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Auguste BARON (1865-1947)

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    Le dimanche 30 avril 1947 s’éteignait doucement à l’hôpital Sainte-Marthe de Bangalore M. Augustin Baron, de la Mission de Mysore, après trente-sept ans de vie apostolique. C’était une belle figure de prêtre missionnaire qui disparaissait. M. Baron naquit à La Bruffière (Vendée), le 24 janvier 1885. Ses études au petit séminaire et deux années de philosophie terminées, il entra au Séminaire de la rue du Bac et y fut ordonné prêtre le 24 septembre 1910.

     

    Le 30 novembre il quittait la France sur le Calédonien et débarquait à Pondichéry le 25 décembre de la même année, pour rejoindre la Mission de Coimbatore qui lui avait été assignée comme champ d’apostolat et qui devint plus tard Mission indigène. Quelques jours après, il arrivait à Coimbatore même, où il fut reçu à bras ouverts par Mgr Roy, son compatriote vendéen, qui le garda auprès de lui quelque temps avant de l’envoyer à Coonoor sur les montagnes bleues, petite ville au climat agréable, entourée de plantations de café et de thé. Les chrétiens étaient nombreux, les conversions de païens fréquentes et par suite le ministère absorbant. Il s’y donna à cœur joie en étudiant les langues. Dans les districts voisins travaillaient quelques jeunes confrères qu’il avait connus à Paris. Quelle joie de les rencontrer ! Ensemble, ils échangeaient leurs impressions, se racontaient leurs difficultés, faisaient des plans pour la conversion de tous les païens des environs ! C’était la belle vie missionnaire, la course aux âmes par monts et par vaux ! Leur ardeur juvénile ne voulait pas connaître de bornes ; tous les païens devaient devenir les enfants de Dieu.

     

    En novembre 1913 son évêque le nomma assistant de M. Petit à Kodiveri, centre de nombreux catéchumènes. Cette partie du district était une région montagneuse, boisée, fiévreuse, aucun chemin ne la desservait et elle était habitée par une tribu sauvage. Là son rêve de jeune partant se réalisait, il se voyait vraiment missionnaire dans la brousse ; mais son bonheur ne fut pas de longue durée. Le 30 août 1914, en effet, il quittait sa Mission pour répondre à l’appel de la Patrie, en compagnie de deux jeunes confrères. Il arrivait à Marseille le 2 septembre pour être dirigé sur le front et incorporé dans un régiment d’infanterie. Ses chefs, remarquant en M. Baron de belles qualités, le firent nommer sergent-major. Le 25 septembre 1915, il était gravement blessé au bras à Ville-sur-Tourbe. L’amputation du bras droit put être évitée, mais il eut à souffrir de sa blessure toute sa vie.

     

    La Paix signée, il reprenait la route des Indes en septembre 1919. M. Baron pouvait réussir partout. Mgr Roy le savait ; aussi employa-t-il ses réels talents d’administrateur en lui confiant successivement de nombreux districts sans lui donner le temps d’y prendre pied. Ainsi, nous le trouvons en 1921 à Dharapuram ; en 1923 à Kotagiri, en 1928 à Ootacamund d’où il fut obligé de partir pour la France l’année suivante afin d’y subir une nouvelle opération au bras. Un an après il était de nouveau au poste de Savariapaleyam ; et puis ce fut Coonoor en 1932, Kodiveri en 1933, Tiruppur en 1934, Ketti en 1935 et enfin Wellington en 1936 où il resta dix ans. Ce dernier poste comprenait un certain nombre de soldats anglais catholiques et environ cinq mille chrétiens indigènes. Comme partout où il passa, il se dévoua de tout cœur au service spirituel de ses ouailles et parfois même son dévouement dépassait les limites de la prudence. Le 31 mai 1946, en effet, il dut s’avouer vaincu par une très grande fatigue. Depuis quelque temps déjà ses forces faiblissaient. — « Je ne sais pas ce que j’ai, disait-il à un de ses amis plusieurs mois avant de s’aliter, mais ça ne va pas. » — Le cœur était malade et l’estomac refusait toute nourriture. Il se vit donc obligé de quitter Wellington accompagné par sa bonne et dévouée sœur, religieuse de Saint-Joseph de Tarbes pour être hospitalisé à Bangalore où il arriva le jour même dans un état physique déplorable. Une extrême faiblesse lui épargna une opération qui lui eût été fatale, mais peu à peu, les soins que lui prodigua sa sœur, Supérieure des religieuses de l’hôpital, lui valurent un regain de vie. N’écoutant que son zèle pour le bien des âmes, il se crut suffisamment capable de prêcher une retraite aux religieuses. Il la prêcha effectivement et y mit tout son cœur de prêtre et, vers la fin de mars il s’offrit à remplacer l’aumônier du couvent de Saint-Joseph, pour quelques mois. Les premiers jours de son ministère tout alla bien ; mais la semaine sainte fut pénible pour lui. Les vomissements reprirent, le cœur devint subitement très faible, et il fallut transporter d’urgence le malade à l’hôpital. M. Baron se rendit compte alors que son état était très grave. — « Je vais bientôt mourir, dit-il, que la volonté du Bon Dieu soit faite. » — Il reçut le sacrement de l’extrême-onction avec une piété touchante, répondant lui-même aux prières du prêtre. Il nous quitta le dimanche 30 avril, sans bruit, comme il avait vécu, après avoir dit un affectueux « au revoir » à sa sœur qui le veillait.

     

    Il est enterré au cimetière du Sacré-Cœur à côté de ses confrères qui l’ont précédé dans la tombe. C’est là qu’il attend le grand jour de la Résurrection.

     

    M. Baron, sous des apparences modestes, était un saint prêtre et un zélé missionnaire. Les traits caractéristiques de son âme se traduisaient par un grand esprit de foi et une charité débordante. Très surnaturel, il aimait Notre-Seigneur de tout son cœur et voulait qu’Il fût aimé autour de lui. Les grandes manifestations chrétiennes l’enthousiasmaient ; c’était pour lui une grande joie de participer au pèlerinage de la Croix de Kandel, dont il était d’ailleurs un discret bienfaiteur. On aimait à le voir avec sa petite taille parcourir les rangs des fidèles indiens pendant la grande procession.

     

    La charité se manifestait surtout dans ses relations avec les confrères. Il avait plaisir à les recevoir et toujours avec une gaîté de bon aloi ; aussi les visites ne lui manquaient-elles pas.

     

    Le dévouement de M. Baron, son esprit de sacrifice, son amour profond du divin Maître, sa grande dévotion envers la Sainte Vierge, resteront un bel exemple pour ses confrères qui continuent ici-bas à creuser leur sillon dans le champ de l’apostolat.

     

    • Numéro : 3087
    • Pays : Inde
    • Année : 1910