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Aimé BARETH (1860-1919)

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    M. Aimé Bareth naquit au sein d’une honorable famille, dont la foi et les vertus chrétiennes constituaient le meilleur trésor : il était l’aîné de trois enfants. Son frère Henri, ordonné prêtre lui aussi, resta dans son diocèse d’origine : il est aujourd’hui chanoine honoraire de la cathédrale de Saint-Dié.

    L’enfance de notre confrère s’écoula pieuse et paisible, sous le regard de son excellente mère qui sût inculquer à son fils, dès le bas âge, un ardent amour de Dieu et de la vertu. Après avoir commencé ses études dans les séminaires diocésains, M. Bareth alla les achever au Séminaire des Missions-Etrangères, où il fut ordonné prêtre le 22 septembre 1883. Il reçut sa destination pour la Mission de Mandchourie.

     

    M. Boyer, qui était alors le Supérieur de cette Mission, en l’absence de Mgr Dubail, retourné en France pour sa santé, envoya notre jeune missionnnaire vers le Sud, dans le district du Yangkoan. C’était là, en effet, que, le plus souvent, les nouvelles recrues allaient s’initier, auprès de quelque confrère expérimenté, aux beautés de la langue chinoise et s’exercer aux travaux de l’apostolat. De ce joli coin de Mandchourie, de ses verdoyantes montagnes et de leurs bons chrétiens, mais surtout du cher et fidèle ami qu’il y devait trouver en M. Maviel, notre confrère gardera toujours le meilleur souvenir. Il administra tour à tour, avec beaucoup de savoir-faire, les chrétientés de Moukden, de Moriopanchan, de Lienchan, de Sinshien et la grande paroisse de Shaling où il devait succomber à la tâche. Shaling est un grand bourg, déchu, il est vrai, de son antique splendeur, mais qui compte encore, en dehors de sa population païenne, près de 800 vieux chrétiens. Leur nouveau pasteur remarqua dès son arrivée, que le troupeau avait quelque peu perdu sa ferveur première. Pour la ranimer, il institua, d’après les formes prescrites, la confrérie du Très Saint-Sacrement, en la rattachant au Siège de l’Archiconfrérie. C’était un excellent moyen de faire prendre, à ses ouailles, l’habitude de visiter, à tour de rôle, Notre-Seigneur dans son Tabernacle et de les amener à s’approcher plus souvent de la Table Sainte ; mais ses espérances ne devaient pas être réalisées pleinement tout de suite : c’était au contraire une œuvre de longue haleine qui demandait beaucoup de persévérance pour porter tous ses fruits.

     

    Persuadé aussi que les jeunes filles chrétiennes de sa nouvelle paroisse ne devaient pas rester en dehors du mouvement qui pousse la jeunesse chinoise à faire ses études suivant les nouveaux programmes officiels, M. Bareth, un des premiers parmi les missionnaires, créa une école secondaire d’après le nouveau système. Il la fit agréer et reconnaître par le mandarin préfet de la ville de Leao-Yang, et obtint de ce fonctionnaire quelques subsides, comme gage de bienveillance et d’encouragement. Une institutrice diplômée y fit les cours à de nombreuses élèves, jusqu’à ce que ces dernières eussent terminé heureusement le cycle de leurs études.

     

    Vers la mi-octobre 1919, à Moukden, lors de la clôture de la retraite annuelle, M. Bareth en sa qualité de doyen d’âge de la Mission, prit la parole, pour célébrer, à l’occasion des noces sacerdotales d’un de nos confrères, les mérites et les bienfaits de ce dernier. Ce fut une joyeuse fête de famille réhaussée d’ailleurs par la présence de Sa Grandeur, Mgr de Guébriant, Visiteur Apostolique et de son vaillant secrétaire, M. Vogel. En écoutant la chaude éloquence de M. Bareth, en voyant son bel entrain, nul ne pouvait supposer assurément que l’heure de sa mort fut si proche. Cependant, quelques semaines après son retour à Shaling il se sentit fatigué ; mais il ne prit pas son mal au sérieux. Puis l’asthme dont il souffrait depuis longtemps déjà s’étant aggravé, il lui fallut s’aliter ; et, cette fois il ne se releva plus.

    M. Huchet, son voisin le plus proche et son ami intime, fut heureusement averti par un chrétien de passage à Leao-Yang de la situation du malade ; il se rendit aussitôt auprès de celui-ci et, constatant la gravité de son état, lui proposa de le confesser et de lui donner l’Extrême-Onction.

    Déjà insensibilisé par son mal — la gangrène pulmonaire progressait — M. Bareth affirmait encore qu’il ne souffrait pas et ne voulait pas croire au danger ; il finit toutefois par acquiescer à la propotition de son ami et reçut, en pleine connaissance et avec une grande foi, les derniers sacrements. Pendant ce temps un docteur japonais de la ville était mandé d’urgence ; mais quand il arrive, c’était trop tard ; la science ne pouvait plus rien pour sauver notre confrère.

    Une religieuse de la Providence, venue, de Leao-Yang, à 15 kilomètres environ de Shaling, se dévoua jusqu’au bout pour assister nuit et jour notre cher malade. Deux autres confrères étaient accourus et s’étaient joints à M. Huchet. Tous trois voyant sa fin approcher, ne cessèrent d’exhorter M. Bareth à faire généreusement à Dieu, le sacrifice suprême de sa vie. A l’un d’eux qui lui disait qu’il irait bientôt revoir sa pieuse mère qui était morte quelques mois auparavant, il répondit d’une voix à peine articulée, les yeux mouillés de larmes : « Oui, j’irai bientôt la revoir ! » Ce furent ses dernières paroles : il était environ dix heures du soir ; le lendemain dimanche, 14 décembre vers cinq heures du matin, il s’endormit  paisiblement dans le Seigneur. Ce fut une mort bien préparée, douce et tranquille, la mort des Justes.

    Les funérailles furent fixées au 16 décembre. Sa Grandeur Mgr Choulet vint de Moukden, les présider. A la fin de la messe, qui fut célébrée avec diacre et sous-diacre, Monseigneur donna l’absoute et conduisait la dépouille mortelle de son missionnaire, dans la tombe creusée, près du croisillon ouest de l’église paroissiale : c’est là qu’il dort en paix au milieu de ses anciens chrétiens, en attendant la glorieuse résurrection.

    Neuf confrères européens, deux prêtres indigènes et de très nombreux chrétiens, dont quelques-uns venus des districts voisins, avaient tenu, malgré la distance et la rigueur de la saison, à assister aux funérailles de leur confrère et de leur Père. Ce fut une belle manisfestation d’estime et de sympathie de la part des missionnaires, de reconnaissance affectueuse et de foi chrétienne, de la part des Chinois.

     

     

    • Numéro : 1575
    • Pays : Chine
    • Année : 1883