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Jean BAREILLE (1825-1887)

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    M. Jean Bareille était né à Serres-Castet ( Basses-Pyrénées). Il entra au Séminaire des Missions-Étrangères le 8 novembre 1847, n’étant encore que tonsuré. Ordonné prêtre le 16 mars 1850, il partit quelques semaines plus tard pour la mission de Pondichéry, à laquelle il avait été d’abord destiné.

    « C’est au Collège colonial de Pondichéry qu’il passa ses premières années, nous écrit M. Baslé, vicaire général du Mayssour. Il s’y fit bientôt remarquer par sa prudence, sa capacité, sa gaîté franche et cordiale, qui lui valurent l’estime et la confiance de ses élèves.

    « Il alla ensuite exercer son ministère pastoral sous la conduite du P. Maury, dans le district de Dharmapoori. Il se livra avec ardeur à l’étude de la langue tamoule ; il en acquit en peu de temps une connaissance telle qu’il la parlait comme sa propre langue.

    « Une maladie grave qu’il contracta dans ce district le fit venir à Bangalore. Le climat convenant mieux à sa santé, il resta au Mayssour, et désormais c’est parmi nous qu’il travaillera, nous aidant de ses conseils et de sa science. Doué d’un esprit pratique et d’une profonde connaissance des hommes et des choses, il sera à même de nous rendre les services les plus signalés dans les diverses fonctions qu’il remplira.

    « Dès cette époque, Mgr Chevalier, comprenant déjà l’importance de l’éducation, et sentant le besoin de maîtres d’écoles qui fussent capables de donner à l’enfance et à la jeunesse une instruction à la fois solide et chrétienne , avait conçu le projet d’instituer une société de Frères voués à l’enseignement. Mais il fallait un homme pour le seconder, et pour instruire les sujets qui se présenteraient. Pour la plupart, ce n’étaient que d’anciens soldats n’ayant reçu jusqu’alors qu’une éducation bien inférieure. Cet homme fut le P. Bareille. Il se mit à l’œuvre avec son dévoûment habituel, forma une pépinière d’excellents professeurs, et, grâce à ses soins, le nouvel institut fut bientôt en état de rendre d’éminents services, non seulement à la mission du Mayssour, mais encore, pendant quelque temps, aux missions voisines de Pondichéry et de Coïmbatour. Tous ses anciens élèves se souviennent de la profondeur de son enseignement, de la variété de ses connaissances, de la finesse de son esprit. Possédant à fond ce qu’il étudiait, il avait surtout un talent tout spécial d’infuser sa science dans l’esprit des autres.

    «En 1866, il devenait procureur de la mission. Il occupa cet emploi dix ans, servant ses confrères avec un dévoûment absolu, initiant les nouveaux venus à l’étude de la langue tamoule. Il eut en même temps une grande influence dans la direction des affaires de la mission où son expérience, sa grande connaissance des hommes, la sûreté pratique de son jugement lui donnèrent une autorité incontestable.

    « En 1876, il fut nommé supérieur du collège Saint-Joseph, et en dernier lieu, on le chargea de la direction de l’imprimerie qu’il agrandit considérablement.

    « Le P. Bareille a peu paru au milieu du monde ; dominé par une crainte excessive qui l’éloignait de la chaire et du confessional, il s’est tenu à l’écart, travaillant sans faire de bruit, mais sachant se rendre utile partout où il passait. Ce qui le fit remarquer surtout, ce fut sa profonde connaissance du tamoul et du canara, auxquels l’avait préparé l’étude du sanscrit qu’il avait déjà commencée à Paris. Grammairien consommé dans ces deux langues, il faisait également autorité en anglais ; il écrivait le latin avec une rare élégance et possédait dix à douze langues, européennes ou indiennes.

    « Tous ceux à qui il fut donné de vivre dans son intimité, ont été à même d’apercevoir en lui un rare ensemble des vertus ecclésiastiques et sociales. Esprit fin et délié, sa conversation présentait un charme qui rendait sa société des plus agréables et des plus recherchées ; néanmoins on ne le voyait point poursuivre des applaudissements aux dépens de la charité. Présent et absents, supérieurs et égaux, étaient traités par lui avec une délicatesse et un respect inaltérables.

    « Au milieu de ses occupations, le bon prêtre n’oublie point ce qu’il doit à sa propre sanctification. Le P. Bareille observait son règlement de vie comme un fervent séminariste. Tout était réglé chez lui. Aucun de ces exercices de piété qui conservent et alimenttent la vie sacerdotale n’était mis en oubli.

