunte à sa dernière demeure.

    M. Barthélemy arriva à Hué au commencement de 1878, en même temps que M, Julien, qui devait mourir d’un accès de fièvre après seu­lement huit armées de Mission. Selon la coutume, M. Barthélemy aurait dû être envoyé chez un confrère éloigné de Hué, tant pour apprendre la langue que pour se former à la vie apostolique ; mais Mgr Pontvianne, déjà atteint du mal dont il devait mourir quelque mois plus tard, le garda près de lui, et dès qu’il sut suffisamment la langue lui confia successivement, puis simultanément les fonctions de procureur de la Mission, de curé de la paroisse de Kimlong, et de Supérieur du grand Séminaire, sans parler de plusieurs autres besognes qui, quoique moins importantes, ne laissaient pas de prendre du temps et d’exiger beaucoup d’efforts.

    Ces multiples et absorbantes occupations, loin de fatiguer M. Barthélemy et de lui déplaire, étaient au contraire une cause de véritable contentement pour lui, car il y trouvait une perpétuelle occasion d’employer son zèle et de faire valoir les talents dont il était abondamment pourvu. Aussi sa peine fut-elle grande lorsque Mgr Caspar, successeur de Mgr Pontvianne, après l’avoir déchargé peu à peu de ses nombreuses fonctions, le nomma curé de la paroisse de Vanthien, poste assurément excellent, mais isolé et situé dans une région dont le climat laissé beaucoup à désirer.

    Cependant, grâce à sa forte constitution et aux remèdes qu’il savait prendre en temps opportun, M. Barthélemy, put quelque temps résister à la fièvre et s’occuper activement de l’administration de sa paroisse. Mais le jour vint où sa force de résistance fut vaincue ; il dut venir à Hué où le changement d’air et de régime, sans parler de la joie qu’il éprouva à revoir les personnes et les lieux qui lui étaient chers, ne tardèrent pas à lui rendre la santé et à le mettre à même de regagner son poste.

    Il y était de retour depuis peu quand survinrent les événements qui amenèrent la prise de Hué, et l’installation, dans la citadelle de cette ville, d’une nombreuse garnison française, parmi laquelle malheureusement, le choléra ne tarda pas à sévir. Les missionnaires de Hué occupés à secourir les chrétiens également frappés par l’épidémie ne pouvaient que difficile-ment porter secours à nos infortunés compatriotes ; il fallut donc leur donner un aumônier. Sans hésitation Mgr Caspar désigna M. Barthélemy pour occuper ce poste difficile et, dans les circonstances actuelles extrêmement dangereux. Le choix ne pouvait être meilleur. Notre confrère acquit si bien l’estime et la sympathie des officiers et des soldats par son savoir-faire et son infatigable dévouement, qu’il fut question de le proposer pour la croix de la Légion d’honneur. Seuls les changements fréquents dans le haut commande­ment militaire empêchèrent ce projet de se réaliser.

    Bien que M. Barthélemy fût toujours à la disposition de ses administrés, son ministère, surtout après la disparition du choléra, était loin de prendre tous ses instants. Pour occuper ses loisirs et en même temps rendre service aux Français qui manquaient d’interprètes et aux Annamites qui, en devenant interprètes, se feraient une position honorable et rémunératrice, il s’astreignit à faire journellement la classe à un certain nombre d’enfants et il n’interrompit cette besogne que lorsqu’il dut aller remplir les fonctions d’aumônier à Tourane, ville qui dépend de la Mission de Cochinchine Orientale, mais où Mgr Van Camelbeke ne pouvait pas encore envoyer de missionnaires.

    Quelque temps après son retour à Hué, M. Barthélemy quitta définitivement l’aumônerie militaire pour occuper le poste de Diloan, et devenir chef du district de Datdo, dans la province de Quangtri. A ce moment, la paroisse de Diloan, comme d’ailleurs tout le district de Datdo, se ressentait encore des terribles événements qui suivirent la prise de Hué par les Français. Si, dans ce district, le nombre des morts avait été moins élevé que dans le district de Dinhcat, également situé dans la province de Quangtri, les pertes matérielles y avaient été semblables et, à l’exception du Séminaire d’Anninh qui avait pu être sauvé, toutes les églises, toutes les maisons chrétiennes du district avaient été brûlées par les bandes de Thonthatuyet. Le prédécesseur de M. Barthélemy avait bien élevé une église, mais ce n’était qu’une pauvre paillote. Sans savoir comment il trouverait les ressources nécessaires, notre confrère résolut de doter la paroisse de Diloan d’une église en pierre et en briques et du plus pur style gothique. Peu à peu l’argent arriva et à la longue, les murs, les colonnes et les ogives s’éle-vèrent ; aujourd’hui, bien que la façade n’en soit pas achevée, Diloan possède la plus parfaite, sinon la plus vaste église de la Mission.

    Dieu seul sait ce que cette construction coûta de fatigues, d’angoisses et de déceptions à M. Barthélemy ; car, à plusieurs reprises, les typhons endommagèrent et même détruisirent ses travaux, puis, s’il fut parfois encouragé dans son entreprise, les blâmes ne lui furent pas épargnés. Mais rien ne l’ébranla et il ne se laissa pas absorber entièrement par cette œuvre si difficile. Il descendait souvent des échafaudages, soit pour visiter les malades, soit surtout pour se mettre au confessionnal. Car l’amélioration spirituelle de ses paroissiens le préoccupait autant que la construction de leur église.

