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Prosper BARRALON (1848-1916)

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    M. Barralon naquit le 31 mars 1848 sur le territoire de la paroisse de Saint-Sauveur-en-Rue, d’une famille très chrétienne. Ses parents étaient de gros fermiers, fort à l’aise. De bonne heure, il se sentit appelé à l’état ecclésiastique, et fit ses études au petit séminaire de Montbrison. Ayant eu la fièvre typhoïde, il retourna à la maison paternelle où les meilleurs soins lui furent prodigués. Il guérit, mais son père fut atteint par la maladie qui en peu de jours le conduisit au tombeau.

    Animée des plus courageuses dispositions, sa mère prit un jour l’enfant à part et lui dit : « Bien que je sois accablée de tristesse par la mort de ton père, et que tu doives m’être d’un « grand secours dans la ferme, tu as cependant toute liberté de retourner au séminaire, et « même  je serai très heureuse de cette décision. » Prosper remercia vivement sa bonne mère et retourna à Montbrison. Il y fut un élève studieux, sérieux, et estimé de ses maîtres. A la fin de sa rhétorique, il entra au séminaire de philosophie à Alix, et en septembre 1871, il se rendit au séminaire des Mission-Etrangères. Durant la guerre de 1870-1871 et la Commune, le séminaire ayant été licencié, M. Barralon dut passer quelque temps dans sa famille. La paix rétablie, il se rendit de nouveau à notre maison de la rue du Bac. Sa vie d’aspirant se passa dans le calme et la joie. Ordonné prêtre en 1874, il reçut sa destination pour la mission de Pondichéry, où il arriva au mois d’août. Mgr Laouënan l’envoya aussitôt au collège de Karikal où il resta une année. De là il passa à Pratacoudi comme vicaire de M. Thobois, spécialement chargé de cette chrétienté, et d’Ottamanur qui est devenu chef-lieu de district.

    Il se mit alors ardemment à l’étude de la langue tamoule et il parvint à la parler très correctement, avec élégance même. Pendant la famine de 1877, M. Barralon fit partie des comités créés par le gouvernement anglais, pour distribuer des secours aux affamés. Il s’acquitta de sa charge avec beaucoup de charité ; mais naturellement il ne parvint pas à contenter tout le monde. Aussi quelques brahmes, qui auraient certainement été contents de voir mourir les pauvres parias, pour recevoir des secours plus abondants, se plaignirent de lui. Leur plainte fut parfaitement inutile, et le Père fut approuvé par le président du comité.

    En 1878, la nomination de M. Faure au grand séminaire de Pondichéry ayant laissé vacant le district de Vadouguerpatti, M. Barralon fut nommé à ce poste, qui comptait alors plus de 7.000 chrétiens. Aidé de son vicaire, M. Mardiné, le nouveau curé parcourut son district, instruisant, catéchisant avec un grand zèle. Entre deux courses apostoliques, il fit réparer son presbytère ; les réparations terminées, comme il avait encore quelque argent, il s’avisa de faire construire un étage. Jusqu’alors tous les presbytères de la mission n’étaient composés que d’un rez-de-chaussée. Mgr Laouënan s’étonna de l’innovation et le fit savoir au curé de Vadouguerpatti. Le cher Père s’émut un peu de l’admonition de son évêque. « C’est une nouveauté, soit, finit-il par dire en guise de consolation, mais je crois que mes successeurs me remercieront d’avoir construit cet étage. » L’avenir lui a donné raison.

    Après quelques années d’administration, M. Barralon se convainquit que deux missionnaires séparés feraient de meilleur travail que deux réunis. Il obtint la division de son district, et alla installer son vicaire comme curé de Kokudi.

    En 1881, il fut placé à Kumbakonam où il devait rester 18 ans. Il y travailla courageusement. Il y souffrit aussi beaucoup de la part de certains chrétiens, riches et influents, qui croyaient pouvoir commander au prêtre jusque dans l’église. Sa bonté finit par leur faire goûter et pratiquer la douceur.

    En 1885, il réussit à fonder une école de filles, spécialement destinée aux petites brahmines, et dirigées par les religieuses du Saint-Cœur de Marie. Au premier jour, 23 enfants se présentèrent ; à la fin du mois, il y en avait 100 ; et aujourd’hui, elles sont plus de 300 avec 10 religieuses. Cette école est la plus importante de celles que dirige la Congrégation. L’école fondée, le missionnaire dut en laisser l’administration au « chairman » de la municipalité de Kumbakonam. Dans la suite il eut à la défendre contre les intrigues des brahmes, qui voulaient la faire disparaître par crainte du zèle des religieuses. Après une longue discussion et un discours plein de sens et de vérité du chairman, le vote du conseil municipal dont le Père faisait partie fut favorable.

    La principale œuvre de M. Barralon à Kumbakonam fut la fondation d’un hospice pour les vieillards. Il avait eu occasion de voir de près les souffrances des pauvres vieux, rejetés de tout le monde, et son cœur s’était ému de pitié. Ayant recueilli un certain nombre de pièces de vieille monnaie, de bijoux anciens, etc., il écrivit aux Missions Catholiques, disant son désir de fonder un hospice pour les vieillards, et offrant sa collection en échange de pièces d’or en cours. Quelque temps après, il reçut de Belgique, d’une famille riche et pieuse, la réponse à son appel. « Gardez votre collection, lui écrivait-on, nous vous enverrons les fonds « nécessaires pour votre hospice. Nous nous intéressons à votre idée. Marchez de l’avant. » Au comble de la joie, le missionnaire se mit aussitôt à l’œuvre. Un emplacement fut choisi, des huttes construites, et les vieillards vinrent en grand nombre s’y reposer ; beaucoup y trouvèrent le salut de l’âme avec le repos de l’esprit et les soins du corps. Ensuite, M. Barralon acheta d’excellentes rizières dont le produit devait suffire à entretenir un bon nombre d’hospitalisés. Des maisons furent construites et louées dans le même but.