    « Une autre vertu brillait encore en lui : c’était une obéissance pleine de respect, d’empressement et d’affection envers ses supérieurs. Sa foi voyait toujours Dieu dans l’autorité et dans le devoir. Rien n’était petit pour lui dans l’obéissance. Il croyait aux bénédictions spéciales que Dieu a attachées à cette vertu, et il pensait avec raison que l’obéissance est la clef de la sainteté.

    « Le P. Bareille travaillait depuis trente ans dans l’Inde lorsqu’en 1881, il commença à se plaindre de la difficulté qu’il éprouvait à lire et à écrire. Un voyage qu’il fit à Madras le renseigna complètement sur son état. Il était atteint de la cataracte. Les médecins lui conseillèrent d’aller en France se faire opérer. Il partit donc au mois de juillet 1881. Nous espérions tous le revoir prochainement parmi nous, mais la divine Providence en avait disposé autrement. »

    Arrivé en France, le P. Bareille dut attendre que sa cataracte fût mûre avant de subir l’opération nécessaire. Il profita des loisirs forcés de cette attende pour rendre visite à ses amis d’enfance et à ses condisciples ; Saint-Pé, Bétharram, Laressore et Oloron eurent tour à tour le plaisir de jouir de son aimable société. Partout il fut accueilli comme un frère. A Oloron, il accepta même, pendant quelque temps, la fonction de professeur d’anglais.

    Au mois de mai 1883, nous le trouvons à Lourdes, aux pieds de la Vierge immaculée. Le pieux pèlerin y prolonge son séjour. « Ayant appris,  écrit-il, qu’un pèlerinage d’Angleterre allait avoir lieu, je n’ai pu résister à la tentation de prier un peu avec les Anglais, pour la conversion d’un pays qui, une fois catholique, serait l’un des plus efficaces propagateurs de l’Évangile.»

    Quelque semaines plus tard, il partait pour le Tyrol que la petite colonie du séminaire devait bientôt quitter. Il avait accepté la charge de garder la maison de Bolognano, et de veiller à l’expédition des bagages. Sa tâche finie, il revint l’année suivante à Paris, et il put enfin subir l’opération de la cataracte. Il alla achever sa convalescence à Aix, puis à Hyères.

    Mais outre que sa vue était encore très faible, sa santé générale laissait beaucoup à désirer. Le sanatorium d’Hyères venait d’être fondé ; on demanda au P. Bareille d’en être l’économe. « J’accepte, écrivait-il, l’offre qui m’est faite , je regarde le sanatorium comme une maison de retraite, où je devrai me préparer à la mort, tout en concourant par mes faibles prières aux œuvres de la mission du Mayssour, que ma pauvre santé ne me permet plus guère de servir autrement. »

    Au commencement de 1887, il passa avec ses confrères d’Hyères à Monbeton, où il continua jusqu’à la fin sa fonction d’économe. Depuis lors, sa santé allait s’affaiblissant visiblement. Le 2 novembre, un abcès au talon se déclara. Ce mal , en soi insignifiant, donna bientôt de vives inquiétudes. Le malade souffrait beaucoup ; on ne savait à quelle cause attribuer la fièvre qui l’agitait. Quelque jours après, on découvrit un point gangréneux, symptôme que la pauvreté du sang rendait plus dangereux encore.

    On avertit le P. Bareille de la gravité de son état, dont il ne paraissait pas se douter. Jusque-là il avait supporté avec peine ses souffrances ; il en était tout triste et abattu. Quand il eut compris que le Maître allait le rappeler à lui, le calme se fit dans son  âme . Le 29 novembre, il reçut les derniers sacrements et accepta avec une entière résignation la mort qui venait à grands pas. Jusqu’au dernier jour la fièvre persista très forte. Quelques heures seulement avant la mort, le pouls se ralentit, et le 2 décembre, à 9 heures du matin, le cher Père rendait doucement son âme à Dieu.

    Les obsèques ont eu lieu le lendemain 3 décembre, fête de saint François-Xavier, présidées par M. Lesserteur, supérieur du Sanatorium. « Le grand apôtre des Indes et l’Extrême-Orient doit, jouir, ce me semble, écrit notre confrère, d’un crédit spécial en ce jour auprès du bon Dieu, pour hâter la délivrance des pauvres âmes des missionnaires détenues dans le Purgatoire. Saint François-Xavier, priez pour elles ! »

     

    • Numéro : 599
    • Pays : Inde
    • Année : 1850