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Edmond BARREAU (1903-1985)

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    Enfance et jeunesse

     

    Edmond Barreau naquit à Périgny, en Charente-Maritime, diocèse de La Rochelle, le 28 mai 1903. Il était le deuxième d’une famille qui devait compter sept enfants dont trois moururent en bas âge. Son père était employé dans une entreprise de transports à La Rochelle. En 1910, la famille vint s’installer à Fontenay-le-Comte, en Vendée. Son père trouva du travail dans une entreprise de camionnage. Puis ce fut la guerre. Après la guerre, il reprit son travail dans la même entreprise. Pendant ce temps, les enfants grandissaient et fréquentaient l’école.

     

    Après ses études primaires à Fontenay-le-Comte, trois ans à l’école publique et trois ans à l’école du Sacré-Cœur, Edmond fit un an de latin au presbytère, sous la direction de l’abbé Marseau, pour se préparer à entrer au petit séminaire de Chavagnes-en-Paillers. Ses études secondaires terminées, il se dirigea le grand séminaire de Luçon, en 1923, où il accomplit quatre années d’études entrecoupées par son service militaire.

     

    Dès ses années de petit séminaire, Edmond désirait consacrer sa vie à l’apostolat en pays de mission. Mais un accident de santé — de violents maux de tête pendant deux ans — le découragèrent un peu. C’est pourquoi, au lieu d’entrer aux Missions Étrangères à la fin de ses études secondaires, il entra d’abord au grand séminaire de Luçon pour « tester » sa santé, comme il le dit lui-même dans sa demande d’admission aux Missions Étrangères. En fait, ses maux de tête disparurent. Le 3 juin 1928, il adressa sa demande d’admission. Il abordait très franchement la question de ses maux de tête et ajoutait qu’il avait une mémoire très défectueuse. C’est la même remarque que faisait le supérieur du grand séminaire de Luçon dans les « notes » concernant l’abbé Barreau. Il fut cependant admis et entra le 14 septembre 1928 pour terminer ses études. A Luçon, il avait déjà reçu la tonsure et les deux premiers ordres mineurs.

     

     

    En mission

     

    Ordonné prêtre le 29 juin 1930, il reçut le soir même sa destination pour la Mission de Moukden, en Mandchourie. Il quitta la France le 8 septembre 1930, en compagnie de seize autres jeunes missionnaires, dont le P. Lemaire, affecté à la mission de Kirin, dans la Mandchourie du Nord, et qui devait devenir Supérieur général de la Société des Missions Etrangères, de 1946 à 1960.

     

    Le P. Barreau arriva en Mandchourie le 5 novembre 1930. La Mandchourie est une province de l’extrême nord de la Chine. Cette seule province est aussi vaste que la France, la Belgique et la Hollande réunies. On voit par là qu’il y a de l’espace où se débattre. Le climat est rude. Pendant les longs hivers sibériens, on voit le thermomètre descendre jusqu’à –25o ou –30o. Par contre les étés sont courts et humides. Il n’est pas rare de voir le thermomètre monter jusqu’à 40o à l’ombre. À l’arrivée du P. Barreau, le pays était en proie au brigandage, à l’insécurité. Les voyages n’étaient pas sans danger. Pendant ses premières années d’adaptation à son nouveau pays, le P. Barreau va connaître des dangers. Mais jeune et insouciant, il était même téméraire : ce qui ne fut pas sans causer des inquiétudes à son entourage. Heureusement rien de fâcheux ne lui arriva.

     

    Quelque temps après son arrivée, il fut envoyé dans un village à majorité chrétienne, Nieou Tchouang, pour s’initier aux beautés et aussi aux difficultés de la langue chinoise, sous la direction du P. Pérès. En 1931, il fut dirigé vers un poste plus au nord-est de Moukden, la chrétienté de Si Feng, comme vicaire du P. Pérès, nommé responsable de ce district. Sous sa direction, il continua l’étude du chinois et s’initia au ministère. Le P. Pérès restera toujours son grand ami. C’est à cette époque (1931-1933) que les Japonais vont s’emparer de la Mandchourie et en faire un état indépendant, le Mandchoukuo. La présence des Japonais qui ne badinaient pas avec la discipline va rétablir la paix et la sécurité dans toute la province.