    Pour accélérer cette amélioration, M. Barthélemy ne vit pas de meilleur moyen que de confier sa paroisse au Sacré-Cœur de Jésus et de mettre en pratique la dévotion à ce divin Cœur. Dans ce but, il établit et promulgua la messe du premier vendredi du mois à laquelle les chrétiens vinrent de plus en plus nombreux. Aussi la veille de ce jour, les confessions se multiplièrent-elles tellement, que M. Barthé­lemy et son vicaire ne suffirent plus à les entendre et qu’il fallut recourir aux prêtres des environs. Cette ferveur a toujours augmenté depuis, de sorte que le chiffre des confessions, qui n’était que de 1.647 au moment où ce confrère prit la direction de cette paroisse, s’élève aujourd’hui à 7.095. Et, dans ce chiffre ne figurent pas les confessions des religieuses indigènes, dont le couvent s’élève près de l’église de Diloan. Ce couvent, lui aussi, avait été pillé et incendié par les bandes de Thonthattuyet ; lorsque M. Barthélemy en prit la direction, il était loin d’être prospère comme aujourd’hui. Sans doute tous les progrès accomplis dans ce couvent ne sont pas uniquement le fait de M. Barthélemy, mais on lui en doit une grande partie ; car l’impulsion qui a permis d’augmenter considérablement le nombre des religieuses, de multiplier les ressources matérielles et surtout d’établir une régularité à peu près parfaite est bien réellement son œuvre.

    Mais ces divers travaux étaient loin d’absorber toute l’activité de ce confrère : la conversion des païens fut également l’objet de sa sollicitude, et de son zèle. Par ses soins, ou par les prêtres de son district qu’il dirigeait et qu’il encourageait, la religion pénétra dans plus de vingt villages où il n’y avait jamais eu de chrétiens. Ces nombreuses conversions lui causaient parfois de grandes joies, mais, parfois aussi de bien pénibles déceptions ; cependant, comme il ne travaillait que pour la plus grande gloire de Dieu et le bien des âmes, les déceptions ne le décourageaient pas. Jusqu’en 1908 il s’efforça en tout et partout de rendre prospères les œuvres dont il était chargé.

    A cette époque, un nouveau changement s’opéra dans sa situation. Le successeur de Mgr Caspar, démissionnaire en 1907, le nomma provicaire et supérieur du grand Séminaire de Hué. Dans l’une et l’autre de ces fonctions, il rendit de grands services à la Mission, surtout en travaillant activement et avec fruit à la formation du clergé indigène.

    Au moment où M. Barthélemy prit la direction du grand Séminaire, l’étude et la piété marchaient de pair dans cet établissement, de sorte que raisonnablement il aurait pu se contenter de l’entretenir dans cette satisfaisante situation. Mais il visait à la perfection ; aussi s’efforça-t-il d’inculquer aux séminaristes un amour de plus en plus vif pour le travail intellectuel et surtout pour l’avancement spirituel. Afin d’obtenir ce résultat, il n’épargna ni instructions, ni conseils, ni directions ; et comme il était un prêtre vraiment pieux, très pénétré de la vie surnaturelle, ses efforts étaient couronnés de succès. Le grand Séminaire de Hué n’a donné, pendant les onze ans qui viennent de s’écouler, que des consolations aux confrères qui le dirigent.

    Mais ce n’était pas seulement les grands séminaristes, que M. Barthélemy s’appliquait à faire avancer dans le chemin de la perfection. Chargé de la direction des religieuses Carmélites installées à Hué en 1910, il n’épargnait ni son temps ni sa peine pour aider ces saintes filles, soit au point de vue matériel, soit au point de vue spirituel. Malgré ses multiples occupations, il était fidèle à venir les confesser au jour et à l’heure déterminés, et, même en dehors de ce temps, si quelqu’une d’entre elles désirait le consulter, c’était toujours sans se plaindre qu’il se mettait à sa disposition. Il fut particulièrement utile à ces bonnes filles de Sainte-Thérèse, dans la construction de leur monastère : il fit acheter des matériaux, en discuta les prix, en surveilla l’emploi et pressa l’exécution des travaux. Grâce à son intervention, le monastère fut rapidement élevé, et jamais les Carmélites de Hué ne pourront lui savoir assez gré de tout ce qu’il a fait pour leur préparer une belle, et commode installation.

    Lorsque M. Barthélemy entra dans sa soixante-cinquième année, il paraissait toujours bien portant, et nous pensions qu’il travaillerait encore de longues années au salut des âmes. Lui-même ne constatait aucun indice de malaise tant soit peu alarmant, lorsque, au retour d’un voyage à Tourane, il éprouva un dérangement qui, au bout de quelques jours, lui donna des inquiétudes. Le docteur diagnostiqua une entérite et, afin de lui prodiguer plus facilement les soins nécessaires, le fit transporter à l’hôpital de Hué. Après environ trois mois de séjour dans cet établissement, M. Barthélemy éprouvant une amélioration sensible, regagna le grand Séminaire où de multiples rechutes ne tardèrent pas à prouver que le mal n’avait nullement disparu. Alors on le décida à se rendre à Hongkong, dans l’espoir qu’un changement d’air et de régime amènerait enfin la guérison. Mais là comme à Hué, la science et le dévouement furent impuissants à remettre en bon état un organisme par trop délabré. Dans ces conditions M. Barthélemy ne désira plus qu’une chose : revenir à Hué le plus vite possible. Il y arriva tellement fatigué qu’on crut nécessaire de le conduire directement de la gare à l’hôpital où il resta jusqu’à son dernier jour : le 13 mai 1918.

    La mort de ce cher et regretté confrère fut des plus édifiantes et des plus douces : nul doute que les huit mois de souffrances qui précédèrent sa mort n’aient sinon totalement, au moins grandement, diminué les dettes qu’il avait contractées envers la justice divine. Sa dépouille mortelle repose dans le cimetière du grand Séminaire de Hué.

     

    • Numéro : 1356
    • Pays : Vietnam
    • Année : 1877