    Cet hospice est aujourd’hui entre les mains des Sœurs Catéchistes Missionnaires de Marie.

    Notre cher confrère eut le grand bonheur de voir deux de ses fils spirituels gravir les hauteurs du sacerdoce, et une dizaine de jeunes filles tamoules dont il a dirigé la vocation entrer au couvent.

    En 1899, Kumbakonam devint le chef-lieu d’un diocèse. M. Barralon prépara toutes choses pour la réception et l’installation du nouvel évêque, et lorsque celui-ci fut arrivé, il le pria de lui donner un autre poste. Mgr Bottero insista pour qu’il demeurât curé de la cathédrale ; mais voyant le vif désir du missionnaire de changer de paroisse, il lui offrit de choisir lui-même son poste. M. Barralon exprima le désir de retourner à Vadouguerpatti où il devait rester jusqu’à sa mort. Pendant ce second séjour dans ce district, il en demanda et en obtint encore la division ; en février 1904, il installa le curé de la nouvelle paroisse ; aussi parfois en riant l’appelait-on le grand installateur.

    Depuis quelques années, notre cher confrère n’avait pas une santé brillante. Il éprouvait de temps à autre des défaillances, et plus d’une fois, il appela son voisin en toute hâte. Malgré tout, il continuait ses travaux. Au mois de juin 1914, Mgr Morel lui envoya sur ses instances, M. Prunier nouvellement arrivé d’Europe, et que la mobilisation lui enleva deux mois plus tard. La mission de Kumbakonam comptant douze mobilisés, il n’y avait plus personne de disponible, et M. Barralon si cassé qu’il fût, dut faire seul l’administration de ses 4.000 chrétiens.

    Aux premiers jours de janvier 1916, le Père fut indisposé ; mais il n’y attacha pas autrement d’importance. Cependant, vers le 10 janvier, l’affaire paraissant plus sérieuse, il fit appeler son voisin et se confessa. M. Mardiné, son vicaire des anciens jours, entendant parIer de son état, se rendit près de lui. M. Barralon se confessa encore, régla ses affaires, et donna toutes les indications nécessaires à son confrère. Au soir du 19 janvier, ils conversèrent longtemps ensemble et se quittèrent en disant : « Ce ne sera pas encore pour cette fois. » Et chacun se retira dans sa chambre. Cependant, un domestique resta auprès du malade. Vers 1 heure du matin, le Père fit allumer la lampe, se leva et s’assit sur son lit. Tout à coup, il eut une faiblesse. Aussitôt couché, il demanda les derniers sacrements, disant : « J’étouffe, le cœur manque, vite, vite, donnez-moi l’Extrême-Onction. » A l’appel du domestique, M. Mardiné et un prêtre indigène accoururent. On se hâta de faire les onctions ; mais avant la fin des cérémonies, l’âme du cher Père avait paru devant Dieu. C’était le 20 janvier. Durant toute la journée, des centaines de chrétiens vinrent prier et pleurer près du corps. Plusieurs confrères arrivèrent, et le lendemain eurent lieu les funérailles, au milieu d’une affluence considérable. Le corps fut déposé dans la tombe que le Père avait lui-même préparée.

    Disons maintenant un mot de ses vertus et de ses qualités. M. Barralon était la bonté même  pour ses ouailles. Il aimait ses chrétiens, leur parlait aimablement, leur pardonnait facilement, trop facilement même à la fin de sa vie et leur faisait d’abondantes aumônes. Certainement plusieurs abusèrent de sa bonté ; s’il l’apprenait, il ne s’en émouvait guère. Sur le mur de sa chambre, il avait écrit cette sentence : Eleemosyna a morte liberat.

    Il menait une vie pauvre, se nourrissait mal, économisait toujours.

    Grâce à ces économies et aux aumônes qu’il reçut, put faire des travaux de construction importants.

    Il bâtit l’église d’Ouvenur entièrement à ses frais, contribua pour une part plus ou moins grande aux cinq églises qui se trouvent dans le district de Vadouguerpatti, et, enfin, il y a quelques années, il éleva une haute tour qu’on aperçoit à plusieurs milles à la ronde, et sur laquelle il fit inscrire les noms du Souverain Pontife, de l’évêque de Kumbakonam, de chacun des villages composant son district avec le nombre des fidèles de chaque chrétienté.

    Il avait beaucoup lu et observé, aussi sa conversation était très intéressante. L’esprit ne lui manquait pas, et il avait quelquefois des répliques plutôt mordantes. Mais ayant une sincère humilité, il demandait pardon aussitôt qu’il s’apercevait avoir froissé.

    Sa principale dévotion était celle du Saint-Sacrement. Jamais il n’omettait sa visite à Notre-Seigneur. Il prêchait souvent sur l’Eucharistie, et prenait de nombreux moyens pour amener ses chrétiens, et surtout les enfants, à recevoir souvent le Dieu de l’Eucharistie.

    Tel fut le cher P. Barralon, un bon missionnaire qui travailla beaucoup et jusqu’à la fin.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    • Numéro : 1202
    • Pays : Inde
    • Année : 1874