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Émile BARILLON (1860-1935)

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    Marie-Alphonse-Emile Barillon naquit le 18 octobre 1860 dans la paroisse de Lumeau au diocèse de Chartres. Ses parents étaient d’humbles ouvriers devant pourvoir leur travail à leur propre subsistance et à celle de leur jeune famille. Jusqu’à sa douzième année, le petit Emile passa son enfance à Lumeau. Il y partagea la vie et les études de ses compagnons d’âge, ne se distinguant de ses jeunes camarades que par une intelligence plus vive et aussi par cet amour du jeu que, plus tard, il emporta au séminaire et qui devait faire de lui le plus enjoué et le plus gai des condisciples.

     

    « Le malheur, a-t-on dit, est un terrible maître, mais il est le meilleur pour la formation des âmes » ; si cette parole est vraie, Emile a été, de bonne heure, formé à la meilleure de toutes les écoles. Un double deuil vint le frapper sans pitié dans ses plus chères affections. Coup sur coup, la mort cruelle lui prit un père et une mère tendrement aimés. L’épreuve fut affreuse. Mais Dieu abaissa un regard de condescendance sur le jeune orphelin. M. Renard, instituteur à Lumeau et son épouse, née Barillon, oncle et tante de l’orphelin, ouvrirent à celui-ci leur foyer et l’aimèrent comme leur fils. Le 9 mai 1872, Emile était admis à faire sa première communion. Le même abbé Morice, qui 12 ans auparavant avait versé l’eau du baptême sur le front de l’enfant, sut découvrir à cette occasion dans l’âme du jeune Emile les premiers germes de la vocation sacerdotale. Aussi, au mois d’octobre suivant, fut-il admis à la maîtrise de l’illustre sanctuaire de Notre-Dame de Chartres. Durant les années qu’il passa, soit à la maîtrise, soit au petit séminaire de Saint-Chéron, il se montra un élève accompli sous tous les rapports : sérieux, docile, studieux et les plus brillants succès récompensèrent son amour pour le travail. Cependant un autre appel de Dieu s’était fait entendre au jeune lévite. Le désir de se sacrifier, de se donner plus entièrement à Dieu lui inspira la noble ambition d’être prêtre- missionnaire dans ces pays lointains où l’évangile ne pénètre qu’au prix des rudes labeurs de l’apostolat. Sans hésitation, il quitta le séminaire de Chartres pour celui des Missions-Étrangères, où il portait avec les éminentes qualités de l’esprit, les trésors d’un cœur brûlant pour le salut des âmes. C’est au Séminaire de la rue du Bac, que M.  Barillon fut ordonné prêtre le 20 septembre 1884, et le même jour il reçut sa destination pour la Mission de Malacca.

     

    Arrivé à Singapore, il fut envoyé pour apprendre la langue chinoise, en premier lieu dans la paroisse chinoise de cette ville. Après un court séjour à Penang et à Taiping, où il eut l’occasion d’étudier les divers dialectes chinois, il fut chargé de la chrétienté chinoise de Penang, rattachée à cette époque à l’église de l’Assomption. M. Barillon réussit à acquérir un terrain bien situé au centre de la ville et y bâtit aussitôt sa résidence et une petite église. A peine son travail était-il fini, qu’il alla prêter main forte au vieux et vaillant M. Allard, fondateur du poste chinois de Batu Gajah, situé dans le plus grand centre minier de la presqu’île. A douze milles de Batu Gajah, naissait alors le nouveau village d’Ipoh qui, en cinquante ans, est devenu une des plus belles et des plus grandes villes de Malaisie. M. Barillon y obtint de vastes terrains pour établir l’église et ses chrétiens chinois. Il s’installa au milieu de la forêt à environ un mille du village où il n’était pas à l’abri des attaques nocturnes des éléphants sauvages. A peine avait-il établi ce centre chinois sur des bases solides, qu’il reçut de ses Supérieurs de Paris, une lettre le rappelant comme Directeur au Séminaire de la rue du Bac. C’était en 1892. M. Barillon avait acquis une bonne expérience de la vie de missionnaire et espérait bien ne jamais se séparer de ses chrétiens qu’il aimait d’un cœur d’apôtre. Mais Dieu en avait jugé autrement et il se soumit humblement. Diverses charges importantes lui furent confiées au Séminaire : celle de professeur de théologie morale, puis celle de Directeur des Aspirants à Paris et enfin de Supérieur du séminaire de Bièvres en 1902. Les nombreux aspirants qui l’ont connu dans ces divers emplois n’ignorent pas avec quelle compétence et sagesse il s’acquittait de ses devoirs. Il jouissait de l’estime générale de ses confrères aussi bien que des élèves. Mais, ni ce poste de confiance, ni les années qui en s’accumulant, semblaient mettre une distance plus grande entre lui et sa chère Mission de Malacca, ne lui faisaient perdre le souvenir de celle-ci et le désir de la revoir. Le ciel ne devait pas rester sourd à ces aspirations d’apostolat, mais plutôt les exaucer dans une mesure plus large que ne le demandait M. Barillon. En effet, le Souverain Pontife le désignait, pour le Siège épiscopal de Malacca, devenu vacant au mois de février 1904 par la mort de Mgr Fée. C’est le 10 mai 1904 qu’il fut élu évêque de Malacca, et le 18 septembre de la même année, il fut sacré dans la chapelle des M. E. par Mgr l’Archevêque de Pondichéry, assisté de Mgr l’évêque de Mysore et de Mgr le Coadjuteur de Tokio. Le vénéré M. Delpech, alors Supérieur du Séminaire, dans son toast au nouveau pontife, disait de lui : « Le Séminaire fait aujourd’hui une grande perte, mais ce sacrifice est un gain pour la Mission de Malacca. Nous faisons de grand cœur ce sacrifice pour le bien de cette chère Mission ! »

