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Albert BARRÈS (1879-1920)

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    M. Barrès naquit à Montagnol, au diocèse de Rodez le 14 février 1879. Nous ne savons rien sur ses premières années, sinon qu’à l’âge de dix ans, ses parents, riches de piété, mais pauvres des biens de ce monde durent le louer comme berger. Il eut la malchance de tomber sur un maître très dur pour lui.

    Enfin il lui devint possible d’entrer au Petit Séminaire d’Issy ; et, en 1898, il fut admis au Séminaire des Missions-Etrangères, où, selon son expression, il vécut d’heureuses années.

    Ordonné prêtre le 22 juin 1902, il reçut sa destination pour le Kouangsi et partit pour cette Mission le 30 juillet suivant. On le chargea d’abord d’enseigner le latin au Séminaire ; il remplit cette fonction pendant 5 ans, s’acquittant consciencieusement de sa charge. Le poste de Lomei, qui lui fut confié ensuite, comprenait le petit village de ce nom, entièrement chrétien, et quelques autres familles de chrétiens ou de catéchumènes disséminés dans les villages environnants. Pendant les quatorze années qu’il passa dans ce poste, il s’occupa avec beaucoup de zèle et d’ardeur de l’instruction et de la formation de ses chrétiens. Il procédait avec moins d’assurance quand il s’agissait de la conversion des païens, car avec les nouveaux venus, il craignait toujours d’inextricables difficultés, à cause de leurs procès, de leurs chicanes, toutes choses qu’il avait en horreur.

    Ses ouailles ne tardèrent pas à connaître le cœur généreux de leur nouveau pasteur. Aussi recouraient-elles à lui souvent en toute confiance. M. Barrès, du reste, ne refusait jamais rien.

    Il prêchait souvent et il excellait à faire pénétrer la doctrine dans l’esprit de ses auditeurs. Au commencement de ses instructions, il paraissait un peu gêné, cherchant ses mots ; puis, peu à peu, il captivait si bien l’assistance, qu’il lui faisait accepter des sermons de plus d’une heure. Pendant les soirées d’hiver, il réunissait dans sa maison les hommes et les jeunes gens du village, sous prétexte de causerie, mais en réalité pour amener la conversation sur un sujet religieux. Répondant aux objections, souvent les provoquant, abordant de nouveaux articles de doctrine ou de morale, entremêlant le tout d’histoires tirées de la vie des Saints, il tenait son monde attentif jusqu’à une heure avancée de la nuit. Il lui arriva même de dépasser minuit.

    Apprenait-il que des actes contre la discipline avaient été commis, il passait plusieurs jours à étudier le fait, en scrutait toutes les circonstances, pesait la culpabilité de chacun ; et, le dimanche suivant après la prière du soir, il arrivait à l’église avec sa lampe qu’il posait sur un coin de l’autel. Les chrétiens savaient ce que cela voulait dire et d’avance, en récitant le Veni sancte, ils se préparaient à une séance orageuse. Sur un ton d’abord calme, M. Barrès exposait la faute commise, en nommait les auteurs ; puis, s’enflammant à mesure qu’il montrait la noirceur du délit, il infligeait les punitions et terminait en assurant le pardon à tous les coupables qui feraient amende honorable.

    Dans ses rapports avec les confrères, M. Barrès fut toujours bon et charitable. Incapable de faire de la peine à quelqu’un, il excusait toujours les procédés d’autrui à son égard. Pour lui, un service demandé était toujours un service rendu. Il accomplissait à la lettre le conseil d’être sévère pour soi et indulgent pour les autres. Il était l’âme de toutes les réunions. Sa bonne humeur, était proverbiale.

    Dans sa résidence, tout était bien tenu, bien réglé, sauf l’heure des repas, et il lui arriva assez fréquemment de rester à jeun jusqu’à deux heures de l’après-midi. C’est qu’alors — disait-il — il avait eu des occupations exceptionnelles.

     

    En 1917, une fatigue lui valut une éruption de furoncles et sa santé en resta ébranlée. En 1919, au mois d’octobre, il consentit à aller consulter un docteur à Hongkong. C’était, malheureusement, trop tard. Son estomac et ses intestins fonctionnaient mal ; les bons soins, qu’on lui prodigua pourtant, ne donnèrent aucun résultat. Bien plus, son état empira de telle sorte qu’il lui devint impossible d’absorber quelque nourriture que ce fut, même le lait. Les infirmiers comprirent qu’il était perdu et l’avertirent ; il se résigna humblement à la volonté de Dieu tout en conservant malgré tout, une lueur d’espoir, et, en effet grâce à sa robuste constitution, sa vie se prolongea quelque temps encore.

    Nous tenons les détails qui suivent du Supérieur du Sanatorium de Béthanie.

    Après avoir reçu les derniers sacrements le 22 décembre, le cher Père reprit un peu de forces pour quelque temps, puis retomba pour se relever encore. En somme, depuis son arrivée à Hongkong, il n’a fait que décliner, ce qui laisse supposer qu’avec le sproue il devait avoir une autre maladie, cancer au foie ou à l’estomac.

    La mort du cher P. Marchand (arrivée le 16 février) l’attrista beaucoup. À partir de ce moment il déclina tout à fait. Il put cependant encore faire la sainte communion la veille de sa mort. Le jeudi 19 février, à 5 heures du matin, il entrait en agonie. À 10 heures précises il rendait sa belle âme à Dieu. L’inhumation a eu lieu le 20, premier jour de l’année chinoise.

    M. Barrès désirait travailler jusqu’à 80 ans le sol ingrat du Kouangsi. Le divin Maître jugeant qu’à 40 ans il avait accompli la tâche du bon et fidèle serviteur, n’a pas attendu davantage pour le faire entrer dans sa  joie.

     

    • Numéro : 2654
    • Pays : Chine
    • Année : 1902