     

    En 1953, le P. Barreau quitte Si Feng pour Yin K’eo, ville tout à fait au sud de la mission de Moukden, à l’embouchure du grand fleuve mandchou, le Léao. C’est une ville commerçante. La chrétienté y est très vivante. Elle a besoin d’un jeune prêtre pour animer et développer ses œuvres. Tout de suite, le P. Barreau va se trouver à l’aise au milieu de ces jeunes Chinois, se montrant très près d’eux et captant leur confiance. Pendant les trois ans qu’il va passer dans cette chrétienté, le P. Barreau aura aussi le souci de susciter des vocations sacerdotales et religieuses.

     

    Après avoir œuvré pendant trois ans dans cette paroisse de Ying K’éo, il est placé à la tête d’un vaste district en zone rurale, dont le centre est le bourg de T’ong Kia Fong, à une demi-journée de Moukden, dans une boucle du fleuve Léao. Le travail ne manque pas et le P. Barreau a de quoi exercer son zèle. Les demandes de conversion sont nombreuses. Le Compte rendu de 1939 signale qu’il a baptisé 147 adultes. Il y en aurait beaucoup plus s’il pouvait entretenir de plus nombreux catéchistes. Le mouvement s’étend au canton voisin de Ta Ming Touen qui compte déjà 57 baptisés et 80 catéchumènes en cours de formation. Un confrère, le P. Chagny, professeur au petit séminaire de Moukden, est tout heureux d’aller lui prêter main forte au moment des vacances : il est quasi-vicaire.

     

    Le P. Barreau va passer une dizaine d’années dans ce district, les plus belles de sa vie missionnaire, comme il aimait à le dire. Il s’est très bien adapté à ce milieu paysan, se faisant tout à tous, comme saint Paul, qu’il a pris pour modèle.

     

    Tout en étant généreux, il vit pauvrement, se contentant du strict nécessaire. La porte de sa résidence est constamment ouverte à tous, chrétiens comme païens. Il écoute avec patience, tout en fumant sa pipe, les longs palabres de ses visiteurs qui parlent de la pluie ou du beau temps. C’est au moment où le Père veut leur donner congé qu’ils exposent leurs problèmes. Dans la limite de ses moyens, il vient en aide à tous, au risque de se laisser rouler par plusieurs. Il a su aussi se concilier les autorités civiles en une période où les allées et venues des étrangers sont minutieusement surveillées.

     

    Au point de vue pastoral, il dirige sa paroisse avec zèle. Il aime les beaux offices, avec des chants soigneusement préparés ; il soigne ses homélies pour en adapter le contenu à son auditoire. Il se donne à fond à la catéchèse aidé par deux religieuses chinoises.

     

    En 1941, il enregistre plus de 30 baptêmes d’adultes et 27 baptêmes d’enfants. Ses écoles de catéchisme — garçons et filles — sont très fréquentées. Mais le P. Barreau n’oublie pas le but principal de la Société des Missions Étrangères. Aussi, dans ce district, comme dans les autres postes où il est passé, il a soin de discerner des vocations, soit pour le séminaire, soit pour le couvent.

     

    Mais l’apostolat missionnaire est souvent conditionné par la situation politique, qu’on le veuille ou non. Avec la défaite japonaise, le 15 août 1945, cesse la deuxième guerre mondiale. Mais c’est aussi pour le peuple chinois, en Mandchourie d’abord, puis peu à peu pour l’ensemble du pays, le début de longues journées de souffrances qui durent encore. En un premier temps, les Japonais sont remplacés par une armée d’occupation russe. Les relations avec quelque troupe d’occupation que ce soit sont toujours délicates, surtout quand il s’agit d’un étranger qui veut s’opposer aux exactions diverses : injustices, rapines et autres méfaits. Cependant le P. Barreau osa porter plainte et réussit à se faire entendre. Il résidait à ce moment à Moukden et occupait les locaux de l’école des Dames de Saint-Maur, située dans la concession japonaise, non loin de l’église Saint-François-Xavier, dont le curé fut le P. Patrouilleau et ensuite le P. Simonin. Il prit la relève du Consul général de France à Moukden. Il essaya de jouer ce rôle devant les autorités russes, mais ce ne fut qu’un rêve ! Il faut ajouter quand même qu’avec son aplomb imperturbable, ne doutant de rien, il arriva à plusieurs reprises à rendre service et à limiter les dégâts. C’était en septembre-octobre 1945. Il fit tout cela de sa propre initiative. Mais, bien vite, il sut obtempérer aux ordres du supérieur de la mission, Mgr Blois, qui envoya le P. Barreau à Anshan, cité industrielle située dans un secteur minier, puis l’année suivante nous le trouvons à Leao Yang, nœud ferroviaire sur le transmandchourien.