     

    Le 21 novembre 1904, Mgr Barillon déparquait à Singapore et était intronisé dans la cathédrale du Bon Pasteur au milieu de l’allégresse générale. Le premier soin du nouvel évêque qui avait été séparé de sa Mission pendant 12 ans, fut de visiter tous les districts et de prendre contact avec son clergé et ses fidèles. Il eut la joie de constater que l’évangile avait pénétré en plusieurs nouveaux centres et y avait fait de rapides progrès. D’autre part, il se rendit compte que la Mission avait peu de moyens pour aider ses missionnaires et que la gêne financière était un grand obstacle aux progrès de  l’évangélisation. Il conçut de suite l’idée de créer des ressources en organisant dans le diocèse une œuvre semblable à l’œuvre de Propagation de la Foi. En 1907, il mit son projet à exécution en lançant l’œuvre de la Société de Saint François-Xavier pour le maintien et le progrès  de la religion catholique dans le diocèse de Malacca. L’appel fut entendu et l’œuvre s’organisa peu à peu sur des bases solides. Même les années de dépression économique qui ont causé tant de banqueroutes dans le pays, n’ont pu qu’atténuer en partie les bienfaits d’une telle activité. Mgr Barillon s’appliqua aussi de toutes ses forces à augmenter les ressources de la Mission, dans le seul but de pouvoir venir en aide à ses collaborateurs. Il éprouva d’abord, de pénibles déboires, mais sa ténacité obtint à la fin des résultats appréciables.

     

    La guerre de 1914 priva le diocèse de Malacca de la moitié de ses missionnaires. Point de clergé indigène pour les remplacer. Aussi ceux qui restent sur place doivent-ils faire des prodigues de valeur pour subvenir aux besoins spirituels des chrétiens dont le nombre de l’importance ont doublé en 10 ans. La consigne, comme sur la ligne de combat est de tenir. Quelques vétérans de la petite armée missionnaire tombent sur la brèche, mais l’heure de la victoire sonne et la Mission est encore en pleine prospérité. Au retour des soldats. Mgr Barillon s’empresse de mettre à exécution le projet longtemps préparé et désiré, d’ouvrir un petit séminaire. En 1923, le petit séminaire de Saint François-Xavier est bâti à Sarangoon, à quelques kilomètres de Singapore ; le nombre des étudiants augmentent chaque année. Avant sa mort, Son Excellence a eu la joie de voir élevés à la prêtrise les 4 premiers élèves de son cher petit séminaire. Actuellement 35 séminaristes donnent l’espoir que l’avenir de la Mission est assuré. Malgré ses infirmités, le vaillant évêque a toujours porté un intérêt tout paternel à cette œuvre si importante et ses multiples occupations ne l’ont pas empêché de se livrer à l’étude continuelle de toutes les branches des sciences ecclésiastiques. Il a rendu de grands services à ses missionnaires par ses directions claires, précises et basées sur une connaissance approfondie de la théologie et du droit canon. Le résultat de ces études  fut la publication en 1923 d’un nouveau directoire de la Mission de Malacca, qui est un trésor pour les ouvriers apostoliques.

     

    En 1920, affaibli par une anémie persistante, il demanda et obtint la nomination d’un Coadjuteur. Le bon Mgr Perrichon en 1921 devint son bras droit. Nous ne savions vraiment ce qu’il fallait le plus admirer, du filial et respectueux dévouement du Coadjuteur pour son évêque ou de l’affectueuse confiance de l’évêque pour son Coadjuteur. Pendant 11 ans, Mgr Barillon continua à diriger la Mission malgré ses infirmités, tout en laissant le travail à son Coadjuteur.

     

    Le 13 août 1932, la mort si inattendue de Mgr Perrichon le décida à donner sa démission d’évêque de Malacca. Rome l’accepta mais laissa à Mgr Barillon l’administration du diocèse jusqu’à la prise de possession de son successeur. Quelle joie pour lui quand lui fut annoncée la nomination de Mgr Devals ! A partir de ce jour, il se consacra uniquement à la méditation et à la prière. Jusqu’à la dernière semaine de sa vie, il a eu le bonheur de célébrer le Saint Sacrifice de la messe dans son oratoire privé. Quelques jours de maladie l’ont averti que sa dernière heure approchait et il a fait le sacrifice de sa vie avec une joyeuse résignation. Cinquante ans de labeurs apostoliques, dont 30 d’épiscopat, auront mérité à Mgr Barillon la récompense due aux dévoués serviteurs du divin Maître.

     

    • Numéro : 1630
    • Pays : Malaisie
    • Année : 1884