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Jean BARRIER (1857-1887)

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    Moins d’un mois après la mort de M. Pernet, son confrère et ami, son voisin de district, M. Barrier était emporté à son tour, lui aussi à la fleur de l’âge. Né à Saint-Anthème au diocèse de Clermont, le 23 juillet 1857, M. Jean Barrier était sous-diacre quand il entra au Séminaire des Missions-Étrangères en 1880. Ordonné prêtre l’année suivante, il fut destiné à la mission du Kouang-si, où il arriva au commencement de 1882.

    Placé d’abord pour apprendre la langue et s’exercer au saint ministère dans le district de Si-lin-hien, il fut mis, deux ans plus tard, à la tête de la chrétienté de Liou-tchen-hien. Ce district don­nait alors les plus belles espérances : Kou-mou, Pin-tsen et Long-ngan venaient de s’ouvrir à la foi. Le P. Barrier sut par son zèle seconder ce mouvement, en même temps que sa prudence aplanissait les obstacles suscités par les païens. Pendant la guerre franco-­chinoise, il fut assez heureux pour pouvoir rester à son poste, et même fonder dans son district l’œuvre  des baptiseurs. Dès la pre­mière année, il eut une belle récolte de baptêmes d’enfants de païens.

    En 1886, la persécution s’abattit sur lui. Après avoir enduré, de la part des païens, et même des mandarins, toutes sortes de vexations, il vit sa résidence de Long-ngan envahie par la foule, sa maison détruite, ses objets pillés. Dans la bagarre, il reçut même à la tête un coup de pierre qui lui fit une assez forte blessure. Il alla demander protection au mandarin de Lo-tchen ; celui-ci le reçut avec quelques semblants d’égards, mais peu de jours après il lui déclara qu’il se sentait impuissant à le défendre, et force fut à notre confrère de quitter son district.

    Le P. Barrier se retira à San-li près du P. Pernet, à qui il prodigua tous les soins que réclamait son état maladif. Au commencement de 1887, il fut chargé du district de Siang-tcheou. Dès que l’arrivée à San-li d’un nouveau confrère lui permit de s’éloigner du cher malade, le P. Barrier se rendit à son nouveau poste. C’est là qu’il fut pris du mal, qui devait le ravir à l’affection de ses confrères et de ses chrétiens.

    Le cher Père, écrit le P. Frayssinet qui l’a assisté à ses derniers moments, arriva de Siang-tcheou à San-li le 24 mai, épuisé par la fièvre. Cependant, après quelques jours de repos, ses forces revenaient, et, le samedi 28, il put entendre treize confessions sans trop de fatigue… Il me dit qu’il avait souffert pendant un mois, qu’il n’avait pu célébrer la sainte messe quinze jours durant... La fièvre persis­tait avec ténacité ; il vomissait souvent, surtout le matin. Pendant la nuit il était agité par des rêves étranges et, même après son som­meil, il fallait attendre cinq minutes pour que la raison reprit toute sa lucidité. Le jour de la Pentecôte, il voulut célébrer la sainte messe ; il souffrit beaucoup, et dut même s’arrêter environ dix minutes avant de communier, crainte de vomir : c’était sa dernière messe.

    Le jeudi vers les deux heures de l’après-midi, il eut une crise violente ; il vomissait toutes les cinq minutes, et souffrait de dou­leurs atroces au creux de l’estomac ; en même temps, il était dans le délire. Cet état dura jusqu’à cinq heures. Ayant alors  repris ses sens, il se confessa avec le plus grand calme. Le délire recommença à six heures et ne se termina que le lendemain, vers les neuf heures du matin. J’exhortai alors le Père à recevoir l’Extrême-Onction, ce qu’il accepta de suite, puis il me dit : La première année que j’étais en mission, je fus malade, et il me faisait peine de mourir ; maintenant j’ai un peu travaillé pour le bon Dieu : s’il veut me prendre, je serai content. Ces sentiments ont persisté jusqu’à son dernier moment, même pendant le délire.

    Vers deux heures du soir, survint une nouvelle crise qui se mani­festa par une sueur très abondante ; les douleurs d’estomac recom­mencèrent plus violentes que jamais. Les vomissements très fré­quents et le hoquet, qui commença vers les cinq heures, m’enlevèrent tout espoir. Vers huit heures, les yeux du malade devinrent hagards ; la nuit se passa ainsi dans les alarmes. Enfin, vers sept heures du matin, le samedi 4 juin, survint un vomissement très abondant ; je remarquai encore après, un ou deux soupirs ; le Père avait cessé de souffrir, son âme était partie pour une vie meilleure.

    Ce que j’ai admiré le plus en lui, c’est la résignation parfaite à la volonté de Dieu, et son amour pour la mission du Kouang-si. Même pendant le délire il ne parlait que de ses œuvres , de ses chrétiens et des fondations à faire.

    Les obsèques de notre confrère eurent lieu selon les cérémonies de l’Église. MM. Chouzy et Frayssinet, l’accompagnèrent à sa der­nière demeure. Il est enterré sur le penchant d’une colline, à quel­ques mètres du village de Lai, où habitent plusieurs familles chrétiennes ; c’est là qu’il repose en attendant le jour de la résurrection.

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 1511
    • Pays : Chine
    • Année : 1881