     

    Pendant ce temps, la situation politique avait sérieusement évolué. Les troupes russes avaient été remplacées par des troupes chinoises dont la division d’honneur de Tchang Kai Shek qui venait du Vietnam. On aurait pu espérer un temps de paix et d’ordre. Hélas, un autre malheur allait s’abattre sur la Mandchourie : les troupes communistes de Mao Tse long avançaient à grands pas vers Moukden. Dans son poste de Leao Yang, le P. Barreau avait déjà eu maille à partir avec les soldats communistes. Aussi, sur le conseil de ses supérieurs, le P. Barreau dut se décider à quitter la Mandchourie avant qu’il ne fût trop tard. Il partit pour la France. C’était son premier congé après dix-huit ans de mission et, en septembre 1948, il retrouva les siens à Fontenay-le-Comte.

     

     

    En France : 1948-1953

     

    Après quelques mois d’un repos bien mérité pendant lesquels il suivait les progrès des troupes communistes en Mandchourie et vers Pékin, le P. Barreau se rendit à l’évidence que son retour en Mandchourie n’était pas possible. Qu’allait-il devenir ? C’est alors qu’on lui proposa de se consacrer au recrutement pour la Société des Missions Étrangères, au moins pendant quelques années. Il accepta sans grand enthousiasme, tout en gardant l’espoir d’un nouveau départ. Son désir allait se réaliser en 1953.

     

     

    Hualien : 1953-1957

     

    Une nouvelle préfecture apostolique venait d’être érigée à Hualien, dans l’île de Formose (Taïwan) sous la direction de Mgr Vérineux, un ancien de Mandchourie, aidé déjà par les Pères Boschet et Peckels, eux aussi anciens de la Mission de Moukden. Le travail ne manquait pas et Mgr Vérineux embauchait. Le Père Barreau posa sa candidature. Elle fut acceptée et ce fut pour lui un second départ, le 23 décembre 1953. Il arriva à Hualien le 29 janvier 1954. C’était l’époque d’un immense mouvement de conversions parmi les « aborigènes » de diverses tribus : ce que l’on a appelé le « miracle de Formose ». Depuis 1895 et jusqu’en 1945, l’île fut sous la domination japonaise : ce qui explique que les habitants, même les aborigènes, parlaient plus ou moins japonais. Deux gros obstacles se dressaient devant les missionnaires de Hualien : leur petit nombre et la diversité des langues qu’ils ignoraient. C’était vraiment commencer à zéro. Les missionnaires parlaient chinois et ceux qui venaient de Mandchourie avaient au moins quelques notions de japonais. C’est ainsi que le P. Barreau dut se remettre au japonais en attendant qu’il apprenne l’une ou l’autre langue aborigène. Il est d’abord envoyé à Sincheng, non loin des Tarocos qui demandaient en masse à se convertir. Ce sont les moins évolués de toute l’île. Avec l’aide de catéchistes, utilisant un peu de chinois et de japonais, il réussit à instruire ces montagnards. Le 15 août 1954, il administra 254 baptêmes. Mais plus de 1.000 catéchumènes attendaient. Heureusement, il reçut le renfort de quelques catéchistes, ce qui lui permit de continuer la formation de ceux qui désiraient le baptême. Le P. Barreau va travailler dans ce secteur pendant dix mois et il sera remplacé par les Pères du Grand Saint-Bernard. Il leur laissa 430 baptisés, 800 catéchumènes et 12 catéchistes bien formés. En novembre 1954, il est envoyé à Fenling, en milieu amitsu, mais il y a aussi des Tarocos dans le secteur : il faut donc pouvoir parler plusieurs langues. Il déploie tout son zèle sans ménager sa santé, tant et si bien qu’au mois de janvier 1957, il est obligé de s’arrêter et d’aller à Béthanie (Hongkong) pour se reposer et se soigner. Rentré à Hualien le 24 mai 1957, il est affecté au poste de Matsura. Ce ne fut que pour quelques semaines. De nouveau malade, il se voit obligé de quitter Hualien pour la France, le 20 juin 1957, afin de refaire, si possible, une santé sérieusement ébranlée.

     

     

    En France

     

    Le P. Barreau était loin de se douter que c’était un retour définitif. Après quelques mois de repos dans sa famille, il se sentit assez vigoureux pour faire du ministère. D’accord avec les supérieurs de la Société, il sollicita une place dans le diocèse de La Rochelle. C’était un  « retour aux sources », car il était né dans ce diocèse. Il occupa divers postes. Il fut notamment curé de Boisredon jusqu’au 11 novembre 1969. Ce jour-là, sa sœur était venue le voir. Il se sentait vraiment fatigué. Il demanda si on pouvait le ramener à Fontenay-le-Comte. Il était temps, car dès le lendemain il eut une attaque et resta depuis lors paralysé du côté gauche. Sa vie active était terminée. Il se retira avec sa sœur à Fontenay-le-Comte. Cependant, en 1975, il essaya d’assurer l’aumônerie des Frères âgés de Saint-Gabriel, à Saint-Laurent-sur-Sèvre. Il ne put tenir ce poste et fut obligé de revenir avec sa sœur. Sa santé déclinait peu à peu. C’est pourquoi, au mois de juin 1981, il demanda à aller à Montbeton. C’est le 2 juin qu’il arriva dans cette maison.

     

     

    À Montbeton

     

    À son arrivée, sa santé était déjà bien ébranlée. Il organisa sa vie de façon plutôt solitaire, participant cependant de façon régulière aux exercices de communauté. Il célébrait en privé sa messe qu’il offrait pour ses chrétiens de Mand­chourie. Chaque jour également il faisait une petite promenade dans la localité. Avec sa robe chinoise et son chapeau à larges bords, sa silhouette était bien connue ; il s’arrêtait volontiers pour bavarder avec les personnes qu’il rencontrait. Au début de 1985, souffrant de difficultés gastriques, il ne put suivre les exercices de la retraite commune. À l’issue de cette retraite, il reçut le sacrement des malades, le 1er février, et le soir même fut hospitalisé à Montauban. On diagnostiqua une tumeur de l’estomac. Il accepta avec sérénité l’opération qui s’imposait ; elle révéla que non seulement l’estomac mais aussi le pancréas étaient trop atteints pour que l’on puisse y porter remède. Il fut donc ramené à la maison où il fut alimenté artificiellement : situation pénible et douloureuse dans laquelle il montra beaucoup de patience et de courage sans se plaindre ni poser aucune question sur la gravité de son mal. En fait, il ne semble pas qu’il se soit fait illusion à ce sujet. Il assistait et communiait à la messe célébrée dans sa chambre. Il priait souvent, même en chinois. Pendant les huit jours qu’il passa à la maison, après sa sortie de l’hôpital, il eut le réconfort et le soutien de sa sœur qui l’assista jusqu’au bout avec beaucoup de dévouement. C’est elle qui lui ferma les yeux, lorsqu’il s’éteignit pendant la nuit du 19 au 20 mars. Ses neveux et nièces vinrent la rejoindre pour les obsèques qui eurent lieu le 22 mars, présidées par le P. Chagny, son confrère en Mandchourie. Celui-ci, au cours de la messe, évoqua avec émotion la vie d’apostolat du P. Barreau dans la mission de Moukden à laquelle il était resté très attaché et où il vivait toujours par la pensée et la prière. Il repose maintenant dans le cimetière de la Maison Saint-Raphaël, en compagnie de plusieurs confrères qui ont œuvré comme lui en Mandchourie.

     

     

    • Numéro : 3420
    • Pays : Chine
    • Année : 1930